Ceci n’est pas un journal de confinement (mars 2020)

Ceci n’est pas un journal de confinement

car non, je ne vis pas un exil intérieur à la hauteur de certains (ou de ce que certains s’arrogent), pas une rentrée en moi-même assez forte pour que me raconter me semble soudain devenir digne d’intérêt hors la fugacité futile (ou fugace futilité) des réseaux sociaux ;
car oui, je suis bousculé, mangé par les peurs, confus et perplexe, et que ma position en sentinelle de l’invisible, posté à ma terrasse l’œil rivé aux confins ordinaires, d’où doit venir un danger immatériel, à la façon du narrateur de cet excellent livre de zombies de Martin Page, La nuit a dévoré le monde que je vous conseille de lire ou relire, nous est commune, tant est commune notre impuissance ;
oui je le suis comme nous tous, mais ni mieux ni plus intelligiblement, ni plus littérairement, cette inquiétude-là n’est pas productrice de sens, ce mystère est infécond.
Oui je trouille d’un peut tout, d’un peu partout, et mon avenir me semble loin.
Et non de cela je n’ai pas grand chose à dire, voilà : je me confine, avec des livres, les jeux des enfants, les enfants guère loin de leurs jeux, et donc les les livres, les piles de livres, & d’envies,  & de travail en retard. Alors tenter de faire, un peu, ce pour quoi le temps manque tant, si souvent.

Ceci n’est qu’une tentative de reprise

et donc de prise – reprendre ce fil (celui du web, de ce blog), qui s’est tant interrompu pour surcharge automnale autant que pour mutations progressives de mon activité (glissant du web vers des manifestations IRL et pour résumer, une forme d’oralisation de l’exercice de critique littéraire) ; profiter de cette béance soudaine, de cette immobilisation pour à la fois faire ce qui ne se peut jamais faire, et pour tout simplement faire.

Pour reprendre, donc, parler de la rentrée d’hiver

avant que ces livres là soient oubliés, déjà qu’on ne peut plus se les procurer – sauf en numérique, pour beaucoup, n’hésitez pas, c’est important de continuer, via, par exemple, l’ALIP, https://resa.librairies-alip.fr/, à acheter chez les libraires,
partir de ces trois sessions (qui auraient dû être quatre, mais exit Pouzauges, comme tout ce qui devait avoir lieu en mars) de parole, dont la première à La Divatte a été filmée, pour redire des mots de ce qui fut une sélection ouverte, aussi diverse que possible. Un film, des photos, et du texte pour rendre compte. Merci à ces médiathèques (La Divatte, Challans, Le Landreau), et à bientôt j’espère.

 

1- La Divatte, 28 janvier 2020

où il fut question des livres qui nous attendent et du désir qu’ils nous font (en brandissant le Coltrane Vs Cthulu de Villaroel aux Forges de Vulcain), puis de Un jour d’été que rien ne distinguait de Stéphanie Chaillou (aux éditions Notabilia), de Touché coulé de Pascale Ruffel (chez Joca Seria), de L’effet maternel de Virginie Linhart (chez Flammarion), de Cow-boy de Jean-Michel Espitallier chez Inculte, de Les enfants des autres de Pierric Bailly (chez P.O.L), d’Andrew est plus beau que toi de Arnaud Cathrine (Flammarion), de Le répondeur Luc Blainvilain (Quidam), des Magnolias de Florent Oiseau (Allary), de Débutants de Catherine Blondeau (Mémoires d’encrier), de A crier dans les ruines d’Alexandra Koszelnyk (Les Forges de Vulcain), de Harpo de Fabio Viscogliosi (Actes sud), de Projectiles au sens propre de Pierre Senges (Verticales), des Méduses de Frédérique Clémençon (Flammarion),
mais encore (hors champ, ou plutôt, après l’heure que dure ce film), du Laura d’Eric Chauvier (Allia), de La Leçon de Ténèbres de Leonor de Recondo (Stock), de Trois jours dans la vie de Paul Cézanne de Mika Biermann (Anacharsis), et pour finir encore, d’Antoinette Rychner (Après le Monde, chez Qui-Vive Buchet Chastel), de De rien ni de personne de Dario Levantino chez Rivages, de Guka Han (Le jour où le désert est entré dans la ville, chez Verdier), et de Guy Gunaratne (Au rythme de notre colère, chez Grasset).

 

2 – Challans, 31 janvier 2020

Ça commença en liant à nouveau Stéphanie Chaillou
et Pascale Ruffel par la lecture d’un propos d’enfance (et de sa fin indéterminée),
continua avec deux livres plus-que, plus que des fictions familiales, deux livres qui interrogent la famille en tant que mythe fondateur, et socle, la postulant comme une fiction, (Jean-michel Espitallier, Pierric Bailly), et un troisième (d’automne), qui par le geste d’ Arnaud Cathrine
, invente avec du générique, une famille qui existe par et en dépit des photos (magnifiques) d’anonymes qui l’illustrent, et tant qu’à éroder nos mythologies ordinaires, seconde exception d’automne ce soir-là avec Julia Deck et sa si drôle, si féroce déconstruction de la propriété.

On continua avec des comédies, et notamment celle-là si géniale et forte, Le répondeur, de
Luc Blanvillain (dont on souhaiterait qu’elle fasse un best-seller tant elle et les gens le méritent), et la désinvolture apparente, mélancolique et élégante, promenade en aires d’autoroute de Florent Oiseau.
Pas vraiment une comédie, mais non exempt d’un humour féroce, la fille perdue de vue est au centre de Laura de Eric Chauvier, livre qui est une pièce majeure de cette œuvre si solide, si intensément implantée en moi.

Et des romans, intensément romanesques, à des tempi si différents : Dario Levantino et son âpre et étincelant récit de jeunesse palermitaine, Catherine Blondeau et ses préhistoires si fondatrices.

Et des nouvelles, les obliques de @guka han et les reliées, constellées, magistrales, de Frédérique Clémençon.

Une fugue classe internationale avec Fabio et son Harpo ; de la peinture de l’intérieur, avec des pommes, du soleil, de l’humeur, du chien et tant de couleurs, chez Cézanne et Mika Biermann. La collapsologie harmonieuse d’ Antoinette Rychner.

Et pour finir, deux arrivées dans la valise, juste ouverts, quelques pages lus et qui déjà m’emportent tellement ailleurs : Merethe Lindstrom et Grégoire Courtois.

Alors il fut temps de reprendre la pluie pour rentrer, c’est l’hiver, c’est d’hiver, c’est varié – même sous la pluie épaisse brouillasse mouillasse – c’est heureux.

3 – Le Landreau, mercredi 13 février 2020

Ces rentrées d’hiver font d’autres promenades.

Ce fut goûtu ce mercredi soir, au Landreau, commençant par de sacrées voix de femmes, deux récits réflexifs riches qui me parlent tant (homme hétérosexuel), qui m’agrandissent – ceux de Stéphanie Chaillou et d’Amandine Dhée. Deux livres qui, disant aussi quelque chose de neuf de l’espace aussi intime que politique qu’est la famille, me ramenèrent à la surface deux livres de la rentrée de septembre, où la famille est traversée dans l’amorce de son éclatement, au milieu des années 70 : Les poteaux étaient carrés de Laurent Seyer chez Finitude, et La Grande escapade de Jean-Philippe Blondel chez Buchet Chastel.
La famille c’est aussi celle qu’invente Arnaud Cathrine dans Andrew est plus beau que toi, chez Flammarion, magnifique livre d’images d’anonymes dont il compose un récit doux et fort (Le livre tient ce pari périlleux de nous permettre d’être à la fois dans son récit de fraternité ET dans rêverie induite par la possibilité ludique offerte par ces photos génériques et leur combinatoire infinie).
Famille = fiction, ensuite, selon les acceptions et modulations de Pierric Bailly (qui tel un Carrère des zones pavillonnaires, procède par délitements successifs des fondements de ce qui semble le plus tangible pour son narrateur : être-père-de-famille), et du fol Espitallier, dont le texte Cowboy (Inculte) performe l’Histoire familiale et générale (celle des US), voire de l’espèce entière, vrillée cinétique.
L’envers du mythe (US & Hollywood inclus) est aussi ce qu’offre la douce fugue de Fabio Viscogliosi, « Harpo », avec l’angelot harpiste des Marx Brothers, en amnésie passagère et ballade sur les routes de la France des années 30.
Autres vies d’artistes, peintres ceux-ci, celles du Gréco embrassée par Leonor de Recondo, et du Cezanne hirsute, taiseux et vieillissant peint par le toujours stupéfiant Mika Biermann.
Et puis,
Catherine Blondeau, ce grand et vaste roman,
Frédérique Clémençon et son chant de nos vies immenses et ordinaires par nouvelles enchâssées,
Et Guka Han,
Et Nord,
Et Guy Gunaratne,
Ténèbre, Après le monde et Cochrane vs Cthulu (certains juste évoqués comme horizons de lecture hautement désirables et desirés – et desirés autant dans la salle du coup),
Les destins fracassés de Laura (Eric Chauvier, Allia), et du jeune narrateur du Paolo Levantino (Rivages),
« Ma »comédie must, le Répondeur de Luc Blanvilain chez Quidam,
La beauté sidérante, glaçante, terrible beauté de La beauté du geste de Marie Maher chez Alma, avec son pendant estival et scalpel, La Chaleur de Victor Jestin, brandi en rappel.
Et puis,
Sachant qu’on parvint à finir presque sur un éloge du si nécessaire essai de Cloé Korman quant à cette impossible identité juive qui lui pose un souci qu’elle mue avec autant d’intelligence que de sensible en réflexion éthique et sociale (parce que sociétale, non je dis pas ce mot-là),
Et à finir vraiment par une lecture du délire -verbal, formel, fictionnel- ahurissant qu’est Albert de l’argent du beurre de Laurent Rivelaygue, aux éditions du Sonneur, lecture réussie sans doute puisqu’elles rirent pas mal, en face, on se dit qu’on n’avait pas démérité.

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