FRAGILES

 

FRAGILES
(Sinon ça va ? Ça va. Ça va vraiment ?)
Il y a quelques jours, j’ai eu deux consœures au téléphone, on a parlé boulot et « situation sanitaire » évidemment, oscillant selon les cas et moments entre déploration de l’enfermement (de ce gel de tout ce qui fait la vie et aussi, passant, une part de nos vies professionnelles), et déploration de l’abandon des soignants, de la marée (des morts) qui monte.
La veille, deux collègues me disaient leur fatigue, de devoir tout refaire pour l’une, de voir revenir l’école à la maison, pour l’autre.
On en a marre en somme, tous et toutes et chacun(e)s, de façon diverses mais marre.

D’en parler, au-delà des considérations factuelles (je parle à des gens qui ne se prennent pas pour des épidémiologistes), est foutument nécessaire, à chaque échange on le mesure.
Et puis on en a fait l’expérience, d’à quel point cet Ici (celui du réseau social) ne suffit pas, à quel point le débat facebook, dans son hyper clivage, ajoute encore à nos peines. (On pourrait faire et dire long, chercher l’œuf et la poule, l’origine de cette opinionite obsessionnelle qui transforme le moindre mur de commentaires en échange entre éditocrates assermentés, comme BFM ou presque).

Ça va moyen, bizarre, bofbof.

Perso ça change chaque jour, parfois plusieurs fois par jour. (Déjà ça de gagné par rapport à un an derrière, où je me suis donné l’impression de creuser mon désespoir avec une pelle minuscule pour m’en tartiner des quignons de pain sec pendant 6 semaines.)
Mais quand même : je souffre en recevant le moindre courriel de refus (quand je sais que j’en reçois dans le même temps deux de propositions ou d’acceptation d’une proposition, pas le feu au lac, enfin pas dans l’immédiat), ou la moindre remise en cause d’une prestation – quand je sais que ce n’est jamais parfait, et que c’était globalement bien, et que le lendemain fut excellent, etc. Je pleurniche dans mon coin (dans un coin de ma tête), en sachant bien que bon-ça-va-quoi, mais quand même. Calimero solo.
Calimero solo qui ouf soudain s’y remet, en selle, dans un livre ou un podcast ou un courriel avec une idée dedans.

Et voilà donc, ça change a minima plusieurs fois par semaine, et souvent dans la même journée disais-je – up and down pour unique routine.
Il y a un lien avec ma situation sociale de travailleur indé (dans la culture de surcroit, lol, dans la lecture-écriture de sur-surcroit, toplol), rien de totalement inédit, mais jamais ressentie avec cette persistance, en basse intensité). Comme une part dépressive en veille constante (pour moi qui ne le suis pas, vraiment pas, la mélancolie oui, la dépression non).
Une veilleuse ironique en basse continue.

Je disais à un moment mesurer à l’aune de cet état nouveau, cette constance dans le fragile, à quel point ça doit être dur pour d’autres. Qui n’ont pas ce dont je dispose (un entourage aimant, un toit, etc).
Et c’est ça que je ressens en me regardant le nombril – c’est que cette fragilisation d’un gaillard comme moi en cache (et si je prête attention donc, en révèle) tant d’autres plus intenses encore.
Allez bisous, fragiles, à vous fragiles autant et plus.

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