Archives de Catégorie: Quatre-vingt-dix-neuf | Vingt

une contrainte compensatoire en somme : 99 textes en 20 jours, pour rattraper (79+20=) 99 jours sans texte.

Trente-neuf | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Presque tout

billet39Un ami me demande de faire une liste, l’invitation tombe bien me dis-je, car j’aime les listes, je suis croyant pratiquant & prosélyte, je liste & fais écrire des listes, dans mes ateliers, la liste énoncé-je inlassable, c’est un pré-texte, un avant-texte, & c’est surtout déjà du texte, c’est du texte intensément réflexif, du texte s’inventant lui-même ainsi débarrassé du surmoi enfermant des intentions de résultat, du texte déployé spatialement selon des logiques propres & singulières (la plus strictement droite des listes ne tenant jamais tout à fait droit), du texte sans diégèse ni message mais pas sans rythme, non, du texte en expansion comme la matière – bref, j’aime les listes, & la demande fait mieux que me plaire, elle me stimule & fait écrire (avant même de dresser la liste, l’idée de la liste fait écrire, un prétexte au pré-texte, expansion vers l’antérieur, fabuleux mouvement arrière-avant, un branle joueur de l’esprit).

La liste, elle, pendant que j’y pense & l’oublie, elle se trace gomme & redessine dans ma tête, pendant que les yeux scannent la bibliothèque, elle se replie s’incurve repart, elle est étique puis boursouflée, sa forme ne tient pas sa place, tandis qu’émerge ce constat :

Je retiens mal les livres.

Plutôt : je ne les laisse pas, ou peu, & peu de temps, seuls (en moi).

Des conditions d’expérience poussent en ce sens : souvent, je lis, pour des raisons précises (un débat à animer), tous les livres d’un auteur, en un temps resserré. Ainsi, de l’année 2012, me restent, souvenir encore vifs, quelques semaines passées dans les livres d’Emmanuel Rabu & Charles Robinson en janvier, de Mathieu Riboulet & Maylis de Kerangal au printemps, de Carole Zalberg à l’automne, d’Oliver Rohe tout le second semestre). Pas un livre, dans chaque cas, même si des a-pics il y en a, des préférés on saurait les nommer, des Naissance d’un pont, des Dans les cités, des Avec Bastien, mais le préféré, pourvoyeur de grand choc, s’il agrandit un moment passé en sa compagnie, m’offre bien plus, envisagé dans un ensemble, répétitions béances malfaçons éventuelles y compris – car toutes sont appels & connexions, motifs & places où me mettre moi, agencements & arrangements dont je serai l’urbaniste.

(Notre vanité de lecteur, le plus vain serait de l’ignorer, elle fait un si puissant moteur).

Je considère le travail d’un auteur, s’il m’a marqué, comme un ensemble, dont certes je peux observer, du haut de la colline ou penché sur les points-virgules, des sommets & des creux, mais dont la masse m’importe constituée & en constitution, dont une part essentielle reste à venir.

Peut-être aussi, auteurs, critiques, lecteurs, pensons-nous moins en livres, peut-être que quelque chose à déjà changé, dont la mesure peine à être prise, quelque chose ou le web joue sa part mais pas seul, quelque chose où la lecture publique, ses autres temps de création & d’intervention, joue également sa part, où le commerce aussi a joué la sienne, imposant des formats étriqués (le roman de rentrée, 216 pages police 11 & double interlignages, guère extensible) & forcément réducteurs, je ne sais si ce qui vaut pour moi (& qui me vient aussi d’ailleurs intimes, enfouis, enfances, effarements) vaut pour tous ou pour le nombre. N’empêche : le livre n’est plus seul, en moi, en nous, le livre s’ouvre encore quand on l’a ouvert, il s’ouvre avant, il s’ouvre ailleurs.

& me revient aussi ce constat adjacent : il n’est pas anodin que j’ai, pour plusieurs auteurs aimés, reculé souvent devant un dernier obstacle, un dernier livre avant l’intégrale, pour m’en tenir au presque-tout-lu, freiné comme par une paresse paradoxale & dérisoire, revenant à poser le pied à terre à quelques mètres du dernier lacet de l’Alpe d’Huez : il faut qu’il y ait un trou, dans cela qui se fixe, dans cette image mentale du livre en cours, de l’œuvre ouverte, ce plus grand livre, en cours, que tous ceux qui sont faits, un tout bien plus grand que la somme de ses parties. & le livre, chéri, désiré, manquant à ma liste permet ce possible-là, de l’encore-à-lire, encore-à-faire, du presque-tout.

Peut-être, alors, ma vraie liste, serait-elle celle-là : ma liste des livres en chemin, à lire encore, du Rheinard Jirgl à main gauche, du Fernand Combet à main droite, du Reznikov dans la chambre.

Du presque-tout qui reste à lire, qui m’attend, qui m’espère – je l’espère.

Trente-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Accueillir

blog-2012-12-15

Ces derniers mois & ceux à venir, récurrence d’interventions en binôme avec Yann Dissez, modules de formation (comme cette série avec le CRL Pays de La Loire) ou format conférence (improvisation sur un synopsis co-écrit, distribution ouverte des rôles) à destination des médiateurs ; laissant la main à Yann, bien plus expert en cette partie, sur la question cruciale (oui, il faut, oui oui, payer l’écrivain il le faut, répétons et répéterons-nous à l’envi) & complexe des principes & modes de rémunération des auteurs. Ces prises de parole et mises en situation nous sont essentielles (ce que nous nouons de confiance, ce qui se confirme des affinités pressenties des années avant, Yann alors au Triangle, moi à la Maison Gueffier, avec Cathie Barreau, ne fait qu’en amplifier la nécessité) : c’est une reprise de ce que nous avons chacun élaboré, au fil des ans, de façon non pas concertée mais participative, empirique ; reprise dotée d’une part d’élucidation, via ce retour sur expérience, mis en partage. Affirmation de l’Éducation populaire : notre posture (debout, assis, variable) n’est pas celle de l’expert pérorant d’un jargon lointain, elle n’est pas de surplomb, elle se veut horizontale, s’organisant pour tendre au mieux à cette horizontalité. Nous écoutons, aussi, beaucoup, ce qu’ont à nous dire ces gens venus nous écouter. Notre parole, nos récits, répondent (pour partie) aux leurs, se construisent en écho. Leurs représentations, plus ou moins justes ou erronées, de ce que c’est, ce travail, de l’auteur, et de ce que peut être ce travail de travailler avec l’auteur, nous les accueillons. Nous les accueillons comme j’accueille, en atelier d’écriture, les formes et manières et représentations les plus absolument opposées aux miennes, car de leur mise en dialogue dépend la possibilité que quelque chose advienne. Quelque chose comme un mouvement, réitéré, réinventé.

Accueillir, donc.
& partant, accueillir un auteur : accueil qui n’est rien d’exotique, rien d’adopter un orignal ni déclamer un hommage en klingon. Accueillir comme on accueille quelqu’un, homme femme, jeune vieux, riche pauvre, une personne rien que ça, n’importe qui en somme, mais – sans tapis rouge, sans mille courbettes, mais – poliment. Accueillir comme on accueillerait toute autre personne mais – une personne dont on sait, pour en avoir lus (oui, lus, en entier oui), qu’elle écrit, a écrit, écrira des textes, livres, formes mixtes.
& l’accueillir pour quelque chose (une rencontre, une lecture, un échange) dont on sera l’auteur (voire le co-auteur).

Dont on sera l’auteur(e) ? Oui. Ceci n’est pas une confusion, une fumerie démagogique. Vous serez auteur, affirmons-nous.
Auteur est transitif, quand écrivain ne l’est pas. Nous reprécisons bien, à ce moment : vous n’êtes pas l’écrivain. Vous êtes un lecteur des livres de l’auteur par vous invité, mais : vous serez, l’invitant, vous-même auteur(e) de quelque chose : auteur d’un moment (de parole, de lecture, de sens, d’échange, de vie) à inventer, moment auquel l’auteur invité sera convié, duquel il sera un point de convergence, une ou la source.
Répétons : Auteur, lui, est transitif, quand écrivain ne l’est pas : L’auteur est avant tout auteur de quelque chose (qu’il faudra, répétons-nous, avoir lu : que vaudrait sinon d’inviter cet auteur-là et pas mille autres, ainsi qu’ils font dans les festiveaux maximalistes : 300 auteurs, du vin, des attractions et dégustation de productions locales).

D’où l’importance, dans ces moments de formation coopérative, de l’écriture, du faire-écrire. Car sans elle, nulle énonciation de soi (dans un espace, un temps, un environnement) n’émerge vraiment. Or l’énonciation susdite est un socle : pour inviter, puis accueillir. (impliquant : reconnaître, saluer, présenter, accompagner, héberger, payer, remercier, toutes actions accompagnées de signes, dont nombre seront écrits).
Vous : écrirez : pour. Répétons-nous.
Vous serez l’auteur de ce moment-là, de cette rencontre souhaitée entre le texte & ses lecteurs, entre l’auteur du texte & ses lecteurs, voire, favorisant ce passage-là, entre l’auteur & des parts immergées de son travail. Il n’y a pas de confusion, il n’y a qu’une nécessaire énonciation (comment sinon, rester à sa « bonne place », si on ne l’a jaugée), il n’y a qu’à inventer.

Pour accueillir,

il y a à inventer.

Il y a à écrire.

Trente-Sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Remercier

« On ne pensait pas être capable d’écrire ça », « On ne savait pas que l’écriture pouvait être un outil de pensée » : propos rapportés par celle qui m’a invité il y a peu à animer un atelier d’écriture pour des étudiants. C’est important, ce qu’ils en disent, c’est important de l’entendre, y compris en ces évidences qu’on manipule quotidiennes, façon sacerdoce : oui on leur a dit, on a répété une des ritournelles perso, qu’écrire fait penser, qu’on n’a pensé qu’encore incomplètement avant d’écrire. Me revient, les lisant, une lettre qui fut si importante quand on la reçut, à l’atelier, des années derrière, une lettre qui disait qu’on avait agrandi la vision, la perspective, le rapport au monde, avec nos ateliers hebdomadaires, des années durant, dans cette maison de quartier. Des années durant à venir & revenir, remettre en route une machinerie, un rapport & des interactions, à réinventer chaque semaine, un retour à rejouer, des façons de faire (façons d’écrire, façons de faire écrire) à ne pas laisser sédimenter, rudoyant même un peu pour lancer du neuf, & toujours, ensuite, à chaque texte, sans manières ajoutées mais, toujours, léger : remercier.
Remercier, verbe épinglé aussi au mur, dans un des couloirs du premier, une phrase chipée à Char, par Cathie (merci), copeau coupant lancé, fermée : « Dans mon pays on remercie. ». Phrase que j’emporte comme je cite, nomme, m’y efforce : je cite à qui j’emprunte, ce que du moins je perçois d’emprunts, quand je parle. Je cite & remercie.
& l’on me remercie aussi, pour une chose ou pour une autre, on me remercie de faire, de faire faire, de permettre, d’encourager, on me remercie pour l’écoute, pour la parole, on me remercie, je remercie. Civilités qu’on dirait ordinaires & qui soudain m’apparaissent, ces jours, au regard de ce dans quoi barbotent autour, comme en eaux glaireuses, des amis salariés, m’apparaissent comme lucioles pavant mon chemin.
Mes dernières années de travail salarié, je m’en souviens, ne m’apportèrent, outre emmerdes usuelles & trop-plein toujours grandissant, outre salaire infiniment maigre, outre usure des transports, le roulis du toujours même train, cette toujours même sensation d’être rincé, comme hâlé à l’acide ; mes dernières longues années de ce commerce-là de son temps employé à on ne sait (si vite) plus trop quoi ne m’offrirent que : tourbe amère.
Ni merci ni. Rien qu’érosions des matériaux & composants.
& me dire ce que je savais déjà sans savoir le savoir, qu’au milieu du reste des injustices, reste immense à ne pas minorer, il demeure ça qui compte, cette civilité & ce qu’elle agrège en voisinage étymologique : le mot même, civilisation,
mot rongé chaque jour plus en sus d’avoir été idéologiquement renversé,
& cette part manquante, cette compensation absente, toujours, & désignée indésirable car vous en avez bien de la chance, vous n’êtes pas à l’usine, vous n’êtes pas au chômage, ad libitum jusqu’au plus bas des échelles),
& de me dire que oui, quelque chose dans le travail, dans le salariat, tels qu’on en use dans notre temps, nous réduit, prélève sans fin ni indemnités compensatoires. Organisation de décivilisation. Sens unique du mot remercier : dans leur pays quand on remercie, on flèche direction Pôle emploi. Il reste à inventer encore : fonder d’autres pays d’autres espaces d’autres usages,
d’autres façons de dire : merci.

Trente-Six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Habiter

Rassemblé enfin constater, sur soi, les effets de ce dont on préjuge, ou qu’on observe, attentivement, chez d’autres, qu’on écoute avec attention & parfois même analyse, les éprouver fort et doux. Rassemblé donc me voici ici,
& la métaphore figurée lieu commun s’avère soudain hyper opérante : un site à soi c’est a minima une chambre, c’est aussi une tanière, une niche, une manière de maison neuve ;
& une maison nouvelle, une fois bâtie, on est heureux fier & grisé d’en avoir fini, il reste oui l’électricité à revoir, puis toujours quelques zones d’ombre à finir de carreler de paver de vernir, reste à finir d’aménager mais on y est, mais déjà on peut commencer de la vivre.
L’étrange aventure d’habiter, d’habiter une maison d’octets plus extensible encore qu’une maison des feuilles : un arte povera sans limite, ramifications & boutures, pièces ajoutées, voire étages ou escaliers (comme à Sarajevo, ce souvenir, les travaux perpétuels partout, les maisons mille-feuilles rechappées comme les pneus). L’étrange aventure d’un en-soi, d’un chez-soi, porté hors soi.
& elle perdure, la griserie elle s’installe, elle m’habite, me tient, me redresse, c’est une maison non seulement extensible mais mobile : un mobile-home, en somme, une machine ambulante &
vivante.
L’étrange aventure de s’inscrire
(& dans les lettres gravées se nicher)
heureux fier &, pour un temps perdurant, grisé.

Trente-Cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : (Se) rassembler

C’est monté, une vapeur un jet, à l’orée de cet été qui n’en finissait pas de ne pas arriver, un truc à faire, il y avait à : se rassembler,

& ralentir, parce que & pour (se rassembler) :

il y avait aussi, ralentir, dans ces parages, désir de ralentir. Non pas besoin que ça s’arrête, comme il est récurrent d’en voir surgir le fantasme partagé dans nos espèces connectées : pas de souci non de débrancher, non mes machines ne m’oppressent pas, non les réseaux ne m’enchaînent pas je le dis je l’affirme, ni vous non plus c’est une humeur une fausse piste, non : les projets fourmillant ne me happent ni ne me vident non tous je les aime,

ce qui montait, vive envie de rassemblement, d’une boîte où mettre des choses voire tout et où me mettre moi. Rien que retour chariot, mouvement logiquement pendulaire : je me fragmente, me rassemble ; je me constitue, me disperse.

Forte envie de me réifier & laisser fourmiller les trucs en groupe, rien couper rien cesser rien subir,

juste : se rassembler, faire masse.

Ralentissant, comme en course quand se trouve une cadence, la cadence, une manière de souplesse dans l’allure, après quelques minutes & que le déplacement s’est esquissé, inscrit dans la machine corps, ralentir alors n’est pas s’arrêter, non, c’est jouer du frein moteur, pied levé, levé, levé, prêt, dispos, mais : levé.

L’image aussi du coffre à jouets, solide place-forte où ficher ses bordels, singes & chapeaux, balles et crayons, rassembler la profusion, faire du bruit une forme.

Mais c’est en usinant le blog d’Arno Bertina (en allant voir ailleurs plutôt qu’en moi, donc)

(& cette joie qu’il ait répondu ainsi, avec ardeur enthousiasme souplesse &)

en posant les briques aux couleurs désirées,

lisant relisant les billets, pleins d’élan tel : « Il faut renoncer à utiliser les mots contradiction et paradoxe. Dans Je suis une aventure, dans Troisième territoire (un projet en cours avec le photographe Frédéric Delangle), j’ai cherché à montrer des personnages se libérant de ce schéma (« Les contradictions n’existent pas, le mot désigne seulement notre inaptitude à comprendre par où deux choses travaillent ensemble »). Il faut, comme disait Michaux, « laisser infuser », affiner ce qui semble être une contradiction. »

La chose s’est précisée s’affirmant, truelle en main – les choses, elles s’inventent se faisant –

je vais construire un coffre à jouets, assez vaste pour m’être tanière : là je me rassemblerai. Nouveau site, nouvelle adresse : c’est imminent.

P-s. : Cette série en multiples de 99 signes continuera en cet endroit, elle me demeure importante.

Trente-Quatre | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : On

On en est là.
On s’installe, on écoute, on regarde, on questionne, on conclut : une rencontre, & puis l’autre. Rencontres publiques avec auteurs, est-ce un métier, c’est du métier, c’est composite, ça me va &

comme ça me va j’y vais.

(passer, faire passer)

On en est là, limite estourbi, en fatigue, cerné des doutes & des listes des choses, choses qu’il faut continuer d’entreprendre pour rien que : continuer. Touche pause, forward d’un demi-pas, regards sur accélérations de chaque instant depuis des semaines, fini, repos ou presque : c’est l’action de (passer) qui offre stase, elle vient dans la discussion même, durant ces quelques dizaines de minutes où on engage force énergie à
tenter de transformer,

en quelque-chose-mais-quoi,

tenter de convertir le fonds, le sédiment, accumulé par la lecture acharnée des livres des auteurs susdits &
de se rendre invisible-mais-non,
de faire passer-mais-quoi, quoi sinon une parole qui, elle, se passerait bien de nous, mais qui s’entend mieux, ainsi mise en conditions idoines : on en est producteur – au sens discographique de facilitateur, metteur en conditions de : quoi ? De : passer.
Deux rencontres, à un mois d’intervalle, avec deux auteurs dont l’œuvre diffère : en littérature comparée, on chercherait des plombes les similitudes. Mathieu Riboulet, Maylis de Kerangal, deux chemins d’écriture qui n’ont en commun que leur intensité leur

(Persévérance, joie, douceur.)
Les deux auteurs ont, eux, en commun d’être de grandes & belles personnes, c’est dit : chose, qui, passant, facilite ô combien la dite facilitation.
Dans les deux cas, ce simple débat public, moment où faire trépied souriant pour leur parole, impose lecture approfondie. Elle l’impose &, ce faisant : la permet.
On a plongé, durant des semaines, post-its à main droite, café bouillu froidu à main gauche, dans les livres de Riboulet, dans les livres de Kerangal, où l’on releva nombre de motifs, réitérés en variation, de faits de langue, de récurrences évidentes ou surprises. On s’est fait enquêteur, on a reconstitué une, des réalités fictives, celle du temps d’écriture, du point nodal, de ce qui sédimente, aussi, de ce qui dépend des conditions, des intentions, d’écriture &
& du reste, de tout le reste qu’on ne sait ni n’a à savoir ; on l’a inventée, mille fois changée, cette réalité hybride, la leur, d’auteur, on a préjugé de mille et une façons, on en a joué, sans vouloir ni savoir, en confiance, sachant qu’on n’en sortira rien, que c’est notre chimie à nous, de lecteur, simple lecteur (& combien c’est complexe, un simple lecteur), qu’on se la garde & jardine (on n’a que ça, comme jardin), qu’en découleront une écoute & des questions non feintes.
On écoute.
On passe.
On y revient.
On y revient & le constate, qu’on a sa part.
Il y a un point commun, se dit-on.

En 2003, Ni fleurs ni couronnes (Verticales),recueil de deux novellas, constitue, elle en convient aisément, un saut, une charnière, dans l’œuvre encore naissante de Maylis de Kerangal. Dans ce troisième livre, une langue, tenue jusque-là dans un périmètre de convention narrative, s’invente, se lance, en même temps que la fiction bouge et s’enflamme. Cherche et trouve dans le même mouvement.

Et l’auteure, comme libérée, portée par l’ampleur (de langue et de fiction), s’énonce, en distance : « Il a chaud. Il survit – et de la belle manière, on va le voir. » (p. 13). « Plus tard, au moment de s’engager dans l’escalier qui qui monte sur la place du village, Clovis s’efface pour la laisser passer, pose alors une main sur ses reins et l’accompagne. On en est là ». On est là.

L’Amant des morts (Verdier) est le huitième livre de Mathieu Riboulet, un jalon moins net dans un trajet tenant plus de la course de fond. Huitième livre où ne s’énoncent pas de nouvelles règles (car tout est semble-t-il déjà là, dès l’origine, dans son travail, et s’expanse, spirale lumière croissant depuis un ensemble originel et nodal d’expérience du monde). Mais où s’affirme avec plus encore d’aplomb cette confiance intranquille, fiévreuse, en l’homme, en ses forces vitales, en sa puissance d’amour (toutes options, l’amour : fièvre, sexe, compassion). Son protagoniste accueille, recueille la souffrance des agonisants. Puis surgit: « On en était là » (p. 36). On se pose et revient, la formule se fait récurrence : « On en était là » (p. 56), « On en était là » (p. 87). On est là, ici, aussi. Récurrence comme en talisman. On permet, autorise. On rallie, rassemble, & distance. On tutoie l’ensemble & vouvoie le particulier.

Ce On de narrateur incarne un tiers-étant, et ce faisant permet, & ce faisant, si l’on veut, incarne – si le désir s’en mêle, seulement si le désir s’en mêle (si l’on veut).

C’est ce aussi ce à quoi on s’est prêté, repérant ce point, minuscule, en commun, aux œuvres si distinctes, trichant sincère, réduisant en conscience, pour tenter d’entrer plus avant. On a réduit pour incarner, comme on distance pour toucher.

On en est là. On avance. On s’arrête, avançant, épuisé, souriant: on avance.

Si on veut, seulement,

si on veut.

Trente-trois | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Vue de l’esprit

Hors d’ici étais-je, à grands regrets, pris par mille choses. & parmi elles les travaux de Cécile Portier : je retaille & rajuste ici cette présentation pour La Maison de la poésie de Nantes :
Cécile Portier est auteure d’un livre (imprimé), « Contact », paru aux éditions du Seuil, dans feue la collection Déplacements, & d’un livre (numérique), « Saphir Antalgos », chez publie.net.
Cécile Portier est une femme un peu farfeluche, nous dit-elle, citant un lycéen qu’elle fit écrire en atelier. Cette femme est une technocrate, (le substantif est d’elle), seule femme de ma connaissance & j’en connais quelques-unes, à user dans ses courriels des expressions « bouzin » ou « assurer pas une cacahouète », seule technocrate je ne sais, j’en connais moins.
Cécile Portier écrit – deux livres déjà on l’a dit, les deux dissemblables, forme et focale distinctes ; les deux en rapport, fictions très au près du réel & de ses signes captables, les deux de langue resserrée & de digression agile, de métaphores à double fond : dans Saphir, le rêve (scénariste) produit des récits, oniriques & farfeluches, en même temps que le rêve (protagoniste), se trouve nommé (Saphir Antalgos, c’est lui), ainsi fétichisé autant qu’objectivé : le rêve en torero, garçon coiffeur, nourrice agrée, agence de consulting.
Cécile Portier écrit hors des livres sus-cités : elle est aussi l’auteure d’un site, petiteracine, hôte de plusieurs chantiers ouverts: entre autres, Compléments d’objets, qui s’empare d’objets du quotidien pour saisir « nos manières d’être au monde, d’agir dessus » ; Et pour madame, dialogue avec les dessins de Marie Delafon, ou Traque traces, « travail sur la mise en données de nos vies, de façon individuelle et collective » , une fiction, je cite :

« (…)née d’un pari un peu fou : refaire une ville fictive sous la vraie ville. Faire vivre et évoluer tout un peuple, écrit à partir des données qui nous écrivent, nous aussi, êtres de chair. Car chaque jour nous sommes, nous, êtres de chair, mis en données. Chaque jour nous produisons, en nous déplaçant, en communicant entre nous, un nombre incalculable de traces qui sont stockées, analysées, réutilisées. Chaque jour nos faits et gestes sont traduits en données, dont l’agrégation et le sens final nous échappe. Nous sommes identifiés, catégorisés, sondés, profilés, pilotés. Notre vie s’écrit ainsi toute seule, comme de l’extérieur.
C’est un constat. Il serait angoissant, désespérant, si nous n’avions pas toujours nous aussi la possibilité d’écrire notre vie. De reprendre la main sur les catégories. D’en jouer. Cette fiction a ce but. Jouer avec les données au petit jeu de l’arroseur arrosé. Écrire les données qui nous écrivent. Refaire pour de faux leur grand travail sérieux d’analyse et d’objectivation. Et ainsi, apprendre à lire cette nouvelle écriture dominante qu’est l’écriture par les données. Car toute écriture est un pouvoir qu’il faut savoir comprendre, qu’il faut vouloir prendre. »

S’emparer des objets, reprendre la main. Peu de trêve dans cette revue de détail : Tout objet peut y passer, plot poussière ou logiciels étranges, tous sont questionnés pour aussitôt s’approprier la question, qu’ils vous retournent, modifiée.
Le transfert opéré par Cécile Portier dans ses textes & travaux satellites, n’est que pas de greffe du chiffre, du code, des marqueurs, des dispositifs techniques, dans la langue littéraire, ainsi que le pratiquent le cut-up, le remix, voire certaines formes de littérature standard, narratives-et-puis-voilà : la greffe est réversible, le courant y est circulant. C’est le littéraire, cette appropriation hybride (sensible & intellectuelle ; analytique & poétique ; du visible & de l’invisible ; enregistreur & métaphore, etc.) qui vient s’immiscer dans la mise en données, en chiffres, en équation. C’est le monde vu de l’esprit, c’est à dire d’un amalgame de chairs irriguées par du sang, d’une machine efficace & gluante, par où passent, d’où opérent, nos afflictions, joies infinies, terreurs nocturnes.

« Soit. Toute écriture traduit une volonté d’ordonnancer le monde, de le maîtriser. Toute écriture compte. Tout langage est un chiffre. Mais justement, le chiffre est cette élaboration sur le réel qui contient en elle-même son échec (sa ruse ?). Au fur et à mesure qu’elle propose une intelligibilité de son objet, elle devient elle-même objet, possiblement opaque et inintelligible. Et qu’est-ce qui se cache dans cet échec, dans cette ruse ? Se cachent ici notre désespoir, mais aussi notre liberté. »

Il s’agit, comme elle l’a dit ailleurs, de faire des trous.
Des trous dans la dite transparence, ordinaire, lui en remettre de l’opaque, de l’obscur, du mal fichu, du déréglé, du : sensible.
Déchiffrer.
Déchiffrer pour n’expliquer rien ou presque, ou autre chose que prévu, déchiffrer pour agrandir.

« Notre réalité est cette sorte de crabe, très adapté, très véloce, qui bouge mais ne se déplace pas, au mieux opère t-il quelques esquives latérales, mais surtout, ce qu’il fait, c’est s’enfouir, (pour se confondre, pour nous confondre). »

Traque traces est né d’un travail avec des jeunes des quartiers dits « sensibles » (comme l’adjectif résonne alors, soudain, tout autre, chez Portier), du Nord de Paris, des jeunes avec qui il n’allait pas être facile d’entamer discussion. Pour ce faire, Cécile a, un jour, littéralement, « vidé son sac » : ouvert le dit sac de femme plein de ses bouzins, technologies et accessoires, puis proposé de nommer ce déballé, le questionner et de le faire chacun à son tour.
L’expérience est exemplaire de ce double mouvement. Chacun vide son sac, regarde, & agrandit le spectre ; chacun déballe & regarde autre, grand angle. Chacun perce quelque chose. Chacun déchiffre quelque chose. Chacun est bougé comme une chose qu’on déplace & chacun irrigue un objet, l’incarne.
À l’instar des textes de Cécile Portier, densément troués, son œuvre se délivre en étoiles, en cercles, sites.

« Voilà le geste que je tente d’opérer : la préhension, le retournement. Pour que notre réalité cesse d’être évidente, qu’elle se donne à voir pour ce qu’elle est : un objet poétique (car qui niera que notre crabe est beau ?), un objet politique (car qui ne voit toujours pas, après ce retournement, ce que le crabe contient de volonté de prédation ?). »

Vues de l’esprit.
Voir de l’esprit.
Poésie pour pouvoir.

Trente-deux | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Collectif


(Ceci n’est pas un billet promotionnel), ai-je été à deux doigts d’intituler ce billet, après avoir été à deux doigts d’en faire un (billet promotionnel), d’annonce de nouvelle année, parce qu’il en assumera certaines des fonctions (de billet promotionnel, d’annonce de nouvelle année), à savoir :  claironner la parution simultanée de deux revues magnifiques auxquelles j’ai joyeuse fierté d’avoir contribué. Mais il le fera de biais et en multiples de 99 signes. & surtout s’attardera sur le fabuleux hasard, la coïncidence de ces deux parutions ce même jour, & ce qu’elle me dit de quelque chose sur quoi j’ai souvent à bredouiller pour m’expliquer – mal.
Mardi dernier, par exemple, commençant cet atelier d’écriture à Châteaubriant, atelier initial, en papier, séance « classique », mon standard de démarrage de cycle : énonciation des quatre principes après présentation brève de mon trajet & de ma pratique. Mardi dernier il y avait tempête, & pluies denses, & trafic à l’avenant, & poids lourds en nombre – j’ai donc entamé ma causerie en retard, essoufflé – ai buté sur un point, dont je ne crois pas s’il soit faible mais, assurément, problématique : mon statut d’auteur. Le disant vite & mal : j’anime des ateliers d’écriture parce que : j’écris. Je publie peu mais : j’écris. Publie surtout collectif mais : j’écris. & ce que je ne peux articuler clair car ce n’est ni l’heure ni l’endroit, c’est que je n’en rougis pas, au contraire, de n’être pas un écrivain, au sens propre ou académique du terme, d’écrire surtout avec les autres, dans des mouvements entrainants – & que j’y apprends de l’autre et y affirme & confirme mon lir&crire – tout comme, en somme, en atelier.
Merveilles pour moi ce matin, avant d’aller causer, cette après-midi même, avec Catherine Lenoble, de tout cela, des rapports d’entrainement, de lir&crire en numérique, de lir&crire en atelier, de participer, d’inviter, de répondre, d’éditer :
-De pouvoir annoncer qu’elle existe, & sera diffusée ce soir, la concrétion matérielle de ce qui secret, deuxième édition, relecture collective de ce qui fut écrit par élans & concaténations collectives, sur le blog de la revue (devenu le site cequisecret.net, pour amplifier encore ces stratégies de capillarité, & l’assumer à plusieurs), où j’ai écrit AVEC les autres.
-De pouvoir donner le lien vers le très beau huitième volume de d’ici là, revue animée par Pierre Ménard sur publie.net, La forme d’une ville, hélas ! change plus vite que le cœur d’un mortel, un livre numérique collectif, aux textes sons images entrelacés par hypertexte, en si large et forte compagnie (60 auteurs, non des moindres : de Jeanney à Pennequin en passant par Vincent, Berlottier, Suel, Grossi ou Portier – auteurs, hommes femmes dont travaux et personne m’importent).
& merveille de la coïncidence, d’un début d’année qui sera placée sous le sceau de cet autre collectif, Instin, dont est à lire le calendrier, ici même.
& merveille d’affirmer que ce hasard n’en est pas un, que les signes s’organisent intelligent, que cela signifie fort, qu’il y a de quoi poursuivre, qu’il faut : collectif, i.e : ensemble, i.e comme un ensemble, ouvert, mouvant – vivant.

Trente-et-un | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Passer

Une autre journée déjà de passée, depuis cette journée professionnelle, riche de forts enjeux personnels — je remercie mais pas ici, l’ayant déjà fait en privé, celles & ceux qui ont contribué à son existence & son (excellent) déroulement. Elle a eu lieu en un lieu de vie (une bibliothèque, un lieu de vie, ceci fut dit) & fut une journée de vie.
Essentielle, cette question de vie, de force désirante, quand la peur (ou l’avidité, son employeur) partout gagnent – essentiel, l’affirmant me reviennent :
Du off Let’s go, rock’n’roll, me glisse Hervé Le Crosnier avant d’envoyer son solo : cette introduction, lumineuse (comme en bonne réponse à ma commande : j’avais dû lui dire : éclairante), durant laquelle il a fustigé l’industrie musicale, en militant du libre échange qu’il est (se laver ici les oreilles pour bien entendre, dans l’expression libre échange, les deux mots associés, a contrario de leur usage ordinairement médiatique, oxymorique, celui de la doxa du Marché, ce ni libre, ni échange). L’échange libre de HLC, c’est celui des lycéens que nous avons été, chacun à son époque, qui échangions des cassettes (disparues elles de longue date, pas leur effet), partage d’accès de pauvres passionnés (comme le sont toujours les passionnés, trop pauvres toujours pour tout acheter), accès fondamental & partage formateur : combien sommes-nous dans cette salle, ce jour-là, pour qui de telles atteintes, pauvres atteintes, au copyright, constituèrent le début de quelque chose, de quelque fièvre fondamentale, de ce désir d’accès qui fit de nous, plus tard — des adultes engagés, créant, passant ;
Du on — j’ai moi-même (& ça compte, pour vous & pas que vous, ces jours-là, les premiers mots), introduit par quelques phrases d’Emaz, dans Cuisine (à paraître chez Publie.net) :

« Première fois que Le Monde ne fait rien sur le marché de la poésie Place Saint-Sulpice, même pas l’indiquer dans un coin, rien. Idem sur France-Culture. Poésie devenant invisible dans les médias, mis à part L’Humanité et quelques revues. C’est pour cela que le choix n’est pas pour ou contre internet, c’est le net ou rien… »,

Emaz qui nous aura suspendus, en conclusion, happés par ce grand silence de sa voix disant ses textes, tout simplement ou presque — presque : car de voir son tapé de pied, en toute fin, détail aperçu, ce tremblement dont rien n’affleure durant lecture, mais tremblement d’où tout remonte, la tension belle, l’autorité (réelle, humble, pas sa mimique en singe savant qu’on croise trop).
Heureux donc ce soir-là & depuis & pour un bail, d’avoir œuvré à permettre que ces voix s’entendent, se succèdent en échos & contrepoints, bibliothèques & peaux de lapins — le 3 fois rien qu’on fait dans ces cas-là, leur tenir bien le micro, en somme, à ses invités, j’affirme et jure qu’ils résident (comme la typographie, art de se rendre invisible, dixit encore Le Crosnier), ce 3 fois rien & son bon dosage (pas 2, pas 4, juste : 3 fois rien) au grand respect d’à qui l’on parle & de qui l’on écoute, un respect travaillé depuis loin, puis agrandi par ce désir, de passer, de faire passer, de passer le faire-passer.
Passer le faire-passer, s’y tenir, droit, dans l’ouvert. Tenir sa basse, léger retrait, puis : go, rock’n’roll – journée de vie (de vie enrichie).

(La photo est d’Olivier Tacheau)

Trente | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : technique

Un apport-base, de la dite bascule, à cette pratique qu’elle envoie valser, qu’elle, oui, bascule (à savoir, l’atelier de faire-lir&crire), se situe dans le nœud entre la question technique & ses implications formelles — à cela mille exemples : comment j’insère un lien, comment je taille et pose une image, comment je la titre – & tout ce en quoi ça travaille, perturbe, bascule, le geste d’écrire. Ne pas exagérer : pas mille exemples, deux ou trois, dans mes propres dossiers, la bascule entamée de fraîche date, des dizaines, dans ceux de mes pairs & devanciers, François Bon, Pierre Ménard : qu’il s’agisse d’interroger la documentation gigantesque, aléatoire (ou pas) de Google Street & d’en tisser récits puis récit de récits, chez Pierre ; d’ouvrir un Google doc à dix, puis vingt, puis openaccess via twitter, chez François (& voir alors devant soi l’écran écrire, le texte bruire comme organe mouvant, immense frisson, inoubliable trouble de la perception, fondateur d’on ne sait pas encore quoi, mais fondateur assurément) ; ou d’épuiser le récit d’une journée générique, comme Perec fit d’une place de Paris, par le prisme seul des connections & de leur conditions ; il me semble que très vite le problème technique (ce problème concret de faisabilité : angoisse d’accès réseau, que tout le monde parvienne à se connecter), le problème se fait ressource. La question de le faire web, ce lir&crire partagé, ne s’envisage pas sans que le web en soit le cœur, le vivant.
La technique est le problème & la possibilité.
Il y a bien plus qu’un glissement vers un autre support (de la page vers l’écran) — glissement qui déjà en porte, de la problématique, vigoureuse, (quelle inscription, où marquer ma trace, comment se marque mon geste, dans quelle mesure mon corps se déplace-t-il, etc).
Il y a plus que l’enjeu de publication immédiate et illimitée (pas bornée à l’espace de cet atelier) — lui-même déjà très porteur.
Il y a accumulation de micro-usages & micro-mutations, minuscules coudes accumulés inconsciemment : du format d’un tweet à l’insertion d’un lien, ces ruptures modales, ces entailles dans le geste génèrent des ruptures formelles & de condition. Deux ou trois exemples à ce jour, bien plus à venir, un atelier en ligne provoquant cette obligée invention (ce bricolage), depuis le lir&crire en ligne — la littérature (Perec, cette fois, Claude Ponti lundi prochain) on & off line devient alors aussi une ressource, essentielle, d’appréhension (par expérimentation) de tout cela de mes & nos usages du monde qui bascule, a basculé, basculera encore.

Vingt-neuf | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Bascule

& puis cette bascule, récente et comme soudaine alors qu’attendue, depuis le temps que mon activité, mon lir&crire (multiple) s’éploie en ligne & liens & chaque jour un peu plus, depuis ce temps plus long & perdurant que j’en anime, des séances d’atelier — ateliers de faire-écrire (de faire-lir&crire, plutôt) : de nouer enfin les deux, de faire atelier en ligne.

Atelier de lir&crire en ligne, Qu’est-ce à dire & qu’est-ce qui change (mais continue) ? Se réunir dans une pièce, avec ordis, & connectés, & un blog monté, & l’accès partagé : cela posé opérationnel (c’est déjà du travail, là se nichent questions où cristallise l’angoisse), de là causer lire lancer, faire écrire &, c’est la même,

Mais — commençant par l’énoncé de ces principes, déjà évoqués (au nombre de quatre, dont deux sont doubles), se présente à moi, cheminant dans mes mots, ce qui, dans ces principes, change. La rectification d’un seul des quatre (même pas double) fait levier. Ce qui d’emblée change, conséquemment, change tout, autour. De ces principes réitérés, celui qui prend ici la mouche, se cabre, crisse, c’est la confidentialité, remise en cause par la publication (de surcroît, immédiate).

Elle est ainsi, ni effacée, ni oubliée — puisque nommée &

puisqu’en partage sont posées son impossibilité (apparente) & son absolue nécessité (l’absolue nécessité de ce qu’elle permet : clause de confiance & permission du littéraire). Conflit nommé, & partagé.

Ce que permet ce conflit, flagrant, entre une nécessité & son impossible assouvissement, est résolu par : fiction.

& par recours aux techniques — écrire est inséparable de ses conditions d’expérience & formulation — jusqu’en belle surprise : les neuf étudiantes de cet atelier Poieo.num ont ainsi, vite, trouvé l’astuce, la béquille de confidentialité : l’option pseudonymat des signatures du blog wordpress que nous construisons ensemble.

& cette façon de ruser, bricoler, pour s’autoriser, s’inventant une identité neuve (littéraire, numérique) est manière de, jouant, tâter, examiner, considérer la si fragile importance d’être : auteur.

Vingt-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf | Principes

Dans la vie j’ai des principes,

j’aime à me le dire & sourire du working class hero qui sommeille profond, on m’en a oui inculqué des principes, une histoire d’éducation oui, c’est ainsi :

Dans la vie –d’un atelier–, j’ai des principes.

Dans la vie de notre atelier, entamé-je de systématique façon, premiers mots premières minutes première séance d’un cycle ou stage, nous fonctionnerons selon quelques principes, lesquels je vous donne & auxquels je vous propose d’agréer : ils sont au nombre de quatre dont deux sont doubles, qui pour autant ne font pas six, il y en a quatre dont deux doubles, c’est ainsi, oui. Ces principes, continué-je, m’ont été inculqués durant ma première partie de vie professionnelle, par Cathie Barreau, & j’aime à n’y pas déroger. Ces quatre principes dont deux doubles –j’y viens– j’ai plaisir à démarrer par, car je ne les récite pas, voire : il m’en quasi manque souvent un, car je ne les énonce jamais dans le même ordre. Répétition à l’inexact, jamais à l’identique : le principe, même en sa fonction phatique, de ce discours introductif, est de s’inventer sur un thème maintes fois joué, pour se perdre un peu & ainsi démarrer, déjà, ce qui sera de la recherche, cahoteuse. Ces quatre principes (dont deux doubles) sont donc, & ne pas assimiler cet ordonnancement dans l’énonciation à une hiérarchisation, merci : le droit à l’erreur, le droit à la parole (au silence), le droit de ne pas écrire (ne pas lire), la confidentialité. Les parenthèses sont tout sauf simple détail ou précision : le droit au silence n’est pas que de quiétude & discipline de groupe, il est surtout & avant tout & seulement, silence,

& ce qui vient dans ce silence, il préserve du tout-expressif, nous ne nous dégoulinerons pas dessus & personne ne prendra pouvoir ou place, y’a rien à prendre, nous déplacerons, nous désaisirons. Le droit à l’erreur c’est pour forcer à l’expérience, y aller, rien ne vaut d’autre. Le droit de ne pas lire c’est comme silence mais je le sonderai, préviens-je, timidité toute naturelle on passera outre, vanité du pas-trop-bien on oubliera, pas là pour faire joli – surtout pas. & puis la confidentialité, clause de confiance & permission du littéraire : rien de ce qui vous écrirez ne sera véritable, rien ne sera un aveu, même un aveu on ne peut plus aveu qui s’avance habillé en aveu sera tout autre, toute énonciation du monde réel :un inventaire une liste un récit de votre journée la description d’une pièce, tout basculera fiction sitôt énoncé dans une forme s’élaborant.

Ça prend vingt bonnes minutes, jamais je n’y réfléchis avant lancement, mais combien dans l’instant qui va suivre, & durant leur première écriture, je reviendrai sur mes pas, traverserai la courbe unique, jamais pareille, qu’a pris le discours de ce soir, ici, avec eux, elles.

& dans les cheminements les courbures les cernes de ce discours, repris varié depuis dix ans facile, en travers, je prends quelque mesure du temps qui dans moi passe.

(source de l’image : http://www.flickr.com/photos/etienne_valois/4061014986/sizes/m/in/photostream/

Vingt-sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dehors dedans

Séances 2–3 : Le dégel accompli, ce premier geste (non le moindre : écrire) opéré, nous continuons : rejouons : relançons. Nous entrons en littérature par la liste, par celles des Notes de chevet de Sei Shonagon, texte exemplaire de ce que la liste, en ses principes et modalités, peut détenir de & du littéraire, de vaste & sensible, de minuscule et signifiant. L’index final du livre, une fois que je le lis à haute voix, apparaît dans sa dimension méta, comme une sorte de liste des listes). Je leur propose d’en extraire deux, topées à la volée, au fil de ma lecture, puis d’écrire ces deux listes contrastées, en vis-à-vis : Choses magnifiques, choses dont on néglige souvent la fin, Fleurs des arbres, Sources chaudes… De liste à inventaire : vient Nathalie Quintane & sa « chaussure », manière de relevé tous azimuts, qu’on déplie de la façon précédemment expliquée – sans passer par la case DeLillo (ne pas nous alourdir, ici).

Le texte amorcé par « Quand je pense au mot chaussure » déclenche la machine à souvenirs, & le contrepoint descriptif (il est demandé de décrire la paire de chaussures portée en ce moment sans jeter l’œil sous la table), génèrent : quelque chose se fabrique, nous sommes dans un récit du monde – et que l’une en vienne à parler, sans métaphore intentionnelle, de technique de pose du pied, et de bien marcher qui s’apprend, pour moi : nous y sommes, quelque part où je voulais qu’on tente d’aller.

Qui rend possible l’exercice ardu à l’orée de la séance 3 – marche : inventorier ses déplacements, quotidiens, dans cet espace clos – lequel fait râler encore, qui ne s’en serait douté, mais constitue le pied d’appel de la marche idéalisée qui suit – laquelle se conclut par la tentation paysagère, via Michaël Batalla, ses poèmes-paysages & la question induite : comment rendre du paysage, comment le poser sur la page &, le posant, poser aussi du mouvement de l’œil et du flux de conscience avec ? Difficile, voire impossible, le passage à la fiction, je l’ai dit – mais ce détour, en ses batailles même, nous a mené dehors : ce qui s’écrit, avec peine, ce qui se refuse & contre mais, balbutiant, s’écrit, c’est un peu du monde rendu audible : ni nié, ni idéalisé – le clivage enkysté ô combien logiquement, entre dehors & dedans, sans être annihilé, ni même gommé (on n’est pas magicien, non plus qu’on n’est docteur) : juste contourné, relégué – instant suspendu en dessous du dedans, en dessous tumulte & rages.On n’est pas dehors, on n’en est pas plus près, juste : une infime parcelle de dehors est entrée. C’est minuscule & signifiant.

Vingt-six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dedans (2)

Parler allez, se présenter (incapable de se souvenir de quoi de comment, ce passage-là de cette fois-là c’est : parole intelligible, a priori, sur le coup, mais rien que matérialisation en mots de force désirante : les mots filent et sitôt dit, c’est parti ailleurs).
Ceci dit fait sitôt proposer, engager, donner à faire : Séance 1 : – je propose des livres, un vrac étalé sur la table, le tout-venu de la bibliothèque de la maison d’arrêt, consigne : flâner, feuilleter, ouvrir, refermer, aller, venir, enfin en choisir un. & lire : à haute voix, une page, juste une page, de son choix. C’est quasi rien, c’est : y aller.
Le choix, leur choix, importe peu, c’est de procéder au choix qui compte (un peu comme les textes ci-produits : compte plus, pour moi, l’énergie motrice emballée, le principe de production, que le produit d’un atelier). Les choix, je leur dis & j’insiste, vous choisissez, c’est vous qui, le rien à faire qui sera fait c’est vous c’est à vous de, allez (travail dans l’ouvert, mon jeu n’est pas caché à la vue). Elles les enchaînent sur cette page de leur choix : choix d’une phrase, choix de mots, choix d’autres mots, encore, dans les textes lus par les autres. Ensuite : écrire une phrase comprenant plusieurs des mots relevés (choisir l’ordre et l’enchainement de ces mots, donc : composer); puis un texte dont cette phrase soit l’incipit et l’autre phrase relevée l’excipit. & puis finir (un choix). & puis, retournement : quand c’est fini, vous continuez, non, là, vous n’avez pas le choix, vous devez continuer.
Elles râlent alors & :
Y vont. Plus ou moins mais : y vont, de leur quelques mots ajoutés : commentaire, râlerie, rallonge – c’est histoire de. Histoire de continuer, de faire après avoir fini de faire, après avoir bouclé, bâclé même : les choses s’enchaînent, elles ont des conséquences, ces trois fois rien qu’on pose y vont, ils comptent.

Ving-cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dedans (1)

Dedans donner du dehors, simple à dire pas à faire, d’autant qu’il y a des enjeux compliqués, qu’il faut délester d’autant d’a priori que possible – de mon côté, les a priori, du leur je ne sais pas, continuerai de ne pas savoir : ces entreprises-là, le redire, nous n’en mesurons pas l’efficace.

Dedans aller dedans rentrer pousser les portes enfin, non : attendre, un temps jamais déterminé, qu’on vous les ouvre qu’on daigne, on m’avait raconté l’attente, oui. Attendre et voir – comme c’est opaque.

Perdu. Dans cet espace infini, tout est au plus confiné, de ce fait, couloirs après couloirs, perpendiculaires et obliques successives, tout se confine à mesure, se resserre –

& ce resserrement de l’espace joue sur le temps, l’épreuve du temps s’étire – ce n’est pas le temps, c’est l’épreuve du temps qui s’étire, c’est l’expérience d’ensemble (temps, espace et mon corps là-dedans) qui vous rend malléable, désagréablement malléable & perméable aux agressions – celles d’au-dessus du dedans qui couve celle d’en dessous du dedans qui elle voudrait sortir, oui, qui du moins voudrait ne plus être dedans.

Dur, d’y porter du désir. Il s’effrite dans ces couloirs & attentes de couloir & d’alarmes & d’autorisations, dur de donner du dehors – le web déjà on ne le laisse pas entrer, alors c’est beaucoup moins du dehors qu’on peut imaginer y porter, dedans.

C’est long, ces quatre cinq portes couloirs allées courettes avant que – avant d’enfin entamer un discours (dont toute forme préparatoire a été absorbée par ma grande & malhabile crainte de tout cet environnement-là), dont on peine à dénicher les tenants, alors pour les aboutissants.

On donnerait bien du dehors, oui – mais une immense partie, l’indicible partie, l’évidente, ce souffle du dehors qu’on ne sait plus qu’à chaque instant (dehors) on porte, eh bien on ne l’a plus, dedans – on l’a perdue dans les couloirs, ou, secret espoir, laissée dans le casier avec téléphone & tablette.

& puis : dedans dehors – paroles.

Vingt-quatre | sur | Quatre-ving-dix-neuf : Traduire

Traduire est impossible mais nous y assistons quand André Markowicz nous parle, me redis-je au moins une fois par semaine depuis que j’ai entamé la mise en ligne hebdomadaire de ses textes inédits – une série qui s’intitule Un entretien aléatoire, qu’il m’est heureux de tenir entre mes clics, d’indenter au pixel (à la main ou quasi), puis mettre en ligne dans leur bonne forme (merci ici à Joachim Séné pour le code utile).

C’est impossible, mais alors : pourquoi, pourquoi donner tant de temps & d’énergie à cet impossibilité-là ? Plutôt écouter mieux & entendre (en écoutant mieux, on entend) : traduire est un impossible. Un nécessaire impossible.
Comme, en somme, cette autre quête, autre impossible : écrire.
Traduire alors, c’est : écrire.
& tout serait dit, une bien éloquente égalité posée là, déclamée. Traduire c’est écrire, voilà, voix fermement convaincue, puis : voilà. Mais bon.

Mais bon, traduire, c’est laborieux dans son effort, ce demande de : s’arrêter sans cesse, en même temps que se de laisser aller sans cesse, dans le mouvement de la lecture, ta-ta ta. C’est un mouvement d’empêchement permanent, sous la menace de ses propres scrupules. Traduire serait lire et écrire mêlés comme jamais, ou comme toujours ils devraient l’être mais ici : indissociables, ici, attachés, siamois, donnant naissance à ce phénomène-créature curieux : un lirécrire obligé. Je lis ce que j’ai déjà lu, dix fois lu, mille fois lu, & en même temps : je l’écris, je l’invente.

C’est un insoutenable équilibre. & si André Markowicz est unanimement reconnu comme le plus grand traducteur de la littérature russe, donc : le plus insoutenable équilibriste, c’est qu’autant passionnément il lit – posons qu’un peu la lecture est mémoire – qu’autant passionnément il écrit – posons qu’un peu l’écriture est devenir –.

Cette chronique d’inédits, il m’en dit entre deux portes que: «installer une conversation avec je ne sais qui — mais quelqu’un… ». Parler, toujours. Déclamer, chuchoter, hêler, chanter. Parler, plus que seulement dire.

André Markowicz parle, hoche la tête en ta-tatata, reprend non, tata-ta, nous regarde, s’insurge, rit, nous passe de cet impossible, la poésie romantique russe, c’est-à-dire Pouchkine, mais pas que, mais aussi plein d’autres, mais déjà Pouchkine pour un Russe c’est plus que tout, alors ça fait beaucoup. Nous passe de l’impossible car simplement nous sommes là. Nous écoutons, écouterons, comme mis en soif. Car cet impossible, cet insoutenable équilibre, on y bizarrement flotte à l’écoute d’André Markowicz &, tendant l’oreille, c’est comme notre œil qui s’ouvre & s’éveille. C’est un impossible, c’est assurément nécessaire. Écoutez, lisez.

Vingt-trois | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : remuer

Un site. De littérature : du flux, et du fond. Ce que je martelais, zigzaguant (zigzags de notre parole, son flot heurté, lorsqu’elle est plus ou moins publique et entraînée, remuée, par les mots autres assemblés en intelligence), aux amis remueurs autour de la table du centre Cerise, durant cette assemblée générale de l’association qui régit le site remue.net.

Flux et fond. Non que la formule soit définitive, inoubliable – non, me resteront le pont entre l’ancien et le nouveau monde de Laurent ou notre seule ligne éditoriale est l’exigence d’Éric, mais mon doublon flux & fond, je n’en doute, mutera en autre, plus ramifié et plus précis. Mais il n’empêche, que, sur cette différence-là, je ne cesse de m’ébaubir, en plaisante surprise toujours renouvelée : cette aisance d’une architecture web à s’éditorialiser en capillarités m’émerveille réellement, concrètement, comme émerveillent les premières publications, bascules en un clic d’une esquisse-chantier à un article publié (émerveillement dont il demeure toujours une trace, chaque publish en appelant à ses ascendants). Le simple fait qu’un site, comme remue, recèle plusieurs milliers d’articles, rassemblés en dossiers, ou rubriques, ou revues & assemblés encore autre par liens internes & mots-clés, peuvent se lire (& être rappelés, ou modifiés) en ordre chronologique ; & que toute url ait sa place unique quand tant de chemins peuvent y mener, qu’il ne tient qu’à nous de tracer ou défaire : le web, en somme, en son architecture expansive (solide & fluide, fond & flux).

Ce qu’il apporte au geste éditorial, ce qu’il enrichit par avance, qu’on commence juste d’explorer.

Le livre enrichi, le voici, c’est un site.

Vingt-deux | sur | quatre-vingt-dix-neuf : Confère

Il y a en ça comme en toute chose un avant, un après. D’avoir parlé de ce qu’il faudrait en entier on n’en rêve pas, nulle envie d’ailleurs d’être entier, d’être rassasié. D’avoir fait tous les liens, glissé habile, passements de portes sans racler rien, du flow à une touche de balle, on en rêve peut-être un rien plus mais sachant bien qu’on rêve, que ce rêve de texte dicté par les sens (par tous les sens, ensemble) et formulé mature, il nous tient à la barre au boulot l’œil avide, rivé sur tous les mots, siens, autres – il demeure un prétexte.

De se dire qu’on a parlé, que ce n’était pas si sot, qu’on a passé les portes, certaines à soi-même essentielles, en raclant certes un peu mais : rien d’impardonnable – on reprend.

Au départ, la question posée par cette journée pro à Rennes me perturbe, communication de la littérature, j’entends Versus : lisant communication, pense « de masse », sors mon gourdin : il y a un inconciliable, là-dedans, il y a conflit dans les termes &

& ce conflit-là m’intéresse.

J’entame. Lis le poème intitulé pour le 19 avril, d’André Markowicz, mis en ligne le matin même, comme chaque semaine, qui se clôt par « il reste leurs / voix éclatées sur la / pierre râpeuse / et la surface lisse de / l’air, élément second. » Je parle de fb, de tw, des statistiques inspectées en aval, de la nécessité pour moi chaque fois relancée de faire entendre cela. Je cite ensuite Kafka, « Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous», exergue tatouée sur l’envers de mon front tant je l’ai vu gravée sur le premier remue.net, depuis des années. Parle d’irréductible. & de l’ailleurs absolu que c’est, de l’antithèse du publicitaire & des slogans en viatique : tout cela ne positive pas, décidément pas. Et que la mettre en ligne sert la littérature, en la donnant à lire, publique ; que l’agglomérer constitue ressource (une arme) ; et réservoir pour relancer. Et que là où l’on nous serine nouveauté, rupture, basculement (travaillant la peur pour stimuler les business appariés), j’y vis continuité : continuer de rendre possible l’émergence du texte, encourager à sa lecture, encourager les multitudes de textes, de lectures, & dans la multitude encourager au choix, aider, ouvrir, passer.

Se sentir apaisé, en accord – mais savoir, par avance, qu’on le sera bien moins, & qu’il nous hérissera nous horripilera (ses mots pas où il faut, ses phrases interminées), le type qu’ils ont enregistré.

Plutôt : écrire (continuer. Reprendre.)

Vingt-et-un | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Papier

Le fait : d’inscrire les textes écrits en atelier sur un autre papier que l’originel, la feuille qui s’en allait où elle voulait sans qu’on ait à juger ni aucune envie de, nourrir un tiroir faire verso de liste de courses ou marque-pages, demi-cocotte, oublié ou censément sans vraiment y parvenir puis enfin perdu de lui-même, qu’on regrettait alors (puisque perdre les choses sert à ça, regret nous fiévrant plus que possession) à savoir : cette pelure valait relique, signait que ce qui s’était écrit ne valait pas tant en soi que pour l’avoir été, écrit. Le fait : de publier, d’aller prétendait-on, plus loin, de passer au livre. Mais passer au livre mentait, prétendant augmenter ce qui ne valait que potentiel – me disais-je, me redis-je avec force & conviction accrues par ma perte, avérée, d’usage du dit papier, lequel ne me sert plus autre qu’à listes & listes de listes. De mettre en un livre des textes d’atelier mentait, défaisant les textes & l’atelier.
Quand il a fallu y retourner, hors délai, hors usage, faire le recueil, parce que (ce parce que je l’entends mais obstinément refuse de le comprendre, la tête hochant de droite à gauche pour NON en serinant Oui, oui). Frappe des textes et corrections et sélection, toutes opérations dispensables mais obligées. J’ai martelé : tout expliquer, donner le contexte et ses bords, ses limites et ses creux, juste : préciser quels gestes ont mené à quels endroits, & quoi présida à ces gestes. L’écrire, en des pages & des pages, trop – bien trop peu. Mais qui réduites à quelques lignes, ne rendirent plus que rien ou presque. Un bris de geste. Une boulette pour une cocotte. Un post-it encadré. Un sourire un peu désolé.

Vingt | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Un évitement.

Re. Pour continuer il faut reprendre : les événements qui ne font pas fil, leur cours dont l’écoulement ne fait pas fleuve, il faut reprendre & simplement & seulement s’y remettre, relancer la machine corrodée par toutes les pluies d’un tiède été, s’y remettre comme si la veille c’était tout près, comme si la veille datait d’hier & non d’il y a tant de semaines, repartir comme si nulle stase, alors que se sont refermés les dossiers, finis : finis les ateliers en prison (mais ça n’en finit pas comme ça comme d’un claquement de doigts, non, à coup sûr on y reviendra), les débats à La Baule & finies les vacances même glissées entre, fini tout & qu’on a repris, travaillé : travaillé à préparer le terrain du travail prochain en classant pesant jaugeant les sédiments du travail récent. Cette bizarre fluidité, grumeleuse, enlaçant les projets : laborieusement achevés dans l’ombre naissante des projets à venir, et les projets : à venir, dont la pièce maîtresse on la trouvera, se rassure-t-on, dans la résolution des achevés. Reprise sans qu’il y ait eu déprise, en somme, l’endroit juste laissé en jachère, puisqu’ayant aussi écrit ailleurs : cet article tout en strates, éloge à DeLillo qui m’est si cher, m’a valu un évitement : je n’ai pas simplifié ma tâche, j’aurais pourtant pu en : citant Houellebecq, qui un jour affirma quelque chose à propos de la mort qui serait un bruit de fond permanent pour nos vies contemporaines, semblant sans le citer résumer Bruit de Fond du dit Don DeLillo : citer m’eût simplifié la tâche, gagner quelques heures de compulsives recherches au cœur du livre et de ma mémoire pour n’au final dénicher que ce passage bien moins catégorique: «–Et si la mort n’était qu’un son ? dit-elle./ –Un son parasite. / –Un son que nous entendrions pour toujours, tout autour de nous. ». Je n’ai pas cité Houellebecq, j’ai évité : par mauvaise foi peut-être (sans doute) (sans le moindre), comme un ado revêche qui refuserait de porter des marques ; j’ai choisi de ne pas, par désir d’enfouissement, pour me replonger dans le livre (désir comblé, j’y suis allé et ne cesse d’en retourner les terres depuis) ; j’ai évité Houellebecq et son arrangeant résumé pour autre chose, aussi, dont on n’a l’idée qu’une fois qu’elle s’est écrite : qu’en l’occurrence, résumer, clarifier, simplifier, n’aurait facilité qu’une fuite, n’aurait rien résolu (juste : aurait fait mine). J’ai cité, évoqué, cité & recité Don DeLillo, quitte à m’y perdre &, par cet évitement confortable (à sa façon), n’ai pas résolu beaucoup plus, mais m’y suis perdu plus juste.

Dix-neuf | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Fiction

En transit tram puis train vers Orléans où se déroule, au 108labomedia, le stage « Ce qu’Internet change au récit du monde », de François Bon, pour Livre au centre, & me raccrochant, via les flux, avec retard, aux réalités arpentées là-bas cette matinée, je me décroche de celles -qui me font chaque fois papier de verre, frottements récurrents, de ma séance d’atelier d’écriture en prison. Deux flux inverses qui communiquent, via cette contrainte géniale et simple proposée par François en atelier à Labomedia : faire fiction brève dans la case à propos de son blog (d’un blog monté spécialement pour l’occasion, d’un où transcrire l’expérience et les textes de ces deux jours de stage).

Je m’y colle sitôt mais sitôt forces de reflux, celles de la barrière fiction, ce matin en atelier – de la difficulté à produire récit en marche d’une marche rêvée, puis panorama, poème-paysage. De leur entrave, de leur rétivité, ancrée lourd, à l’imaginaire – leur redire alors que ça se produit, se fabrique, de l’imagination, c’est possible, que les mots nous servent tant à transcrire du réel qu’à le tordre, justement. S’échiner un peu, ce cap on sait on le sent, tangible, est important – & quelque chose passe, de l’énergie aussi qu’on y met, le quart d’heure de silence qui suit nous aide à le croire – car la séance avait été jusque là tendue [effet été en taule bruit de travaux dans la cour, etc].

Les textes lus ensuite, pour partie hors consigne (mais prolongeant, creusant, pour certains, la consigne précédente, si ça creuse c’est déjà largement ça), sont écoutés en grand calme : ils disent du paysage, grand et calme, non exempt de vernis carte postale, mais voient panoramique, au-delà de ce qu’elles supposaient possible. Les mots peuvent, leur répété-je, servez-vous en.

Dix-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Copie

La copie. & commencer par l’incipit. Copier du début à la fin. C’est la tentation qui saisit le narrateur de « Si par une nuit d’hiver un voyageur », d’Italo Calvino.

« Je voudrais pouvoir écrire un livre qui ne serait qu’un incipit, qui garderait pendant toute sa durée la potentialité du début, une attente encore sans objet. Mais comment un pareil livre pourrait-il bien être construit ? Devrait-il s’interrompre après le premier alinéa ? Ou prolonger indéfiniment les préliminaires ? Ou encore emboîter un début de narration dans l’autre, comme font les Mille et une nuits ?

Aujourd’hui je vais tenter de recopier les premières phrases d’un roman célèbre, pour voir si la charge d’énergie contenue dans ce début se communique à ma main ; après avoir reçu la juste poussée, elle devrait être capable d’avancer pour son compte.

Par une soirée extrêmement chaude du début de juillet,(…) ».

S’ensuit le récit du recopiage & de cet auto-engendrement, cette impossibilité pour la main de s’arrêter en si bon (et terrible, puisqu’il s’agit du début de Crime et Châtiment) chemin.

Depuis des années j’use de cet extrait comme d’un lanceur, en ateliers dits de réécriture, ateliers auxquels je n’assigne d’autre objectif que d’aller plus loin dans le texte, plus au fond, pour plus s’y perdre puis y faire plus d’écarts – écarts plus frappants, plus efficaces à laver l’œil, dès lors qu’on s’est assez profond perdu dans la forêt profonde de son texte & de ses arrière-pensées.

Dispositif circonstancié : je lis ce texte (ici amputé) à voix haute, laisse infuser les questions. Puis distribue à chacun des participants l’incipit seul d’un texte d’eux, qu’ils m’auront préalablement fourni. Proposition est alors faite de réécriture, de mémoire, de leur texte, réécriture la plus fidèle possible (c’est impossible). Plongés dans leur propre trace, ils s’affairent &, au bout d’un temps assez long pour que creusement de la trace ait eu lieu, je distribue le premier paragraphe du texte d’origine : et demande de poursuivre, séance tenante ce premier paragraphe, mémoire fidèle (impossible) – contredit par la nouvelle version en laquelle ils viennent de se lancer. Geste à nouveau interrompu et prolongé par la distribution des deux premiers paragraphes du texte d’origine, à poursuivre, de mémoire (fidèle, impossible).

Copier & re. Prendre, copier. Sur ce principe, on pourrait continuer ad libitum – cette relance interrompue, cette épaisseur ajoutée, le vertige de sa propre sédimentation – à la façon du narrateur de Calvino, qui s’interrompt « avant d’être submergé par la tentation de recopier Crime et châtiment en entier. » & qui pendant un instant, croit comprendre le fabuleux intérêt du défunt métier de copiste, lequel « vivait dans deux dimensions temporelles en même temps, celle de la lecture et celle de l’écriture ». (« Si par une nuit d’hiver un voyageur », Italo Calvino, points seuil, pages 188 à 190).

Lecture et écriture, mêlées, toujours, en palimpseste, indémêlables ?

Dix-sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : & Usage de

Faux texte, donc, cet empilement de copiés-collés. Faux texte utile. Que cet utile en blocs me soit aussi agréable, à l’œil voire à l’esprit, nous est une autre affaire. Blocs utiles. Pratiques. Utiles à fabriquer des livres, vrais ou faux livres, qui dans les deux cas seront vidés du faux texte puis remplis de vrai texte, disons : de texte véritable : suite de mots véritables constituant phrases aussi véritables, dont l’accumulation fait pages à suivre, collées cousues vers le livre. Faux livres aussi véritables, donc, aussi massifs &, comme pour aggraver encore l’affaire, en plus grand nombre que les vrais. Pas en latin, en français dans leur texte, à options : pratique, ou poétique (traduire : « joli », dans ce français dans le texte). Faux livres partout, plein nos gares & galeries, plein nos écrans, plein nos boites mail, plein nos repas familiaux, plein nos conversations polies. Car les gens en face de nous qui les lisent, les ont lus, voire les aiment, & aiment les avoir lus, ces faux livres véritables, qui en ont tout lu, chaque phrase, tous les mots véritables & français dans le texte, les gens qui parlent & à qui ça importe de nous le dire, qu’ils l’ont lu pour de vrai, le livre véritable, là, ces gens ne sont pas moins vrais que nous, n’en sont pas moins véritables – & nous le font savoir. Qu’est-ce qui change & spécifie, & classe en 800 dans la dewey ?

Qu’est-ce qui ferait littérature, dans ce texte véritable, là (derrière le carton, sous la table), plutôt que dans ce texte véritable, là (derrière le carton, sous la table) ?

Ne serait-ce pas qu’en quelque façon, ils se refusent – ne se refusent pas à lecture, Joyce n’empêchant nullement Flaubert, non : se refusent au copier-coller. S’y prêtent trop mal, nous tentant trop fort de tout les relire, revisiter, recopier.

La trace du littéraire (de son irréductible effet sur nous), dans ces livres pas plus réellement vrais que les faux, ne serait-ce pas la possibilité, voire tentation, de la copie ? De la copie manuelle, crayon souris, tablette ou bloc, coin de table ou post-it tressés ? De l’impulsion qu’ils nous donnent, du geste de la main qu’ils lancent, de cet entraînement en dépit – en dépit de la technique & ses gains, en dépit du temps qu’ils nous prennent, ce faisant.

& qu’à l’économie (de geste, de temps, de tout) ils s’avèrent, en début milieu & fin de compte : rétifs.

Seize | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Faux.


Le mot retard & son effet. Mise en abyme, forces de frottement. Le mot retard, inscrit dans ce blog, de surcroît en titre de billet, aura servi d’excuse (de facteur aggravant ?) à la pause produite – nous ne reviendrons pas sur le programme, qui prévoyait 99 (textes) sur 20 (jours), échéance arrêtée au 15 juin : puisqu’en ce jour, dimanche 12 du dit mois de juin, 15 billets ont été émis.

D’en écrire le nombre qu’il faudrait pour tenir l’originel programme, donnerait, depuis ce dimanche jusqu’au prochain mercredi : 84 textes. En trois jours. Un défi, comme ils disent. Un au-delà de la gageure : un impossible absolument (concret & non métaphorique impossible, infertile impossible, quand rien, seul, se peut). Et même si l’on tirait à la ligne plus adroitement qu’un éditorialiste en place, non, l’objectif est aboli, non : cela n’arrivera jamais.

Pour nous sauver – pour sauver la part objective, ambitieuse, manageriale, de nous-mêmes, ne restent que des solutions d’escroc, telle : faire appel au faux texte (on publie bien des faux livres), voire en générer, de ce texte tampon servant à composer, caler une page, à définir sa typo : Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit. Aenean commodo ligula eget dolor. Aenean massa. Cum sociis natoque penatibus et magnis dis parturient montes, nascetur ridiculus mus. Donec quam felis, ultricies nec, pellentesque eu, pretium quis, sem. Nulla consequat massa quis enim.

& ce faisant, ou seulement l’envisageant, nous y glisser avec plaisir, dans ce gris-là, et rire de l’imaginer se sauver de cette façon, la part objective, ambitieuse & manageriale de nous-même : condamnée à débiter des palettes de latin, du texte taillé au kilomètre, pour le remplir, l’objectif – y voir soudain un exemple, une figure, de ce qu’on nomme un défi, dans l’autre langue morte, celle de leur communication,

& rire fort de la part gagnante acculée, ridicule, à bâtir sa montagne insensée,

& se réjouir & se réjouir, de s’en réjouir.

Quinze | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Retard.

Spéculations chiffrées, au bout d’une semaine de cet exercice sous contrainte : une semaine pour 14 textes, ce qui donne 2 par jour, ce qui nous mènerait, tenant cette moyenne, à 99 billets produits en 44,5 jours au lieu des 20 initialement prévus – plutôt pariés que prévus, d’ailleurs.

Pour le tenir, l’objectif des 99 en 20 jours, il faudrait en publier encore 85 en 13 jours. Donc, la contrainte telle qu’assignée est : intenable – d’ailleurs elle n’est jamais tenue, ne l’a jamais été, puisqu’elle réclamait de faire 5 textes par jour, ce qui même au plus fort de cette semaine n’est jamais arrivé. La surprise est infinitésimale, qui y aurait cru ; et la surprise n’est pas moindre de s’en fiche un peu, confiant et convaincu de continuer au rythme de la nécessité, car une nécessité s’est imposée ; & la contrainte formelle doublée (format des textes + rythme de parution) s’est montrée sous un jour qui ne nous surprend surtout pas, de pré-texte, imposant un premier cadre où se lancer, où se lancer soi pour lancer quelque chose emporté avec soi, & qui se substitue & draine aussi d’autres formats, d’autres correspondances, & déjà l’idée informulée encore mais qui perce, éruption sous-cutanée, d’une cohérence de l’ensemble, d’un où-ça-va qui s’impose, au lieu d’un quand-ça-va-se-terminer.

D’un retard, énorme et voué à s’accroître, se réjouir.

& se réjouir de s’en réjouir.

Quatorze | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Codes.

En deux trois ans, ils ont envahi le visible, space invaderz noir & blanc gribouille, icônes en sus des logos saturant des images publicitaires déjà pleines de référents & partenaires – que les graphistes un peu roués feront tout ce qui est en leur pouvoir pour rendre le moins visibles, là mais sans être là, contrat de dupe de la comm.

On les nomme QR codes, ils sont un lien « hypertexte » (vers une adresse url, une image, un texte) codés en une image. Sont façon de gommer l’interface Internet de nos accès au réseau, d’ oublier Internet, dans le flux des applis. Tu prends en photo avec ton téléphone, tu ouvres l’appli, ça t’ouvre le site, c’est plus simple, plus rapide – en nombre d’actions, mouais, voir. Façon aussi de capturer, en mode ludique & digital – jeu de carte au trésor, teasing, effet dévoilement. Façon de taper moins de signes, aussi – qui se souviendra, dans rien de temps d’ici, du groupe de lettres : http ?

Ci-dessus, à scanner, un QR code inscrit dans la pierre.

Treize | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Seul.

Seul en atelier. L’atelier d’écriture, de principe, c’est un groupe, plus soi-même, avec ; plus ou moins dedans le dit groupe. & le boulot qu’on a à y faire c’est : animer : faire passer, entretenir flammèche, manier l’allumette pas le combustible, le combustible ça pas touche, le combustible c’est dedans, dans chacun, par devers soi. Faire, avec un groupe. Faire faire. & distribuer, paroles écoutes et discret assentiment, soi majoritairement assis. Soi assis pour l’essentiel, debout constituant l’exception. Mais seul, en atelier, imagine : je suis assis, j’ai bouquins, papiers & autres choses plus ou moins utiles : j’attends. Ça m’est arrivé quelques fois, cette année, cette attente-là seul face aux livres, aux mots et aux questions que je vais tenter de poser, questions qui n’existeront pas sans que quelques y mettent la main – questions qui ne sont pas non plus les miennes posées à l’auteur, & qui ne valent rien sans ce contournement-là. Le démontage de la machine (machine-Pennequin, machine-Forte) & ce qu’il révèle des mystères (ne les nie pas : les éclaire), je ne ferais pas pareil seul, n’en tirerais pas la même pâte, pâte épaisse des questions advenues. Pas même moyen donc de m’y lancer, dans l’exercice inventé, de bricoler seul à la table, pas moyen de rien d’autre que : attendre. Attendre que rien, enfin, n’arrive. En venir à redouter qu’un autre vienne pour en faire deux, & qu’on fasse obligé la parlotte indécise, celle qui ne dit rien que : dommage.

Douze | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Oiseaux.

Oiseaux. Jamais rien su aux oiseaux. Ni les noms ni les saisons ni les genres. & pourtant. Des oiseaux partout. En nombre. En masse. Oiseaux plein l’éternité, oiseaux couvrant le ciel blanc de Kirkjubæjarklaustur, les étourneaux, « qui sont comme une bête seule » à GenoVa, et d’autres dont on me parle & que je veux lire voir. Souvenir d’une lecture de vols de martinets (à ne pas confondre avec les hirondelles à ce que j’ai compris, enfin si enfin, c’est les mêmes, mais différents, voilà : je n’y ai jamais rien su aux oiseaux) de Claude Esteban, par Pierre Vilar, dans une belle émotion, à la toute fin du bon vieux temps, au terme du bon temps déjà vieilli alors d’une vieille maison qui me semble si loin, souvenirs basculés en fiction. Oiseaux partout en nombre, masse muette car même piaillant c’est comme un effet de doublage, c’est : en plus mais sans réelle adhésion à ce spectral et sourd volume d’ombre, cette masse sans nom ni non, affirmative de rien, une solitude agrégée.

Dix | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Par exemple.

Le Général Instin, phénomène Instin, phénomène général, enrôle à mort, Vincent Tholomé, par exemple. Ou peut-être est-ce, plutôt, que certains s’en emparent, s’y engouffrent & le marionnettent à leur guise : Vincent Tholomé, par exemple – qui est le conquérant, qui la conquête, en général ? Car la steppe de Vincent Tholomé, par exemple, existait déjà, avant Kouropatkine Instin. Elle existait autant que sa pologne, et la Pologne, dit-on, existait avant Vincent Tholomé – par exemple :

« La pologne existe. Enfin. Tant que quelqu’un y pense. Vous comprenez ? Non ? C’est pourtant simple. La pologne n’a d’existence que si elle vient dans l’esprit de quelqu’un. Je dis la pologne. Je pourrais dire dieu. »

Je pourrais aussi bien dire Kirkjubæjarklaustur, qui n’existait pour moi que par le livre Kirkjubæjarklaustur, éd. Le Clou dans le fer, jusqu’il y a deux semaines & l’éruption d’un volcan islandais qui la rendirent – momentanément, selon les règles en vigueur de l’information médiatisée – existante hors du dit livre de Vincent Tholomé – par exemple, dans la vidéo ci-dessous. Mais elle continuera d’exister, pas moins, dans le livre & mon souvenir de & ma fiction du d’un livre, de Vincent Tholomé – par exemple, dans La Pologne :

« Le type. Vincent tholomé. Oui. Mais tu peux l’appeler autrement si tu veux. Tu peux l’appeler raoul duquet. Ou olive dukajmo. Ou que sais-je encore. Moi je dis vincent tholomé. Je préfère l’appeler comme ça. Ça ne concerne personne comme ça. »

Neuf | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Campagnes (2).

Je dirais tout : j’ai d’ailleurs souvenir moins fort de ma visite à sa tombe que de m’être perdu sans la trouver, je dirai tout & je dis nous, je dis nous & j’écris je, soudain, c’est que le général, en tant qu’autorité défiée, en permanence défiée, constitue permission, autorisation, prétexte & métatexte, & paratexte, & hors-texte & plus encore d’avant-texte.

Tout. Le général renverse tout ordre en voie de s’établir (déjoue), il est autoritairement campé dans sa permanence de défié, déconfiture réifiée, déroule pelotes & dénoue barbelés, Instin en général ouroboros mord les bouts de son képi.

& s’il fallait entamer le récit exhaustif & personnel (je suis une partie du monde), je partirais de ce serpent, ouroboros, sur lui-même enroulé, en couverture du premier livre de Patrick Chatelier, figure d’enroulement structurant texte & livre, lesquels (figure, enroulement, texte, chatelier), me conquirent & me marquèrent tant qu’une rencontre advint, laquelle est déjà racontée sur remue.net – j’ai dit que je dirais tout – & racontée d’un autre point de vue à cette autre page – j’ai redit que je dirais tout, rencontre engendrant mécaniquement mon enroulement (enrôlement) dans la centripéteuse Instin.

Ça arrive, c’est quelque chose qui arrive. Ça arrive, ça vient, passe.

Chatelier en émissaire, messager, contremaître, ou porteur du bacille Instin, me provoque par un texte une frappe. Ce texte du corpus Instin, qui s’appelle chat-qui-dort-dans-un-atelier, fait récit d’une nomination dans l’enfance, puis de cette désignation en tant que premier arrachement au monde. Ce texte, je le propage à un groupe d’atelier d’écriture, soumis à cette seule contrainte : le texte, ce qu’il dit, les noms, votre nom, faire avec & : ça marche & : remarche, car en effet il me fallut m’y soumettre, au jeu que j’avais proposé à d’autres,

& de l’écrire engouffra du réel, passons,

& par la suite, par enroulement du Général dans remue.net, lequel me fit écrire en jeu, déréglé, centrifuge, puis bientôt centripète, lequel me fit écrire encore & surtout écrire je. Ceci, ce je écrit, m’autorisa à prendre place. Parlerai-je d’un mode d’existence, selon la mienne où dans l’action le collectif prime, où le collectif est l’endroit d’inscription de mon écriture la plus seule. Son prétexte & son but. La fonction & l’organe.

Le général Instin est pourtant hors fonction & sans organes. Le général Instin n’est pas une partie du monde, il s’en est absenté.

& face au général, en travers contre & dans lui, assurément, absolument, je : suis : enfin : une partie du monde. Enfin. Passons.

Huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Campagnes (1).

Mon général – est-ce Christophe Manon, auteur d’une Missive du Conseil autonome à l’adresse d’Instin qui m’y fit penser, est-ce que huit textes sans G.I, cela aurait fait trop – Mon général. Votre avancée en moi s’est faite souterraine, ces temps-ci, mon général, tranchées en pointillés. Huit textes, j’y reviens, sans G.I, auraient fait trop ; assurément, c’est que le lien est fort inscrit, en moi, entre écriture & Instin. Précisons, Le Général Instin, dont je ne ferai ici l’historique, c’est ici, ou : ici. Ou : ici. Le mot instinct, d’ailleurs, s’est fait dépouiller de ses prérogatives, à force. Est pour moi, hors d’usage. Instin, dit, phonétiquement produit, ne me dit plus que : Général. C’est un fait. Non le moindre. Frappant & signifiant mais signifiant quoi du phénomène Instin : force oppressive comme celles qui seules nous défont de nos langues ? Ou à l’inverse, force de résistance & reprise & collectivisation lexicale ?

Je ne vais pas, pour la quatrième fois, tout vous dire. Car j’ai tout dit, & par deux fois, du Général Instin, puis tout redit. Je pourrais vous redire encore. Je pourrais faire, refaire, le récit le plus fidèle (la fidélité se répète par principe) des évènements (le mot évènement nous arrête). Je pourrais dire : le général Instin est une autorité, une autorité défiée – par jeu. Mais le général Instin n’est pas un jeu, il est ce qui précède le jeu, l’ordonne & le provoque, ce qui le lance – de travers. Le général Instin est une dérègle du jeu, un dé biseauté qui lance ce mouvement centripète zigzagant, trajectoire irisée selon laquelle se propage le programme (suite d’opérations) Général Instin. Le général est la propagation en même temps que l’entreprise de propagation, il est le corps & l’armée, la fonction & l’organe, le général progresse en s’appropriant, à l’exemple de ce mot, « progresse », un lexique, des codes & des voies militaires, les déjouant – Instin est la règle d’un jeu si l’on décide d’entendre dans jeu ce qui voile une roue par exemple. Instin est une arme enrayée, une armée à la marche voilée, une armée clopinant, marchant d’un grand train de déroute, le général règle & rerègle, infiniment & infinitésimalement, ce jeu, Instin voile nos roues pour que leurs ombres, pendant qu’elles tournent, tracent d’étonnantes armoiries, comme on en voit dans les tavelures du vitrail du cimetière Montparnasse.

Sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Salut.

Il y a autant de singulier que d’universel dans la poésie que pratique Christophe Manon depuis ses débuts, il y a une décennie et facile autant de livres maintenant.

C’est plein, c’est fourni. Il y a des trajectoires obliques à faire en l’œuvre amassée au fil des ans de Manon, dont deux au moins nettement se détachent, profilons double :

Disons, un : Manon est un poète touche-à-tout, porteur avec quelques charmants bambins encore trentenaires qu’on pourra dire « complices » tels Antoine Dufeu, Michaël Batalla, Vincent Tholomé (liste non close) d’un siècle au moins d’avant-gardes passées (et potentiellement futures), d’une Histoire de la poésie dans le sillage de laquelle ils se posent, en toute connaissance et sens aiguisés de cette richesse de recherches formelles : Manon, au fil de ses livres, joue avec les typographies ; puis scande et fait l’idiot comme Tarkos ou Pennequin ; puis liste ; puis compose, scrupuleusement, du vers ; puis : le coupe ; puis tresse un récit, sous formes de chants successifs. Manon vocal, Manon lettriste, Manon politique, Manon lyrique. Successivement, et simultanément. Manon est curieux, insatiable, partout. Vivant dans la page et assoiffé ci-dedans, comme dehors. À l’image de cette magnifique revue Mir ou des éditions Ikko qu’il fonda et fit vivre avec Antoine Dufeu, il fait feu de tout bois, de tous côtés, dessus dessous, histoire de pas mourir idiot – ou alors, en super idiot, idiot magnifique, revenu de tout savoir (mais revenu d’y être allé voir, d’abord), idiot grandi, Idieu, disons, du titre de l’un de ses plus beaux livres.

Disons, deux : ce que Manon d’emblée compose et ce qui se met en place, en page, or qu’il n’a, alors, pas trente ans, est pour partie programmatique, programmatique de ce vers quoi il tend depuis ces dernières années, qu’on nomme lyrisme ce qui ne dit grand-chose, seul, et à quoi lui tolère voire revendique l’épithète accolée de « lyrisme de masse »… Ce qui renverse, et redresse, mais redresse efflanqué, vaillant fébrile, dans ses textes (et pour part très personnelle, l’éternité, dont la multiplication typographique en couverture me fit synesthésiquement percevoir une modalité multiple, sorte de stéréo visuelle), ce qui s’attaque et vous tranche en deux puis vous berce, ce qui guerroie puis pleure puis rit, puis surtout les trois ensemble ; ce qui vous l’allez entendre, vous coupe la chique sans pacotille, c’est un débord, un débord d’humain oui, une permission au pathos, un possible espoir-de, l’Histoire derrière (et sue), la Poésie et son Histoire derrière (et sues), la Révolution devant, un possible espoir-de.

(Extrait d’une présentation à paraître dans Gare Maritime 2011)

Six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Jeux.

& constatant que la contrainte chiffrée vieille d’avant-hier et de cinq textes, tient & nous enserre en relative souplesse, que les textes s’écrivent, en multiples de 99 signes & constatant de plus qu’écrire entraîne écrire, que textes font textes en marabout-boule-de-neige & volumétrie croissante, se redemander si– non, même pas : se redire que – 99 eh bien, parce que c’est ainsi ça nous va, 99 voilà ça y va ça rentre, ça-le-fait, 99 voilà, textes : 99 de signes fois : 99 & c’est –PAS–tout : 99 parce que Frédéric Forte, usager récurrent de ce nombre, son fétiche, via ses variations en 99 notes préparatoires à. Frédéric Forte aura traversé cette période : deux entretiens successifs pour Livreaucentre ; des séances d’atelier de lecture tenues seul, sans public, seul face & avec petit tas des beaux livres de Forte au fond d’une grande salle glacée, drôles de moments passés avec les livres, moments où m’y noyer m’y émerveiller m’y orienter perplexe, tant ça joue ; une présentation pour la Maison, que j’aurai écrite mais pas pu prononcer (merci Alain pour le dépannage) : et ce blog que j’aurai souvent compulsé, poète-public, trace de résidence au Comptoir des mots, à propos duquel j’entamais sa présentation (à paraître in Gare Maritime 2011) :

« Lâchez un poète dans une librairie, et il se passe des choses, il se passe que bougent les choses et places assignées, lecteur, libraire, auteur : s’instaure un jeu, entendez-le à (au moins) deux sens du terme, un amusement et un espace libre entre des pièce d’un mécanisme. Les deux, ajoutés, sont créateur de situations, d’évènements. D’immenses et innombrables micro-évènements. De faits, littéralement, poétiques. »

Cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Chaussures.

Chaussures, on a dit – Chaussure, de Nathalie Quintane. Une trouvaille pour atelier, cette année – il n’y avait nul effort à faire, à tendre le bras, les trouvailles, c’est Quintane, qui les fait, tout au long de ce livre-là (et des autres, voir le magnifique Tomate, de saison). Le livre déplie des remarques, toujours à propos de chaussures, comme :

« Avec une mule à talons hauts, je cumule les caractéristiques de la mule et celles de la chaussure à talons hauts. »

&

« En en cassant les talons, je transforme des pantoufles en mules. »

&

« Une chaussure me paraît plus grande, quand je suis à plat ventre devant elle. »

Il aligne, énumère – déplie, déploie des logiques contradictoires, de cette façon qu’à Quintane de poser le regard non en surplomb, mais par en dessous, ou par le côté, des choses. & de raisonner, de fatiguer les idées dans les mots. De tenter de pousser les choses à leur terme. Ouvrez à table, en atelier, lisez & faites lire ces remarques en désordre, silences équivalant aux blancs entre elles. & ajoutez, plus tard, quelque matière inverse (inversement mis sur la page, blocs noirs de matière romanesque, compacte) : le discours d’un jésuite, page 590 de Outremonde, Don DeLillo, énumération exhaustive des mots définissant la chaussure, géométriquement ordonnée. Les deux ouverts, mis en partage, il n’y a pour ainsi dire plus rien à faire, qu’animer : passer de l’un à l’autre, de l’enchâssement fluide des idées dans d’autres (Quintane), à la description jusqu’à épuisement des stocks du lexique requis (DeLillo). La proposition qui concrètement est faite aux participants, c’est : poursuivre ce qu’entame Quintane, de continuer cette phrase qui, c’est essentiel, n’est pas « quand je pense à la chaussure », mais : « quand je pense au mot chaussure ».

Quatre | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Debout.

Cet étrange cap qu’était pour moi de prendre parole en conférencier, tenait pour partie à une question de posture : parler, debout, à une assemblée. Ce qui constitue une rupture par rapport à ma posture standard : face à des gens, mais : assis (en débat public, comme en atelier), debout parfois, mais : pour un instant (de présentation, comme au Pannonica avec la Maison de la poésie ; d’explication via paperboard, en atelier). Parler debout est transitoire dans mes pratiques, s’il y a prise ou affirmation d’autorité je la diffuse horizontale. & durant la conférence même, c’est un autre problème de postures qui se pose : comment parler et cliquer (se baisser) ; comment cliquer pour montrer tout en lisant son texte sur un autre écran (osciller + se baisser) ; puis dans la dernière phase, une fois résolues ces deux questions casse-troncs (merci Isabelle & Sylvie, pour les clics), vient s’ajouter, tiens, qu’on me filme. Qu’il faut se tenir sur une ligne, à peu près immobile – à quoi le corps répond par usure des semelles, les pieds se frottant l’un à l’autre. Ce que ça peut bouger dedans en ces moments de formulation (écrire, lire, dire), je songe, dos moite dans le fauteuil cuir, repensant à la chaleur d’une salle d’atelier, repensant aussi au tourbillonnant Jocelyn Bonnerave, tout-énergie en sa forme & ses phrases, lui qui m’a dit écrire, toujours, toujours : debout.

Trois | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Pichenettes.

Digressons, d’une question de Sandra Moussempès : « Qu’est-ce-que le poke ? ». Eh bien, d’après wiktionnary, to poke, c’est donner une pichenette à quelqu’un pour attirer son attention. Un doigt tapotant l’épaule, ‘lut-toi-ça-va. Cette fonction sociale, c’est celle du poke, version ubiquité : taper sur l’épaule de quelqu’un qu’on aime bien, pour lui dire : qu’on l’aime bien – ubiquité permettant de taper sur dix épaules simultanément ou presque et que dix doigts tapotent votre épaule sans manquer de place. Dans l’IRL, c’est plutôt agaçant – & on l’imagine, formidablement agaçant quelqu’un qui vous le ferait à maintes reprises dans la journée. Mais sur facebook, ça compense, ça ajoute un stimulus, simple obstiné muet stimulus, au déferlement des signes – dont beaucoup de mots. Mon paradoxe du moment, c’est que facebook ne me les signale pas, mais m’en avertis par courriel – il m’est donc signalé par courrier que quelqu’un m’a tapoté l’épaule. & quand wiktionnary m’informe qu’un poke est aussi l’« insertion d’une valeur à une adresse mémoire dans le but de modifier le comportement de programmes. », je ne suis pas sûr de ne pas devoir m’inquiéter de ce dérèglement du poke.

Deux | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Parole.

79 jours depuis le dernier article en date avant reprise, lequel signalait un premier blanc, une absence. Le signalait et signalait aussi, pour mieux s’excuser, qu’il y aurait conférence « Écrire sur Internet », deux jours plus loin – manière (faussement ?) modeste d’un peu crâner, seul face au miroir/écran : conférence, le mot : Tenir conférence. Parler debout, vous qu’on écoute – moi qui donne la parole & m’en targue, de faire juste passeur. Il y eut une conférence, une autre, & de trois, on y reviendra, mais la première, l’inaugurale, s’est fondée sur cette autorisation-là, s’est bâtie de cette origine, cette question d’énonciation, ce je-là, spéculaire : qu’est-ce qui me fonde, entamais-je, pure question oratoire, à vous tenir ce discours, cette conférence – d’où ça parle, d’où ça procède, d’où ça vient, réponse : écrire + en atelier. Égalité de biais, subsumation plutôt : dans écrire sur Internet, il y a écrire, il y a Internet, & plus loin, digressé, il y a : écrire, en atelier.

Un | sur | Quatre-ving-dix-neuf : Bornes.

& qu’il faut bien dire un peu pourquoi, pourquoi ce titre et pourquoi cette contrainte, s’y essayer alors, évoquer : & la nécessité de s’y ré-atteler, à l’écriture du blog, et de ce qu’elle pointe, en tant qu’écriture méta, notamment : que la contrainte fait l’écriture comme le cadre fait l’image, que la dite forme du texte ne se scinde de son dit fond, que la formulation d’un cadre produit & définit, lance & borne, & que donc : il fallait une contrainte, pour reprendre et tenir, tenir la corde mais la tendre ferme, d’abord. Poser un cadre double, deux nombre pour abscisse et ordonnée, deux coordonnées chiffrées : mesure du temps, mesure des signes. Ce vendredi 26 mai de reprise, il y a 79 jours de passés depuis le dernier article en date, et se donnant un délai de vingt jours, ça en fera 99 le 15 juin : faire 99 textes d’ici là doit être possible, me dis-je, et qu’ils soient de x fois 99 signes, espaces compris, devrait constituer une métrique nette et souple : ici, 990, ouste, fini.