« des mécaniques à l’œuvre, plus ou moins animées par des battements de cœurs d’hommes ou d’animaux en fuite » | Frédérique Cosnier, Pacemaker (éditions du Rouergue, mars 2020)

Le roman de Frédérique Cosnier est un régal, de lecture et de relecture, donc, tant les motifs, qui sont semés en discrétion, discrètement construisent, quelque chose de l'ordre de la vision (mais d'une vision d'ensemble, de l'ensemble du monde, par l'ensemble des sens, du monde vu en dansant. On ne revient pas au pitch, donc, même si ce qui se trame d'immense et minuscule, plusieurs fois dramatique, est bouleversant, et on laisse la parole à la langue à nouveau donc, pour dire, redire, comme c'est beau.

D’un futur mis au passé faire un possible au présent | Antoinette Rychner, Après le monde (Qui-vive, Buchet-Chastel (2020))

– comme les mauvaises herbes surgissant du goudron urbain me semblent plus efficaces à affirmer que quelque chose doit ne plus être pareil après ce que nous vivons en ce printemps 20, plus performantes qu'un discours performatif (celui qui affirme, doigts croisés, que « Rien ne sera plus pareil »). Après le monde, est donc, tout romanesque soit-il, sinon un essai (car la fiction y règne), du moins une très belle tentative de produire de l'Après – dans la fiction, dans le poème.

« Il n’y a pas d’hypermarché Auchan dans le Jura. » | Pierric Bailly, Les enfants des autres, P.O.L , janvier 2020

(Je me suis promis ici, dans ces semaines qui existent, n’existent pas, existent, n’existent pas, en ce printemps 2020 sous cloche antivirus, de parler de quelques livres fantômes, de ceux qui n’auront / n’auront eu que peu de temps (voire pas du tout) pour exister à nos yeux sur les tables de libraire (....) ---- Ce livre est une drôle de glissade dont on ne dira pas la fin, sauf que d'autres twists, c'est garanti, il y en aura, et jusqu'au bout. L'ordinaire n'est jamais lisse, le quotidien jamais une simple surface. La famille, aussi belle et aimante puisse-t-elle être, est, et demeure une fiction – c'est à dire une construction, aussi parfaitement réfutable que source de mille possibles.

« Ces quelques débris de temps qui ont précédé la fin. » | (Valérie Cibot, Nos corps érodés, Inculte, mars 2020).

Les livres fantômes – chroniques du printemps incertain, 2020 Je me suis promis ici, dans ces semaines qui existent, n'existent pas, existent, n'existent pas, en ce printemps 2020 sous cloche antivirus, de parler de quelques livres fantômes, de ceux qui n'ont que peu de temps (voire pas du tout) pour exister à nos yeux sur les tables de libraire, parus en début de printemps (février, mars) et n'ayant eu que quelques jours d'existence en librairie, ou parus sous confinement, c'est à dire pas vraiment, c'est à dire reportés, ou pas, ou quand, ou prévus pour le déconfinement (ces mots inédits il ya peu, on les pose pour mémoire, si moches soient-ils), c'est à dire en mai, ou pas, ou juin, ou quand, bref, de ces livres qui existent, n'existent pas, existent, n'existent pas, mais qui existent quelque part, quelqu'un les ayant écrits, quelqu'un les ayant édités, quelqu'un les ayant lus. On ne sait évidemment combien de temps cette chronique durera.

Luc Blanvillain, Le répondeur (Quidam, janvier 2020)

Un plaisir comme celui que procure ce livre est rare – rare dès cette caractéristique, celui d'être une comédie, et de surcroît une bonne, une excellente comédie. Elle excelle par intelligence et par habileté narrative, à quoi une qualité d'observation et de rendu (une langue adaptée, élégante, précise) vient parachever cet effet de profondeur, d'empathie … Lire la suite Luc Blanvillain, Le répondeur (Quidam, janvier 2020)

Christine Guinard | Langage des éléments (plutôt qu’éléments de langage)

"Langage des éléments (plutôt qu'éléments de langage)" – Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2018 ; publié dans Gare maritime 2008, (revue anthologique annuelle de La Maison de la poésie de Nantes)Gare maritime 2008, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

Produire du temps | Maylis de Kerangal, Un monde à portée de mains (Verticales-Gallimard, août 2018)

«Je croyais que tu voulais être peintre. Paula sursaute : je veux peindre, c'est tout. » Ce roman de Maylis de Kerangal, c'est l'histoire de Paula Karst et de ses deux compagnons de route, Kate et Jonas, lors et depuis leur année d'apprentissage en commun à l'Institut de peinture de Bruxelles (haut lieu, très renommé, « la seule école au monde à enseigner depuis 1882 les techniques traditionnelles de la peinture décorative. », est-il écrit sur leur site) ; c'est aussi l'histoire de cet apprentissage technique (on sait déjà la passion fertile entretenue par De Kerangal avec les techniques de travail les plus variées, de l'architecture à la chirurgie) et ce qu'il produit : un lien, des trajets, individuels et reliés, un début de vie professionnelle (et amoureuse, mais là, ainsi qu'on dit sur les réseaux, c'est compliqué) ; c'est enfin l'histoire de ce travail (des jobs, enchaînés ; une vocation, nébuleuse, entrelacée ; des ouvrages, variés, soignés, méticuleusement décrits).

Avrillectures – 13 livres en image, extrait, et note de lecture

Avril lectures – 13 livres en image, extrait, et note de lecture (avec Valérie Cibot, Nathalie Quintane, Huch Josten, Camille de Toledo, Audrey Poussier, Sylvain Prudhomme, Nicolas Richard, Eric Plamondon, Charles Robinson (et Xavier Mussat), Marina Skalova, Sandra Lucbert, Xavier Person, Jean-Pierre Suaudeau) (des livres parus chez Inculte, P.O.L, Grasset, L'école des loisirs, L'arbalète, Quidam, … Lire la suite Avrillectures – 13 livres en image, extrait, et note de lecture

Ne jamais finir d’accueillir : Ryoko Sekiguchi, hôte de l’autre.

(à propos de Dîner Fantasma, éditions Manuella, 2016 (paru dans (dans le Cahier du refuge n°259 ); suivi d'un entretien (paru dans CCP n°33 de mars 2017))   Ne jamais finir d’accueillir : Ryoko Sekiguchi, hôte de l’autre. Ryoko Sekiguchi est une poète japonaise, qui vit en France depuis une vingtaine d’années, dont l’écriture a peu … Lire la suite Ne jamais finir d’accueillir : Ryoko Sekiguchi, hôte de l’autre.

Station de vacance et art de l’enfance | Christian Garcin, Les oiseaux morts de l’Amérique (Actes Sud, janvier 2018)

«  – Je sais pas trop, hésita Myers. Des fois il me semble que le temps n'existe pas vraiment. Que tout a déjà été vécu, le futur comme le passé. Non ? Mc Mulligan hocha la tête. –Comprends pas. –C'est difficile à expliquer. Ça t'arrive jamais, toi ? La sensation qu'on a déjà tout vécu. Que la … Lire la suite Station de vacance et art de l’enfance | Christian Garcin, Les oiseaux morts de l’Amérique (Actes Sud, janvier 2018)

Vivre, et comment | Bertrand Schefer, Martin (éditions P.O.L, janvier 2016)

Vivre, et comment (à propos de Bertrand Schefer, Martin (éditions P.O.L, janvier 2016)) Ce texte d’analyse du magnifique et troublant Martin , livre de Bertrand Schefer paru début 2016 chez P.O.L , dépend d’un contexte de commande spécifique émanant de Ciclic : celui de l’opération Lycéens, apprentis, livres et auteurs d’aujourd’hui : sélection 2017-2018 : … Lire la suite Vivre, et comment | Bertrand Schefer, Martin (éditions P.O.L, janvier 2016)

L’absence au travail (autour des romans de Julien Bouissoux, Emmanuelle Lambert et Emmanuel Vilin ) | janvier 2018

Julien Bouissoux, Janvier (éditions de l'Olivier, janvier 2018) / Emmanuelle Lambert, La désertion (éditions Stock, janvier 2018) / Emmanuel Vilin, Microfilm (éditions Asphalte, janvier 2018) L'absence au travail Des plusieurs dizaines, voire centaines, de romans qui s'agrègent en quelques semaines, début janvier, on ne saurait de seulement trois d'entre eux tirer une tendance générale (moins … Lire la suite L’absence au travail (autour des romans de Julien Bouissoux, Emmanuelle Lambert et Emmanuel Vilin ) | janvier 2018

« Il n’y a rien ici ou presque mais il faut pourtant en dire quelque chose » | Pierre Ducrozet, L’invention des corps, Actes Sud, août 2017

Tout est là d'entrée dans le ce livre, posé ou plutôt comme jeté sur la page (je dis bien comme, quand c'est en fait tout sauf vite fait — il faut on le sait un long et lent travail pour produire effectivement cette sensation de vitesse), tout est là d'entrée de jeu, dès ce premier paragraphe, dès l'incipit. « Il n'y a rien ici ou presque mais il faut pourtant en dire quelque chose »

Une rentrée dessinée (dessins de Sébastien Vassant, d’après des livres de T.de Fombelle, J. Deck, B. Giraud, V. Pouchet)

A Sébastien Vassant, auteur dessinateur de bd notamment documentaires, dont on sait le talent (et pour celles et ceux qui voudraient réécouter ce podcast, la douceur et la pertinence), j'ai proposé ceci : de lui donner à lire les livres des quatre auteurs « de la rentrée » invités le samedi (Timothée de Fombelle, Julia Deck, Brigitte Giraud et Victor Pouchet), pour que lui nous donne en retour sa lecture, en image, de ces livres. Une adaptation libre de sa capacité documentaire, en somme, un exercice critique original – et inédit – qui prit la forme suivante : les quatre planches furent réalisées in situ (après préparation), et projetées live dans l'Abbatiale pendant l'après-midi, puis dans notre dos durant l'échange final que nous eûmes, avec les quatre auteurs. Ces dessins sont beaux, et ils disent quelque chose de fort de chacun de ces livres, de fort et d'inattendu. Découvrez-les ci-dessous (avec quelques mots de ma part sur l'œuvre dont ils se sont fait l'écho).

Frédéric Boyer, l’enfance au devant de nous

(Texte paru dans Gare maritime 201, en juin 2017) « La seule position morale, c’est celle qui ac­cueille les questions, les problèmes », affirmait Frédéric Boyer lors de notre entretien au lieu unique ce soir-là, à propos de son implacable et vibrant Quelle terreur en nous ne veut pas finir, petit livre s’emparant d’une « question d’actua­lité » (celle des migrants et de leur accueil — ou plutôt non-accueil), pour la faire résonner, vibrer, puis grandir en nous, par les moyens qui sont les siens : ceux d’un extrême soin apporté aux mots, à leur choix, d’un désir moral de précision la plus grande dans l’usage de la langue, qui ainsi grandit, dans et par, cette économie de la langue.

Faire de cet hyperréel qu’il scrute, une forme d’hyperfiction | Eric Arlix, Golden Hello, éditions Jou, octobre 2017.

Golden hello, donc : une prime de bienvenue, comme le pendant initial du « golden parachute » offert au départ des golden boys. Golden Hello continue son attaque, sa corrosion par le langage, des normes et usages, explicites et implicites, de notre monde contemporain.