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Les grands espaces de la (mini) fiction (Christian Garcin, Patrick Devresse, sur remue.net)


©patrickdevresse

Les grands espaces de la (mini) fiction

« « Les choses ne sont pas telles qu’elles paraissent être », voilà, c’est là que ça se joue, de façon toujours différente. » (Christian Garcin)

Parmi ce qui me remue sur remue, il y a toute une part « pro » reliée aux résidences en Ile-de-France – laquelle n’exclue nullement des découvertes (Luc Bénazet et sa lecture de la poésie, Dimitri Bortnikov et le souffle de sa phrase…) ou l’approfondissement de la relation à des auteurs dont je suis le travail de longue date (Pierre Senges est là-bas mais aussi ici ; Emmanuelle Pireyre là-bas mais ici également), mais il y a aussi celle que l’on parvient à continuer de faire en dépit des diverses obligations, la part d’investissement « gratuit », celle qui nourrit la revue de création et, en moi-même, la part curieuse, lectrice.

En 2015-2016, ce qui m’aura peuplé le plus sont ces mini-fictions, proposition de Christian Garcin, écrivain, et de Patrick Devresse, photographe : un dialogue inédit entre formes, et si simple dans sa formulation : un texte, une image.

Si simple et si profond dans ses possibilités de relance du sens et des possibilités (de rêverie, de spéculation, de questionnement) : il n’y a jamais à proprement parler un principe, une contrainte directrice – ni dans le texte ni dans les photos : le texte est court, les photos en noir et blanc, ok. Mais au-delà, les modes de conversation entre les deux médiums sont variables, et l’art du bref, que Garcin maîtrise si bien, joue de contrastes : du très-très bref, à la vie dépliée en une page (non sans une douce ironie, souvent), il y a une infinité de nuances : comme si le métier, la technique, le savoir-faire (réels : il y a comment dire quelques dizaines de textes et livres déjà derrière), ne prenaient jamais le pas sur la surprise.

Reprise ici, non pas de l’ensemble – que vous pouvez retrouver ici –  mais de cette belle soirée à la maison de la poésie de Paris, début juin dernier, pour remue, qui concluait ce cycle : lecture de Christian, projection de Patrick. Un bien beau moment

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En 2015 et 2016, chaque semaine ou presque, a paru sur remue.net une « mini-fiction » : l’association concertée d’une photographie de Patrick Devresse et d’un texte de Christian Garcin.
Cette année de mini-fictions nous aura offert un panorama de cet art si particulier du bref, en lequel Garcin est passé maître : épiphanies, digressions, , interstices, réflexions scientifiques et poétiques : le genre est ouvert ; comme est ouvert le dialogue entre l’image et le texte.
Découvrons ensemble ce travail grandeur nature, par une lecture-projection

Soirée proposée par remue.net (www.remue.net), en partenariat avec la Scène du Balcon (www.scene-du-balcon.com).

Lecture par Christian Garcin – podcast

http://remue.net/audio/2016/lectureminifictions.mp3

Les photos dans l’ordre de la lecture

Disputatio

La lorgnette

Drôles de dames

La fin des fantômes

Tuyaux

Les sardines

Dans la cabane

Champions

Jalousie

Phobie

La joie

Astres

Vision

Les abysses

L’esprit de sérieux

Dialogue



christian garcin©patrickdevresse, autoportrait fantasmé©patrickdevresse, patrick devresse ©sébastien jarry

Christian Garcin est écrivain, à lire notamment sur remue.net – lire en particulier cet entretien paru en août 2014,à la parution de Selon Vincent (Stock). Christian Garcin est auteur de nombreux livres chez de nombreux éditeurs – on se référera à l’excellente bibliographie du site des non moins excellentes éditions Verdier, ainsi qu’à sa notice wikipedia, pour en saisir l’ampleur.

Patrick Devresse est photographe. De lui, Dominique Sampiero dit : « Patrick Devresse est un homme qui regarde. Qui scrute doucement le réel autour de lui. Comme ça. Mine de rien. Et même parfois qui baisse les yeux en souriant. L’esprit ailleurs. Comme si poser une vigilance sur le monde et vivre étaient intimement liés. »
Voir son site http://www.patrickdevresse.com/, et son parcours personnel.

L’art, comme un autre nom de la vie, et réciproquement. | Marc Perrin, entretien

MP par John Seelekaers

Les contextes de cet entretien sont multiples : la parution en novembre de Spinoza in China, livre attendu de Marc Perrin et deuxième signé de lui aux éditions Dernier Télégramme ; et de l’avoir présenté puis reçu dans le cadre de mon cours de littérature contemporaine (et médiation), à l’IUT info comm de La Roche-sur-Yon (suite de moments relatés ici : à lire, notamment, les réactions de trente étudiants à cette forme d’art, après qu’ils aient assisté, au grand R, à une lecture performance en duo avec le contrebassiste Benoît Cancoin.

Il n’est pas toujours aisé de se tenir à la bonne distance de ce qui est d’abord une joie (voir arriver le livre enfin fabriqué, de ce qui a été le beau projet d’un ami durant plusieurs années) ; de le passer à d’autres lecteurs, et non des moindres, qui savent se l’approprier (merci François) ; l’entretien ainsi formalisé permet aussi de poser des questions dont la réponse me semble évidente (je fréquente assidûment Marc Perrin, et suis d’assez près l’évolution de son travail, écrit comme parlé), et qui ne le sont pas tant – et puis, ainsi que je lui demande, il y a une grande propension, chez lui, au parlé, à l’échange, comme nécessité et comme possible. Play.

 

  1. Marc Perrin, d’où venez-vous ? Quel itinéraire personnel et artistique vous a mené à l’écriture ?

Ces premières questions me font penser à trois autres questions qui m’ont longtemps accompagné : Comment es-tu arrivé,e ici ? Pourquoi y restes-tu ? Et maintenant, tu fais quoi ?

Par ailleurs. Je suis né le 21 juillet 1968, à 3 heures du matin, un dimanche, à la clinique des neuf soleils, à Clermont-Ferrand. C’est dans le département du Puy-de-Dôme, en France. Mon père était alors ouvrier chez Michelin. Il l’a été jusqu’à l’âge de la retraite. Ma mère était secrétaire dans un organisme qui s’occupait des retraites des artisans et des commerçants. Ce fut son métier tant qu’elle travailla. D’autres informations biographiques, en partie fidèles à la réalité, parsèment Spinoza in China. En particulier entre les pages 315 et 321.

Autrement dit. Résidences principales : à Clermont-Ferrand (pendant 18 ans) ; à Paris (pendant 15 ans) ; à Vallabrègues (pendant 2 ans) ; à Rennes (pendant 1 an) ; à Nantes (depuis 11 ans). Itinéraire non achevé.

Vers l’écriture. Deux souvenirs. D’abord, un mouvement de repli. Aux environs de 1995-1998. Je vivais à Paris. Je fréquentais l’Université Paris 8 – Vincennes à Saint-Denis, où j’étais inscrit en Histoire de l’art, option cinéma. Pour un film que je devais réaliser, il m’a fallu aller chercher de l’argent. Mais pas seulement de l’argent. Il m’a fallu trouver l’énergie, surtout, pour faire avec d’autres. C’était mon projet, ce film. Mais je n’ai alors ni pu ni su trouver cette énergie pour aller chercher, et faire avec d’autres. Repli. J’ai commencé à écrire dans ce mouvement de repli. Une partie du travail – sans cesse, toujours à l’œuvre – fut – reste – de défaire ce mouvement de repli, et de parvenir à déployer l’écriture vers l’extérieur, vers le dehors.

Par ailleurs. Pour partie. Ma culture d’origine est une culture RTL, par la chanson de variété. Pour partie. La chanson. Paroles, musiques, chants, rythmes, sens des mots. C’est par la chanson que je découvre Antonin Artaud. Pra exemple. Dans une chanson de Gainsbourg, Les affreux de la création, j’entends ceci : le génie ça démarre tôt, y a des fois ça rend marteau, j’veux parler d’Antonin Artaud. À la suite de quoi, je vais au cdi du lycée pour emprunter le seul livre d’Antonin Artaud alors en rayon, une édition de poche de la collection Poésie Gallimard. La première chose qui m’arrête dans ce que je lis – ce sont d’ailleurs je crois les premiers textes du livre – c’est la correspondance d’Antonin Artaud avec Jacques Rivière. Artaud y évoque sa difficulté – et la souffrance conséquente – à mettre en mot sa pensée, à trouver une forme fixe, et juste, pour une pensée qui ne l’est pas, fixe, qui fluctue, et vit. Plus tard, ce sera pour moi une question centrale : comment trouver une forme artistique qui ne fige pas le vivant d’où elle vient, le vivant où je souhaite que l’œuvre ne cesse pas d’être.

  1. Quels artistes furent déterminants dans votre parcours, à quel moment et en quoi le furent-ils ?

Les artistes (et j’inclus parmi les artistes les philosophes, tous les chercheurs, dans quelque domaine que ce soit, c’est-à-dire tous les êtres vivants qui cherchent et qui donnent une forme à ce qu’ils cherchent, ainsi j’inclus toute personne humaine car je crois que d’une certaine manière nous faisons tous cela, vivant… nous cherchons et donnons formes… nous fréquentons des formons, nous en produisons…) les artistes qui comptent pour moi sont les artistes qui cherchent à produire des formes en lien le plus intense possible, donc, avec la vie, le vivant.

L’art, comme un autre nom de la vie, et réciproquement.

Artistes, vivants, chercheurs, producteurs de formes avec lesquelles nous nous mettons en relation. Formes que nous participons, chacun, chacune, à faire vivre.

Selon les périodes de la vie de chacun ou chacune d’entre nous (et il en va de même avec les périodes de l’histoire), nous n’avons pas besoin de nous mettre en relation avec les mêmes personnes, artistes, œuvres, moments. Du fait, entre autres choses, que nous ne cessons pas de comprendre, et d’affiner, les relations qui nous conviennent, et qui conviennent à ce qui nous semble être bon : pour toute vie. Pour une [?] société, aussi. Par exemple.

Chaque artiste : comme un ami possible, une possible amie. La possibilité d’une rencontre, à chaque fois.

En ce qui me concerne, l’une des dernières rencontres a eu lieu avec Spinoza, avec un texte de lui, l’Éthique.

Aujourd’hui, quand je parle de Spinoza, quand j’évoque la manière dont je lis ces textes, ce que j’en comprends, comment – conséquemment – je vis avec, j’en parle comme d’un ami. On a fait ça ensemble, j’ai compris ça avec lui, etc. La pensée de Spinoza est une pensée qui m’accompagne, je sens que c’est une bonne rencontre. Les textes de Spinoza, je les comprends comme je les comprends, ils font maintenant partie de ma vie. Et quand j’en parle je sens qu’ils passent dans de la vie de celle ou celui à qui, avec qui, j’en parle.

Font également partie de ma vie : Chantal Akerman. Guy Alloucherie. Antonin Artaud. Pina Bausch. Samuel Beckett. Joseph Beuys. Oscarine Bosquet. Marie Bouts. Sandro Botticelli. Louise Bourgeois. Benoit Cancoin. Claudia Castelluci. Roméo Castelluci. Hélène Cixous. Bernard Cuau. Gilles Deleuze. Jacques Derrida. Vinciane Despret. Gislaine Drahy. Marcel Duchamp. Marguerite Duras. Jean Eustache. Liliane Giraudon. Jean-Luc Godard. Souleymane Cissé. Rainer-Werner Fassbinder. Didier-Georges Gabily. Nan Goldin. Félix Guattari. Chiara Guidi. Yannick Haenel. Thomas Hirschorn.  Rebecca Horn. Manuel Joseph. Tadeuz Kantor. Anne Kawala. Frédéric Laé. Soizic Lebrat. Maguy Marin. Annette Messager. Perrine Mornay. Pier Paolo Pasolini. Vanessa Place. Jody Pou. Matthieu Prual. Nathalie Quintane. Jacques Rancière. Denis Roche. Alix-Cléo Roubaud. Jacques Rivette. Charlotte Salomon. Goliarda Sapienza. Cindy Sherman. Gertrude Stein. Isabelle Stengers. Michel Surya. Christophe Tarkos. Vincent Tholomé. Bill Viola. Chris Ware. Apichatpong Weerasetakull. Francesca Woodman. Virginia Woolf. Lu Yang. Et la musique improvisée, et tout art de l’improvisation comme art de l’attention. Et quantité d’amies et d’amis et de parents et de parentes, qui n’écrivent pas, ne réalisent pas de films, ne se disent ni musiciennes ni musiciens ni artistes. Et qui le sont, tout autrement.

 

  1. Votre langue (notamment ce premier système-socle en phrases courtes qui se reprennent se déclinent se font écho), comment est-elle venue ? De la scène, d’un rapport au parlé, d’un désir de parlé ?

Ma langue. Ça me fait bizarre ces deux mots. Sans doute c’est le possessif qui me fait bizarre. Ma langue. Je ne pense pas ma langue. Peut-être par ce que je ne pense pas qu’elle soit à moi. Il faudrait peut-être renverser la donne. Et se demander ce que serait que d’être à la langue ?

Par ailleurs, ces jours-ci, j’écoute – je ré-éccoute –  les cours de Gilles Deleuze à  propos de Spinoza. http://www2.univ-paris8.fr/deleuze. Il est question des manières d’être. Il y est question de l’être. Et – donnons ici comme définition de l’être : l’être = « tout ce qui existe » – l est question de chacun, chacune d’entre nous, et de comment chacun et chacune, dans l’être, nous avons, ou nous sommes, une manière de l’être. Chacun, chacune, est une manière d’être. Chacun, chacune, a une manière d’être. Il y n’y a pas mon être, ton être, etc. Il y a l’être, avec tout ce qui est. Et. Là dedans. Il y a ta manière d’être, ma manière d’être, des manières d’être. Eh bien avec la langue, ce serait un peu la même chose. Il y aurait la langue, par exemple la langue française, une langue commune à celles et ceux qui la parlent. Et il y a, il y aurait, les manières que nous avons de parler, d’écrire, d’être, avec cette langue, dans cette langue. Ma manière d’être, ta manière d’être, des manières d’être. Avec, et dedans. Et dehors ?

Et, pour te répondre quant aux phrases courtes, cela ferait partie – disons – d’une manière de penser, à petits pas : avancer ceci, puis cela, faire bref, pour que moi-même je puisse écouter et comprendre le sens qui se produit, au fur et à mesure qu’il se cherche, par l’association de ceci avec cela, par cet effet de montage, comme au cinéma, quand on colle deux images, l’une à la suite de l’autre : quel sens cela produit-il ? Je cherche, écrivant. J’avance dans une pensée qui se cherche, et se produit, se cherchant. Par associations d’hypothèses, ou d’affirmations, ou de questions, ou de faits, ou d’énonciation de sensation.

L’un des aspects de mon travail serait de parvenir à  trouver une forme, des formes, qui garderai(en)t vivant, vibrant, quelque chose de l’ordre de la sensation de cette recherche, de cette avancée.

Par ailleurs, je travaille et retravaille les textes à voix haute. Avec la voix. Autant avec cette pensée qui se cherche et se fait un chemin, qu’avec la vibration de la voix, la pulsation du corps – du cœur? C’est musical et intuitif, aussi.

Avec ceci, aussi : intuition vérifiée par l’expérience même : pensées et sensations se produisent l’une l’autre, s’accompagnent. Sont indissociables. Vie et parole et écrit, pensée et parole et sensation, cheminent ensemble, à égalité d’existence.

La scène, la lecture publique, sont alors une continuation, une perpétuation – une persévérance ? – une reprise de l’écriture, à  la différence notable que sur scène, en lecture publique, je ne suis plus seul.

  1. Comment a-t-elle évolué ces dernières années, via le travail en collaboration notamment mais aussi l’écriture « en direct » sur les réseaux sociaux, ou par d’autres biais encore, vers ce mode spécifique de prise en charge du texte, aussi bien dans l’espace du livre (en flux continu, écrit jusqu’au dernier moment et envisagé comme à poursuivre, en une infinité de tomes) ?

Je réponds donc ici non pas sur ma langue, mais sur – disons – une manière d’écrire, ayant évolué avec et en même temps qu’une manière d’être, de vivre. Dans la compréhension non arrêtée de ces mouvements. Dans l’indissociable de ces mouvements.

Je pense à la première phrase de Cercle, de Yannick Haenel : C’est maintenant qu’il faut reprendre vie.

Je me souviens, au début de l’année 2012, je me suis dit que quelque chose de cette vie que je vivais était trop triste, vraiment. Un état de solitude – et de cette solitude de peur et non de celle vive, joyeuse, et nécessaire. Un état de peur, et de repli – encore – , et de tristesse conséquente. Il fallait, il était urgent : de reprendre vie. Et même, non pas re-prendre vie, mais bien, oui, prendre vie. Il y eut deux rencontres à ce moment-là. Il y en eut bien d’autres, auparavant, et depuis, que je n’évoquerai pas ici, et qui ne comptent pas moins pour autant, mais à ce moment là, il y eut deux rencontres. Une rencontre amicale et artistique. Et une rencontre amoureuse. La rencontre amicale et artistique eut lieu avec Vincent Tholomé. Elle prit la forme d’un duo d’écriture, et de performance. Là, pour la première fois, en performance : j’ai entendu des rires parmi les spectateurs. C’était très bon. Quelque chose s’ouvrait.

Quant à la rencontre amoureuse, elle eut lieu avec une femme, écrivain, avec qui je suis devenu et continue de devenir écrivain. Et avec qui je n’ai pas fui l’amour, quand l’amour exigea ce que j’avais jusque là fui de lui, à chaque fois que c’était l’amour qui exigeait, et non plus moi. Disons-le comme ça.

Il y a des pages magnifiques de Michel Surya, dans un livre qui a pour titre L’Éternel retour. Sur ce qu’exige de nous l’amour, ou : sur ce que nous exigeons de nous-mêmes, par cela que nous décidons de nommer, de continuer à nommer : amour. Et, également, par cela que nous décidons de continuer à nommer : pensée. Et en quoi nous décidons de continuer de croire. Que veulent ceux qui pensent ? Que penser les justifie. Que ne veulent-ils pas ? Se mettre à la merci de la pensée. C’est vrai pour la pensée. C’est vrai pour l’amour.

Aujourd’hui, pour moi, le travail d’écriture consisterait à ne pas dissocier ce que j’écris de ce que je vis, et, dans le même temps, que la forme donnée à l’écriture soit une forme distante de la vie-même. Une forme distante, une distance, dans laquelle la vie elle-même aurait toute sa place. Trouver une distance, la produire, et vivre : et avec, et dedans. Produire une distance pour mettre à distance le [?] drame que serait le [?] drame d’être. Et : réintégrer cette distance, et cette possibilité de légèreté qu’elle rend possible, dans l’être même, dans la vie même, dans le [?] drame, et rire, avec, et dedans. Ce serait un travail de va et vient permanent. Une attention à l’égard des passages. Ce serait créer des passages, et les créer vivants, et les créer, en vivant.

Sur les réseaux dits sociaux de l’Internet, ce serait quelque chose du même ordre qui serait mis en œuvre : un va et vient. Un va et vient entre deux espaces : le lieu de l’intime (écrire en solo) et le lieu d’une première publication, alors que le texte est en train de se former, de se chercher une forme. La page de mon profil, sur tel réseau dit social, j’en fait une espèce d’atelier ouvert au public. Dans ces conditions, je retravaille le texte avec cette conscience – il peut être est lu, il est désormais, en tout cas, à cet endroit-là, devenu public, je ne suis alors déjà plus seul avec lui. Le texte est alors déjà dans un rapport émission / réception, et travaillé avec cette conscience-là.

Pour le livre Spinoza in China, le texte a été retravaillé jusqu’aux derniers jours précédant le départ à l’impression. Amener le vivant du texte en train de trouver sa forme – autant que faire se peut – jusque dans le texte. Tenter d’amener ce vivant-là dans la forme même du texte tel qu’il finira par apparaître, sous la forme de ce livre-ci.

Le temps de l’impression du texte est pour moi un moment paradoxale. C’est un temps où le texte va cesser de vivre selon sa modalité d’écriture, et un temps où une autre vie – de lecture – va pouvoir commencer.

Quelle forme arrêtée (sous la forme d’un livre, donc) donner à lire, quand c’est quelque chose de l’ordre du vivant que je souhaite donner à lire ?

Au final, je comprends la chose suivante : cette forme arrêtée n’est elle-même qu’un passage. Elle est la forme à laquelle les lectures de chaque lecteur ou lectrice (dans l’intimité de la lecture du livre), et, ou, les lectures publiques que je proposerai, redonneront souffle et vie. Tout est ok. Travail d’éternité. Parfait. Éternité dans un sens très simple, que j’ai rencontré chez Spinoza – avec Deleuze. Travail d’éternité : c’est-à-dire : un travail d’intensité du présent. Comment trouver des formes qui donnent au présent sa plus grande chance d’être. Sa plus grande chance d’être aimé. Voilà.

Une infinité de tomes pour Spinoza in China ? Je prévois cinq tomes. J’en annonce cinq, du moins. Il faut entendre cela comme une grande blague, aussi. En clin d’œil amical aux cinq parties de l’Éthique. Et. Si la sensation d’infini (de non fini) est là : j’aime. Oui. Dans Spinoza in China : Ernesto dit : je crois à l’être non fini. J’y crois aussi.

  1. Il y a ce qui secret, monsieur M, d’autres projets encore. Au-delà de la collaboration artistique en duo (comme avec Benoit Cancoin), il y a dans votre travail la manifestation récurrente d’un désir de collectif. Il a une interprétation politique (et d’époque aussi, vous n’êtes pas le seul à ainsi multiplier les collaborations), mais ce me semble particulièrement important, aussi bien très symboliquement que très concrètement, dans votre rapport à la pratique artistique, ce truc avec le collectif ?

C’est la question même du désir. Le désir, entendu comme production de relations. De formes. Et d’attentions. C’est la question de la poésie. Du politique. Du désir. Quelles formes de relations et d’attentions produisons-nous. Dans lesquelles et avec lesquelles (formes, relations, attentions) nous vivons, désirons vivre.

[guénaël boutouillet marc perrin décembre 2015]

Alexandre Seurat, Marion Guillot, un entretien croisé

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Verbatim de l’entretien à quatre mains, réalisé avec Alain Girard-Daudon pour le magazine mobiLISONS – POUR en LIRE la version allégée, C’est ici.

A titre personnel, j’ai beaucoup apprécié ces deux livres – dans cet entretien, j’avais à charge de poser des questions à Alexandre Seurat, dont La Maladroite est une terrifiante et très juste façon de traiter littérairement un fait divers ineffable ; j’ai par ailleurs chroniqué Changer d’air de Marion Guillot sur Mobilis.

Cet entretien fut réalisé en septembre et octobre 2015.


les-deux-livres

1- Vous avez durant cette rentrée publié votre premier roman  – Comment avez-vous vécu cette attente, les quelques mois précédents, et le jour même de la parution ? Comment avez-vous vécu cette journée-là ?

Avez-vous une autre activité professionnelle?

MG

Il s’est écoulé environ six mois entre le premier appel d’Irène Lindon et le jour de la parution. Durée qui m’a maintenue à la fois dans la « rumination » de la très belle et bouleversante nouvelle de mars (premier appel de l’éditrice, qui signait mes plus beaux jours !), et l’attente, à la fois inquiète, très enthousiaste, pleine de curiosité, de la publication. Sur ces six mois, beaucoup d’échanges avec la maison, la première rencontre avec Irène Lindon (« dans mes petits souliers » évidemment), avec le livre imprimé (premier contact matériel avec l’objet, première fois, finalement, où l’on croit à ce qui est en train de se passer) et les fameux locaux de Minuit (confronté avec les descriptions d’Echenoz et Toussaint !) pour le service de presse, premières annonces et évocations publiques du livre, échanges avec famille et amis, bref, beaucoup de curiosité et d’enthousiasme partagé. Des périodes étranges où l’on alterne entre une vie parfaitement banale et le sentiment de quelque chose d’absolument décisif et qui n’arrive qu’une fois dans une vie. Le jour de la parution, il se trouve que j’étais à Paris, que je suis donc passée chez Minuit, symboliquement, je crois que j’étais très heureuse d’être sur place ce jour-là, de voir le livre chez des libraires (évidemment, je me suis promenée…) et d’échanger avec eux. Tout ça a eu l’air à la fois très « simple » (alors qu’on entre dans un monde parfaitement inconnu), toujours nourrissant, et tout à fait singulier.

Au sujet de la vie professionnelle, je suis prof de philo dans le Morbihan

AS

Je suis passé par des sentiments très divers, extrêmes : lorsque le livre a été près d’exister physiquement (au printemps), une forme de panique a commencé à monter, à l’idée qu’allait devenir public un univers très intime, très personnel. (Comme pour me protéger de cette perspective, j’ai même commencé à accumuler dans un fichier des citations d’écrivains que j’aime, sur la honte, la violence, l’écart entre l’écriture et le monde public ou médiatique.) Puis tout ça s’est apaisé en juin, juillet, avec les premiers retours de libraires, plutôt bienveillants, et l’euphorie d’entrer dans un monde nouveau. Le jour de la parution, à mon étonnement, a été assez pénible : j’étais stressé, et je me sentais bête d’être stressé, j’ai rôdé dans les librairies du centre-ville d’Angers pour regarder si le livre était en rayon.

2 –Comment avez-vous vécu / vivez-vous le fait de le vivre « en région », là où vous résidez, un peu « hors des murs » du monde (toujours assez parisien, surtout en cette période) de l’édition ? Plus sereinement ?

MG

La rentrée (au niveau professionnel) me conduit à pas mal de déplacements et de jonglage cette année, et je n’ai donc pas encore vraiment « vécu » la parution « hors des murs » parisiens, je n’ai pas eu le temps de la vivre. La première rencontre publique aura lieu prochainement dans un de mes « chez moi » ; là encore, symboliquement, je suis très heureuse de commencer sur mon sol. Ce n’est ni plus ni moins serein (à la limite, moins qu’à Paris, où je suis une parfaite inconnue), j’ai en tout cas des souvenirs d’échanges joyeux, chaleureux et enthousiastes avec des libraires de ma région, que ce soit à Nantes (mon autre chez moi) ou dans le Morbihan. On navigue, là encore, entre l’extraordinaire (je le ressens comme ça) et une belle forme de simplicité.

AS

J’ai du mal à répondre à cette question, parce que je n’ai pas du tout l’impression d’être « excentré ». Ma maison d’édition, bien que basée à Paris, est rattachée à Rodez et Arles, par ses racines et son lien à Actes Sud. Beaucoup d’échos au livre sont venus de ma région, de Sarthe notamment (du fait de l’affaire source du livre). Votre intérêt en est l’image même. Et Paris n’est qu’à 1h40 : j’y suis assez souvent. Je n’ai pas tellement l’impression d’être protégé du choc de la publication, même si le milieu littéraire parisien est un monde qui m’est étranger. Autant dire que je ne suis pas très serein en ce moment : toutes ces émotions nouvelles me chamboulent.

3 – Les lieux où vous vivez ont-ils eu un effet, une résonance sur le contenu de ce premier roman ? 

MG

Il est sans doute difficile de se départir tout à fait des paysages familiers, et cela n’était pas tellement mon intention. Cela dit, c’est l’idée de résonance indirecte qui me plaisait, la création de nouveaux paysages à partir de terrains connus, les impressions que suscitent certains lieux qui m’intéressent, ou que je connais, ont parfois été mélangées (il m’arrive de penser à tel lieu et d’écrire des noms de rues inexistants), d’autres endroits ont appelé une description plus « objective » (ou « sur le motif »), les deux types de travaux m’intéressaient ; l’idée n’était pas que, dans ce roman, on puisse clairement dire : « ça se passe ici », je n’avais pas tellement envie d’écrire un roman « en région », qui parlerait plus aux habitants d’ici que d’ailleurs ; l’idée d’un livre « en région » ne me parle pas. Plus que le lieu, c’est le déplacement ou le mouvement qui m’intéressent.

AS

Je ne crois pas : pas pour ce texte-là. Je vivais à Paris lorsque l’idée de ce texte s’est imposée et que l’écriture a pris forme – paradoxe sans doute, puisque je vis maintenant non loin de l’endroit où l’histoire est censée se passer. Je me projetais dans de petites villes que je ne connaissais pas.

4- L’environnement, le milieu littéraire local – comment cette « apparition » publique, cette mise au jour de ce métier d’écrivain qui est le vôtre, est-elle perçue dans votre entourage direct ? professionnel ? et dans le milieu littéraire : cela change-t-il les rapports avec votre libraire, par exemple ? 

MG

Si seulement cela pouvait être appelé mon « métier » ! Ce n’est pas tout à fait le cas (…), l’écriture, même lorsqu’on a la chance qu’elle soit rendue publique, passe souvent pour une activité « secondaire », parallèle à un métier, éventuellement complémentaire. Je sens toujours ce clivage entre la profession, au sens « strict » et peut-être étriqué du terme, et ce qui reste considéré comme « l’aventure » de la publication. Il y a ce qui fait gagner son pain, et le livre. L’entourage direct accueille cela avec fierté (on ne refait pas les mères !), il entre un peu avec moi, par ce que je peux décrire ou évoquer, dans un univers qui fait rêver, qui suscite beaucoup de questions et de curiosité. Par ailleurs, s’il y a un « milieu » littéraire, il ne m’est pas encore bien connu, il me semble varié, échapper à toute homogénéité (là encore, c’est source d’expériences passionnantes) ; chaque fois, en somme, j’ai eu l’impression d’annoncer la nouvelle à des individus plus qu’aux membres d’un milieu (j’admire beaucoup le « milieu », pour ça ; je ne lui ai pas trouvé de tics !), avec des réactions variées, et enrichissantes. Seuls des libraires, éventuellement, me reconnaissent et cela a pu donner lieu à des situations amusantes.

AS

C’est assez radical – et un peu violent – comme mue : mes étudiants viennent me parler du livre à la fin des cours, mes collègues y font allusion. C’est toute une image sociale qui change (moi qui vivais avec l’écriture presque totalement en secret depuis 15 ans). Cela n’a pas changé mes liens avec mes libraires : ça les a créés. J’habite Angers depuis 2 ans, et si je fréquente souvent Richer, Contact, je suis du genre à aller droit aux livres que je cherche. Je suis assez réservé. J’avoue que je ne mesurais pas ce que c’est que le métier de libraire – l’engagement, l’énergie que cela nécessite de défendre les livres.

 5-Comment et pourquoi cet éditeur-là?  Était-ce le seul? Le premier? Comment cela s’est-il passé?

MG

C’est la maison que j’admire le plus, la plus intimidante, celle, donc, que je n’osais pas espérer (qui le pourrait ? Mes amis n’ont cessé de me dire : « Minuit, bordel, MI-NUIT » ! ). Dans ce geste de l’envoi du manuscrit, on ne peut pas s’empêcher de rêver, en se demandant : « où souhaiterais-je être publié ? ». J’ai envoyé le manuscrit ailleurs, n’ai obtenu que plus tard des réponses négatives. Tout s’est passé très vite avec Minuit ; 48h après l’envoi du texte, Irène Lindon me laissait un message demandant à ce que je la rappelle. Nous avons beaucoup échangé le lendemain par téléphone (pour la première fois, je n’ai pas dormi de la nuit), sur le texte, sur moi, mes activités, ma situation ; à un moment, elle m’a dit « je vous envoie demain le contrat ».

AS

Pour ce texte-là, il y avait eu des encouragements ou des retours d’autres éditeurs intéressés sans être complètement convaincus (une lettre de POL, une discussion au téléphone avec Irène Lindon). La plupart ont refusé le texte avec une lettre type. Et puis il y a eu ce coup de fil de Sylvie Gracia, sa voix chaleureuse, son rire, et son enthousiasme : du coup, Le Rouergue – que j’appréciais pour avoir lu Pascal Morin, Gaël Brunet – est devenu une évidence.

6- Était-ce votre première tentative de publier?  Est-ce le premier roman que vous écrivez?

MG

J’avais envoyé à d’autres éditeurs un autre texte, à un moment de ma vie où j’avais besoin de me dire « je peux publier quelque chose », tout en sachant que ce texte n’était pas assez abouti, bref je me suis un peu tiré dans les pattes, à cette époque-là. Du coup, je considère Changer d’air comme le premier roman, oui, un texte dont j’ai senti qu’il m’avait donné beaucoup de fil à retordre, un premier véritable travail, une construction et une proposition qui faisaient vraiment sens pour moi.

AS

Mon premier manuscrit envoyé à des éditeurs date de 2001. Bien d’autres ont suivi : j’ai une pile de lettres types chez moi (à peu près quatre-vingts je crois : je suis un peu fétichiste, j’archive), qui pourraient composer un drôle de roman épistolaire un peu monotone. Le premier à m’avoir encouragé est Bertrand Fillaudeau de Corti dès le premier manuscrit. Je dois saluer Paul Otchakovsky-Laurens, qui m’a envoyé plusieurs fois des lettres argumentées, qui m’ont aidé à avancer. Mais je ne commençais à trouver ma voix que depuis quelques années. Si ce texte-là a débouché sur la publication, c’est sans doute que je prenais la matière hors de moi : cette matière avait une telle force intrinsèque qu’elle a simplifié et accéléré le passage à l’écriture.

7-Combien de temps a duré l’écriture de ce roman?

MG

Il n’a pas été écrit linéairement, selon un rythme régulier. Cela s’est fait par strates, sur une période de deux ans environ, avec beaucoup de moments vides, du point de vue de l’écriture, des semaines, aussi, où je trouvais le temps de goûter à ce rythme très particulier où l’on se met chaque jour à sa table, pour une durée déterminée (j’aime l’idée de pouvoir le faire, avec cette rigueur-là, mais j’en trouve rarement le temps). J’ai beaucoup de mal à faire deux choses à la fois !, à concilier ce travail d’écriture et un « métier », justement. J’ai besoin de vide, pour écrire. De créer ce vide où l’écriture n’est pas ce pour quoi on garde un peu de place quand on s’est acquitté de tout le reste.

AS

J’ai découvert l’affaire Marina qui donne sa matière à la fiction en juin 2012, et le roman était fini en mars 2014. Mais je ne l’ai pas écrit en continu, loin de là : il y a eu plusieurs moments d’écriture intense, les deux étés 2012 et 2013, quelques mois de l’hiver 2014.

8-Citez un (ou deux, voire trois…) écrivains que vous admirez, ou qui vous inspirent.

MG

Pour les écrivains de la maison, Jean-Philippe Toussaint (j’aime vraiment tous ses romans) particulièrement, et une grande admiration pour le travail de Julia Deck. De façon très différente, et évidemment pour des raisons très différentes, Claudel me semble inépuisable. De très grands souvenirs de lectures : Les liaisons dangereuses de Laclos, et L’emploi du temps et Degrés de Butor. Je n’ai pas tout lu de lui, loin de là, mais je suis particulièrement fascinée et « remuée » par le travail de Butor.

AS

C’est difficile, ils sont tellement nombreux : j’ai l’impression d’être composé de multiples strates de lectures qui se sont superposées successivement en moi. Par exemple, j’ai lu massivement Bergounioux vers 2008 : l’autorité de sa voix, la rigueur de sa syntaxe, et en même temps la tension qui habite ses récits, leur nécessité brûlante, ont eu un effet extrêmement puissant sur moi. Mais tout cela me paralysait, m’intimidait. Je dirais que c’est Duras qui m’a libéré de cette intimidation, vers 2010. J’ai une profonde admiration pour L’Amant et L’Amant de la Chine du Nord, notamment. Duras m’a appris à viser l’épure. Il me semblait à présent que la voix, tout en étant nette, avait le droit d’être pauvre, pour dire l’effondrement. Avec le recul, je crois que ces deux voix très différentes coexistent en moi.


Pourquoi et comment accueillir un auteur | un guide de Yann Dissez, pour Livre et lecture en Bretagne

Yann Dissez

J’ai parlé plusieurs fois de Yann Dissez sur ce site. Nous avons une relation amicale et de travail qui s’est renforcée ces dernières années,  notamment par la co-conception et co-animation de modules de formation destinés aux médiateurs : les sessions Accueillir un auteur, pour les CRL, que j’ai analysées et creusées de façon plus « personnelle » ici.

Ces aventures ne sont pas terminées, nous faisons de notre mieux pour travailler à de nouveaux modules, tant nos expériences croisées se répondent, et nos compétences et façons de prendre parole se complètent – bref, le désir d’imaginer encore, de fabriquer, et, certainement, aussi, cette sensation d’utilité,  qui nous poussent à examiner encore cette affaire (la médiation culturelle, et plus particulièrement littéraire). #tobecontinued

Et quand même pour rendre à l’auteur ce qui lui appartient, et pour redre disponible ce savoir si précieux, donner à lire l’extended version de son guide, sur lequel s’appuient, se sont en partie fondées, nos projets communs. Une ressource précieuse, enrichie de propos liminaires, recueillis par moi-même lors de sa parution.

Le guide

Pourquoi et comment accueillir un auteur – Yann Dissez

Comment accueillir un auteur, entretien avec Yann Dissez

(Reprise enrichie d’un article initialement paru sur le site Livre au Centre en avril 2012.)

« Comment accueillir un auteur ? » est un guide pratique destiné à clarifier, organiser et faciliter l’accueil d’un auteur, soit au sein des bibliothèques, associations, collectivités ou librairies.

Yann Dissez y redéfinit les notions d’auteur et d’écrivain, catégorise les différents types d’accueil d’un auteur, et surtout, explicite les démarches à suivre pour organiser l’accueil d’un auteur, à la fois dans leur contexte et dans leur mise en œuvre. Ce document, paru en 2012, est publié par la Fill, Écla Aquitaine, le CRL Bourgogne, Livre et Lecture en Bretagne, Ciclic, Le MOTif, le CRL en Limousin, le CRL Lorraine, le CRL Basse-Normandie, l’ARL Haute-Normandie, le CRL Pays de la Loire et l’Arald. Une version augmentée, plus exhaustive, est également disponible en version numérique sur le site de Livre et Lecture en Bretagne.

Pour mieux comprendre ce qui distingue ces deux documents, ainsi que leur contexte, leur intention, leur spécificité, nous sommes allés questionner leur auteur. Car ce guide,dans ces deux versions, n’est pas qu’un document technique et pratique (même s’il en remplit parfaitement les fonctions), il procède d’une expérience de terrain active, ancrée, doublée d’une solide assise théorique.

Téléchargez le guide mis à jour, version longue (256 pages)

– Consultez le guide « Pourquoi et comment accueillir un auteur ? », dans sa version enrichie en ligne : http://www.livrelecturebretagne.fr/…/

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“(…) Il est possible de s’adresser à chaque personne, sans a priori sur ce qu’elle est capable d’apprécier, avec des propositions artistiques exigeantes, à condition d’inventer les formes et les dispositifs adaptés, les outils de médiation adéquats.” – un entretien avec Yann Dissez.

Deux guides pour des usages distincts

Le vade mecum « Comment accueillir un auteur ? » est édité en version imprimée (46 pages) et pdf (téléchargeable ici). Cela correspondait mieux au mode d’utilisation prévu : il s’agissait de proposer un outil pratique, succinct et synthétique, aisément consultable. Il est également disponible en consultation ou en téléchargement sur les sites de la Fill et des 11 SRL coéditrices.

Le guide « Pourquoi et comment accueillir un auteur » est disponible sur le site de Livre et Lecture en Bretagne en consultation ou  en téléchargement au format PDF. L’édition numérique permet une navigation souple, peut se parcourir de manière ciblée (par chapitre, page ou titre) ou plus linéaire ( en téléchargeant ou imprimant le PDF). Comme l’objet est assez conséquent et qu’il n’en n’existe pas à ma connaissance d’équivalent, peut-être qu’une version imprimée s’avèrera pertinente. Il me semble important, avant de l’envisager, de laisser le temps aux personnes concernées de le consulter et de nous faire part de leurs impressions… afin que nous puissions, le cas échéant, y apporter les compléments et les modifications nécessaires.

Le fruit d’une expérience double

Après des études de philosophie et d’histoire de l’art, un heureux hasard m’a conduit au Triangle, à Rennes, à la fin des années 90, où je me suis tout d’abord occupé de l’action culturelle autour de la poésie contemporaine. Avec Jean-Jacques Le Roux, responsable de l’action culturelle, j’ai alors pris en charge le Café confort, une caravane aménagée en petite salle de spectacles et installée les samedis matins sur le marché du Blosne, pour proposer des lectures de poésie aux habitants du quartier. D’autres projets ont suivi : les Dîners et Apéros Poétiques, qui ont permis par le biais de soirées conviviales alliant le plaisir des oreilles à ceux du palais de convier au sein du lieu des personnes qui n’avaient jusque là osé en franchir les portes, les résidences d’auteurs, etc. L’instant T, revue de création à parution aléatoire et au format variable, distribuée gratuitement à plusieurs milliers d’exemplaires, permettait d’éditer et de diffuser les textes des auteurs accueillis.
Lorsque Jean-Jacques Le Roux a quitté le Triangle, j’ai fait évoluer le projet, dans la continuité de ce qui avait été engagé, en ouvrant sur les écritures narratives, en développant des projets pluridisciplinaires entre littérature et danse, littérature et musique, et en continuant d’œuvrer au rapprochement des artistes et des habitants.
Ces expériences ont été fondatrices pour mon parcours professionnel et je pense qu’elles en ont imprimé la direction. Les travaux que j’ai réalisés récemment, à savoir ces deux guides, portent l’empreinte de ces projets, de ces aventures artistiques et humaines.

J’ai en effet compris, sur ce marché du Blosne, qu’il était possible de s’adresser à chaque personne, sans a priori sur ce qu’elle est capable d’apprécier, avec des propositions artistiques exigeantes, à condition d’inventer les formes et les dispositifs adaptés, les outils de médiation adéquats. J’ai également saisi l’importance de la primauté du projet sur le dispositif. On a en effet trop souvent tendance, et les résidences en sont un exemple criant, à poser en premier lieu le dispositif (« Je vais faire une résidence »), avant de s’interroger la finalité de l’action, les raisons pour lesquelles ont la met en œuvre, à qui on souhaite s’adresser. Alors que commencer par ces questions, définir les objectifs et élaborer le projet, permet de choisir et d’inventer les dispositifs adaptés, et de gagner ainsi en cohérence, pertinence et efficacité.

La question de présence des auteurs « au monde », au cœur de la cité, via ces résidence ou ce compagnonnage artistique me semblait être un outil fabuleux, pour apporter un soutien à la création littéraire et développer des projets originaux de création et de médiation en direction des populations. Par ailleurs, j’ai également perçu l’importance de la lecture à haute voix comme vecteur de « médiation » du texte, sans qu’il soit besoin d’explications ou de commentaires : lu, interprété, performé par son auteur, le texte poétique, sans autre artifice, s’adresse à chacun, l’œuvre se livre peut-être plus directement, sans les barrières parfois inhérentes aux représentations de l’écrit.
Lorsque j’ai repris mes études, dans le cadre du Master 2 Direction de projets culturels, les résidences d’artistes étaient au cœur de mes questionnements professionnels et intellectuels. J’y ai donc consacré mon mémoire de recherche (à lire et télécharger en pdf : « Habiter en poète. La résidence d’écrivain, une présence de la littérature au monde »).

« (…)Alors que le terme de résidence est omniprésent dans le champ culturel depuis une vingtaine d’années et que les projets se développent un peu partout, il existe très peu de textes théoriques et aucun outil synthétique complet à destination des porteurs de projet, des personnes ressources ou des auteurs eux-mêmes. »

L’aventure du Triangle a pris fin en 2010 et très vite nous avons échangé avec Christian Ryo, directeur de Livre et Lecture en Bretagne, qui désirait porter la question de la présence des auteurs au cœur de son projet.
Partant de ma double expérience, théorique et pratique, il m’a proposé une mission sur la présence des auteurs articulée autour de trois objectifs : recenser les projets de résidences et les dispositifs d’accueil d’auteurs en Bretagne ; accompagner les porteurs de projets pour l’organisation de résidences et, et réaliser un guide sur l’accueil des auteurs. C’est ce troisième volet, qui constituait le cœur de cette mission, qui a demandé énormément de temps. Nous souhaitions réaliser un document, le plus complet possible, qui synthétise l’ensemble des questions à se poser, des points à aborder et qui propose des outils théoriques, méthodologiques et pratiques, pour accueillir un auteur.
En effet, nous nous trouvions face à une situation paradoxale, que j’avais déjà observée à l’occasion de mon mémoire de recherche : alors que le terme de résidence est omniprésent dans le champ culturel depuis une vingtaine d’années et que les projets se développent un peu partout, il existe très peu de textes théoriques et aucun outil synthétique complet à destination des porteurs de projet, des personnes ressources ou des auteurs eux-mêmes. Nous avons donc entrepris de construire cet outil, en essayant de tendre à l’exhaustivité, sachant que nous ne l’atteindrions pas mais qu’une base serait posée, qui pourrait ensuite être amendée, modifiée et complétée.

Par ailleurs, certaines SRL réfléchissaient depuis quelques années à la réalisation d’un petit guide pratique, un vade mecum à l’intention des collectivités, structures, associations ou manifestations littéraires qui invitent des auteurs… Livre au Centre en faisait partie et je me souviens d’une discussion sur ce sujet à Nohant à l’occasion d’une journée consacrée aux résidences d’auteurs en juin 2009, en compagnie de Cécile Caillou-Robert, Isabelle Maton, Claire Castan de l’ARL Paca et Dominique Panchèvre, actuel directeur de l’ARL de Haute-Normandie. La mise en œuvre du Guide par Livre et Lecture en Bretagne a joué le rôle de catalyseur et au final 11 SRL et la Fill se sont associées pour coéditer ce vade mecum, paru en mars 2012.

Un long travail d’enquête et d’analyse

Il a fallu dans un premier temps mener un gros travail de collecte et de lecture des nombreux documents (guides, fiches pratiques, articles, etc.) existant sur le sujet, pour certains très bien faits et assez complets, pour d’autres très succincts ou approximatifs, voire parfois inexacts. De même, il était nécessaire d’analyser les projets, dans leur diversité et réalité, afin d’être en mesure de proposer des outils qui correspondent aux besoins, une typologie qui soit en adéquation avec les usages  observables. J’avais déjà effectué ce travail pour mon mémoire de recherche, et j’ai eu l’occasion depuis d’étudier de nombreux cas lors de déplacements, de tables rondes ou de journées professionnelles, et d’échanger à ce sujet avec les chargés de mission des SRL, les conseillers livre et lecture de la Drac, le CNL… Il s’agissait donc de compléter ces informations, de les actualiser par l’analyse de projets, de dossiers d’appel à candidature, de conventions…

Par ailleurs, je me suis également penché sur les conditions socio-économiques des auteurs (à partir de l’étude de Bernard Lahire, La Condition littéraire : la double vie des écrivains (La Découverte, 2006), notamment), de la création littéraire et des conditions de sa réception. Il nous semblait en effet fondamental de les aborder dans une première partie, tant il est manifeste qu’elles sont inconnues pour de nombreux porteurs de projets, ce qui génère parfois des incompréhensions ou des représentations qui peuvent avoir une incidence importante. La question des modalités pratiques et organisationnelles en découlent assez logiquement. Une fois celle-ci posée et traitée, l’exposition des modalités pratiques et organisationnelles en découle assez logiquement.

S’est également posée d’emblée la question du format, de l’objet d’édition que serait ce guide, qui a également fait débat lors de la mise en œuvre du vade mecum : Fallait-il nous cantonner à un document sur les résidences ou proposer un guide qui traite de l’ensemble des dispositifs d’accueil d’auteurs ? Il nous a paru nécessaire de traiter de l’ensemble des dispositifs : de la dédicace, qui est la forme à la fois la plus répandue et la plus simple à mettre en œuvre, jusqu’aux résidences, qui sont les projets les plus complexes, les plus denses, mais aussi les plus coûteux et les plus chronophages. Il était indispensable de traiter de l’ensemble des actions afin de situer les résidences comme un dispositif parmi d’autres… le plus abouti, certes, mais pas l’unique, comme l’omniprésence du terme tend parfois à le laisser croire. Cela permet de nommer et de qualifier des projets plus légers ou répondant à d’autres objectifs, d’autres temporalités, d’autres budgets. Les structures désireuses d’accueillir des auteurs ont ainsi la possibilité, en fonction de leur projet, de choisir le dispositif adapté.

Aujourd’hui, demain

Je suis actuellement chargé d’une étude pour l’ARL de Haute-Normandie, sur les présences d’auteurs sur le territoire haut-normand. Il s’agit de recenser et d’analyser l’ensemble des projets articulés autour de la présence des auteurs sur le territoire, de répertorier leurs modalités d’interventions en fonction de la typologie proposée dans les guides, et d’évaluer les réussites comme les difficultés rencontrées, afin de remettre à l’ARL des propositions prospectives pour permettre un accompagnement auprès des porteurs de projets et des auteurs.

Cette étude et celle effectuée pour Livre et Lecture en Bretagne confortent mon impression que les régions ont une vision assez partielle des projets d’accueil d’auteurs sur leur territoire, ce qui se comprend aisément car ils sont complexes et longs à recenser. En effet, à côté des structures, très identifiées, qui organisent régulièrement des résidences ou des rencontres (lieux dédiés à la littérature, médiathèques, librairies…), qui sont en relation avec les institutions et communiquent sur ces projets, il existe une multitude de lieux (écoles, communes, associations) qui mènent des projets de façon ponctuelle, sans nécessairement communiquer auprès des institutions ou solliciter des aides financières ou organisationnelles (faute souvent d’une connaissance des dispositifs et des partenaires possibles). Ces projets sont plus difficiles à repérer, tâche pourtant indispensable si l’on veut se faire une idée précise des modes de présences des auteurs sur le territoire et connaître les besoins d’accompagnement.

Personnellement, j’envisage par la suite de revenir à la fabrication des projets, articulée avec de l’accompagnement et de la formation, tâches essentielle et passionnantes…

(photo : Sophie Fauché / ARL Haute-Normandie)

La Baule – Écrivains en bord de mer, juillet 2013 (récit par Dominique Panchèvre)

Dominique Panchèvre, twitteur bucolique à La Baule

Dominique Panchèvre, twitteur bucolique à La Baule

(De comment les choses arrivent)

Érigeant, il y a environ un an, ce modeste site de fouilles et de tentatives qu’est Matériau composite, je n’avais alors pas prévu d’inviter à contributions, sur cet espace pensé en premier lieu comme celui de mon propre regroupement. Et puis, il y a eu La Baule, une très belle édition du festival, pour laquelle je me suis dépensé comme community manager, ou « scribe social », comme je le présente ici (avec tous les liens afférant). Une telle immersion, à cette place particulière d’enregistreur, méritait bien un bilan – mais les quelques centaines de tweets sont récapitulés dans les épisodes de storify Jour 1 – mercredi 17 juillet / Jour 2 – jeudi 18 juillet / Jour 3 – vendredi 19 juillet / Jours 4 & 5 – samedi 20 et dimanche 21 juillet ), et autant les relire me suffisait, nourrissait nombre d’articles à venir ; autant devoir les reprendre et repenser m’épuisait d’avance.  Et puis, l’ami  Dominique Panchèvre, qui était à La Baule, en a fait un article qu’il pensait publier sur facebook – mais les nombreux liens qui l’enrichissent ne passaient pas sur le réseau social. Après une brève discussion, je lui ai proposé de reprendre ce compte-rendu ici, manière d’accueil et d’écart – très heureux de donner à lire  de sa prose, ici même. En ne sachant pas si d’autres invités viendront, c’est aussi un intérêt de la construction éditoriale spécifique à ces objets de lecture que sont les sites, on peut changer les plans chemin faisant, en ouvrir de nouvelles pièces, où accueillir des amis. (Guénaël Boutouillet, hôte).

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La Baule – Écrivains en bord de mer, juillet 2013 (par Dominique Panchèvre)

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Du 17 au 21 juillet, s’est déroulée à La Baule la 17è édition de « Écrivains en bord de mer », rencontres, conférences, entretiens et lectures, organisées par Brigitte et Bernard Martin des éditions Joca Seria (Nantes).

Cette année, coup de projecteur sur la littérature américaine, et plus particulièrement sur la poésie des États-Unis, avec une vingtaine d’écrivains invités, dont six américains (États-Unis).
Toutes les rencontres se situent à la Chapelle Sainte-Anne, et se succèdent de 11h30 à 22h. Il est donc possible de tout voir et de tout écouter.

Les rencontres ont été enregistrées en vidéo et seront progressivement toutes visibles ici. Le détail de la programmation, les notices pour chaque écrivain et le storify élaboré par Guénaël Boutouillet sont à consulter sur le site d’Écrivains en bord de mer.

 

Cole Swensen par DoP

Cole Swensen, en lecture

À remarquer en premier lieu la réelle fluidité du déroulement de ces journées, rendue possible grâce à une organisation millimétrée et à une préparation minutieuse. Le choix des auteurs invités et des thématiques explorées est le fruit des lectures attentives qu’effectue Bernard Martin pendant plus d’une année. C’est lui qui présente les rencontres et en anime une bonne partie.

Ce qui est véritablement une aubaine, c’est d’avoir découvert les textes de Ron Padgett et ceux de Harry Matthews. Ceux des autres américain(e)s invité(e)s aussi, mais ces deux-là font figures de pépites dans un espace de relative ignorance de la littérature dite américaine. Bien sûr, certains d’entre nous ont lu Jim Harrison, John Fante, Frederick Exley et Philip Roth, tout comme Stewart O’Nan, Cormac McCarthy ou Rick Bass. Mais notre connaissance de cette littérature reste cependant très parcellaire et il est formidable d’avoir eu, sur un plateau, cet aréopage d’écrivains inconnus. Cela ouvre des perspectives, et notamment celle de lire les livres que Joca Seria a publiés dans cette veine.

oulipo par DoP

Jacques Roubaud, Harry Matthews,
Ron Padgett et Bernard Martin

En résonance à l’américanité (réelle ou supposée) de la littérature qu’il nous a été proposé de découvrir, ce fut un émerveillement d’entendre Ron Padgett évoquer son amitié avec Joe Brainard. « Nous nous souvenons de Joe et de l’école de New York » fut le sujet de la trèsintéressante discussion entre Ron Padgett, Jacques Roubaud et Harry Matthews sur la question de l’École de New York. On retrouvera également des précisions sur ce sujet lors d’une des « humeurs apéritives » que Bernard Martin a consacrée à cette amitié ainsi qu’à la « vraie » histoire du Bloody Mary et à sa « vraie » recette, goûtée sur place. Parmi les autres humeurs apéritives, Gérard Lambert nous a permis de découvrir des textes finement reliés aux vins issus de la région d’origine de l’illustre prédécesseur (Thierry Guichard) ; vins qui furent également goûtés.

TV et CF et Gb par DoP

Tanguy Viel, Christophe François et Guénaël Boutouillet

Les deux conférences de Stéphane Bouquet et de Tanguy Viel ont encore contribué à réduire notre ignorance sur le sujet. Elles étaient très complémentaires ; beaucoup d’images, des partis pris assumés et, au final, le sentiment de sortir de là un peu plus cultivé.

Jacques Roubaud fut le seul écrivain dont l’assiduité n’a pas fléchie au long des journées ; présent à toutes les rencontres, réagissant aux propos des intervenants par de vifs mouvements du chef. Il fut maintes fois cité par les autres auteurs, reconnaissant en lui une sorte de père spirituel et fantasque pratiquant la contrainte par plaisir, comme ses petits camarades de l’Oulipo, dont Harry Matthews fait partie, car, il y a fort longtemps, il a eu cette curiosité d’aller chercher les textes des poètes américains et de les traduire.

Écrivains en bord de mer est également l’occasion de discuter avec les écrivains déjà rencontrés ou tout nouvellement connus ; de croiser des éditeurs confirmés comme Joca Seria ou ceux qui démarrent comme Les inaperçus ; de découvrir d’infatigables acteurs du livre comme Charlotte Desmousseaux, libraire aux Machines de l’île et membre de la revue Répliques à Nantes ou encore Christophe François, responsable du centre de ressources (et médiateur très apprécié par les écrivains) à la Maison Gueffier sur le site du Grand R à La Roche-sur-Yon.

En clôture, François Bon a fait une communication relative au premier bilan d’un éditeur numérique : Publie.net, s’inspirant d’un article écrit précédemment pour le Tiers livre.

Pendant toute la durée des rencontres littéraires, c’est la librairie La Baule les pages qui a tenu boutique dans la Chapelle Sainte-Anne, proposant et conseillant autour d’un beau choix de textes : ceux des écrivains présents assortis d’une sélection des libraires.

 

harry mathews par DoP

Harry Matthews, non fumeur

Atout supplémentaire : les enregistrements vidéo impeccables qui permettent de découvrir ou de revoir des séquences fortes, comme par exemple la lecture inaugurale de Claro ou son mot de la fin.

Dire enfin que les financeurs ont bien compris l’intérêt d’Écrivains en bord de mer puisque les rencontres sont soutenues par les trois collectivités territoriales (Ville de La Baule, Département de Loire-Atlantique et Région Pays-de-la-Loire) ainsi que par le CNL.

Dominique Panchèvre.