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André Markowicz et Olivier Mellano, partages d’ombres de Chine et d’ailleurs : rencontre, lecture musicale, dialogue, samedi 23 avril à Châteaubriant

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André Markowicz © F.Morvan, Olivier Mellano © Richard Dumas,

André Markowicz et Olivier Mellano, partages d’ombres de Chine et d’ailleurs : rencontre, lecture musicale, dialogue, samedi 23 avril à Châteaubriant

Je reçois depuis plusieurs années des auteurs, régulièrement, à la Médiathèque de Châteaubriant (merci Marie Chartres, merci Anne-Sophie Lachambre), quelques podcasts derrière (Hélène Frédérick, Sylvain Prudhomme, Arno Bertina ou Philippe Vasset). Samedi 23, je suis à l’origine d’un échange qui, s’il n’est pas inédit (ils ont déjà travaillé ensemble, se sont plus d’une fois croisées, au Triangle (merci Yann Dissez), pour Herem (un livre au dernier Télégramme, un spectacle de la Cie l’Unijambiste), à la maison de la poésie de Paris), n’est pas pour autant si fréquent – et que je n’ai jamais eu l’occasion de les voir et entendre ensemble.

Alors que de chacun d’eux j’ai souvent parlé, que je les ai lus, écoutés, questionnés, l’un et l’autre, séparément – ce socle d’amitié m’est merveille, comme une évidence tant chacun, à sa façon, rayonne, éclaire les mots, des autres, du monde. Une traduction commentée par André Markowicz, de la poésie électrisée par Olivier Mellano, c’est, à chaque fois, une lecture améliorée. Un bel agrandissement des perspectives.

Programme

Lecture musicale O. Mellano et A. Markowicz, 14h
Entretien croisé animé Par GB, 15h
(Les faire parler l’un de l’autre, raconter l’expérience depuis chacune de leur place, et creuser ce qu’elle offre et permet d’exploration de son art comme de celui de l’autre. Partant de questions de pratiques, ouvrir des espaces : des comment qui peuvent inventer de nouveaux et nombreux pour quoi.)
Rencontre publique A. Markowicz, 16h, partage, ombres, traduire.
(faire parler André est quelque chose d’unique. Peut-être poserai-je une seule question, ramifiée, peut-être ouvrirai-je les livres chez Inculte pour y circuler avec lui, je ne sais pas encore. Nous verrons. Nous écouterons.)

Samedi 23 avril à la médiathèque de Châteaubriant (Médiathèque intercommunale, Place Saint Nicolas, 44110 Châteaubriant 02 40 81 03 33)

 PODCAST – lancer en cliquant sur l’image ci-dessous

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Du plagiat (parfois) puni : Françoise Morvan remporte son procès pour contrefaçon

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Du plagiat (parfois) puni : Françoise Morvan remporte son procès pour contrefaçon

L’époque, et ses tares, sont bien pratiques, souvent, pour asseoir les opinions infondées. On accuse souvent l’internet de tous les mots, par paresse, par facilité : combien de fois ai-je entendu, à titre comminatoire, ou à l’inverse, justificatif, les arguments contraires et équivalents en insignifiance :  « ben, je l’ai trouvé sur Internet » ou  » avec tout (i.e, toutes les horreurs) qu’on trouve sur Internet ». (L’équivalent, dans un environnement domestique, de ces justifications, seraient celles d’un enfant qui, pris la main dans le pot de confiture, accuserait l’ouverture facile de celui-ci d’avoir provoqué voire commis son larcin).

Or, si la technologie se fait souvent invasive ou trop prégnante, ne pas oublier que le plagiat est affaire de responsabilité personnelle, que tout copier-coller découle d’un choix (ou d’un geste, qui, même fugace, découle d’un choix, comme la rature d’un texte ou l’apport de son paraphe, le sont). Les tourments dans lesquels se trouve plongée depuis des années Françoise Morvan en sont un bien malheureux exemple.

Auteure d’un travail de recherche remarquable sur le poète et traducteur  Armand Robin dont elle a retrouvé et publié les textes perdus ; elle a également  passé de longues années à rechercher et publier l’immense trésor enfoui des contes populaires, ce qui lui vaut, au passage, d’affronter la fureur des nationalistes bretons (voir son essai Le monde comme si – ou comment un travail de fond sur des faits de langue et de littérature prend un sens politique inattendu : ce livre est à mon sens une pierre angulaire de toute réflexion culturelle et politique face aux dérives identitaires, régionalistes voire fascisantes, dont l’ultra-libéralisme s’arrange si bien). Ses nombreux travaux en collaboration avec André Markowicz sont exemplaires également, érudits et ouverts, accessibles – plus que ça : produisant, permettant l’accès à des merveilles inconnues, des effets de sens dont nous serions privés (écouter André me raconter comment ils traduisirent Tchekhov, c’est ici), ou encore traduisant Shel Silverstein pour les éditions Memo…

Armand Robin (à qui elle a consacré une thèse monumentale publiée aux Presses universitaires de Lille et disponible dans toutes les bibliothèques universitaires,  ainsi qu’à l’IMEC où elle a constitué un fonds Robin — sans compter ce beau dossier pour remue.net) est au cœur de cette mésaventure – qui heureusement se termine enfin, semble-t-il. Françoise Morvan s’étant fait plagier ses travaux de recherche, elle s’en est émue sans obtenir de réponse (mais se faisant, à l’inverse, retourner son accusation). Ceci jusqu’au nécessaire (mais si  » chronophage, aléatoire, dévoreur d’une énergie que l’on voudrait employer ailleurs et souvent blessant. », comme elle dit elle-même) procès.

Le détail de l’affaire en est donné sur le site (fort recommandé, qui d’un point de vie plus strictement littéraire, témoigne lui aussi, et avant tout, de l’immensité et de l’excellence des travaux de Françoise Morvan): http://francoisemorvan.com/plagiat-justice-rendue/

On y  trouvera également en PDF le jugement signé par le juge Éric Halphen.

Jugement du 14 mars 2014

On se réjouit de cette issue heureuse, qui libérera Françoise Morvan de ces soucis bien inutiles quand elle a tant et mieux à faire (et notamment ce dossier Robin qui reprendra, et s’étoffera encore, un de ces jours, sur remue.net).

Vingt-quatre | sur | Quatre-ving-dix-neuf : Traduire

Traduire est impossible mais nous y assistons quand André Markowicz nous parle, me redis-je au moins une fois par semaine depuis que j’ai entamé la mise en ligne hebdomadaire de ses textes inédits – une série qui s’intitule Un entretien aléatoire, qu’il m’est heureux de tenir entre mes clics, d’indenter au pixel (à la main ou quasi), puis mettre en ligne dans leur bonne forme (merci ici à Joachim Séné pour le code utile).

C’est impossible, mais alors : pourquoi, pourquoi donner tant de temps & d’énergie à cet impossibilité-là ? Plutôt écouter mieux & entendre (en écoutant mieux, on entend) : traduire est un impossible. Un nécessaire impossible.
Comme, en somme, cette autre quête, autre impossible : écrire.
Traduire alors, c’est : écrire.
& tout serait dit, une bien éloquente égalité posée là, déclamée. Traduire c’est écrire, voilà, voix fermement convaincue, puis : voilà. Mais bon.

Mais bon, traduire, c’est laborieux dans son effort, ce demande de : s’arrêter sans cesse, en même temps que se de laisser aller sans cesse, dans le mouvement de la lecture, ta-ta ta. C’est un mouvement d’empêchement permanent, sous la menace de ses propres scrupules. Traduire serait lire et écrire mêlés comme jamais, ou comme toujours ils devraient l’être mais ici : indissociables, ici, attachés, siamois, donnant naissance à ce phénomène-créature curieux : un lirécrire obligé. Je lis ce que j’ai déjà lu, dix fois lu, mille fois lu, & en même temps : je l’écris, je l’invente.

C’est un insoutenable équilibre. & si André Markowicz est unanimement reconnu comme le plus grand traducteur de la littérature russe, donc : le plus insoutenable équilibriste, c’est qu’autant passionnément il lit – posons qu’un peu la lecture est mémoire – qu’autant passionnément il écrit – posons qu’un peu l’écriture est devenir –.

Cette chronique d’inédits, il m’en dit entre deux portes que: «installer une conversation avec je ne sais qui — mais quelqu’un… ». Parler, toujours. Déclamer, chuchoter, hêler, chanter. Parler, plus que seulement dire.

André Markowicz parle, hoche la tête en ta-tatata, reprend non, tata-ta, nous regarde, s’insurge, rit, nous passe de cet impossible, la poésie romantique russe, c’est-à-dire Pouchkine, mais pas que, mais aussi plein d’autres, mais déjà Pouchkine pour un Russe c’est plus que tout, alors ça fait beaucoup. Nous passe de l’impossible car simplement nous sommes là. Nous écoutons, écouterons, comme mis en soif. Car cet impossible, cet insoutenable équilibre, on y bizarrement flotte à l’écoute d’André Markowicz &, tendant l’oreille, c’est comme notre œil qui s’ouvre & s’éveille. C’est un impossible, c’est assurément nécessaire. Écoutez, lisez.

Vingt-deux | sur | quatre-vingt-dix-neuf : Confère

Il y a en ça comme en toute chose un avant, un après. D’avoir parlé de ce qu’il faudrait en entier on n’en rêve pas, nulle envie d’ailleurs d’être entier, d’être rassasié. D’avoir fait tous les liens, glissé habile, passements de portes sans racler rien, du flow à une touche de balle, on en rêve peut-être un rien plus mais sachant bien qu’on rêve, que ce rêve de texte dicté par les sens (par tous les sens, ensemble) et formulé mature, il nous tient à la barre au boulot l’œil avide, rivé sur tous les mots, siens, autres – il demeure un prétexte.

De se dire qu’on a parlé, que ce n’était pas si sot, qu’on a passé les portes, certaines à soi-même essentielles, en raclant certes un peu mais : rien d’impardonnable – on reprend.

Au départ, la question posée par cette journée pro à Rennes me perturbe, communication de la littérature, j’entends Versus : lisant communication, pense « de masse », sors mon gourdin : il y a un inconciliable, là-dedans, il y a conflit dans les termes &

& ce conflit-là m’intéresse.

J’entame. Lis le poème intitulé pour le 19 avril, d’André Markowicz, mis en ligne le matin même, comme chaque semaine, qui se clôt par « il reste leurs / voix éclatées sur la / pierre râpeuse / et la surface lisse de / l’air, élément second. » Je parle de fb, de tw, des statistiques inspectées en aval, de la nécessité pour moi chaque fois relancée de faire entendre cela. Je cite ensuite Kafka, « Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous», exergue tatouée sur l’envers de mon front tant je l’ai vu gravée sur le premier remue.net, depuis des années. Parle d’irréductible. & de l’ailleurs absolu que c’est, de l’antithèse du publicitaire & des slogans en viatique : tout cela ne positive pas, décidément pas. Et que la mettre en ligne sert la littérature, en la donnant à lire, publique ; que l’agglomérer constitue ressource (une arme) ; et réservoir pour relancer. Et que là où l’on nous serine nouveauté, rupture, basculement (travaillant la peur pour stimuler les business appariés), j’y vis continuité : continuer de rendre possible l’émergence du texte, encourager à sa lecture, encourager les multitudes de textes, de lectures, & dans la multitude encourager au choix, aider, ouvrir, passer.

Se sentir apaisé, en accord – mais savoir, par avance, qu’on le sera bien moins, & qu’il nous hérissera nous horripilera (ses mots pas où il faut, ses phrases interminées), le type qu’ils ont enregistré.

Plutôt : écrire (continuer. Reprendre.)