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« On a vécu du temps » | De quelques ateliers d’écriture en 2016 avec la Maison de la poésie de Nantes & de leurs traces

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« On a vécu du temps » | De quelques ateliers d’écriture en 2016, de leurs traces

Parler ateliers d’écriture je l’ai souvent fait par ici, la maison de la poésie de Nantes est évoquée souvent par là, et je n’avais jamais jusqu’à cette année 2016 (celle qui vient de se terminer, pour laisser s’ouvrir sa suivante, 2017, que je vous souhaite tout-terrain, il faudra résister aux chocs) agi en ateliers d’écriture pour la maison de la poésie de Nantes. De cette expérience, j’ai envie de rendre compte, en biais.

La question de la publication en ateliers, c’est par le prisme de leur conversion numérique (dans ma pratique) que je l’ai  souvent abordée, laquelle, la résolvant nativement (en atelier connecté, le texte a vocation publique), la décentre en fait pour l’ouvrir autre, en faisant une composante du geste (déjà composite) d’écriture « solitaire-à plusieurs » telle que l’atelier l’induit.
Les deux ateliers de 2016 pour la MaisonPo, poésie fm (atelier de production, avec Julie Auzou, des textes (de collégiens) composant deux émissions de radio diffusées puis podcastées sur les ondes de Jet fm), puis celui de la gazette ci-dessous feuilletable, produite pour, vers & avec le festival midi-minuit poésie (16eme édition, décembre 2016, le lieu unique, Nantes) étaient d’une densité à la hauteur de leur enjeu multiple : mettre en main, en bouche, en dialogue, des ouvrages du plus contemporain de la poésie d’aujourd’hui, à des collégiens (pour poésie fm) et des lycéens (pour la gazette), impulser une écriture avec & depuis ces livres et auteurs, et tenir en parallèle l’impulsion, garder la main sur tous les sous-groupes (chacun produisant sa pastille, sa note de lecture, son texte « à la manière de »), prolonger par l’écriture l’étonnement premier, le plus fécond, de leur rencontre avec ces textes.

Poésie fm – à l’écoute.

Sophie G.Lucas, poète excellente, que j’ai remplacée au pied levé, et qui demeure l’animatrice principale de ces ateliers radio, est interviewée à ce sujet pour la revue mobiLISONS.

Pésie fm 1 – classe de 4ème D du collège Salvador Allende de Rezé. ECOUTEZ LE PODCAST : ICI

Poésie fm 2 – classe de 5ème J du collège Saint Blaise de Vertou ECOUTEZ CETTE EMISSION EN PODCAST : ICI

La gazette des lycéens.

La gazette est disponible dans sa belle maquette et son format 8 pages A4, à la maison de la poésie de Nantes – et Télécharger la gazette 2016 en pdf, ici

Version feuilletable

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Edito

On a dit c’est quoi ces textes, de la poésie ?

On a ouvert les livres, on les a parcourus, on a tourné les pages, on les a refermés, énervé, intrigué ou inquiet — on a été surpris, ému, choqué, interrogé.

On a écrit : à plusieurs mains, des mots en majuscules, des mots en colonnes, des copier-coller, ce qui avait chagriné ou déconcerté, on a dessiné.

On a vu : des visages s’éclairer, des élèves s’engager et lire en silence, des élèves en désaccord, chacun défendant son idée du texte.

On a entendu : étrange, bizarre ,  » trop ouf », trop bien, ça change.

On a vécu une rencontre, des rencontres, des échanges, on a vécu du temps : une appropriation progressive (du c’est quoi, de ces textes, de la poésie).

Delphine Bouteloup, Béatrice Clergeau (avec l’aide de Guénaël Boutouillet, on s’est servi d’un aspect du travail de Frank Smith).

L’AVANT APRES

Poésie, pas poésie  ?

Poétique, ça dépend des fois.

Une fois  : Il y a des vers, et parfois des syllabes, il y a des fautes de frappe, il y a des numéros des fois, et les mots employés, les insultes tout ça  , c’est pas commun, c’est pas de la poésie, c’est des mots, juste des mots, on dirait qu’il prend des bouts de phrase, qu’il met bout à bout, et ça n’a aucun sens, ça a un peu la forme d’un roman, c’est spécial, on a l’impression qu’il a écrit n’importe quoi, la présentation elle ressemble pas à de la poésie, là on voit pas trop de poésie, mais ici oui, ça existe la poésie en prose, mais là, j’arrive pas à piger la logique on a l’impression que rien ne s’enchaîne, en fait on comprend rien, y’a plein plein de mots, y’a pas de phrases, c’est très saccadé, on a l’impression qu’elle a mis les mots au hasard, on dirait que c’est pas organisé, mais là y’a de la poésie, ce qui est poétique, c’est l’ensemble des phrases, de la poésie y‘en a pas là-dedans ! c’est des jeux de mots, ça veut rien dire, les mots n’ont pas trop de sens, y’a pas de ponctuation, on dirait surtout une succession de pensée, c’est dans l’énumération, c’est étrange étrange, très très très étrange, la forme, je ne vois pas ce qu’il y a de poétique, c’est déroutant, vraiment bizarre, ça n’a aucun sens, la personne a aboli toutes les règles de l’écriture traditionnelle, de la syntaxe, 6 pages sans ponctuation, c’est vraiment bizarre, de la poésie oui et non, c’est plein d’allégories et d’anaphores, il y a de la musicalité, c’est comme des fourche-langues, c’est des trucs truqués, y’a écrit au début. C’est elle qui les a inventés, y’a de la moquerie à moitié, ça se voit que c’est de la poésie de maintenant, y’en a ils sont un peu hardcore.

Une autre fois  : Oui c’est de la poésie enfin ça dépend de la perception de la chose, oui, en tout cas ça reste de l’art puisque ça provoque des sentiments chez les gens et du moment où on reste pas insensible on peut considérer que c’est de l’art, avec la partie lyrisme, les chants du début, certains passages s’apparentent à de la poésie, d’autres moins, je pense que c’est un mélange, je trouve que c’est pas de la poésie, au sens où il n’y aucun des indices poétiques qu’on nous a enseignés, après c’est son style à lui, mais moi je trouve que c’est de la poésie, contemporaine, moderne, je ne sais pas, il y a des moments qui sont beaux, quand même, et moi je pense que ce n’est pas de la poésie mais il y a des moments très intéressants, pour moi y’a quand même de la beauté dans ce qu’il dit, et la beauté c’est quand même la base de la poésie, non  ? Moi j’ai trouvé que c’était à la croisée de la méditation et de la poésie, un peu comme de l’hypnothérapie, pour moi oui, c’est de la poésie puisque ça me détend, la poésie c’est pas obligé d’avoir une forme fixe, et quant à ce dont ça parle, pour moi la poésie c’est pas supposé parler d’un thème précis dont ça ne me gêne pas plus que ça,

On s’attend absolument pas à lire ça, au début on se dit que c’est pas de la poésie et après réflexion on se dit que si, c’est juste que c’est pas une poésie habituelle, en fait, mais oui, je pense que c’est de la poésie,

en tout cas si c’est pas de la poésie, ça y ressemble.

Et l’ours :

 MIDIMINUITPOÉSIE#16 – du 7 au 11 décembre 2016 / NOTES DE LECTURE, CRÉATIONS
Écrite par les élèves de 1ère L du Lycée Jules Verne – Nantes et les élèves de 2nde B du Lycée St Joseph du Loquidy — Nantes.
Les gazettiers : Coordination éditoriale : Guénaël Boutouillet / Enseignants : Delphine Bouteloup & Béatrice Clergeau / Enseignantes documentalistes : Isabelle Lanta, Béatrice Millecamps & Claire Daguenet / Maquette : Arthur Escabasse
Classe de 1ère L du lycée Jules Verne :
Clara Blouet, Solenn Gargadennec-Taupin, Joanna Potet, Romane Averty Latouche, Lucie Malevialle, Niels le Moine, Emma Ducroux, Maïa Millot, Lucille Charpin, Johanna Pham, Clémence Deborde, Marianne Bazin, Alix Saint-Gilles, Maëliss Gauthier, Justine Cognard, Matéo Frisano, Jade Allami, Maud Dussart, Emma Bazile, Juliette Fournier, Charlène Guillot, Sara Micalizzi, Samuel Ballu, Emilie Fraise, Adrien Granjon, Zéia Foulongani, Emma Cassildé, Ayoub Battoy, Aurore Contassot, Dieynaba ba, Fatima Seye.
Classe de 2ndeB du lycée St Joseph de Loquidy :
Flavie Minier, Cyprien Jarry, Léo Tomasso, Yvan Sansoucy, Alix Le Hiboux, Capucine Pignolet, Margaux Jouret, Marius Bouffant, Elise Jadaud, Lisa Queinnec, Domitile de Blignières, Mathieu Bodereau, Baptiste Chaillou, Manon Mahé, Clémence Thorel, Françoise Mescheriakoff, Lucas René, Alfred Loquillard, Marie Lefebvre, Willy Mercier, Marie-Bertille Depardieu, Lise Salvador, Camille Lebreton, Antoine Labeyrie, Adrien Daniel Thezard, Émilie Craneguy, Justine Artusse, Maxime Bocquier, Marie Alègre, Juliette Naux, Jules Demars, Gauthier Cornuaille, Hugo De la Chapelle, Flore du Teilleul, Maeliss Guibert.

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MIDIMINUITPOÉSIE#16 invitait :

Marie Cosnay, Frank Smith, Thomas Vinau, Clémentine Mélois, Amandine André & Hélène Breschand, Samantha Barendson & Samir Aouad, Luc Bénazet, Deborah Lennie & Patrice Grente, Tone Škrjanec, Tina Darragh, Marcella Durand, Tonya Foster, Pierre Escot, Julien d’Abrigeon, Vanille Fiaux & Jonathan Seilman, Tapin2, Les Divisions de la joie, La Moitié du Fourbi, Vacarme, la Folie Kilomètre, le Label des Cousins crétins.

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L’ordi sur le bureau et le bureau sur l’ordi (d’une écriture heuristique en atelier)

008809e05c3f01320c050ec6a707e14b(Tentatives de reprise de l’inventaire de la table de travail selon Perec, en atelier numérique. Avec utilisation d’outils de cartographie heuristique en ligne)

C’est expliqué, ici, et les textes sont (et seront, car ils viennent parfois longtemps après) à lire à la suite.

L’atelier (poieo numérique, séance 4, saison 4) relit une séance précédente, une de celles qui m’ont (et parfois pas que moi) intéressé, arrêté, par ce qu’elles ont pu déclencher et par les textes produits – comme dans beaucoup de séances d’atelier du poieo numérique, j’ai été surpris, informé (y compris documentairement), par ce qui s’écrivit.

Résumé des épisodes précédents et nouvel exercice (également disponible ici, Mes usages du web) :

Mes usages du web : D’après Georges Perec, & la séquence « Internet explorer », de Thibault Henneton, dans l’émission « Place de la toile » (saison 2011-2012). La consigne d’écriture était : « Regards sur votre usage : Faites l’inventaire d’un jour de web, pour vous : narrez-le de la façon qui vous conviendra, en allant au plus précis : dans l’ordre de déroulement d’une journée : quels sites, pour quel usage, depuis et avec quelle machine, combien de temps. »
2 – Lecture intégrale du texte de Perec dans Penser classer, lien avec l’infra-ordinaire déjà précédemment évoqué.

3 – Reconfiguration : Nous avions travaillé sur la timeline, l’inventaire était aussi strictement chronologique que possible, dans cet inventaire d’il y a deux ans. Changeons d’angle, et spatialisons – observons notre espace (de vie, de travail) quand nous nous concentrions sur le défilement du temps.
« Qu’en est-il de votre bureau ? où est-il ? dans votre appartement ? sur l’ordinateur portable ? sur l’ordinateur fixe ? Mais le bureau de l’ordinateur, il est également dématérialisé, de plus en plus, via nuages et externalisations ? Tentative d’appréhension globale, exhaustive, et actualisée de votre table de travail, de ce que vous considérez comme tel, de votre, de vos bureaux. »
Tentative d’usage de mapping et outils dédiés – Pour une écriture heuristique.
Nous utiliserons :
https://www.mindmup.com/#m:a13c092f804715013241313a9923a4dcd2
« sur ce modèle : dessiner deux bureaux – au moins. Et peut-être d’autres divisions.
Ecrire, sauvegarder, exporter – et poser dans un article wordpress. »

Ce qui se passe durant cette séance, c’est d’abord un étonnement – voire, des étonnements cumulés, étagés, successifs : je présente d’abord l’exercice-source Mes usages du web (récit-inventaire d’une journée ordinaire par le prisme seul de ses connections successives) qui peut étonner ; je lis ensuite le texte de Perec (Notes concernant les objets qui sont sur ma table de travail, in Penser classer), qui peut étonner et déjà lui-même ne cesse de s’étonner de ce qu’il voit et trouve en regardant attentivement et autrement cet infra-ordinaire, ce quotidien ; j’ouvre ensuite un logiciel de « mind-mapping » (cartographie mentale, pour traduire vite et mal, i.e plan heuristique), en explique les principes, techniques (simples d’usage, c’est heureux, et logiques.
Et c’est de là qu’écrire se fait, selon ce simple modèle ci-dessous.

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Et l’étonnement second, ensuite, c’est que oui, en dépit de mes trois étages de présentation (l’exercice-source, le texte de Perec, le logiciel https://www.mindmup.com), écrire se fait – et que les claviers bruissent en même temps que les bulles et les ramifications se multiplient sur les écrans. Cette écriture est possible, elle est variable (et les manières de voir, de faire se voient, soudain, comme rarement aussi précisément), elle est performative. Elle s’auto-engendre et développe ce qui veut s’écrire (puisqu’on s’imagine à tort un plan, donc quelque chose d’organisé, de clair, de fixe, quand c’est une prolifération qui vient, le vu appelant le su, comme le dessus appelle le dessous, le dehors, le dedans).

Ce qui m’apparaît aussi, c’est que  cette possibilité heuristique, cette potentialité, ici sublimée par l’appareillage graphique, me semble entière contenue dans la manière Perec (celle de Penser Classer comme d’Espèces d’Espaces), dans cette façon de poser sans cesse des questions aux détails et d’ajouter des détails aux questions. Par touches toujours économes, sur le mode du etc. (il y a d’ailleurs un, non, deux ! merveilleux etc. dans le texte dont j’ai usé, je le sais bien j’ai d’ailleurs buté dessus lors de la lecture :

« rien ne semble plus simple que dresser une liste, en fait c’est beaucoup plus compliqué que ça en a l’air : on oublie toujours quelque chose, on est tenté d’écrire etc., mais justement, un inventaire c’est quand on n’écrit pas etc.) »

La réflexion perequienne (sur le monde comme sur soi) est certes en mouvement, elle est surtout spatialisée, comme attentive aux allers et retours de l’œil, qui regarde toujours au moins une autre chose en même temps. Son écriture, pourtant inscrite dans la linéarité de la page, est elle-même heuristique, en, somme.

L’idée d’ordonner tout cela, tentative paradoxale & impossible, permet à Perec de poser, de capter quelque chose de cet incessant mouvement du regard autour de la chose considérée. De ce beaucoup « plus compliqué que ça en a l’air », de cet insaisissable, de ce toujours-déjà-enfui. Et de le poser, de le noter, de le montrer, comme si c’était simple.

Les textes obtenus, diagrammes individués, pleins de textes seront tous là, dans quelques jours. Je complèterai et signalerai.

Les voici, ces textes, ces graphes, ces : dessins ? cartes ? on ne sait les nommer, mais je m’y plonge avec intérêt, et une forme de joie très spécifique (expliquée au-dessus). Play it :
Adeline : adeline (fichier pdf)

 

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annaic (pdf joint, ou cliquer sur l’image ci-dessous)

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johanna (pdf joint, ou cliquer sur l’image ci-dessous)

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lauriane (pdf joint, ou cliquer sur l’image ci-dessous)

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lola (pdf joint, ou cliquer sur l’image ci-dessous)

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victoria (pdf joint, ou cliquer sur l’image ci-dessous)

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L’invention perpétuelle du souvenir (et son absence) – avec Brainard, Perec, Pagès, Séné, Grossi et tous nous autres…

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je me souviens en ritournelle sans cesse reprise, je se souvient qu’il n’arrête pas de se souvenir, de revenir, de repartir, de muer.

On pourrait reprendre le titre de Harry Matthews, Je me souviens de Georges Perec, sauf qu’on n’a pas connu Perec, alors ça ne joue pas.

Non, ce qui me marque ces jours-ci (dont une part a débuté il y a des mois, en fait, mais s’est accrue ces jours-ci, par conjonction de situations d’écriture et d’ateliers), c’est la continuelle présence de cette forme mnésique, inventée par Perec dans Je me souviens, depuis celle qu’inventa Joe Brainard avec I remember avant lui, sa résurgence infinie, même tronquée, même déviée de son axe. Son impossibilité, paradoxale (car l’appel à la mémoire inclus dans la formulation et sa répétition est, mécaniquement, lanceur de nostalgie, et je se souvient surtout d’avoir tant oublié, des moments et des choses, de ce qui, forcément, inéluctablement, s’enfuit). Quelques livres, qui chacun s’en démarquent, pour mieux en prolonger le possible :

Souviens-moi, par Yves Pagès, éditions de L’Olivier, avril 2014

De ne pas oublier que le mot traçabilité, apparu en pleine crise sanitaire de la « vache folle », quelques années avant l’an 2000, a d’abord figuré sur des affichettes placardées dans les fast-foods, pour certifier auprès des clients l’origine franco-française de la bidoche hachée des burgers, avant d’englober par extension sémantique le suivi des infractions, dépenses et déplacements de la viande d’espèce humaine.

De ne pas oublier l’année passée à trier, classer, jeter les tonnes de paperasse obstruant chaque pièce de l’appartement où mon père venait de mourir, en immersion dans le capharnaüm mental que cet intellectuel clochardisé laissait à un fils qui, exempté vingt mois plus tôt de service militaire, avant bien douze mois à consacrer aux aléas de ses devoirs héréditaires.

De ne pas oublier cette jeune fille manouche qui, délaissant sa mère occupée à dénicher dans les poubelles quelques rebuts de métal à apporter au ferrailleur d’à côté, s’était arrêtée devant un panneau d’affichage électoral, avant de repasser au feutre jeune fluo les lèvres de la candidate écologiste Eva Joly, puis de remplir les lettres blanches du slogan de campagne du Front de Gauche, mais qui, faute de temps, sa mère l’ayant déjà rappelée à l’ordre, n’avait pu colorier que le NEZ de PRENEZ et le VOIR de POUVOIR.

C’est à La Baule, lors du festival Ecrivains en bord de mer, que j’ai pu découvrir, il y a deux ou trois ans, ce chantier ouvert de longue date par Yves Pagès, un vade-mecum ouvert, à la fois pense-bête citoyen et journal intime des manques et des trous. Où la forme imposée, ainsi modifiée, retournée sur soi, par deux fois sur soi (le souviens-moi étant suivi d’un systématique de ne pas oublier, qu’on pourrait tronquer en rappelle-moi de me rappeler), prend une dimension fortement injonctive. Et nous fait naviguer ainsi, au gré des obsessions sociales et politiques de l’auteur (qu’on pourra suivre sur son blog, archyves, qu’on avait apprécié déjà, également, dans ses livres, petites natures mortes au travail ou portraits crachés), entre le macro et le micro, puis, par les digressions et tournoiements logiques de Pagès (radicalement différent de l’énonciation perecquienne, et de sa brièveté ouverte), dans une zone mixte, politiquement intime (ou intimement politique).

Je ne me souviens pas, de Joachim Séné (en ligne sur remue.net)

Simple jeu d’inversion, que cette négation dans la formule, se dit-on d’abord, d’autant que le texte de Joachim Séné, propulsé d’abord en réseaux sociaux, puis en billets de blog, que j’ai considéré important de rassembler en un seul texte, ce printemps, sur remue, prend une toute autre direction, passant la proposition dans un futur antérieur (dystopique) : tout autre contexte, toutes autres potentialités. Mais cette négation produit quelque chose – quelque chose de même et d e tout autre  – :

« Je ne me souviens pas de la mort de Casimir et d’Hippolyte.

Je ne me souviens pas des téléphones qui ne sonnent plus.

Je ne me souviens pas des supermarchés vides.

Je ne me souviens pas des plages interdites jonchées de suicidés radioactifs.

Je ne me souviens pas de la fin du web. »

Le récit d’anticipation se fait sans prendre le chemin ordinaire (récit des circonstances, etc.), ce qui accélère son appréhension – et le récitatif mnésique/amnésique gagne en ampleur dramatique au fur et à mesure de son déploiement (et ce, même au futur antérieur). Mnésique ou amnésique, on ne sait, puisqu’en symétrie du je me souviens originel, qui produit de l’oubli, qui chante la disparition, le je ne me souviens pas, mis au futur antérieur par Séné, dit la vie par ses bords, par son infra-ordinaire (Je ne me souviens pas de la dernière cigarette / Je ne me souviens pas du dernier colibri ni de sa dernière fleur.) Et la suspension qui s’ensuit est autre, tout en faisant signe explicite à la formule originelle.

Ricordi de Christophe Grossi (L’Atelier contemporain, octobre 2014)

271. Mi ricordo

Des inondations dans le Polesine, des dizaines de morts et des centaines de milliers de réfugiés.

272. Mi ricordo

De cette loi qui rendait l’école obligatoire jusqu’à 14 ans.

273. Mi ricordo

Quand l’eau de vie a été rebaptisée eau de survie puis survie tout court – jusqu’à épuisement.

274. Mi ricordo

De cette femme qui s’avançait sans se soucier du regard des hommes.
(…)

277. Mi ricordo

Qu’il a cherché à recenser toutes les histoires qui avaient traversé son enfance.

Grossi lança d’abord ses mystérieux Ricordi sur twitter, énumération de Mi ricordo Autre détournement de la formule perecquienne (et brainardienne, se souvient-on de ne pas oublier d’ajouter), sa traduction en italien permet à Grossi la bascule du journal (tel qu’il en tenait dans « Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde », chez publie.net) vers une autre modulation du récit (récit intime et récit du monde). Diffraction d’un réel (perçu), d’un narré (celui de l’histoire familiale, toujours mythologique), et d’images glanées, perçues, et pourquoi pas, inventées – d’ailleurs la distorsion est là dès la traduction puisque, tel qu’on l’apprend au milieu du livre,

257. Mi ricordo

ne veut pas dire je me souviens mais je voudrais ne plus oublier ou j’imagine des souvenirs ou tais- toi : écris plutôt !

Grossi s’en explique de magnifique manière en clausule : « parce que toute histoire est trouée et chaque souvenir un récit – pas une invention à proprement parler mais une fiction – et parce que je ne pouvais accepter que la perte des origines soit synonyme d’abandon ou de disparition, j’ai commencé à faire appel à la mémoire sensorielle, individuelle ou collective tout en me fabriquant une famille d’adoption, non pas autour de Turin en Lombardie mais autour de Turin, dans les Langhe. »

Et tout comme le souligne Sébastien Rongier dans sa note de lecture sur remue, et comme le précise nommément Grossi dans cet postface, cela le sépare de Brainard et Perec, de leur entreprise de restitution mnésique. Et la part fictive de cet inventaire buissonnier est explicite, et soulignée. Le curieux mouvement intime/extime produit par la litanie mnésique est déplacé – et souligné.

Ces trois beaux livres, tout comme le Brainard, puis le Perec, produisent de la beauté, une forme de tremblement, au cœur de cet écart, entre intime et extérieur, entre documentation et fiction, entre souvenir et lacune – et c’est aussi, dans chacun des cas, la troncature de la formule originelle (renversée chez Pagès, passée au négatif chez Séné, « mal » traduite chez Grossi), torsion volontariste, pour ne pas chanter faux le même air mais produire sa propre ligne de basse, son harmonique. Et, pour filer la métaphore musicale, le sample bien vu, le remix intelligent, ne rend-il pas mieux hommage aux créations originelles qu’une cover sans imagination ?

Résurgences en atelier

Refaire différemment, n’est-ce pas un peu le même « topo » qui nous anime, nombre d’entre nous qui usons du « je me souviens » comme basique, de l’atelier d’écriture? Je ne sais pas – je sais juste que je n’ai jamais, en quinze ans d’exercice, utilisé le je me souviens de Perec, comme proposition d’écriture en atelier, et que je ne sais pas bien pourquoi.

 Sans doute réside-t-il une part de coquetterie dans ce refus – mais surtout de ce qui me fut passé originellement par Cathie Barreau : cette absolue nécessité de produire son atelier, d’écrire même ses exercices, d’inventer ses « consignes » (ce qui ne se dépare pas de voler, s’inspirer, se nourrir des autres et- de ses lectures, le principe même d’atelier d’écriture s’y tenant, en fait).

Je ne l’ai pas utilisé, jusqu’à lundi dernier.

Lundi, deuxième séance de cette quatrième saison de poieo numérique, saison où je me suis donné comme contrainte de refaire encore autre, et de proposer le blog où sont posés les textes comme entrée, comme livre ouvert – d’où produire de nouveaux textes. Un ensemble à lire (parcourir, sampler) pour, de cette lecture, produire son texte à soi.
Et c’est je ne me souviens pas (de Séné), qui m’a servi en premier lieu. Mais je ne me souviens pas nécessita de présenter je me souviens (de Perec). Et de passer par le Ricordi de Grossi. Pour poser l’idée de la lacune comme terrain d’exploration. Et de creusement de cette exploration – et de la fiction, potentialité native de cet inventaire du réel. Parce qu’on n’a pas (comme Perec le disait de lui-même) d’imagination, et que c’est tant mieux, parce qu’ainsi on creuse – et que tout s’ouvre : le récit du monde, le récit de soi au monde, l’imaginaire et les représentations – et la modulation de cette représentation.

Ou pas, écrivit l’une d’entre elle.

C’est exactement cela : Je me souviens – ou pas.

Et alors, tout se rouvre.
La possibilité même, par la négation.
Le ou pas qui permet et prolonge le je me souviens – qui le rend à nouveau possible.
Je me souviens que me souvenir est impossible – et impérieux, et nécessaire.

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Le je ne me souviens pas de Joachim Séné, sur remue.net.

 Les textes et le déroulé de cette séance d’atelier si étonnante, d’autobiographies numériques en mode je ne me souviens pas, puis je ne me souviens pas plus, sont à lire sur le blog concerné.

I remember, Joe Brainard, Babel, Janvier, 2002 / 11 x 17,6 / 240 pages, traduit de l’anglais (États-Unis) par : Marie Chaix , ISBN 978-2-7427-3539-6

Je me souviens, Georges Perec,  (Hachette, collection P.O.L., 1978)

Souviens-moi, par Yves Pagès, éditions de L’Olivier, avril 2014, EAN : 9782823604252

RICORDI (À L’ATELIER CONTEMPORAIN, [François-Marie Deyrolle éditeur] / Textes : Christophe Grossi, dessins : Daniel Schlier, prière d’insérer : Arno Bertina / Diffusion/Distribution France & Belgique : R-Diffusion / Diffusion/Distribution Suisse : Zoé / 112 pages, 15 € // le site de Christophe Grossi, Déboitements

Harry Matthews, Le Verger (je me souviens de Georges Perec), éditions P.O.L, 1986, juin 1986, 44 pages, 6,95 €, ISBN : 2-86744-067-X

Relire, penser, classer — relire Penser classer

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Qu’à quelques heures de démarrer la quatrième saison d’atelier numérique  (Poieo numérique, présenté brièvement en ses principes ici) à La Roche-sur Yon, avant de reprendre la route saisonnière (de saison, justement, au vu des milliers de litres d’eau qui se déversent dehors), me monte une forme de stress n’a rien de vraiment étonnant,

& ce même si on connait le truc (trouille y compris), à force,  & qu’il y a sur le blog poieo quelques centaines de textes déjà produits sans douleur en trois saisons, & qu’on a ses marques, ses routines, qu’on connait d’ailleurs bien les lieux,

& ce même si le co-working avec ce cher François Bon, jeudi et vendredi prochain à l’école d’archi de Nantes, m’impressionne bien plus, au vu et lu et su des productions des forces en présence (François Bon, dont l’abécédaire Grasset me scotche ces jours-ci même, et que ce n’est pas de se connaître de si longue date qui me dé-trouillera ; les étudiants architectes, et l’intelligence, l’acuité, le savoir (et surtout, son usage) dont ils font preuve dans les quelques travaux qu’il m’a été donné de compulser,

on n’y peut, on s’agite – et pourquoi ? Par caprice ? Par agitation « naturelle » ?

Non, pour aussi les raisons sus-évoquées : parce que justement, on a déjà fait ; parce que la spécificité de l’atelier numérique c’est aussi de publier le « livre » (le blog) de l’atelier) en même temps que de l’ouvrir pour l’écrire, et que donc toutes les « recettes », tous les « exos », du passé, s’y trouvent (librement copiables et réutilisables, c’est fait pour, mais merci de citer), et que cette spécificité-là, d’avoir constitué collectivement un objet éditorial (un livre ?) hybride, fait partie de l’expérience, et qu’au bout de trois ans on n’en fait pas l’économie,

pour ces raisons (entre quelques autres), j’ai en tête depuis des semaines de boucler la question, de faire avec ce blog, de faire depuis sa lecture, innervée de littérature  (en amont, puisque présente à l’origine de chaque texte produit ; en live aussi, ne pouvant s’en passer, puisqu’une proposition d’écriture ne se fait pas seul, mais depuis ce que nous font les textes),

&  ça fait un lourd cahier des charges (lequel ainsi que j’ai pu l’énoncer, ici ou là, est subtilement compliqué, voire alourdi déjà, en atelier avec publication en ligne) que de tenter de tout faire tenir dans le même geste (je pourrais parler deux heures de intentions et des spécificités de l’affaire, tout à l’heure, or : la séance dure deux heures, et ne sera pas explicite sans lyrics, oserais-je lancer pour rire ; n’aura pas d’efficace si d’écriture il n’y a pas), de faire lir&écrire simultané, annoncé, agi, et réfléchi tel,

& forcément on s’agite –

alors, on relit.

Et Perec arrive, revient, comme neuf après tant de lectures – je m’empare de Penser classer l’autre soir au lit, en traverse trois chapitres, et une saison d’ateliers potentiels, de consignes inédites, de revisitation déviée de propositions déjà formulées, de relectures de ma propre pratique, s’empare de moi – la saison entière pourrait tenir depuis trois chapitres de Penser Classer, quand cette première séance je ne m’en servirai pas, puisque l’autre indispensable Notes de chevet de Sei Shonagon sera la porte d’entrée ce jour…

On relit Penser classer, on s’agite oui, mais d’une agitation autre, d’une agitation calme (j’ose l’oxymore), d’une agitation sereine, en passe de concentration, en passe de reprise, de mouvement.

Penser classer le blog, penser classer notre lecture du blog, penser classer le travail en cours, et notre lecture du travail en cours – autant de pistes, mises en abyme mais aussi clés concrètes, puisque Perec dit et fait, dit ce qu’il fait – et ce faisant, ouvre d’immenses et mystérieuses trappes (l’infra-ordinaire en viatique, également).

Relire penser classer et les choses redeviennent possibles (elle n’avaient jamais cessé de l’être, on s’agitait juste trop pour encore parvenir à les voir).

ps – et avant de prendre la route, sous cette pluie opaque, un mur, j’en grappillerai un autre bout, au hasard, pour la voir de travers, la pluie.

pps – « Ainsi, une certaine histoire de mes goûts (leur permanence, leur évolution, leurs phases) viendra s’inscrire dans ce projet. Plus précisément, ce sera, une fois encore, une manière de marquer mon espace, une approche un peu oblique de ma pratique quotidienne, une façon de parler de mon travail, de mon histoire, de mes préoccupations, un effort pour saisir quelque chose qui appartient à mon expérience, non pas au niveau de ses réflexions lointaines, mais au coeur de son émergence. (Georges Perec, in Penser classer, Seuil, librairies du XXième siècle)

 

 

le film d’une écriture, pas l’écriture d’un film (un atelier framapad avec des jeunes)

FireShot-Screen-Capture-#01Un atelier d’écriture avec framapad, autour du travail de François Place

(dans le cadre du Festival passages, organisé au Quai d’Angers, octobre 2013)

Revenir quelques minutes et quelques lignes sur ce qui se passe et qui passe, à toute vitesse, au cœur d’un automne très dense. Invité par l’équipe du Quai (Christian Mousseau-Fernandez et Céline Baron, ici remerciés) à proposer quelque chose, lors de ce temps fort destiné aux jeunes (non-) lecteurs, autour du numérique, lors d’un échange vivant (loin du marchandage un peu superficiel qui constitue, souvent, l’ordinaire du commerce du projet culturel), en ce début d’été ; j’ai souhaité proposer un temps d’écriture en atelier, format « standard » (c’est-à-dire publié illico en ligne), suivi d’un temps de mutualisation, d’écriture collaborative (en usant d’un framapad, document partagé, ainsi que j’ai pu en user déjà seul ou bien accompagné à d’autres occasions).

Parmi les auteurs invités à Passages, je choisis de faire travailler les enfants (entre 9 et 13 ans) autour, avec, un/des livres de François Place – et plus précisément Les Derniers Géants, dont j’aime la richesse d’interprétation et la belle puissance métaphorique (que tout, leur vie, le monde, l’univers entier, s’écrive, le vivant, à même la peau des Géants est une si belle idée). La présence de l’image et son constant dialogue qu’elle entretient avec le texte dans les livres de Place, qui est auteur-illustrateur, me semble une belle question à creuser, une source de possibles. Quel médium illustre l’autre ? Qu’est-ce qui vient en premier ? Que se passe-t-il si on les sépare ? L’image sera notre source de textes, d’emblée je le pressens.

L’initiative est excitante, aventureuse, qui vaut bien de prendre un risque, un risque en au moins deux endroits : 1/ je n’ai pas travaillé avec des enfants depuis quelques années 2/ l’œuvre de François Place en (m’en) impose, d’une extrême cohérence narrative, jouant magnifiquement de formes classiques (dans ses dessins, dans ses textes, tous très ouvragés).

À quoi s’ajoutent les habituelles inquiétudes techniques – vite dénouées, ici tout roule, tout est prêt, ordinateur, connections, écran, un tel confort de travail est appréciable (est nécessaire, en fait).

Et l’incertitude fondamentale, avant un atelier numérique, qui est en fait : celle du temps, de son usage, de sa gestion. Question dont je ne sais si c’est la relative fraîcheur du dispositif en mes pratiques (par rapport au classique atelier papier-crayons), ou les conséquences d’une réelle différence, effective, dans le geste d’écrire (que je soupçonne tout de même), qui me fait la reconsidérer comme nouvelle inconnue.

Faire simple. Pour permettre. Le dispositif, les contraintes, doivent être sitôt appréhendés, saisis. Faisons ainsi :

Une image (j’en choisis et détache quinze, dans le livre de François Place, que je donne à voir dans l’ordre chronologique).

Pas de texte.

Choisir chacun une image (la copier coller dans un article).

Ecrire le texte qui manque.

C’est l’étape 1 – qui, si simple soit-elle, permet de questionner attentivement chaque image, observer les informations qu’elle recèle, celles qui éventuellement manquent (et sont complétées par le texte de l’auteur, dans le livre), leur hiérarchisation spécifique.

L’étape 2 est celle du framapad :

On ouvre un document partagé.

Chacun s’y inscrit et choisit une couleur d’écriture.

Chacun y reporte une version hyper résumée du texte qu’il a produit précédemment (en illustration d’une image de Place, donc.)

Et c’est ensemble qu’on travaille aux opérations d’élaboration et de réécriture (ajouter/enlever/corriger/déplacer).

L’interface de chat du framapad sert à dialoguer et à proposer – à travailler collaborativement, en somme.

L’historique dynamique de ce qui se passe est aussitôt screencasté (capté) et l’écriture devient un film.

Les deux films sont à voir ci-dessous , les contenus détaillés des deux séances ici – séance du 9 octobre (3 enfants dont deux garçons) / séance du 13 octobre (sept enfants, toutes des filles).

Les deux groupes auront travaillé très différemment, mais de façon toujours très organisée. Et s’emparer des deux espaces d’écriture simultanée (le corps de texte, collectif ; l’interface de chat, dialoguée) se sera fait sans appréhension, avec une aisance incomparable avec celle des adultes dans le même cas de figure –une aisance troublante, évidemment (qui n’est pas de l’ordre d’une habileté informatique à proprement parler, mais d’un grand in-souci de l’interface, de la machine, de l’écran- les machines deviendraient transparentes ?) Comme pour enfoncer le clou, à la suite de Serge Tisseron, quant à la plasticité neuve des configurations de lecture et d’écriture, chez les jeunes générations.

Ps (le film ne montre que le texte écrit ensemble, il ne reprend pas le contenu du chat).

Passages 2013 – 01 – par GB from Guenael Boutouillet on Vimeo.

Passages02parGB from Guenael Boutouillet on Vimeo.

Autoportraits croisés (un atelier d’écriture numérique à Rezé)

Cet atelier est dit numérique, c’est-à-dire que : les participants écriront 1/sur ordinateur, et 2/publieront en ligne, sur le blog dédié : http://autoportraitscroises.wordpress.com/.

(Pour les inscriptions : c’est gratuit, au 02 40 04 05 37 ou  www.bibliotheque.reze.fr  / bibliotheque@mairie-reze.fr.)

Mais cette bascule d’usage, déjà essentielle, n’est pas la seule différenciation de l’atelier d’écriture tel que nous le pratiquons sans informatique ni connection : écrire dépendant de ses conditions d’expérience (écrivais-je dans cet article consacré à la question), nous questionnerons, écrivant, notre lecture à l’écran, notre lecture connectée, en rapport aussi aux littératures contemporaines qui s’écrivent avec et sur le web.

Ce cycle proposé par la Médiathèque Diderot de Rezé constitue le prémisse d’ une opération intitulée Regards sur… le livre numérique, fin novembre 2013, qui verra se succéder pour des interventions, discussions, performances, Roxane Lecomte, Anne Savelli, Jean-Pierre Suaudeau, Joachim Séné, François Bon.

Un des plans de pertinence de cette opération, c’est évidemment la liaison entre ces débats, lectures, et cet atelier préalable ; mais surtout avec l’opération 50epubs100bibs initiée par publie.net, à laquelle la Médiathèque Diderot participe. Le principe : proposer un pack de 50 textes tirés de son catalogue, au format epub, à une centaine de bibliothèques. Vous pouvez dès la mi-septembre emprunter une des liseuses et profiter des romans, nouvelles, poésie ou écrits atypiques sélectionnés pour vous.

Publie.net, maison d’édition collaborative fondée par François Bon, est une forme de laboratoire dont j’ai souvent chroniqué les titres ici-même : de Benoît Vincent à Christine Jeanney en passant par Daniel Bourrion, les auteurs publie.net constituent une part non négligeable (mais pas unique) de « mon » répertoire contemporain.

Mais l’atelier ne se fera pas depuis les livres numériques, pour une première raison évidente – car il s’agit d’écrire : et l’interface « liseuse » ne le permet pas réellement. Une seconde raison, moins évidente, et pourtant essentielle : une large part de la production publie.net est signée d’auteurs présents en ligne, publiant, éditant, en blogs, sites, voire sur réseaux sociaux. Prolonger cette question du numérique, de son apport à nos usages du lire et de l’écrire passe aussi par la lecture de ces territoires spécifiques du travail d’auteurs dont les lieux d’écriture et « devenir » symbolique ne se limitent pas au livre.

Nous questionnerons l’énonciation de soi sur le web, en nous attardant sur les sites de François Bon, Emmanuel Delabranche ou Joachim Séné. Nous observerons l’usage des images et leur rapport au texte chez le même Emmanuel Delabranche, ou chez Olivier Hosadava, par Mathilde Roux (pour les liens vers leurs travaux, ils sont tous référencés dans la colonne de gauche de Matériau composite). Le génial projet Dita Kepler, de Anne Savelli, co-conçu avec l’auteur et codeur Joachim Séné, constituera également une impulsion : voir comment je lis quand le texte bouge, et ce que j’écris depuis ce lire… Nous regarderons la ville, et quoi faire de nos déplacements en cet espace, avec les mêmes et d’autres (Nathanaël Gobenceaux…). Images, textes, liens hypertexte, réseaux… autant d’aspects spécifiques de l’écriture en ligne qui constitueront des objets d’observation et les déclencheurs de jeu (entendre le substantif en mouvement, comme le jeu entre deux pièces mécaniques).

Le numérique en atelier d’écriture : un espace neuf où refonder des pratiques (contribution à Culture num, livre collectif chez CF éditions).

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Culturenum : jeunesse, culture & éducation dans la vague numérique
est un livre collectif auquel Hervé Le Crosnier m’a proposé de participer, pour y évoquer ma pratique d’ateliers d’écriture en environnement numérique. Du livre en son entier, hors la douce fierté de figurer à un tel générique (de Hervé Le Crosnier j’ai déjà parlé ici, de Xavier de la Porte je n’ai pas raté un seul « place de la toile » depuis des années), je ne saurai parler en l’instant, puisque ne l’ayant en main que depuis quelques minutes. Mais puisqu’il est en creative commons, le livre, je ne me priverai pas de publier ici même ma contribution, car ce à quoi elle touche m’importe (j’en ai déjà pour partie parlé dans cet autre article) : ce nœud entre mes usages quotidiens, qu’ils soient  professionnels ou militants, du web, des ateliers, de la littérature contemporaine. Merci encore à HLC de m’y avoir invité ; une commande de ce type est surtout un merveilleux prétexte pour tenter de sédimenter un peu de ce qui s’expérimente et s’agit, chaque jour. Et ci-dessous, tout ce qu’il faut pour commander le livre. (GB)
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 Culturenum : jeunesse, culture & éducation dans la vague numérique

Ouvrage coordonné par Hervé Le Crosnier

avec des contributions de Karine Aillerie, Guénaël Boutouillet, Brigitte Chapelain, Alan Charriras, Chantal Dahan, André Gunther, Xavier de La Porte, Laurent Matos, Elisabeth Schneider

Commander    /   Télécharger un extrait-spécimen du livre

Cet ouvrage veut débusquer les mythes sur les utilisations des technologies de l’information et de la communication par les jeunes, et montrer la force des pratiques réelles.

Ce sont les internautes, et particulièrement les plus jeunes, qui créent la culture numérique. Loin des mythes qui courent sur les pratiques des adolescents, loin des sirènes du marketing, la culture numérique réside dans les mains des usagers. Les acteurs, tant auteurs que lecteurs, cultivent une logique de partage en utilisant les médias sociaux à leur disposition. Cette vague du numérique est en phase avec les modes d’action et de réflexion issus de l’éducation populaire, qui consistent à partir de ce que les gens savent et font pour permettre d’échanger, de renforcer les savoirs, et de découvrir au travers de leurs pratiques les enjeux de citoyenneté. La vague numérique n’a pas fini de déferler et de bouleverser la culture et l’éducation.

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Comme une page blanche

Le numérique en atelier d’écriture : un espace neuf où refonder des pratiques.

Les ateliers d’écriture en bref

Je parlerai ici d’« ateliers d’écriture » au pluriel car il ne s’agit ni d’une institution, ni d’une école de pensée, mais d’une multitude de pratiques hétérogènes, unies par quelques fondamentaux. Les ateliers d’écriture ont en commun d’envisager et d’organiser l’écriture comme pratique collective. Le substantif atelier, polysémique, désigne à la fois le lieu (évoquant ainsi l’atelier de l’artisan, du travailleur manuel), l’unité temporelle (la séance d’atelier d’écriture est nommée « atelier») et l’activité en elle-même. L’exercice d’écriture, partant d’une même proposition lancée par un auteur « animateur », est individuel en sa production et collectif en sa publication, laquelle fonde l’affaire et son efficacité : le premier rendu public est la lecture à haute voix, devant le groupe, par son auteur, du texte produit. Première publication qui peut ensuite, éventuellement, être prolongée d’une édition en recueil, revue, livre imprimés ; sur internet, ou en livrel.

En atelier, un prétexte formel (plutôt que thématique) régit et conditionne la proposition d’écriture. Laquelle est une réduction d’un aspect du protocole d’élaboration du texte, en rapport étroit avec le texte littéraire source. Chacun des participants se penche, sous le prétexte du jeu collectif, sur un aspect du processus d’écriture, de son processus propre et des rapports induits par sa pratique individuée : son usage de la virgule, de l’incipit, la longueur de ses phrases, l’influence de l’espace d’inscription… Ce qui s’affirme, s’éprouve, par et lors de ces multiples expérimentations, c’est que l’acte d’écrire n’est ni transitif ni intransitif (ou qu’il est, paradoxalement, les deux à la fois, en atelier, où l’on écrit quelque chose pour écrire en soi), mais dépendant des (multiples) conditions d’expérience : qu’écrire (l’action de produire et la production en résultant) dépend de ses conditions d’élaboration.

Le web, un atelier d’écriture en plus grand

Je suis auteur et lecteur de textes sur internet. Le web est pour moi, au quotidien, centre de ressources, bibliothèque, fabrique artistique, espace de publication…

Auteur, j’ai pu constater que le web, en tant qu’espace d’inscription, accentue les modifications déjà opérées par l’écriture avec ordinateur : pour le web, j’écris sur un ordinateur, pour être lu via un autre ordinateur, ne m’embarrassant plus d’imprimer. L’intermédiaire papier est supprimé, l’espace d’inscription du texte en production, hors subtiles variations (taille d’écran, navigateur), n’est pas le même objet (mon ordinateur) mais un objet similaire (un autre ordinateur) à l’espace d’inscription du texte finalement produit.

La publication est à la fois facilitée, dans des logiques d’auto-production, et désacralisée. L’accomplissement narcissique, validation symbolique de la publication, est facilité ; il est également relativisé par la possibilité de retrait (étant publieur de mon texte sur le web, je peux aussi l’en retirer). Dans l’espace du web, la chaîne de production-édition-diffusion des textes est modifiée, je puis y prendre toutes les places… mais pas au même moment. D’autres logiques collaboratives apparaissent dans le travail éditorial : nous sommes successivement producteurs, relecteurs, éditeurs, promoteurs des textes mis en ligne par nous et par d’autres. Ce mode collaboratif n’est pas sans rapport idéologique avec les fondements de l’atelier d’écriture : pour apprendre à écrire, j’écris ; pour apprendre de moi, j’apprends des autres. Corroborant ce ténu rapport, cette affinité, on peut observer de nombreuses dynamiques collectives, au sein de la blogosphère littéraire (citons Les Vases communicants1, Les 8072, Général Instin3…). La blogosphère, en tant qu’espace de production coopératif, de validation symbolique amicale, de production d’échos, est une manière d’atelier d’écriture, à distance physique. Un déplacement de l’atelier d’écriture, une relance de ses principes et modes d’action.

L’atelier d’écriture et le web

Ces deux champs d’expérience qui interagissent et m’influencent, proches par bien des points, demeurent, étonnamment, mais majoritairement, distincts dans leur pratique : en effet, la majorité des ateliers d’écriture, les « miens » y compris, se font avec papier, crayon, et pile de livres imprimés sous la main. Étonnant paradoxe que celui-ci : l’éducation populaire, en ateliers d’écriture, se fait avec des outils qui ne sont plus que très minoritairement ceux des usages de nos vies, et de leurs écritures, qu’elles soient littéraires, pratiques, administratives.

Les raisons en sont d’abord techniques : mettre en place un atelier « en ligne » (où les textes produits le sont sur des ordinateurs connectés puis publiés sur le web aussitôt ou presque) demande une infrastructure adaptée : a minima un certain nombre de postes et une connexion correcte (voire un vidéoprojecteur). Nombre de maisons de quartiers, bibliothèques, écoles, lieux culturels ne disposent pas d’un parc adapté, configuré pour cet usage – et cet aspect-là de nos fractures numériques locales, sera à questionner, à prendre en charge par le pouvoir politique – par ailleurs.

Passée cette première barrière technique, demeurent des résistances symboliques : l’atelier d’écriture, lieu de bricolage du texte en coopération, ne s’énonce et se conçoit, souvent, du point de vue de ses praticiens, qu’en l’absence de l’ordinateur, que coupé du réseau. On sait les réticences, paradoxales et souvent factices, de la « chaîne du livre » à l’égard des dits objets numériques (tablettes, ordinateurs) ; on constate que ces réserves sont reproduites, parfois même accentuées, de façon plus ou moins consciente, chez ces acteurs sincères, passionnés, de l’échange de texte et de pratiques d’écriture. Observons les outils de communication des associations porteuses de ces ateliers : la plume, l’encrier, objets fétichisés, y sont majoritairement valorisés, comme en symbole de cette omission d’une vaste part de nos manières d’écrire (via l’ordinateur, au clavier, en sms, connecté…). Se coupant de ces pratiques, l’atelier d’écriture se prive de jouer pleinement sur nos manières singulières au cœur des manières partagées. Et court lui-même le risque d’une fétichisation, d’un repli, de devenir une activité récréative (ce qu’il est parfois, partiellement, pour certains de ses participants, mais il m’importe qu’il ne soit jamais réductible à cela).

L’atelier d’écriture sur ordinateur et vers le web, atelier dit « en ligne », enrichit pourtant les possibles – écrire dépendant de ses conditions d’expérience, elles-mêmes ici enrichies (de l’usage de la bibliothèque ouverte qu’est le web, à l’insertion des liens et ce qu’ils changent de notre geste d’écriture, en passant par l’apport d’éléments multimédia). Un atelier en ligne intègre dès sa conception, dès sa première proposition, dès le premier geste d’écriture, que les textes produits ont vocation à être publiés au-delà de l’espace clos de la pièce où sont réunis les participants, et sans délai autre que la durée d’une séance.

La publication est problématisée par son immédiateté, et se doit d’être déconstruite. Elle est validation symbolique, mais pour conserver sa pertinence pédagogique, ne saura faire l’économie d’une amorce de réflexion éditoriale. Il s’agit d’importer, en amont, dès la phase d’écriture, les amorces de processus éditoriaux.

L’édition des productions d’atelier

La question de l’édition des textes produits en atelier d’écriture est problématique, antérieure au web et complexifiée par celui-ci. Quel que soit le type d’atelier considéré, vous n’avez pas, en tant qu’animateur, à endosser nativement, systématiquement, le statut d’éditeur des textes qui seront produits : en atelier, il faut pouvoir agir « pour rien » (ou déjà pour agir, ce qui n’est pas rien), pour le travail du geste, en coopération. Mais, lorsqu’émerge, au gré du temps et de la dynamique de groupe, le désir (collectif, déclaré), la nécessité, voire les deux réunis, de garder une trace de ce qui s’est produit ; ou lorsque l’institution accueillant, finançant l’initiative, souhaite en garder une trace ; parfois cette responsabilité advient : d’éditer. D’être éditeur des textes, et donc, alternativement, secrétaire, correcteur, publisher… Tâches et compétences multiples et ajoutées au travail déjà produit.

Ce projet éditorial doit demeurer spécifique, pour profiter de circonstances heureuses, plutôt que d’être une charge pesant d’emblée sur le mouvement collectif de l’écriture. Il constitue un virage dans le travail entamé. L’animateur de l’atelier, dans le travail d’écriture qu’il propose, s’il guide, ne finalise pas, ne décide ni ne juge les produits (dits) finis. Cette position dégagée, symboliquement différenciée de celle du maître ou professeur, et par là gage de liberté, semble contredire celle de l’éditeur. Car l’éditeur décide, il est de sa responsabilité de sélectionner, d’affiner, de refuser, autant que d’encourager et promouvoir. L’animateur engage, lui, un travail fondé sur la publication, non sur l’édition des textes. Ce changement de statut, d’animateur-publieur vers éditeur, modifie les rapports interpersonnels dans le collectif qui s’est créé durant le temps de l’expérimentation, de l’écriture.

Car, si une entreprise d’édition post-atelier s’engage, la question de ce qui sera sélectionné, retenu, des textes produits par le groupe en atelier, importe ; et de quelle contextualisation donner aux textes retenus, pour la meilleure intelligibilité de l’ensemble. La plus efficace (mais ô combien coûteuse, ne serait-ce qu’en terme de temps) des façons de procéder, la plus en continuité avec les fondamentaux de l’éducation populaire, est de mettre en place un mode d’édition coopératif, un travail en équipe.

Quel objet éditorial pour les textes d’atelier ?

Quelle que soient sa forme et sa matérialité (que je diviserai ici en trois catégories : l’objet blog/site, l’objet imprimé, l’objet livre numérique), le résultat de ce processus éditorial doit être envisagé comme une co-propriété. Cette création collective est appelée à circuler, en petite quantité, mais éventuellement renouvelée – une production dont l’écoulement sera de longue traîne. Les participants gardent une trace, qu’ils offriront à leurs proches, aux instances décisionnaires, aux participants des sessions suivantes.

L’objet imprimé (hors impression à la demande)

Dans le cas d’un objet imprimé, la question du stock se pose : cette quantité, relativement restreinte, de livres imprimés, édités après un cycle de séances d’ateliers d’écriture au sein d’une collectivité, sera stockée par défaut, hors circuits de distribution ni de vente – et encombrera des équipes de professionnels qui ne seront pas les mieux à même d’assurer la diffusion postérieure des livres, quelle qu’en soit la quantité, pris par le rythme de succession et d’empilement des projets culturels autres.

L’objet blog/site

Le web résout cette question de quantité, de la possibilité d’un accès ultérieur à l’objet éditorial constitué. Un blog d’ateliers, rendant compte des contenus des séances et où sont publiés les textes des participants, demeure un espace éditorial accessible à quiconque en possède l’adresse, depuis n’importe quel lieu connecté, à toute heure, sans limite de temps. Mais l’édition en ligne, ainsi que la lecture ultérieure des textes, dépendront de conditions de connexion, lesquelles ne sont pas garanties en toutes circonstances (ici se pose la question de l’usage et de l’accès à internet en centre pénitentiaire, lieu d’exception mais d’usage, pour les ateliers d’écriture).

Le site internet ou blog d’atelier, en tant qu’espace éditorial partagé, sera le lieu de création des textes, de leur inscription et de leur finalisation. En ce sens, tenir a posteriori le blog d’un atelier ayant eu lieu « hors ligne » constitue un paradoxe, ainsi qu’un faux-semblant : autant, dès lors qu’on use des outils de publication en ligne, en intégrer l’hypothèse en amont, dès l’abord de l’écriture, pour décomposer et lier les rapports étroits entre l’écriture et ses conditionnalités, et entre l’écriture de textes isolés vers un blog et l’écriture du blog collaboratif (envisagée comme un écrit co-produit, ensemble). Ce site ne sera pas un déversoir mais un lieu de production, de traces, de diffusion partagée – et en ce sens redouble, reprend autre la polysémie efficace du substantif générique « atelier » : le site d’un atelier d’écriture est l’espace d’inscription de la trace, la trace elle-même ainsi que sa bibliothèque : le site d’atelier d’écriture est l’horizon de cet atelier autant qu’il est l’atelier en lui-même.

L’objet livre électronique (et l’impression à la demande)

Le livre électronique est, par sa structure même, un outil d’apprentissage éditorial. Le livre déplié, fichier ouvert sur l’écran de l’ordinateur laisse à voir de manière explicite son chapitrage et ses métadonnées. Il peut constituer un entre-deux précieux, en dépit de son caractère transitoire (les formats actuels de fichiers et la question de leur pérennité, de leur rapide évolution). La constitution d’un fichier-livre au format epub, rudimentaire graphiquement, est partageable plus aisément avec un public novice, et moins coûteuse, que l’apprentissage d’outils de PAO traditionnels ; elle permet d’appréhender globalement des questions éditoriales essentielles.

Le fichier-livre porte en lui la potentialité surtout de résolution de certains des problèmes évoqués plus haut : problèmes d’accès posés par l’objet-site ; problèmes de stock posés par le livre imprimé. La mutation des modèles éditoriaux, leur pluralité, leur hybridation (dont l’émergence du print on demand est un bel exemple, une autre source de possibles complémentarités). L’accès à la constitution amateure du livre en tant que fichier structuré, duplicable, imprimable, adaptable, modifiable, répond potentiellement à bien des problématiques d’accès et de diffusion des productions de longue traîne que sont les résultats d’ateliers d’écriture.

D’envisager d’emblée un fichier epub en formation et évolution, au cours de l’atelier, peut être un mi-chemin, un métissage utile dans plusieurs cas : nous écrivons sur ordinateur (mais hors ligne) ; ou tapons nos textes manuscrits (étape de réécriture fondamentale) ; ou encore reprenons certains des billets publiés sur le blog ; puis envisageons, semaine après semaine, un livre érigé collectivement. Le livre ainsi conçu n’est pas dès lors une compilation mais le témoin d’un chemin parcouru ensemble. Il constitue une réification effective du travail fait en ligne (si l’atelier se déroulait connecté), il est la trace, le chemin, et la trace du chemin.

Dans tous les cas, cet apport est une mutation nécessaire de l’atelier d’écriture. Il doit devenir, envisagé avec les outils du numérique, un « atelier d’écriture et d’édition » : pour ne rien perdre ainsi de sa qualité de libération d’une parole, tout en garantissant les moyens de la tenir, de la porter, de la mettre en voix, page, scène, ligne : pour n’en pas rougir. Pour ne pas l’envisager comme une finalité mais une progression, en continuité, un processus d’émancipation renouvelé.

(Guénaël Boutouillet, matériaucomposite).

1Les Vases Communicants http://rendezvousdesvases.blogspot.fr

2Les 807 http://les807.blogspot.fr/

3Général Instin http://remue.net/spip.php?rubrique105

Monter, nourrir & léguer (un travail avec et pour la ligue de l’enseignement)

Avec & pour – pour & avec.

http://ecriturenumligue2013.wordpress.com/

c’est un blog, un wordpress de plus ajouté à la liste de ceux qui sont en liens en blogroll droite – que je signalerai sur ce blog d’ateliers et formations-ci parce que c’est aussi le témoin d’une semaine de formation et d’ateliers connectés, blog de plus mais aussi blog à part, car,

c’est aussi le premier que je parviens à monter, nourrir et léguer, objet éditorial modulable mais déjà assez défini pour exister, en si peu de temps : trois jours de boulot ensemble, avec les joyeux(es) et attentif(ve)s drilles de La Ligue de l’enseignement, réunis dans un lieu limite paradisiaque des environs d’Angers,

c’est avec La ligue de l’enseignement (merci encore à Marie Brillant de son invitation), donc des participants actifs, attentifs et en accord sur assez de points (militance pour l’éducation populaire et une forme d’horizontalisation effective de l’apprentissage ; intérêt fort pour le méta – métacognition et méta texte, réflexions actives sur nous lisant, nous écrivant) pour que ça bouge et avance à vive allure, ensemble et efficace, durant ces quelques jours de début avril,

c’est aussi avec Anne Savelli, Anne avec qui on se sera, en grande joie pour ma part, beaucoup croisés, cette année, croisement et affinités (avec Anne et sans concertation, nous nous serons chacun, successivement, présentés via pearltrees, support de narration et récit de soi sur le web si évident, si adapté aux constellations de soi (de soi en-soi et de soi avec les autres ; c’était stimulant de voir aussi depuis ce même support que les places, mouvantes, en mouvement, de chacun, étaient données à voir en leur spécificité),

c’est en grande partie racontée sur le dit blog, http://ecriturenumligue2013.wordpress.com/ ,

blog on l’a dit déjà lisible, entier, cohérent, et certainement prémisses de suites heureuses (gageons qu’on y verra ou entendra prochainement quelque captation de Sébastien Rongier), ça vivra sa vie, ça sait déjà le dire clairement sur la homepage :

« Ecritures numériques » est le fruit d’une expérience collective d’exploration des nouvelles formes littéraires en ligne et de production en atelier d’écriture. Il est un outil d’écriture, de création mais aussi de documentation.
Il est le résultat d’une action-formation, conçue et animée par Guénaël Boutouillet, qui a réuni durant trois jours les professionnels du réseau de la Ligue de l’enseignement. En effet, dans un contexte de mutations importantes liées au développement du numérique et du web social, la Ligue de l’enseignement a souhaité interroger ses propres pratiques d’animation d’ateliers d’écriture en s’essayant à de nouvelles pratiques en ligne. Une expérience à découvrir sur ce blog. »

Merci à elles & eux. À suivre.

Il n’est pas interdit de ne pas interdire (Copier n’est pas voler, avec Lionel Maurel).

2013-03-03-14.11.52Après notre journée Copy party – Communs, données publiques et culture libre (mars 2013, Bibliothèque de Rezé, avec Lionel Maurel)

J’avais annoncé cette journée , deuxième de ce cycle, conçu avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de La Loire, plus avant sur le site.

Y revenir, après qu’elle ait eu lieu, je l’ai déjà fait ici. Le bilan personnel que tire Lionel Maurel de l’ensemble de cette journée est à lire sur son site scinfolex. 

La captation est ici

Les slides de Lionel Maurel

Merci à lui, oui, pour son intervention de grande tenue, limpide et riche, mais aussi pour sa présence attentive, marque de son intérêt avéré pour le partage et l’échange de connaissances et de questions, dont témoigne cet article, et particulièrement cette phrase :

« L’enseignement que je tire de cet évènement, c’est qu’il paraît important d’inscrire la Copy Party dans une démarche plus vaste et d’en faire le support d’une action de médiation culturelle. »

…Où le modèle hybride (expérimental et ouvert) que représente ce cycle de formation porte ses fruits, quand l’intervenant vient y apprendre quelque chose en même temps que de délivrer son savoir (et quel savoir.)

…Où les mots co-apprentissage et mutualisation ne sont pas vains.

Déroulé de cette journée

I –Ce que copier veut dire par Lionel Maurel / (voir ici)

Copier n’est pas voler – De cette présentation d’une grande richesse, me reviens notamment ce moment (page 40/83 du powerpoint de Lionel), et la  remise en cause de cette égalité (Copier c’est voler), auto-instituée comme évidence ou vérité, tellement rabâchée comme un mantra, en bon slogan publicitaire, que littéralement devenue ce qu’elle visait à devenir : dans un grand nombre de nos esprits bien intentionnés, Copier est devenu voler, en très peu d’années d’un travail coercitif des ayant-droit et de l’industrie culturelle : Messi est un prodige, les Islamistes nous cernent, et copier c’est du vol, voilà quoi. Un lieu vite devenu commun, pendant que le bien  l’est de moins en moins (commun). Le passage par le Droit, l’explication par sa langue spécifique (voler, en Droit, c’est soustraire à autrui, or copier n’est pas soustraire à autrui : L’égalité ne vaut pas, elle est erronée) est une rectification stimulante. L’ensemble de l’intervention (filmée, et bientôt mise en ligne) est de cet acabit : une lecture, fort outillée, nous est donnée par Lionel Maurel d’un ensemble de réductions de NOS droits, éparses et déguisées en autres choses et en premier lieu la défense des gentils artistes, qu’on ne se gêne pas par ailleurs pour employer sous conditions de plus en plus précaires, de bien des façons – de cela, de la coercition liberticide à l’œuvre, d’autres parleront mieux que moi, notamment Philippe Aigrain sur son blog Débat public,ou Olivier Ertzscheid sur Affordance).

Ce qui me fut si vif, à cet endroit, fut ce retour de réel par le langage, un langage revitalisé. Langage utile, rendu  à nouveau utilisable, dès lors qu’une intelligence s’en saisit à un autre escient que l’omniprésente eau tiède de la comm. Ces rapports infimes, intimes, absolument subjectifs, qui se tissent, en nous, entre nos « disciplines », ou centres d’intérêt et d’action, sont éléments de construction & moteur : le rapport que j’y vois est, pour le dire vite, qu’en nous plaçant du côté du langage (ainsi qu’on le fait en littérature, et en atelier d’écriture), en le serrant, le questionnant, au plus près, quelque chose peut encore advenir : briser la mer gelée en nous, écrivait Kafka, phrase laissée longtemps en exergue, au fronton, de remue.net, énoncé performatif dont la vigueur est vigilance, dont l’actualité ne s’altère nullement ces temps-ci. Vigilante vigueur que la nôtre, lorsque, humblement, nous tentons, et tentons encore, de passer la littérature contemporaine par le biais de ces bricolages d’atelier, de l’éprouver, de mieux la lire.

Reprendre vie, vigueur, vigilance, par et avec la langue – et bientôt, regagner du terrain, contrer ces annexions multiples.

 II – Copy party (dans la Médiathèque Diderot) /

(Principes de la Copy Party (repris du blog de la première Copy Party, sur la campus de l’IUT de La Roche-sur-Yon, en 2012))

Notre proposition faite à Lionel Maurel était de nous aider à réfléchir ensemble, par le biais de ce mode de rassemblement, sur cette notion de « communs » qui nous concerne tous. Son propos introductif aura mis en perspective la notion de Copy Party, ses fondements. Party qui, mise en pratique ensemble, fut une promenade réflexive (et non pas un hold-up, ou braquage de ressources ou ce qu’on pourrait s’imaginer en lisant trop vite : l’évènement Copy Party a des règles, il respecte les lois en vigueur et les interroge) au cœur de ce beau bâtiment, qu’est la Médiathèque Diderot de Rezé, une flânerie orientée.

Au top départ, lorsque chacun part en quête de quelque chose à copier, ce qui s’entame  sous forme de jeu, est un moment de recherche, d’une recherche active. Que voudrais-je emporter avec moi, et garder, de ces milliers de documents, se dit-on, face à la masse documentaire. Et tout comme une contrainte formelle et temporelle précipite l’écriture, en contexte d’atelier, l’orientation vers la copie, la formulation de cet « objectif » ludique enrichit notre errance entre les rayonnages.

L’échange qui suit, et conclut ce deuxième moment de la journée est riche en nouvelles questions et problématisations, entre bibliothécaires et usagers, entre individus, entre lecteurs, auditeurs, regardeurs : un moment de partage que cet échange hors norme, hors jargons, en territoire, un échange en territoire partagé.

III – Atelier de pratique

Durant cet atelier de pratique en groupe restreint, nous avons ensuite revisité, avec Catherine Lenoble, certaines des questions posées le matin. Comme souvent en situation d’atelier, une interprétation littérale, au pied de la lattre, d’un fait de langue permet, lance, autorise. Nous nous astreignons strictement à : ne pas diffuser de copie de ce document destiné à usage privé, et de fait, nous en appelons à l’intertextualité, à la réécriture de ce que nous lisons. Ce que je copie je le lis, je me l’approprie, et sitôt lu, appréhendé, approprié, il en résulte autre chose. Ce que je lis, je le transforme, je l’augmente de ma lecture.  (Et le partage des connaissances est un élan, une porte ouverte vers de futures créations).

Exercice 1 Amplifier ou dégrader (Copie de copie de document)

Partant du document copié le matin même, gardé par devers soi, nous couplons cette appropriation à une réflexion sur sa nature même. Qu’advient-il de ce dont nous nous emparons, ce que nous lisons n’est-il pas sitôt réécrit en nous ? Après présentation de l’autobiographie des objets de François Bon (où chacun des objets du passé considéré ouvre, sinon un monde, du moins sur une perception et un trajet dans le monde : c’est comme si, chacun de ces objets, scruté, regardé de près puis de plus loin, envisagé dans ses rapports multiples avec son propriétaire, son intercesseur, son origine, sa destinée, pouvait permettre de déplier de façon heuristique une manière de voir et un parcours, à la fois intime et générique), nous allons scruter le document comme nous scruterions un objet étranger, et tenter d’en écrire tout ce qu’on peut en écrire jusqu’à épuisement.

La consigne,  donc :

Réécrire ce document – sans le paraphraser : c’est à dire : si c’est une image, l’écrire sans insert d’images ; si c’est du texte, l’écrire sans rien en citer ; l’écrire autre ; n’en révéler, dans le corps du texte, aucun élément contextuel trop éclairant (notice, auteur, date).

Les textes produits sont à lire ici.

Ce moment hybride – le répéter – à la fois journée de formation (très) professionnelle & (très) ouverte à tous ; dépliement en plusieurs temps d’une parole savante, éclairante, avisée ; relecture par l’écriture de l’acte de copie, lui-même actualisé par la parole de Lionel Maurel ; étoilement d’une assez grande subtilité, passé comme une lettre à la poste (ou comme un statut facebook), outre d’être joyeusement utile, nourrissant pour celles et ceux qui y auront participé, aura, très personnellement, constitué la confirmation d’une intuition (de plusieurs : la bibliothèque réenvisagée comme terrain de jeu, d’exploration, de quête ; l’efficacité d’un mode de formation actif, littéralement en mouvement), et l’endroit de germination d’autres intuitions, rapports : comme quoi ça ne s’arrête jamais cette machine-là, cette énergie du Vivant, que nous procurent, que revigorent, les œuvres et ce qu’elles nous disent. Et que transformer cette parole, ces mots, en matière neuve, en intrications inédites puisque spiralées intimement, ne cessera pas, quelles que soient la technicité et la robustesse des cadenas.

D’ici là se le garder en tête : tout comme l’acte de copier qui, non,  n’est pas l’égal de voler ; il n’est pas interdit de ne pas interdire.

S’arrêter sans cesser d’avancer.

Et notre génération alors ? Que faisons-nous ? Nous écrivons en une vie le nombre de lettre qu’elles s’écrivaient en un an.

Atelier numérique poieo – RETOURS.

Séances 5 et 6 de cette deuxième saison, avec un groupe resserré – elles sont 4 – mais concentré. Plaisir de passer par les travaux de deux auteurs énormément aimés, et très différents a priori, pour réfléchir durant quelques séances ce que peut apporter, multiplier, compliquer, cette possibilité offerte nativement par le web : celle d’écrire avec/pour/sur/par rapport à une image. Réfléchir en faisant, selon le mode de pensée de l’atelier d’écriture et de la formation coopérative, hors ligne ou en ligne (mais de façon plus directement effective et visible dans l’atelier en ligne). Et donc passer par l’exemple : Manon et son usage de la carte postale ; Cécile Portier, sa série Dans le viseur, , constituent l’amorce d’un travail de redistribution et d’écriture d’après des cartes postales.
Il s’agit d’écrire le verso, de remplir les blancs, de fabriquer du récit par ces blancs – et je constate aussi (sans en tirer quelque généralité que ce soit, ces jeunes femmes sont étudiantes en métier de livre, ce qui laisse supposer des pratiques  de lecture, d’écriture, suivies), qu’elles cherchent la cohérence, qu’elles ont goût à tisser un récit, qu’elles « plongent », durant cette première séance, pour un temps d’écriture d’une heure trente. Première surprise pour moi – et je re-songe à cette phrase de Tanguy Viel, dans la préface de son livre Ce jour-là (paru chez Joca Serai, chroniqué ici) : « Nous avons même postulé discrètement, souterrainement, avec peut-être Michel Foucault ou Paul Ricoeur, que la narration est ce qui lie, assemble et compose des identités. »

Tenir compte, toujours, de ce qui advient, l’atelier se refonde collectivement – et, tenant compte de cette nécessité d’encourager (écoutant, remerciant, analysant les longs textes produits), prendre en charge son contrepoint, la nécessité d’aller contre ce qui pourrait devenir »petite musique » ou « pente naturelle ».

Alors, partant du même Manon et son usage de la carte postale, réorienter l’exercice suivant : demander d' »inventer une voix, une conscience autre, une transposition de vous-même ou un narrateur étranger, qui à chaque carte, relisant [le texte « écrit au verso »+la carte au recto], commente et questionne, pose des hypothèses, et pose toujours au moins une question ».

Les réactions première vont contre, sont chiffonnées, désappointées. Avoir construit tout ça… et puis, l’impression de devoir expliquer toutes les subtilités, d’effacer les blancs. Reprise, alors, redire – il  faut :

Ne remplissez pas les blancs, au contraire. Creusez-les. Interrogez ce que vous avez construit, observez le texte (ce qui suppose une réification du texte, amplifiée par la publication en ligne,  suivie d’une deuxième publication. lors de la lecture à haute voix devant le groupe). Et surtout, surtout, surtout : une seconde version d’un premier texte ne remplace pas la première. Elle s’ajoute.

Et ce moment qui est toujours de réjouissance en atelier, lorsque la ruse se met en place, lorsque l’écriture fournit les moyens de répondre à la contrainte tout en allant contre, dans le même mouvement. Certaines – notamment celles pour qui la contrainte allait contre, contre l’envie de cohérence, d’objet fini -) ont trouvé des astuces (ajouter les inserts  en blanc (en blanc, sur fond blanc), ou dans un mode typographique radicalement différent, hors d’usage a priori dans ce contexte), une autre a remis en cohérence, re-tissé un ensemble – tout en répondant à la consigne. Il y a, dans tous les cas, jeu avec l’outil (le CMS wordpress, et ses limitations, à l’intérieur desquelles se mouvoir), voire nécessaire insert de (bribes de) code html.

Il y a, surtout, la ruse et l’invention à l’œuvre, pour se mouvoir en liberté à l’intérieur de cet espace limité, multiplement contraint (contraintes techniques et contraintes de l’exercice). Il y a cet aplomb et cet aller-de-l’avant, même allant contre : un aller droit devant soi incluant ses forces contraires. Il y a l’écriture qui s’invente, toujours, dès lors qu’elle sait s’arrêter – s’arrêter sans cesser d’avancer.

Ce jour-là (par les élèves du lycée Nobel, Clichy-sous-Bois, avec Tanguy Viel (éditions Joca Seria)).

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(Reprise d’une chronique publiée dans Encres de Loire n°62, 15 décembre 2012)

« On a pris le RER D jusqu’à Saint-Michel puis le E qui mène tout droit à la gare du Raincy. On a vu le bus 603 arriver alors on a couru pour le prendre. On s’est assis tous les deux vers les places du fond, on papotait et on riait. C’est à l’arrêt Gambetta que j’ai aperçu une silhouette qui ressemblait à celle de mon frère. Il avait l’air de courir pour essayer de rattraper le bus. Mais Ryan m’a dit qu’il fallait que j’arrête de m’inquiéter pour rien. »

Du rythme, des images, des détails : l’art du roman tel que Tanguy Viel le pratique suppose d’embrasser, en une globalité, des éléments si hétérogènes qu’ils donnent à voir une copie du monde extérieur, une mimesis qui sache, dans le même mouvement s’absenter : tension entre une pratique de la représentation assez poussée pour nous faire voir (entendre, sentir) en même temps que de se faire oublier pour nous emporter, bouleverser, renverser littéralement (équilibre dans la tension dont Paris-Brestétait un magnifique exemple).

Ce jour-là est, littéralement, le cadre temporel de ce roman collectif, impulsé puis monté et orchestré par Tanguy Viel, écrit par les lycéens de Clichy-sous-Bois  : une journée passe, narrée par de multiples voix. Ce chœur est celui d’habitants de cette ville de banlieue dont le nom, seul, depuis 2005 et les événements tragiques qui s’y déroulèrent, charrie en nous son lot d’images forcément incomplètes, réductrices. Immense défi que de se prêter à ce jeu-là en collectif, celui de la conception d’une intrigue via les matériaux texte produits par les lycéens : Tanguy Viel, écrivain, est ici, de par ses exigences littéraires & romanesques, nécessairement posé à une place qui s’apparente à celle du cinéaste : à la fois monteur, directeur de la photographie (ainsi, le merveilleux apport au récit que constituent ces inserts contemplatifs, descriptions du jeu des marées, de la mer, des ciels normands) et producteur.

De ce jour-là, ce qui nous présenté, global, hétérogène, c’est la vie, c’est la ville – les deux observées au plus près  : s’y jouent des drames et de ces faits qu’on dit divers, cruels éclats dans la masse inerte du quotidien partagé. Les récits efficacement articulés produisent un machine narrative qui marche. Et les multiples points de vue du récit, subtilement tressés, jouent collectif, se mêlent, pour rendre une sorte de conscience globale, un point de vue circulant.

«  Donner forme à la ville ne participe pas tant d’une logique d’enracinement que d’une logique d’entrelacement, comme s’il s’agissait de rétablir un équilibre, en ouvrant un horizon, là où la verticalité des grands ensembles, semble obstruer durablement la perspective, pour donner à voir l’identité d’un lieu et des personnes qui le traversent, s’y croisent et l’habitent.  »,

écrit Viviane Vicente sur remue.net à propos de ce travail de longue haleine, pour lequel Viel s’est rendu hebdomadairement, une année durant, dans cette ville à lui inconnue. Il a fallu user de tout son art romanesque pour permettre à l’ensemble d’émerger, puis lui donner une forme tenue – tension entre les deux places, d’éveilleur et de producteur, comme en écho à cette tension entre récit et poiesis évoquée ci-dessus)

«  Fort de ce cadre narratif, il devenait soudain possible d’ausculter la ville ou d’en prendre un peu le pouls, en tout cas la perception par sa jeunesse, d’où elle vient, ce dont elle rêve.  »

Au résultat, au bout de l’exigence si composite et spécifique qui présida à ce travail de longue haleine, un livre à mettre entre toutes les mains, qui dépasse les objectifs assignés et rencontre un bel écho médiatique, dont on se réjouit.

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Ce jour-là (éditions joca seria, 2012), ISBN 978-2-84809-209-6 / Voir aussi la rubrique consacrée à cette résidence sur remue.net

Ce qui permet est permis. (De l’atelier d’écriture numérique comme atelier de publication)

(Intervention écrite pour Festimalles, vendredi 5 octobre à Liré, débat “Tous lecteurs, et comment” ? avec M.Hervouet, Y.Chenouf, G.Le Rest, L.Mathieu – animé par Hervé Moelo)

Il ne s’agit pas d’un entretien, même si ça semble en avoir la forme. Hervé Moelo et Catherine Tuchais (que je remercie de cette invitation) nous ont posé quelques questions préparatoires, lesquelles, longuement observées, ont produit chez moi, en amorce de réponse, ce texte – lequel ne sera pas lu vendredi prochain (on sait comme ça peut plomber, de lire son intervention ; de plus nous serons en dispositif « table ronde' », donc, on parlera de ça, autrement, et on l’espère, point trop maladroitement).

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Quelle est votre activité ? En quoi favorise-t-elle le développement de la lecture ?

Mon activité est multiple : j’anime depuis des années des ateliers d’écriture, en format « traditionnel » si j’ose dire, avec table-papiers-crayons, et depuis une (courte, mais si dense) année, « en ligne », c’est à dire avec un ordinateur, connecté au web – où sont publiés avec l’accord de leurs auteurs, et, surtout, par leurs auteurs, les textes des participants. J’anime (et organise) des débats littéraires, avec des écrivains, lors de festivals ou en bibliothèque. Je mets en place et anime des formations destinées aux « médiateurs du livre » (médiateurs dont je considère faire partie), pour aider à bien, à mieux travailler et inventer : formations à l’atelier d’écriture, au travail avec les outils numériques, au travail avec des auteurs. Le point commun de ces activités qui m’occupent est, toujours, de lier lire et écrire, de les favoriser voire les provoquer, d’agir toujours l’une en faveur de l’autre. De les faire interagir.
De provoquer une spirale : écrire pour lire, lire pour écrire encore et lire à nouveau, autrement, enrichi : je ne saurais envisager un atelier d’écriture qui ne soit pas orienté vers la littérature contemporaine, qui ne s’affaire à la lire, à la faire lire, qui ne soit fondé par elle, qui en soit dissocié.
En ce sens, mes activités militent et agissent, par nature, pour la lecture (elles ne s’envisagent pas sans : comme marcher dépend de mon souffle et l’entretient). Elles favorisent donc, à leur modeste échelle, son développement – mais à une échelle aussi réduite que la surface de mon champ d’intervention : séance après séance, grupetto après grupetto, au sein desquels je toucherai (ou pas) individu par individu. C’est un par un qu’on conquiert :  c’est aussi ce un par un qu’on conquiert. C’est de la relation qu’on élabore patiemment. Il est aussi une remise à niveau salutaire, un à un, cette déprise de la foule et du mouvement ordinaire. La relation permet, en même temps que la relation se fait. Ce qui permet est permis.
Quelque chose est passé, peut-être, chez un ou une ou autre – une éventualité tenace, récurrente, et ce qui est passé change la lecture.

Toutes les lectures se valent elles vraiment ?

La question s’entend double :

1/ tout ce qu’on lit  a-t-il la même valeur ? (quelle valeur, cette valeur est-elle absolue, et quel est l’instrument de mesure?) ;

2/ toute façon de lire est-elle égale ?

Toujours, tout dépend d’où l’on se place (pour lire) et ce qu’on l’en (de cette lecture, du regard que l’on pose sur cette lecture):
1/ Partir de soi, un : (partir c’est à dire aussi s’éloigner, tenter de se voir en contre plongée) : un texte non littéraire, sans recherche formelle, sans travail d’érosion de ce « réel » transparent, simulacre de catalogue qu’on nous vend via une langue medium, une production absolument hors-littéraire peut m’intéresser d’un point de vue documentaire et littéraire, en tant que manifestation même de cet appauvrissement des possibilités de la langue – dès lors je le scrute comme pour le combattre. Littérature, même joyeuse, est inquiète : et l’inquiétude, même joyeuse, d’où je regarde ce texte, place ma lecture dans le champ du littéraire.
Une forme « appauvrie » nous dit quelque chose du monde (au-delà de ce qu’elle nous dit, encore une fois : selon d’où et comment on la regarde). M’intéressent particulièrement, en atelier, les formes les plus élaborées de la poésie contemporaine, qui usent et retournent les outils de cette (nov)langue dominante contre elle-même. D’user de Eric Hazan (et de son observation de la LQR) pour poser Jean-Charles Massera, et du dynamitage langagier de Massera pour faire vivre, pour allumer Hazan, il y a là un principe actif ; il y a là une action, qu’on dira poétique.
1/ Partir de soi, deux : C’est ma lecture qui se fait joueuse, se déplace, qui, considérablement enrichie en perspective par une pratique des ateliers d’écriture, de l’écriture solitaire, puis de la conception d’ateliers, sait qu’elle gagne au change, rusant ainsi avec elle-même.

Mais encore la question s’entend, au moins, double : Toutes les lectures valent-elles ma lecture, suis-je mieux préparé, mieux entraîné que certain(e)s pour cet enrichissement de perspective: assurément oui, mais aussi moins que d’autres ; et nous ne ferons pas croire, démagogiquement, à une égalité des chances autre que potentielle – une réalité des puissances potentielles, oui ; des chances telles que d’autres cartes socio-économiques sont distribuées, non.

D’abord il faudrait définir ce valoir, et  d’où lui-même s’énonce ? Aucune lecture ne se vaut, aucune n’équivaut à sa voisine, toutes sont indivisibles.

Dans les actions construites avec ou vers les publics dits « faibles lecteurs », sur quoi pensez vous agir ?   N’y -a-t’il pas parfois la tentation de les amener vers une image un peu trop idéale de lecteur ?
Tout d’abord confesser une expérience de terrain sinon erratique, du moins hétérogène, tant hétérogène (et je m’en réjouis) que je ne pourrais établir de généralités (ce dont aussi je me réjouis). Néanmoins, nous ne plaiderons pas l’inconscience au moment des faits, et donc, lorsqu’on me convie en certains endroits et circonstances (comme en maison d’arrêt, mettons, ce qui ne m’est arrivé qu’une fois), je me dois de considérer d’où je m’adresse (le trajet et les obstacles physiques, le nombre de portes et sas à franchir y aident, déjà, physiquement), et à qui.
Avec ces groupes d’individus dits « faibles lecteurs », on agit autrement – mais, pour ma part, en usant, je le précise, des mêmes outils, des mêmes textes, des mêmes corpus de littérature contemporaine, qui sont juste autrement maniés. Je bouge un curseur qui est celui de l’adresse, tentant de le faire aussi sincèrement et simplement que possible, comme en un rapport quotidien (je ne dis pas bonjour pareillement à la boulangère qu’à mes amis sur facebook, par exemple). Je présente les choses (un peu) autrement, j’adapte – puis, évidemment j’adapte en cours de route : l’exercice, le temps d’écriture, la nature du retour, l’organisation même – répartition du temps entre lecture et écriture, etc. Mais l’adaptation en cours de route, c’est toujours : c’est une condition de l’animation d’ateliers d’écriture, zone de paramètres innombrables et changeants (dont le premier, c’est chaque individu, immensité touffue, dedans).
Dès lors j’agis, dans une mesure peut-être infime, peut-être (potentiellement) immense – et difficilement mesurable – sur leur rapport au livre, à l’écrit, et sur l’énonciation d’elles-mêmes (les prisonnières auxquelles je me réfère). Ruse, malice, jeux, et puis : Lire, écrire, c’est possible, puisque c’est fait. Refaire est donc possible, puisqu’on a su. Et allez hop, on refait, tout pareil (mais en fait, autre). Ce qui semble impossible est énoncé, ce qui est énoncé se questionne, puisque peut s’écrire autrement.

Je m’efforce de ne pas bâtir d’images (fausses, forcément), intentionnellement du moins. Ni lecteur idéal, ni auteur idéal, ni texte idéal : tout en mouvement, toujours. Michaux est un maître agréable, disait un auteur de mes amis, je l’entends en ce sens  : trop revêche et trop spongieux, trop solide et trop parti. Toujours s’affairer à faire et aussitôt défaire, refaire autre, ailleurs. Je ne cache pas les difficultés du travail, ni la difficulté des textes, propose d’y aller quand même (à moi de trouver des ruses idoines). Non, ils elles ne sortent pas d’un atelier en étant « recrutés », ne sont pas sitôt « passés » de Marc Levy à Pierre Senges. Non, je ne les ferai pas aimer, d’un claquement de doigt, l’absolument autre, l’envers de ce qui pour partie les définissait jusqu’ici comme « lecteur » (ou comme « non-lecteur »). Mais ils ont rencontré quelque chose qu’ils ne connaissaient pas, l’ont percuté, l’ont fouillé, en ont perçu des logiques et motifs, sans tout comprendre, sans adhérer – c’est un coup d’épée dans l’eau, certes, mais une fois le coup donné l’eau bouge et dessine des formes nouvelles, inconnues.
Je pars de ce principe que ce que je ne connais pas me manque, qui que je sois (et qui que je sois de moi-même et de mes représentations : ne sommes-nous pas toujours plusieurs?)

Quelles sont vos stratégies pour développer les pratiques de lecture ?
Je n’en ai pas d’aussi élaborées. J’use de stratégies, ruses et jeux, pour faire entrer en écriture et lecture, mais de là à avoir des stratégies effectives pour développer « les pratiques de lecture »…

Je me tiens aux aguets, en mouvement, par stratégie oui, sans doute, laissant ouverte mes boîte à outils,  répertoire,  moteur de recherche internes, paré à saisir au vol, toute matière exploitable, mais aussi, et en premier lieu, par intérêt. Ainsi, un atelier d’écriture numérique basé sur un portrait google, comme je le ferai en début de semaine prochaine avec des étudiantes en métiers du livre, voilà dont le résultat toujours m’étonne, m’excite, me questionne autant que, je l’espère, les personnes à qui je vais le proposer.

Néanmoins, un point me semble crucial, et sur lequel j’aimerais (et aime) agir : la formation des médiateurs. Car j’y vois une fracture inquiétante : On sait les réticences, paradoxales et souvent factices, de la « chaîne du livre » à l’égard des dits objets numériques (tablettes, ordinateurs) ; on constate que ces réserves sont reproduites, parfois même accentuées, de façon plus ou moins consciente, chez ces acteurs sincères, passionnés, de l’échange de texte et de pratiques d’écriture que sont les animateurs(trices) d’ateliers d’écriture et médiateurs du livre. À titre d’exemple : observons les outils de communication des associations porteuses de ces ateliers : la plume, l’encrier, objets fétichisés, y sont majoritairement valorisés – non que je veuille fétichiser quelque autre objet en lieu et place, le smartphone ne mérite pas plus que la plume Mont Blanc qu’on lui voue un culte, non, je ne veux pas fétichiser les objets, je veux en user, je veux les utiliser : papier, crayon, tablette, smartphone, selon mes préférences et usages propres.
Mais du fait de cette réticence (doublée, souvent, d’une réelle difficulté d’accès collectif aux ressources du web, aux ordis, à la connection, à interroger également), on constate qu’une majorité absolue d’ateliers d’écriture se pratique, toujours, en table-papiers-crayons.
Sauf que que nos usages, à tous, au quotidien, ont muté : l’écriture manuscrite n’est plus majoritaire dans nos correspondances, dans nos « journaux intimes », dans nos textes de création ou journalistiques. L’écriture manuscrite y a sa part, mais elle n’est plus seule, elle n’est plus reine, sa domination n’est plus absolue. La pratique de ces ateliers d’écriture, qui me passionne, qui me passionne aussi en ce qu’elle sait se renouveler, me semble en voie de se couper des usages de l’écrit les plus ordinaires – et c’est un vrai danger pour son efficacité : car une part de cette efficacité est liée à cette facilitation, à cette démystification du geste, via revalorisation au sein d’un corpus littéraire des relations du quotidien (listes, journaux, etc). En omettant toute une part de nos manières d’écrire (via l’ordinateur, au clavier, en sms, connecté), l’atelier d’écriture se prive de jouer pleinement sur nos manières singulières au cœur des manières partagées. Et court lui-même le risque d’une fétichisation, d’un repli, de devenir une activité récréative et ornementale (ce qu’il est parfois ; ce qu’il est même toujours, pour partie, pour certains, et qui ne nous soucie pas), de ne devenir QUE cela : une activité sympa, créative, quelque chose de : joli.

Il y a un enjeu à s’emparer de la connection web pour l’atelier d’écriture, il y en a plusieurs :
De jouer avec la notion de publication, d’identité publique, et de leur part fictionnelle : d’en jouer, de les agir, de les conscientiser, ce faisant.

D’utiliser des techniques de lecture, d’écriture, de modes d’accès à l’information, à la fois neuves et massivement présentes autour de nous : de copier, coller, recouper, recoller, de lier, d’ouvrir, de relier donc des éléments disparates du monde dehors, pour tenter d’en faire un texte (et renouveler au passage les pratiques d’atelier).

D’être en responsabilité, puisque autorisé, puisque publiant.

L’atelier d’écriture numérique est un atelier de publication (et donc, puisque nous incitons à une méta cognition, au réflexif, à porter un regard sur ses façons de faire, que vite les participants souhaiteront, à juste titre, publier ce qui les représente le mieux, ce qui les valorise : c’est aussi un atelier d’édition).
Revenir à soi : ma manière d’atelier, quinze ans d’âge, je l’ai apprise en mutualisation, en échangeant, soumettant mes idées et expériences à des pair(e)s : progressant ensemble, nous nous sommes assez bientôt résolus à n’envisager l’atelier d’écriture que comme atelier de lecture ET écriture, en spirale, donc : écrire pour lire, lire pour écrire encore et lire à nouveau, autrement, enrichi. C’est un nouveau pas qui se fait, avec le numérique, ou du moins, le numérique insiste et accélère une bascule qui ne venait qu’au bout d’un temps, auparavant : le groupe, incarné, ensemble, s’ouvre à un autre inconnu, potentiel. Tout texte est écrit non dans l’espoir ou le vertige d’une publication (avec sa part de fantasmes), mais dans la perspective pragmatique de celle-ci, qui se fera dans l’heure. La lecture à voix haute était déjà une publication, mais enclose, dans l’entre soi de notre atelier. Ici c’est entre soi, mais aussi d’accès libre. Quelque chose d’essentiel change là, qui est à prendre en compte, qui renouvelle les enjeux de nos jeux d’écriture ensemble.

Citons Olivier Ertszcheid, qui dans cet article essentiel, paru ce printemps 2012, me le confirme, à sa façon, depuis un autre point d’observation :

« Enseigner l’activité de publication et en faire le pivot de l’apprentissage de l’ensemble des savoirs et des connaissances. Avec la même importance et le même soin que l’on prend, dès le cours préparatoire, à enseigner la lecture et l’écriture. Apprendre à renseigner et à documenter l’activité de publication dans son contexte, dans différents environnements. Comprendre enfin que l’impossibilité de maîtriser un « savoir publier », sera demain un obstacle et une inégalité aussi clivante que l’est aujourd’hui celle de la non-maîtrise de la lecture et de l’écriture, un nouvel analphabétisme numérique hélas déjà observable. Cet enjeu est essentiel pour que chaque individu puisse trouver sa place dans le monde mouvant du numérique, mais il concerne également notre devenir collectif, car comme le rappelait Bernard Stiegler : « la démocratie est toujours liée à un processus de publication – c’est à dire de rendu public – qui rend possible un espace public : alphabet, imprimerie, audiovisuel, numérique. »

Cet apport, que je souhaite, et appelle, est une mutation nécessaire de l’atelier d’écriture : il doit devenir, envisagé avec les outils du numérique, un atelier d’écriture ET d’édition : pour ne rien perdre ainsi de sa qualité de libération d’une parole, tout en garantissant les moyens de la tenir, de la porter, de la mettre en voix, page, scène, ligne : pour n’en pas rougir. Pour ne pas l’envisager comme une finalité mais une progression, en continuité, un processus d’émancipation renouvelé.

Trente-deux | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Collectif


(Ceci n’est pas un billet promotionnel), ai-je été à deux doigts d’intituler ce billet, après avoir été à deux doigts d’en faire un (billet promotionnel), d’annonce de nouvelle année, parce qu’il en assumera certaines des fonctions (de billet promotionnel, d’annonce de nouvelle année), à savoir :  claironner la parution simultanée de deux revues magnifiques auxquelles j’ai joyeuse fierté d’avoir contribué. Mais il le fera de biais et en multiples de 99 signes. & surtout s’attardera sur le fabuleux hasard, la coïncidence de ces deux parutions ce même jour, & ce qu’elle me dit de quelque chose sur quoi j’ai souvent à bredouiller pour m’expliquer – mal.
Mardi dernier, par exemple, commençant cet atelier d’écriture à Châteaubriant, atelier initial, en papier, séance « classique », mon standard de démarrage de cycle : énonciation des quatre principes après présentation brève de mon trajet & de ma pratique. Mardi dernier il y avait tempête, & pluies denses, & trafic à l’avenant, & poids lourds en nombre – j’ai donc entamé ma causerie en retard, essoufflé – ai buté sur un point, dont je ne crois pas s’il soit faible mais, assurément, problématique : mon statut d’auteur. Le disant vite & mal : j’anime des ateliers d’écriture parce que : j’écris. Je publie peu mais : j’écris. Publie surtout collectif mais : j’écris. & ce que je ne peux articuler clair car ce n’est ni l’heure ni l’endroit, c’est que je n’en rougis pas, au contraire, de n’être pas un écrivain, au sens propre ou académique du terme, d’écrire surtout avec les autres, dans des mouvements entrainants – & que j’y apprends de l’autre et y affirme & confirme mon lir&crire – tout comme, en somme, en atelier.
Merveilles pour moi ce matin, avant d’aller causer, cette après-midi même, avec Catherine Lenoble, de tout cela, des rapports d’entrainement, de lir&crire en numérique, de lir&crire en atelier, de participer, d’inviter, de répondre, d’éditer :
-De pouvoir annoncer qu’elle existe, & sera diffusée ce soir, la concrétion matérielle de ce qui secret, deuxième édition, relecture collective de ce qui fut écrit par élans & concaténations collectives, sur le blog de la revue (devenu le site cequisecret.net, pour amplifier encore ces stratégies de capillarité, & l’assumer à plusieurs), où j’ai écrit AVEC les autres.
-De pouvoir donner le lien vers le très beau huitième volume de d’ici là, revue animée par Pierre Ménard sur publie.net, La forme d’une ville, hélas ! change plus vite que le cœur d’un mortel, un livre numérique collectif, aux textes sons images entrelacés par hypertexte, en si large et forte compagnie (60 auteurs, non des moindres : de Jeanney à Pennequin en passant par Vincent, Berlottier, Suel, Grossi ou Portier – auteurs, hommes femmes dont travaux et personne m’importent).
& merveille de la coïncidence, d’un début d’année qui sera placée sous le sceau de cet autre collectif, Instin, dont est à lire le calendrier, ici même.
& merveille d’affirmer que ce hasard n’en est pas un, que les signes s’organisent intelligent, que cela signifie fort, qu’il y a de quoi poursuivre, qu’il faut : collectif, i.e : ensemble, i.e comme un ensemble, ouvert, mouvant – vivant.

Vingt-sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dehors dedans

Séances 2–3 : Le dégel accompli, ce premier geste (non le moindre : écrire) opéré, nous continuons : rejouons : relançons. Nous entrons en littérature par la liste, par celles des Notes de chevet de Sei Shonagon, texte exemplaire de ce que la liste, en ses principes et modalités, peut détenir de & du littéraire, de vaste & sensible, de minuscule et signifiant. L’index final du livre, une fois que je le lis à haute voix, apparaît dans sa dimension méta, comme une sorte de liste des listes). Je leur propose d’en extraire deux, topées à la volée, au fil de ma lecture, puis d’écrire ces deux listes contrastées, en vis-à-vis : Choses magnifiques, choses dont on néglige souvent la fin, Fleurs des arbres, Sources chaudes… De liste à inventaire : vient Nathalie Quintane & sa « chaussure », manière de relevé tous azimuts, qu’on déplie de la façon précédemment expliquée – sans passer par la case DeLillo (ne pas nous alourdir, ici).

Le texte amorcé par « Quand je pense au mot chaussure » déclenche la machine à souvenirs, & le contrepoint descriptif (il est demandé de décrire la paire de chaussures portée en ce moment sans jeter l’œil sous la table), génèrent : quelque chose se fabrique, nous sommes dans un récit du monde – et que l’une en vienne à parler, sans métaphore intentionnelle, de technique de pose du pied, et de bien marcher qui s’apprend, pour moi : nous y sommes, quelque part où je voulais qu’on tente d’aller.

Qui rend possible l’exercice ardu à l’orée de la séance 3 – marche : inventorier ses déplacements, quotidiens, dans cet espace clos – lequel fait râler encore, qui ne s’en serait douté, mais constitue le pied d’appel de la marche idéalisée qui suit – laquelle se conclut par la tentation paysagère, via Michaël Batalla, ses poèmes-paysages & la question induite : comment rendre du paysage, comment le poser sur la page &, le posant, poser aussi du mouvement de l’œil et du flux de conscience avec ? Difficile, voire impossible, le passage à la fiction, je l’ai dit – mais ce détour, en ses batailles même, nous a mené dehors : ce qui s’écrit, avec peine, ce qui se refuse & contre mais, balbutiant, s’écrit, c’est un peu du monde rendu audible : ni nié, ni idéalisé – le clivage enkysté ô combien logiquement, entre dehors & dedans, sans être annihilé, ni même gommé (on n’est pas magicien, non plus qu’on n’est docteur) : juste contourné, relégué – instant suspendu en dessous du dedans, en dessous tumulte & rages.On n’est pas dehors, on n’en est pas plus près, juste : une infime parcelle de dehors est entrée. C’est minuscule & signifiant.

Vingt-six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dedans (2)

Parler allez, se présenter (incapable de se souvenir de quoi de comment, ce passage-là de cette fois-là c’est : parole intelligible, a priori, sur le coup, mais rien que matérialisation en mots de force désirante : les mots filent et sitôt dit, c’est parti ailleurs).
Ceci dit fait sitôt proposer, engager, donner à faire : Séance 1 : – je propose des livres, un vrac étalé sur la table, le tout-venu de la bibliothèque de la maison d’arrêt, consigne : flâner, feuilleter, ouvrir, refermer, aller, venir, enfin en choisir un. & lire : à haute voix, une page, juste une page, de son choix. C’est quasi rien, c’est : y aller.
Le choix, leur choix, importe peu, c’est de procéder au choix qui compte (un peu comme les textes ci-produits : compte plus, pour moi, l’énergie motrice emballée, le principe de production, que le produit d’un atelier). Les choix, je leur dis & j’insiste, vous choisissez, c’est vous qui, le rien à faire qui sera fait c’est vous c’est à vous de, allez (travail dans l’ouvert, mon jeu n’est pas caché à la vue). Elles les enchaînent sur cette page de leur choix : choix d’une phrase, choix de mots, choix d’autres mots, encore, dans les textes lus par les autres. Ensuite : écrire une phrase comprenant plusieurs des mots relevés (choisir l’ordre et l’enchainement de ces mots, donc : composer); puis un texte dont cette phrase soit l’incipit et l’autre phrase relevée l’excipit. & puis finir (un choix). & puis, retournement : quand c’est fini, vous continuez, non, là, vous n’avez pas le choix, vous devez continuer.
Elles râlent alors & :
Y vont. Plus ou moins mais : y vont, de leur quelques mots ajoutés : commentaire, râlerie, rallonge – c’est histoire de. Histoire de continuer, de faire après avoir fini de faire, après avoir bouclé, bâclé même : les choses s’enchaînent, elles ont des conséquences, ces trois fois rien qu’on pose y vont, ils comptent.

Ving-cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dedans (1)

Dedans donner du dehors, simple à dire pas à faire, d’autant qu’il y a des enjeux compliqués, qu’il faut délester d’autant d’a priori que possible – de mon côté, les a priori, du leur je ne sais pas, continuerai de ne pas savoir : ces entreprises-là, le redire, nous n’en mesurons pas l’efficace.

Dedans aller dedans rentrer pousser les portes enfin, non : attendre, un temps jamais déterminé, qu’on vous les ouvre qu’on daigne, on m’avait raconté l’attente, oui. Attendre et voir – comme c’est opaque.

Perdu. Dans cet espace infini, tout est au plus confiné, de ce fait, couloirs après couloirs, perpendiculaires et obliques successives, tout se confine à mesure, se resserre –

& ce resserrement de l’espace joue sur le temps, l’épreuve du temps s’étire – ce n’est pas le temps, c’est l’épreuve du temps qui s’étire, c’est l’expérience d’ensemble (temps, espace et mon corps là-dedans) qui vous rend malléable, désagréablement malléable & perméable aux agressions – celles d’au-dessus du dedans qui couve celle d’en dessous du dedans qui elle voudrait sortir, oui, qui du moins voudrait ne plus être dedans.

Dur, d’y porter du désir. Il s’effrite dans ces couloirs & attentes de couloir & d’alarmes & d’autorisations, dur de donner du dehors – le web déjà on ne le laisse pas entrer, alors c’est beaucoup moins du dehors qu’on peut imaginer y porter, dedans.

C’est long, ces quatre cinq portes couloirs allées courettes avant que – avant d’enfin entamer un discours (dont toute forme préparatoire a été absorbée par ma grande & malhabile crainte de tout cet environnement-là), dont on peine à dénicher les tenants, alors pour les aboutissants.

On donnerait bien du dehors, oui – mais une immense partie, l’indicible partie, l’évidente, ce souffle du dehors qu’on ne sait plus qu’à chaque instant (dehors) on porte, eh bien on ne l’a plus, dedans – on l’a perdue dans les couloirs, ou, secret espoir, laissée dans le casier avec téléphone & tablette.

& puis : dedans dehors – paroles.

Dix-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Copie

La copie. & commencer par l’incipit. Copier du début à la fin. C’est la tentation qui saisit le narrateur de « Si par une nuit d’hiver un voyageur », d’Italo Calvino.

« Je voudrais pouvoir écrire un livre qui ne serait qu’un incipit, qui garderait pendant toute sa durée la potentialité du début, une attente encore sans objet. Mais comment un pareil livre pourrait-il bien être construit ? Devrait-il s’interrompre après le premier alinéa ? Ou prolonger indéfiniment les préliminaires ? Ou encore emboîter un début de narration dans l’autre, comme font les Mille et une nuits ?

Aujourd’hui je vais tenter de recopier les premières phrases d’un roman célèbre, pour voir si la charge d’énergie contenue dans ce début se communique à ma main ; après avoir reçu la juste poussée, elle devrait être capable d’avancer pour son compte.

Par une soirée extrêmement chaude du début de juillet,(…) ».

S’ensuit le récit du recopiage & de cet auto-engendrement, cette impossibilité pour la main de s’arrêter en si bon (et terrible, puisqu’il s’agit du début de Crime et Châtiment) chemin.

Depuis des années j’use de cet extrait comme d’un lanceur, en ateliers dits de réécriture, ateliers auxquels je n’assigne d’autre objectif que d’aller plus loin dans le texte, plus au fond, pour plus s’y perdre puis y faire plus d’écarts – écarts plus frappants, plus efficaces à laver l’œil, dès lors qu’on s’est assez profond perdu dans la forêt profonde de son texte & de ses arrière-pensées.

Dispositif circonstancié : je lis ce texte (ici amputé) à voix haute, laisse infuser les questions. Puis distribue à chacun des participants l’incipit seul d’un texte d’eux, qu’ils m’auront préalablement fourni. Proposition est alors faite de réécriture, de mémoire, de leur texte, réécriture la plus fidèle possible (c’est impossible). Plongés dans leur propre trace, ils s’affairent &, au bout d’un temps assez long pour que creusement de la trace ait eu lieu, je distribue le premier paragraphe du texte d’origine : et demande de poursuivre, séance tenante ce premier paragraphe, mémoire fidèle (impossible) – contredit par la nouvelle version en laquelle ils viennent de se lancer. Geste à nouveau interrompu et prolongé par la distribution des deux premiers paragraphes du texte d’origine, à poursuivre, de mémoire (fidèle, impossible).

Copier & re. Prendre, copier. Sur ce principe, on pourrait continuer ad libitum – cette relance interrompue, cette épaisseur ajoutée, le vertige de sa propre sédimentation – à la façon du narrateur de Calvino, qui s’interrompt « avant d’être submergé par la tentation de recopier Crime et châtiment en entier. » & qui pendant un instant, croit comprendre le fabuleux intérêt du défunt métier de copiste, lequel « vivait dans deux dimensions temporelles en même temps, celle de la lecture et celle de l’écriture ». (« Si par une nuit d’hiver un voyageur », Italo Calvino, points seuil, pages 188 à 190).

Lecture et écriture, mêlées, toujours, en palimpseste, indémêlables ?

Treize | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Seul.

Seul en atelier. L’atelier d’écriture, de principe, c’est un groupe, plus soi-même, avec ; plus ou moins dedans le dit groupe. & le boulot qu’on a à y faire c’est : animer : faire passer, entretenir flammèche, manier l’allumette pas le combustible, le combustible ça pas touche, le combustible c’est dedans, dans chacun, par devers soi. Faire, avec un groupe. Faire faire. & distribuer, paroles écoutes et discret assentiment, soi majoritairement assis. Soi assis pour l’essentiel, debout constituant l’exception. Mais seul, en atelier, imagine : je suis assis, j’ai bouquins, papiers & autres choses plus ou moins utiles : j’attends. Ça m’est arrivé quelques fois, cette année, cette attente-là seul face aux livres, aux mots et aux questions que je vais tenter de poser, questions qui n’existeront pas sans que quelques y mettent la main – questions qui ne sont pas non plus les miennes posées à l’auteur, & qui ne valent rien sans ce contournement-là. Le démontage de la machine (machine-Pennequin, machine-Forte) & ce qu’il révèle des mystères (ne les nie pas : les éclaire), je ne ferais pas pareil seul, n’en tirerais pas la même pâte, pâte épaisse des questions advenues. Pas même moyen donc de m’y lancer, dans l’exercice inventé, de bricoler seul à la table, pas moyen de rien d’autre que : attendre. Attendre que rien, enfin, n’arrive. En venir à redouter qu’un autre vienne pour en faire deux, & qu’on fasse obligé la parlotte indécise, celle qui ne dit rien que : dommage.

Cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Chaussures.

Chaussures, on a dit – Chaussure, de Nathalie Quintane. Une trouvaille pour atelier, cette année – il n’y avait nul effort à faire, à tendre le bras, les trouvailles, c’est Quintane, qui les fait, tout au long de ce livre-là (et des autres, voir le magnifique Tomate, de saison). Le livre déplie des remarques, toujours à propos de chaussures, comme :

« Avec une mule à talons hauts, je cumule les caractéristiques de la mule et celles de la chaussure à talons hauts. »

&

« En en cassant les talons, je transforme des pantoufles en mules. »

&

« Une chaussure me paraît plus grande, quand je suis à plat ventre devant elle. »

Il aligne, énumère – déplie, déploie des logiques contradictoires, de cette façon qu’à Quintane de poser le regard non en surplomb, mais par en dessous, ou par le côté, des choses. & de raisonner, de fatiguer les idées dans les mots. De tenter de pousser les choses à leur terme. Ouvrez à table, en atelier, lisez & faites lire ces remarques en désordre, silences équivalant aux blancs entre elles. & ajoutez, plus tard, quelque matière inverse (inversement mis sur la page, blocs noirs de matière romanesque, compacte) : le discours d’un jésuite, page 590 de Outremonde, Don DeLillo, énumération exhaustive des mots définissant la chaussure, géométriquement ordonnée. Les deux ouverts, mis en partage, il n’y a pour ainsi dire plus rien à faire, qu’animer : passer de l’un à l’autre, de l’enchâssement fluide des idées dans d’autres (Quintane), à la description jusqu’à épuisement des stocks du lexique requis (DeLillo). La proposition qui concrètement est faite aux participants, c’est : poursuivre ce qu’entame Quintane, de continuer cette phrase qui, c’est essentiel, n’est pas « quand je pense à la chaussure », mais : « quand je pense au mot chaussure ».