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Le numérique en atelier d’écriture : un espace neuf où refonder des pratiques (contribution à Culture num, livre collectif chez CF éditions).

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Culturenum : jeunesse, culture & éducation dans la vague numérique
est un livre collectif auquel Hervé Le Crosnier m’a proposé de participer, pour y évoquer ma pratique d’ateliers d’écriture en environnement numérique. Du livre en son entier, hors la douce fierté de figurer à un tel générique (de Hervé Le Crosnier j’ai déjà parlé ici, de Xavier de la Porte je n’ai pas raté un seul « place de la toile » depuis des années), je ne saurai parler en l’instant, puisque ne l’ayant en main que depuis quelques minutes. Mais puisqu’il est en creative commons, le livre, je ne me priverai pas de publier ici même ma contribution, car ce à quoi elle touche m’importe (j’en ai déjà pour partie parlé dans cet autre article) : ce nœud entre mes usages quotidiens, qu’ils soient  professionnels ou militants, du web, des ateliers, de la littérature contemporaine. Merci encore à HLC de m’y avoir invité ; une commande de ce type est surtout un merveilleux prétexte pour tenter de sédimenter un peu de ce qui s’expérimente et s’agit, chaque jour. Et ci-dessous, tout ce qu’il faut pour commander le livre. (GB)
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 Culturenum : jeunesse, culture & éducation dans la vague numérique

Ouvrage coordonné par Hervé Le Crosnier

avec des contributions de Karine Aillerie, Guénaël Boutouillet, Brigitte Chapelain, Alan Charriras, Chantal Dahan, André Gunther, Xavier de La Porte, Laurent Matos, Elisabeth Schneider

Commander    /   Télécharger un extrait-spécimen du livre

Cet ouvrage veut débusquer les mythes sur les utilisations des technologies de l’information et de la communication par les jeunes, et montrer la force des pratiques réelles.

Ce sont les internautes, et particulièrement les plus jeunes, qui créent la culture numérique. Loin des mythes qui courent sur les pratiques des adolescents, loin des sirènes du marketing, la culture numérique réside dans les mains des usagers. Les acteurs, tant auteurs que lecteurs, cultivent une logique de partage en utilisant les médias sociaux à leur disposition. Cette vague du numérique est en phase avec les modes d’action et de réflexion issus de l’éducation populaire, qui consistent à partir de ce que les gens savent et font pour permettre d’échanger, de renforcer les savoirs, et de découvrir au travers de leurs pratiques les enjeux de citoyenneté. La vague numérique n’a pas fini de déferler et de bouleverser la culture et l’éducation.

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Comme une page blanche

Le numérique en atelier d’écriture : un espace neuf où refonder des pratiques.

Les ateliers d’écriture en bref

Je parlerai ici d’« ateliers d’écriture » au pluriel car il ne s’agit ni d’une institution, ni d’une école de pensée, mais d’une multitude de pratiques hétérogènes, unies par quelques fondamentaux. Les ateliers d’écriture ont en commun d’envisager et d’organiser l’écriture comme pratique collective. Le substantif atelier, polysémique, désigne à la fois le lieu (évoquant ainsi l’atelier de l’artisan, du travailleur manuel), l’unité temporelle (la séance d’atelier d’écriture est nommée « atelier») et l’activité en elle-même. L’exercice d’écriture, partant d’une même proposition lancée par un auteur « animateur », est individuel en sa production et collectif en sa publication, laquelle fonde l’affaire et son efficacité : le premier rendu public est la lecture à haute voix, devant le groupe, par son auteur, du texte produit. Première publication qui peut ensuite, éventuellement, être prolongée d’une édition en recueil, revue, livre imprimés ; sur internet, ou en livrel.

En atelier, un prétexte formel (plutôt que thématique) régit et conditionne la proposition d’écriture. Laquelle est une réduction d’un aspect du protocole d’élaboration du texte, en rapport étroit avec le texte littéraire source. Chacun des participants se penche, sous le prétexte du jeu collectif, sur un aspect du processus d’écriture, de son processus propre et des rapports induits par sa pratique individuée : son usage de la virgule, de l’incipit, la longueur de ses phrases, l’influence de l’espace d’inscription… Ce qui s’affirme, s’éprouve, par et lors de ces multiples expérimentations, c’est que l’acte d’écrire n’est ni transitif ni intransitif (ou qu’il est, paradoxalement, les deux à la fois, en atelier, où l’on écrit quelque chose pour écrire en soi), mais dépendant des (multiples) conditions d’expérience : qu’écrire (l’action de produire et la production en résultant) dépend de ses conditions d’élaboration.

Le web, un atelier d’écriture en plus grand

Je suis auteur et lecteur de textes sur internet. Le web est pour moi, au quotidien, centre de ressources, bibliothèque, fabrique artistique, espace de publication…

Auteur, j’ai pu constater que le web, en tant qu’espace d’inscription, accentue les modifications déjà opérées par l’écriture avec ordinateur : pour le web, j’écris sur un ordinateur, pour être lu via un autre ordinateur, ne m’embarrassant plus d’imprimer. L’intermédiaire papier est supprimé, l’espace d’inscription du texte en production, hors subtiles variations (taille d’écran, navigateur), n’est pas le même objet (mon ordinateur) mais un objet similaire (un autre ordinateur) à l’espace d’inscription du texte finalement produit.

La publication est à la fois facilitée, dans des logiques d’auto-production, et désacralisée. L’accomplissement narcissique, validation symbolique de la publication, est facilité ; il est également relativisé par la possibilité de retrait (étant publieur de mon texte sur le web, je peux aussi l’en retirer). Dans l’espace du web, la chaîne de production-édition-diffusion des textes est modifiée, je puis y prendre toutes les places… mais pas au même moment. D’autres logiques collaboratives apparaissent dans le travail éditorial : nous sommes successivement producteurs, relecteurs, éditeurs, promoteurs des textes mis en ligne par nous et par d’autres. Ce mode collaboratif n’est pas sans rapport idéologique avec les fondements de l’atelier d’écriture : pour apprendre à écrire, j’écris ; pour apprendre de moi, j’apprends des autres. Corroborant ce ténu rapport, cette affinité, on peut observer de nombreuses dynamiques collectives, au sein de la blogosphère littéraire (citons Les Vases communicants1, Les 8072, Général Instin3…). La blogosphère, en tant qu’espace de production coopératif, de validation symbolique amicale, de production d’échos, est une manière d’atelier d’écriture, à distance physique. Un déplacement de l’atelier d’écriture, une relance de ses principes et modes d’action.

L’atelier d’écriture et le web

Ces deux champs d’expérience qui interagissent et m’influencent, proches par bien des points, demeurent, étonnamment, mais majoritairement, distincts dans leur pratique : en effet, la majorité des ateliers d’écriture, les « miens » y compris, se font avec papier, crayon, et pile de livres imprimés sous la main. Étonnant paradoxe que celui-ci : l’éducation populaire, en ateliers d’écriture, se fait avec des outils qui ne sont plus que très minoritairement ceux des usages de nos vies, et de leurs écritures, qu’elles soient littéraires, pratiques, administratives.

Les raisons en sont d’abord techniques : mettre en place un atelier « en ligne » (où les textes produits le sont sur des ordinateurs connectés puis publiés sur le web aussitôt ou presque) demande une infrastructure adaptée : a minima un certain nombre de postes et une connexion correcte (voire un vidéoprojecteur). Nombre de maisons de quartiers, bibliothèques, écoles, lieux culturels ne disposent pas d’un parc adapté, configuré pour cet usage – et cet aspect-là de nos fractures numériques locales, sera à questionner, à prendre en charge par le pouvoir politique – par ailleurs.

Passée cette première barrière technique, demeurent des résistances symboliques : l’atelier d’écriture, lieu de bricolage du texte en coopération, ne s’énonce et se conçoit, souvent, du point de vue de ses praticiens, qu’en l’absence de l’ordinateur, que coupé du réseau. On sait les réticences, paradoxales et souvent factices, de la « chaîne du livre » à l’égard des dits objets numériques (tablettes, ordinateurs) ; on constate que ces réserves sont reproduites, parfois même accentuées, de façon plus ou moins consciente, chez ces acteurs sincères, passionnés, de l’échange de texte et de pratiques d’écriture. Observons les outils de communication des associations porteuses de ces ateliers : la plume, l’encrier, objets fétichisés, y sont majoritairement valorisés, comme en symbole de cette omission d’une vaste part de nos manières d’écrire (via l’ordinateur, au clavier, en sms, connecté…). Se coupant de ces pratiques, l’atelier d’écriture se prive de jouer pleinement sur nos manières singulières au cœur des manières partagées. Et court lui-même le risque d’une fétichisation, d’un repli, de devenir une activité récréative (ce qu’il est parfois, partiellement, pour certains de ses participants, mais il m’importe qu’il ne soit jamais réductible à cela).

L’atelier d’écriture sur ordinateur et vers le web, atelier dit « en ligne », enrichit pourtant les possibles – écrire dépendant de ses conditions d’expérience, elles-mêmes ici enrichies (de l’usage de la bibliothèque ouverte qu’est le web, à l’insertion des liens et ce qu’ils changent de notre geste d’écriture, en passant par l’apport d’éléments multimédia). Un atelier en ligne intègre dès sa conception, dès sa première proposition, dès le premier geste d’écriture, que les textes produits ont vocation à être publiés au-delà de l’espace clos de la pièce où sont réunis les participants, et sans délai autre que la durée d’une séance.

La publication est problématisée par son immédiateté, et se doit d’être déconstruite. Elle est validation symbolique, mais pour conserver sa pertinence pédagogique, ne saura faire l’économie d’une amorce de réflexion éditoriale. Il s’agit d’importer, en amont, dès la phase d’écriture, les amorces de processus éditoriaux.

L’édition des productions d’atelier

La question de l’édition des textes produits en atelier d’écriture est problématique, antérieure au web et complexifiée par celui-ci. Quel que soit le type d’atelier considéré, vous n’avez pas, en tant qu’animateur, à endosser nativement, systématiquement, le statut d’éditeur des textes qui seront produits : en atelier, il faut pouvoir agir « pour rien » (ou déjà pour agir, ce qui n’est pas rien), pour le travail du geste, en coopération. Mais, lorsqu’émerge, au gré du temps et de la dynamique de groupe, le désir (collectif, déclaré), la nécessité, voire les deux réunis, de garder une trace de ce qui s’est produit ; ou lorsque l’institution accueillant, finançant l’initiative, souhaite en garder une trace ; parfois cette responsabilité advient : d’éditer. D’être éditeur des textes, et donc, alternativement, secrétaire, correcteur, publisher… Tâches et compétences multiples et ajoutées au travail déjà produit.

Ce projet éditorial doit demeurer spécifique, pour profiter de circonstances heureuses, plutôt que d’être une charge pesant d’emblée sur le mouvement collectif de l’écriture. Il constitue un virage dans le travail entamé. L’animateur de l’atelier, dans le travail d’écriture qu’il propose, s’il guide, ne finalise pas, ne décide ni ne juge les produits (dits) finis. Cette position dégagée, symboliquement différenciée de celle du maître ou professeur, et par là gage de liberté, semble contredire celle de l’éditeur. Car l’éditeur décide, il est de sa responsabilité de sélectionner, d’affiner, de refuser, autant que d’encourager et promouvoir. L’animateur engage, lui, un travail fondé sur la publication, non sur l’édition des textes. Ce changement de statut, d’animateur-publieur vers éditeur, modifie les rapports interpersonnels dans le collectif qui s’est créé durant le temps de l’expérimentation, de l’écriture.

Car, si une entreprise d’édition post-atelier s’engage, la question de ce qui sera sélectionné, retenu, des textes produits par le groupe en atelier, importe ; et de quelle contextualisation donner aux textes retenus, pour la meilleure intelligibilité de l’ensemble. La plus efficace (mais ô combien coûteuse, ne serait-ce qu’en terme de temps) des façons de procéder, la plus en continuité avec les fondamentaux de l’éducation populaire, est de mettre en place un mode d’édition coopératif, un travail en équipe.

Quel objet éditorial pour les textes d’atelier ?

Quelle que soient sa forme et sa matérialité (que je diviserai ici en trois catégories : l’objet blog/site, l’objet imprimé, l’objet livre numérique), le résultat de ce processus éditorial doit être envisagé comme une co-propriété. Cette création collective est appelée à circuler, en petite quantité, mais éventuellement renouvelée – une production dont l’écoulement sera de longue traîne. Les participants gardent une trace, qu’ils offriront à leurs proches, aux instances décisionnaires, aux participants des sessions suivantes.

L’objet imprimé (hors impression à la demande)

Dans le cas d’un objet imprimé, la question du stock se pose : cette quantité, relativement restreinte, de livres imprimés, édités après un cycle de séances d’ateliers d’écriture au sein d’une collectivité, sera stockée par défaut, hors circuits de distribution ni de vente – et encombrera des équipes de professionnels qui ne seront pas les mieux à même d’assurer la diffusion postérieure des livres, quelle qu’en soit la quantité, pris par le rythme de succession et d’empilement des projets culturels autres.

L’objet blog/site

Le web résout cette question de quantité, de la possibilité d’un accès ultérieur à l’objet éditorial constitué. Un blog d’ateliers, rendant compte des contenus des séances et où sont publiés les textes des participants, demeure un espace éditorial accessible à quiconque en possède l’adresse, depuis n’importe quel lieu connecté, à toute heure, sans limite de temps. Mais l’édition en ligne, ainsi que la lecture ultérieure des textes, dépendront de conditions de connexion, lesquelles ne sont pas garanties en toutes circonstances (ici se pose la question de l’usage et de l’accès à internet en centre pénitentiaire, lieu d’exception mais d’usage, pour les ateliers d’écriture).

Le site internet ou blog d’atelier, en tant qu’espace éditorial partagé, sera le lieu de création des textes, de leur inscription et de leur finalisation. En ce sens, tenir a posteriori le blog d’un atelier ayant eu lieu « hors ligne » constitue un paradoxe, ainsi qu’un faux-semblant : autant, dès lors qu’on use des outils de publication en ligne, en intégrer l’hypothèse en amont, dès l’abord de l’écriture, pour décomposer et lier les rapports étroits entre l’écriture et ses conditionnalités, et entre l’écriture de textes isolés vers un blog et l’écriture du blog collaboratif (envisagée comme un écrit co-produit, ensemble). Ce site ne sera pas un déversoir mais un lieu de production, de traces, de diffusion partagée – et en ce sens redouble, reprend autre la polysémie efficace du substantif générique « atelier » : le site d’un atelier d’écriture est l’espace d’inscription de la trace, la trace elle-même ainsi que sa bibliothèque : le site d’atelier d’écriture est l’horizon de cet atelier autant qu’il est l’atelier en lui-même.

L’objet livre électronique (et l’impression à la demande)

Le livre électronique est, par sa structure même, un outil d’apprentissage éditorial. Le livre déplié, fichier ouvert sur l’écran de l’ordinateur laisse à voir de manière explicite son chapitrage et ses métadonnées. Il peut constituer un entre-deux précieux, en dépit de son caractère transitoire (les formats actuels de fichiers et la question de leur pérennité, de leur rapide évolution). La constitution d’un fichier-livre au format epub, rudimentaire graphiquement, est partageable plus aisément avec un public novice, et moins coûteuse, que l’apprentissage d’outils de PAO traditionnels ; elle permet d’appréhender globalement des questions éditoriales essentielles.

Le fichier-livre porte en lui la potentialité surtout de résolution de certains des problèmes évoqués plus haut : problèmes d’accès posés par l’objet-site ; problèmes de stock posés par le livre imprimé. La mutation des modèles éditoriaux, leur pluralité, leur hybridation (dont l’émergence du print on demand est un bel exemple, une autre source de possibles complémentarités). L’accès à la constitution amateure du livre en tant que fichier structuré, duplicable, imprimable, adaptable, modifiable, répond potentiellement à bien des problématiques d’accès et de diffusion des productions de longue traîne que sont les résultats d’ateliers d’écriture.

D’envisager d’emblée un fichier epub en formation et évolution, au cours de l’atelier, peut être un mi-chemin, un métissage utile dans plusieurs cas : nous écrivons sur ordinateur (mais hors ligne) ; ou tapons nos textes manuscrits (étape de réécriture fondamentale) ; ou encore reprenons certains des billets publiés sur le blog ; puis envisageons, semaine après semaine, un livre érigé collectivement. Le livre ainsi conçu n’est pas dès lors une compilation mais le témoin d’un chemin parcouru ensemble. Il constitue une réification effective du travail fait en ligne (si l’atelier se déroulait connecté), il est la trace, le chemin, et la trace du chemin.

Dans tous les cas, cet apport est une mutation nécessaire de l’atelier d’écriture. Il doit devenir, envisagé avec les outils du numérique, un « atelier d’écriture et d’édition » : pour ne rien perdre ainsi de sa qualité de libération d’une parole, tout en garantissant les moyens de la tenir, de la porter, de la mettre en voix, page, scène, ligne : pour n’en pas rougir. Pour ne pas l’envisager comme une finalité mais une progression, en continuité, un processus d’émancipation renouvelé.

(Guénaël Boutouillet, matériaucomposite).

1Les Vases Communicants http://rendezvousdesvases.blogspot.fr

2Les 807 http://les807.blogspot.fr/

3Général Instin http://remue.net/spip.php?rubrique105

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[lire+écrire]numérique (un cycle co-conçu avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de la Loire), 2013.

[Lire + écrire] numérique – Un cycle de rencontres et de formation à la culture numérique

pour les médiateurs et acteurs de la lecture publique.

Renseignements & inscriptions : programme 10 janvier 2013 ; bulletin inscription 10 janvier 2013 ; Inscriptions au plus tard le 7 janvier 2013 auprès de Virginie Guiraud : virginie.guiraud[@]paysdelaloire.fr ou crl[@]paysdelaloire.fr – 02 28 20 60 78 (ou 02 28 20 60 79)

Démarrage :  jeudi 10 janvier 2013 à La Roche-sur-Yon

Quelques mots généraux de ce projet qui me tient fort à cœur :

Date De janvier à octobre 2013.

Format Un cycle de 4  journées par an, réparties en 3 lieux, dont 2 fois La Roche-sur-Yon (Pôle Yonnais de l’Université de Nantes) ; à Saint-Herblain (Maison des Arts) ;  à Rezé (Médiathèque Diderot).

Format d’une journée

→ une conférence / intervention (demi-journée) ouverte au grand public

→ un atelier de pratique / de création (demi-journée) sur inscription, nombre de places limitées (10 à 12 participants suivant l’équipement informatique de la salle mise à disposition) animé par Guénaël Boutouillet et Catherine Lenoble, avec ou sans l’intervenant du matin, en « prolongement actif » des contenus abordés lors des interventions du matin – le blog [Lire + écrire] numérique accueillera les productions d’atelier, des contributions des intervenants et concepteurs, de la documentation ressource, des captations vidéo des interventions du matin…

Objectif(s)

Dans la continuité de ce qui fut inauguré lors de la journée professionnelledu 8 décembre 2011 à Angers  intitulée « Éditer un nouveau métier / mutations numériques » , nous souhaitons offrir à des médiateurs du livre, bibliothécaires, éditeurs, animateurs d’atelier d’écriture… une formation-action aux pratiques des outils de publication numérique et connectée. Il y a une nécessité (j’en ai parlé en détails ici) à travailler à une réduction de la fracture numérique existant dans les milieux de la médiation (littéraire en particulier), réduire les clivages symboliques et idéologiques à l’œuvre :

-informer des nouvelles pratiques, de leur histoire et de leurs perspectives.

-former à leurs usages et à leur opérabilité dans un processus de production de textes (et contenus multimédia); former à la publication en ligne et hors ligne, dans un contexte de mutation des objets et pratiques, où les médiateurs sont en premier lieu exposés à des demandes nouvelles et des risques de rupture croissants avec une partie des publics.

C’est une format non académique, déplacement (mutation) de la journée d’études et du workshop écriture connectée.

Il y a tout simplement, aussi, l’objectif de se former en formant, d’apprendre en faisant (voire d’apprendre à apprendre en faisant), de nous surprendre, apprenant des choses qu’on déplie sitôt en situation d’ateliers – nous avons choisi ces intervenants (Olivier Ertszcheid  | http://affordance.typepad.com/ ; Laurent Neyssensas | http://neyssensas.com/; Lionel Maurel  | http://scinfolex.wordpress.com/ ; An Mertens | http://www.adashboard.org/ ; Roxane Lecomte | http://ladameauchapal.com) et ces modes opératoires avec cette certitude-là : qu’on se ferait bouger dans nos propres pratiques. Il y aura de l’exploration : nous irons vers des processus éditoriaux, en conjuguerons plusieurs, mais ne pouvons à cette heure édicter leur format au millimètre. Puis qu’ils dépendront de ce qui sera produit durant les ateliers, de cette irrigation d’une énonciation individuelle par une parole certes experte dans chacun des domaines, mais une parole qui jamais ne ne posera comme doxa ou discours expert indiscutable.

Le on que j’emploie inclut Catherine Lenoble (http://litteraturing.wordpress.com), avec qui c’est une joie de mutualiser encore (outre ce qui secret et plusieurs expériences d’atelier ou d’intervention à quatre mains par le passé), en complémentarité vivifiante.

Le programme des réjouissances, c’est en dessous :

Pre-programme 2013

1)    Etat des lieux, histoire du web, de la bibliothèque. Web, 2.0, 3.0

Jeudi 10 Janvier 2013// IUT Info Comm La Roche-sur-Yon

→ Conférence : Olivier  Ertszcheid (Enseignant-chercheur (Maître de Conférences) en Sciences de l’information et de la communication, son blog affordance.info http://affordance.typepad.com/) et Laurent Neyssensas (Enseignant à l’école de design Nantes Atlantique) : Un état des lieux du web citoyen et marchand. perspectives sur ce qu’est le web 3.0, qu’on appelle aussi web sémantique ou web des objets, ses possibilités, ses problématiques et ses dangers.

→ Atelier d’écriture de recherche « mon histoire du web »

Après-midi

L’atelier en groupe restreint :

Inauguration du blog dédié au cycle de formation.

Quelques généralités sur l’écriture en ligne (insertions d’éléments multimédia, liens hypertextes).

Exercice d’écriture à propos de ses propres rapports et représentations du web.

Avec ce premier corpus de textes pour le blog, nous tracerons ainsi un ensemble de trajectoires, un récit collectif par l’agrégation de ces trajectoires.

1)    Copy party, circulation des données, données publiques…

Jeudi  14 Mars 2013// Médiathèque Diderot (Rezé)

→ Conférence : Lionel Maurel (il est à la fois conservateur des bibliothèques et spécialisé dans les questions juridiques liées à leurs activités, notamment sur tout ce qui touche aux droits d’auteur dans l’environnement numérique. Cette double compétence de juriste et de bibliothécaire lui confère une expertise rare dans ces domaines mouvants et problématiques. Il anime le site Calimaq S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information.)

→ Copy-party et atelier d’écriture à partir de remix données copiées-collectées.

Le matin, intervention conférence de Lionel Maurel quant au bien commun, notion juridique, partage des connaissances, qu’est-ce que le web & le numérique y apportent et bouleversent.

Explication du principe de Copy Party, en tant qu’application pratique, assimilable, vivante, de ces concepts fondamentaux et militants.

Copy party expérimentale dans la médiathèque de Rezé, en fin de matinée. (1h)

Après-midi.

Exercice d’écriture de la copie : écriture à propos d’un document de ma bibliothèque, réinterprétation, intertextualité.

1)    Littérature électronique  : écrire le code, distribuer le roman

Jeudi 30 Mai 2013  // à la Maison des Arts de Saint-Herblain

→ Conférence : An Mertens (Conteuse, écrivaine et membre noyau de Constant, Association pour l’art & les médias.)

→ Atelier d’écriture collaborative et création partagée

Le matin, intervention conférence de An Mertens sur « littérature électronique : de quoi parle-t-on ? ». Une histoire subjective des pratiques d’écriture de création digitales ; remonter dans le temps des premières créations littéraires et fictionnelles automatisées, génératives, hypertextes aux formes d’écriture collaborative, fictions en ligne recourant à des langages de programmation, multiplication et interaction des supports.

Après-midi.

Expérience d’une écriture fictionnelle collective à partir d’outils collaboratifs de type wiki.

1)    Edition multipliée : Le livre numérique, l’impression à la demande…

Jeudi 26 septembre 2013 // IUT Info Comm La Roche-sur-Yon

→ Conférence : Roxane Lecomte(Éditeur numérique chez publie.net)

→ Atelier de production d’une édition numérique


« Identité numérique et e-reputation : enjeux, outils, méthodologies » | Olivier ertzscheid

(Reprise d’un article paru sur livreaucentre le 18 novembre 2011)

La question de l’identité numérique et de l’e-reputation est aujourd’hui centrale dans l’écosystème internet, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. Cet ouvrage présente de manière accessible l’état de la recherche sur ces questions et propose un petit guide des enjeux fondamentaux à maîtriser pour pouvoir garder le contrôle sur sa présence en ligne ou sur celle de son organisation.

À QUI S’ADRESSE CE LIVRE ? Aux étudiants soucieux de découvrir la richesse de cette problématique. Aux entreprises, organisations et collectivités à la recherche d’une méthodologie et de bonnes pratiques sur ces questions. À toute personne qui s’est déjà, ne serait-ce qu’une fois, posé la question de savoir si la publication d’une information, d’une vidéo, d’une photo, d’un statut Facebook, ne risquait pas de lui porter un jour préjudice, à lui, à l’un de ses proches ou à son employeur. Et surtout, surtout, surtout, à toutes les personnes qui ne se sont jamais posé cette question.

Bon de commande en pdf (Adobe Acrobat) : Téléchargement BdC identite numerique_1 ex.pdf

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Ce livre est un guide pratique, assumé comme tel dès les premières pages et dans son introduction :

“Il s’adresse en priorité à cette foule imprécise que l’on nomme “grand public” », prévient et précise Olivier Ertszcheid : c’est effectivement un petit manuel, format carré, élégant dans sa maquette, son iconographie, son façonnage. Aspects séduisants qu’on tient à souligner car assez rares en ce contexte d’ouvrage dit “universitaire”, d’une part – mais aussi parce que ce sont des étudiantes en formation dans cet IUT info comm qui en sont co-responsables : elle sont citées d’emblée ainsi que leur professeur, Marie-Jo Pateau.

Il est dit plus loin que les images utilisées viennent pour l’essentiel de flickr, et qu’elles respectent les règles du creative commons (dont nous vous conseillons les travaux et cette audioconférence de Lionel Maurel, pour saisir au mieux les principes) : l’ouvrage a donc pleinement bénéficié et de l’enseignement des professeurs de cet IUT mais également de modes d’élaboration contributifs et participatifs. En cohérence, donc, avec les parti-pris du web 2.0, que Olivier Ertzscheid défend et analyse avec rigueur et humour depuis plusieurs années sur son blog affordance, outil de veille et de réflexion devenu indispensable.

Cet ouvrage de vulgarisation est découpé ainsi :
Chapitre 1 – Les logiques identitaires
Chapitre 2 – Outils, marchés, stratégies
Chapitre 3 : Réseaux sociaux et espaces “publics”.

Il donne en quelques dizaines de pages de nombreux éclaircissements essentiels pour tenter de se repérer dans nos vies de citoyens usagers de technologie, ainsi, citant Danah Boyd, chercheuse en ces domaines, “pointe quatre paramètres constitutifs de ces réseaux (sociaux) qui entretiennent la confusion : la persistance, la searchability, la reproductibilité et les audiences invisibles“, desquels il déduit que :

“Ces quatre paramètres donnent lieu à des situations d’énonciation et de discours radicalement altérées qui s’inscrivent dans un autre espace-temps que celui de nos relations non connectées. Un espace-temps qu’il nous faut apprendre à domestiquer si l’on ne veut pas que se multiplient les exemples d’employés virés pour avoir dit du mal de leur patron sur facebook, ou pour avoir posté des photos d’eux sur la plage alors qu’ils étaient censés se trouver au fond de leur lit pour un congé maladie.”

Et il se termine par la présentation d’un ensemble de règles de bon usage du web, lequel, rappelle-t-il en préambule de cette annexe, “n’est pas un espace privé.”, en conséquence de quoi “il ne saurait y être d’une manière ou d’une autre question d’y défendre une quelconque vie privée. Tout au plus de contrôler le périmètre de nos agissements et de nos discours numériques.”

Un discours responsable et citoyen, donc, qui nous rappelle que les dangers que nous courons, les atteintes à notre vie privée, ne sont pas le fait de la technologie, ou du web, seuls, mais de son/leur usage.

dentité numérique et e-reputation : enjeux, outils, méthodologies [texte imprimé] / Olivier Ertzscheid . – La Roche-sur-Yon : IUT de La Roche-sur-Yon, 2011. – 77 p.; 13,5 x 15,5 cm.

ISBN 978-2-915760-03-3 : 10 €.