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Elitza Gueorguieva, Nina Yargekov, Deux ordonnées hors de l’ordinaire

Ci-dessous, ce texte de présentation avant la rencontre (évoquée ici), organisée avec et pour la Maison de la poésie de Nantes, au lieu unique, jeudi 9 février 2017. Le podcast de nos entretiens est à venir dans quelques jours, et des moments des lectures seront eux à visionner sur le site tout neuf de la maison de la poésie. Je corrige le moins possible de ce texte qui fut lu hier, lequel a donc un statut spécifique, oral, adressé (aux auteurs présentes, aux gens présents face à nous). Mais il m’importait de l’écrire ainsi, ce compliment mêlé tant ces deux livres m’ont apporté cet automne. Ces présentations pour la maison de la poésie (qu’en général on retrouve, l’année suivante, dans l’anthologie gare maritime) me sont importantes : là encore, c’est l’écriture de ce texte, dans ces circonstances (quand il faut le lire le soir même, en public ; quand il constitue aussi une forme de salut à ces deux auteures que je ne connais alors que de loin, « électroniquement » et pour les avoir lues ; quand il s’insère dans un déroulé de soirée assez précis), c’est cette contrainte-là, je crois, qui permet à l’écriture de métaboliser un peu de tout ce que j’ai pensé de cette haute fantaisie commune à ces deux livres, laquelle leur permet de dire avec une telle élégance, une finesse partagée, de l’Étranger — de celle et celui d’ailleurs, d’un lointain trop déconsidéré, mai, et avec une grande habileté dans chaque cas, de dire surtout  l’Étranger en soi, en chacun d’entre nous.

Et puis aussi, c’est important, redire : que les gens étaient ravis, que donc la promesse fut tenue, de l’annonce que j’en faisais :

« ces deux fictions différentes (par leur volume, leur organisation d’ensemble et de détail) et pourtant liées par bien des points, et notamment de questionner (voire d’interpeller, en tutoyant ou vouvoyant) la « question identitaire », celle de l’accueil, celle de l’autre — et premièrement de l’autre en soi, irréductible — hors des sentiers battus et des tristes barrières habituelles, en envoyant tout valser, par la grâce de l’invention, de la langue. De le faire avec esprit et malice. Cette fantaisie-là, cette légèreté, singulières et partagées, ce goût des formes hybrides, des proses joueuses, font de cette association d’un soir, un truc spécial : quelque chose comme une fête. ».

Une douce fête, c’en fut une – et la promesse ainsi tenue, s’en retourner souriant, les lire.

photo par anthony poiraudeau

photo par anthony poiraudeau

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Elitza Gueorguieva, Nina Yargekov, Deux ordonnées hors de l’ordinaire (La deuxième personne singulière et la deuxième personne plurielle).

Rencontre croisée depuis deux livres, parus quasi simultanément fin août 2016, il y a quelques mois donc, dans le grand vrac de ce que l’on nomme « rentrée littéraire », massive mobilisation des tables de librairies, ordinairement vouée au genre qu’on nomme roman.

De ces deux, ouvrez les guillemets, romans, fermez les guillemets, Double nationalité de Nina Yargekov, (son troisième chez P.O.L), Les Cosmonautes ne font que passer, de Elitza Gueorguieva (son premier, chez Verticales), je ne saurais affirmer lequel des deux est le moins ordinaire (pas plus que je ne saurais affirmer lequel des deux est le mieux ordonné, chacun inventant son organisation formelle spécifique, chacun des livres, chacune des auteures, trouvant l’ordonnancement idoine pour régir au mieux le chemin du récit, dans/de/depuis la, les mémoires, individuelles et collective).

De ces deux livres, à la rentrée, je n’ai su choisir un « préféré » ;

parce que si, comme beaucoup d’entre nous, j’aime les inventaires et énumérations, j’aime moins les classements ou charts, en ce sens qu’ils réduisent considérablement la possibilité, l’espace, le vertige des taxonomies expansives ;

mais aussi parce que les deux se sont assez organiquement reliés dans mes choix ou sélections : sans le penser en amont, je n’ai cessé de toujours présenter l’un puis l’autre, ou l’autre puis l’un : ces deux livres se sont enchevêtrés dans mon discours, enchâssés sans se confondre, distincts mais toujours s’appelant. À cet appariement il y a, certainement, sinon des raisons, du moins des logiques, des liens, une constellation de points communs, de détail et d’ensemble.

Il y a des points communs, entre ces deux livres. Qui, sinon se ressemblent, du moins, s’assemblent. Par leur manière, de s’adresser, à la deuxième personne (à la deuxième personne singulière pour Elitza, à la deuxième personne plurielle pour Nina) ; par leur langue (leur invention d’une voix, et d’un regard porté sur les choses, dans et contre notre langue commune, d’usage) ; par leur haut degré de fantaisie et d’étrangement – haut estrangement, bien au-delà d’un effet d’exotisme, puisque inventant, dans les deux cas, une position d’énonciation qui regarde cet ici lointain comme un ici avant tout bizarre, qui rapproche ainsi le supposé proche et le supposé lointain, considérés à égal niveau de bizarrerie.

Ce sont ces rapports qui font le sens de cette proposition croisée, ce sont avec eux que nous avancerons, en dialogue avec ces deux auteures, avec leurs textes, qu’elles vous liront.

Deux auteures, donc :

photo anthony poiraudeau

photo anthony poiraudeau

Elitza Gueorgieva, née en 1983 en Bulgarie, vivant en France depuis quinze ans (ce qui ne fait sans doute pas d’elle une binationale, on n’osera lui demander ses papiers, mais la question se posera peut-être), écrit, filme, parle live (avec des malicieux complices comme Benoît Toqué), entreprend des travaux avec Olivia Rosenthal, qui fut sa professeure au sein du master de création de Paris VIII : pas de hasard, la question d’énonciation est au cœur du travail d’Olivia Rosenthal, structurant ses textes – la fantaisie aussi. Dans le livre d’Elitza Gueorguieva, le monde nous apparaît par le langage (c’est un peu le principe de la littérature, me direz-vous), mais dans la conscience de cette narratrice, enfant des années 80 d’un pays de l’Est nommé Bulgarie, le monde, il s’invente en même temps que le langage (officiel, notamment) le masque ou le découvre. Le malentendu prend ici sa pleine place, entre « conquêtes spéciales », « vrais » et faux communistes : ce que l’enfant entend ou distingue mal, ainsi retranscrit, permet d’entendre plusieurs choses à la fois. Et l’invention littéraire ouvre des possibles, multiples, dans la perception immédiate comme dans dans sa remémoration : possible individuels (voies qui s’ouvrent au personnage), et possibles partagés voies qui s’ouvrent à l’interprétation, à celle ou celui qui lit).

photo anthony poiraudeau

photo anthony poiraudeau

Nina Yargekov, née en France en 1980 de parents Hongrois, a publié deux romans chez P.O.L, Tuer Catherine puis Vous serez mes témoins, avant celui-ci. Elle y pose, fictionnellement, des questions d’identité, tangibles, proposant à la fiction d’agir dans le réel – en en renversant l’ordinaire représentation, par un usage interrogateur du langage (elle est traductrice, du Hongrois vers le Français, et notamment de textes juridiques). Lorsqu’elle se présente comme espionne velléitaire sur le site de son éditeur, c’est encore faire signe de cette fantaisie extrêmement sérieuse, on dirait pince-sans-rire quand c’est l’inverse – et le vertigineux Double nationalité dont elle va nous lire un extrait, nous le prouve sans cesse : à chaque page, à chaque rencontre ratée (avec autrui, avec son origine, avec aucun des deux pays dont elle ne parvient à élire un favori, un originel) qu’elle narre, elle nous pince et nous fait rire, les deux toujours simultanément. Etrangère toujours, étrangère de Yazigie en France puis étrangère de Lutringie en Hongrie, on n’en sort pas de ce vertige en lequel la narratrice franco-hongroise, hongro-française, se débat, cherchant sa place, et nous entraîne, qui souffrons (et rions) avec elle de cette impossible autant qu’obligée assignation — cherchant sa place quand elle est là d’emblée et toujours plus, cette place, là, entre les langues. C’est infernal, c’est merveilleux.

Elitza GUEORGUIEVA – Les cosmonautes ne font que passer   (Verticales), Date de parution : 25 août 2016, Présentation sur le site de l’éditeur / extrait à lire ici

Nina YARGEKOV — Double nationalité (P.O.L) / Date de parution :  8 sept 2016 / Présentation sur le site de l’éditeur / extrait à lire ici

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Heures d’hiver

Quelques rendez-vous /

à Nantes (Vent d’Ouest, La vie devant soi, Maison de la poésie de Nantes-Lieu Unique), Paris, Saint-Jean-de-Monts… /

avec Dimitri Bortnikov, Alexandre Civico, Emmanuelle Pagano, Elitza Gueorguieva, Nina Yargekov, Camille de Toledo, Florence Seyvos

 

Ces quelques rendez-vous avec des auteurs cher-e-s, que j’aurai le plaisir d’animer ces prochaines semaines (et d’avoir fomentées, avec ces merveilleux lieux et organisateurs) – See you.

Rencontre avec Dimitri Bortnikov et Alexandre Civico / Jeudi 2 février, 19h15, Nantes
Bortnikov©FredericStucin-Civico 2 ©Léa Crespi

À La vie devant soi – Nantes

Rencontre à propos des romans « Face au Styx » (D.Bortnikov, Rivages, janvier 2017) et « La peau, l’écorce » (A.Civico, Rivages, 2017)
« Entrer dans le discours par une chatière qui est la narration et d’y sortir par une lucarne par laquelle Villon le voleur avait quitté la poésie ». Voici ce que me répond Dimitri Bortnikov, à une question assez anodine concernant son complice et interlocuteur de ce jeudi 2 février à La vie Devant soi, Alexandre Civico. Toute la furieuse poésie de Bortnikov est là, toute son astuce aussi, sa façon d’user du langage à la fois comme une forme (pliable,extensible, malléable) et d’un haut-parleur – tout parle dans la phrase de Bortnikov, même quand ça semble s’échapper, parfois, au premier abord. Après ses livres chez allia, il illumine en astre noir la rentrée littéraire de janvier. La presse lui réserve un accueil émerveillé, nous l’écouterons ensemble ce soir-là avec grand appétit.


Avec lui, son ami, Alexandre Civico, auteur d’un deuxième roman, « La peau, l’écorce » aux mêmes éditions Rivages, court récit de guerre et d’après, qui vient couronner cet effort, cette économie, ce régime de tension qu’on avait déjà apprécié dans son premier, « La peau sous les ongles », il y a deux ans. Ici une forme d’alliance des contraires se fait (le récit de combat, en alternance avec le récit patria-matriarcal, du lien de l’enfant au parent), dans une langue volontairement épurée.

Deux livres différents, une complicité qui n’est pas une gémellité. Deux sacrées individualités avec lesquelles dialoguer, deux univers neufs à découvrir. Complices et singuliers, oui. Car oui, au fait, Alexandre Civico, quand je lui demande, inopinément, quelques mots pour dire son Bortnikov, son partenaire d’un soir (et de longue date, on l’a dit), voici ce qu’il m’en répond : « Dimitri est l’un des plus grands auteurs français vivants ».

De quoi se nourrir, de quoi vivre une bien belle soirée.

Rencontre avec Emmanuelle Pagano (autour de « Saufs riverains », P.O.L, 2017) / Mardi 7 février, 19h30, librairie Vent d’Ouest, Nantes 

Emmanuelle Pagano par H/Bramberger

Début 2015, « Lignes et fils », d’Emmanuelle Pagano, avait somptueusement entamé cette « trilogie des rives », que vient continuer ce deuxième opus. Saufs riverains, qui paraît en cette rentrée de janvier, est un ambitieux roman, qui pousse plus loin encore le principe de ramifications à l’œuvre : ramifications entre lieux et personnes, entre époques et paysages, observés et questionnés, toujours, depuis les noms qu’on leur donne, aux choses, aux lieux, aux gens. L’Histoire familiale prendra ici une majuscule, tant elle irrigue au-delà de son simple cadre, rendant lisible la complexité, la multiplicité de rapports d’être au monde.
 
Nous profiterons d’un nouveau temps de sa résidence autour du lac de Grandlieu avec « L’Esprit du lieu », pour tirer ensemble quelques-uns des fils de ce très beau roman, et l’écouterons aussi nous raconter ses rives et marches au bord du lac.
 
Emmanuelle Pagano est écrivaine, auteure de huit romans chez P.O.L, et de livres en collaboration avec des artistes, plasticiens…

 Nina Yargekov & Elitza Gueorguieva / Jeudi 9 février 19h30, Maison de la poésie de Nantes Lieu Unique

 Nina Yargekov & Elitza Gueorguieva

Lectures et entretien animé par Guénaël Boutouillet.
Ce sont deux fictions différentes, pourtant liées par bien des points, notamment la « question identitaire », celle de l’accueil, celle de l’autre hors des sentiers battus et des tristes barrières habituelles, en envoyant tout valser, par la grâce de l’invention, de la langue – et de le faire avec esprit et malice. Cette fantaisie, cette légèreté, singulières et partagées, ce goût des formes hybrides, des proses joueuses, font de cette association d’un soir, un
truc spécial.

Rencontre remue.net : Et si on mélangeait nos mondes, rencontre avec Camille de Toledo / Une soirée Remue.net (en complicité avec Diacritik, en partenariat avec la Scène du Balcon).

Mercredi 22 février, 20 heures à la Maison de la Poésie de Paris
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portrait camille de toledo par Pierre-Jérôme Adjedj, 2015/ illustration : Alexander Pavlenko, Toledo Art Forms, 2015.

Pour les nantais : Partie 2 — Camille de Toledo à la librairie Vent d’Ouest, Nantes, jeudi 23 février, 19h30

— ne pas oublier de réserver, au (Tel) 01 44 54 53 00 du mardi au samedi de 15h à 18h ou bien, par mail : accueil@maisondelapoesieparis.com

Pour fêter la sortie du roman – Le Livre de de la Faim et de la Soif (Gallimard, 2017) – de Camille de Toledo, Remue.net, Diacritik et la Maison de la Poésievous invitent chaleureusement à croiser nos mondes, hybrider nos histoires, entremêler nos mythes, nos langues. Cette soirée aura lieu à la Maison de la Poésie, le 22 février 2016, entre 20h et 21h et sera suivi d’un verre et d’un léger banquet.

« J’ai rêvé, écrit l’auteur, à propos du « Livre de la Faim et de la Soif », d’une langue des mélanges, des débordements, une langue qui se rouvre à l’étrangeté, à l’irréel des mondes, à l’infirmité et à l’exil. J’ai rêvé d’un livre qui assume les hybridités, les transformations et la pluralité des mondes. »

Fidèle à ce rêve, cette soirée Remue.net conduite par Guénaël Boutouillet se fera sous le signe de « Tolède », ville des traductions, des sorcelleries et des mélanges.
Ouverture : lecture et percussion, avec Yi-Ping Yang.
Clôture : lecture et violoncelle, Valentin Mussou…

Café littéraire : Florence Seyvos / 25 février 2017 à 15h, Médiathèque – Saint Jean de Monts

 Café littéraire : Florence Seyvos

 Florence Seyvos remporte a 20 ans, le premier prix d’un concours de nouvelles, puis écrit son premier roman pour la jeunesse « comme au cinéma » paru dans la collection »page blanche » chez Gallimard.

Outre ses romans pour la jeunesse à « l’Ecole des Loisirs », elle a également publié pour les adultes aux éditions de l’Olivier, notamment « les apparitions » (prix Goncourt du premier roman et prix France Télévision), « le Garçon incassable » (prix renaudot Poche 2014) et le dernier en date, en août 2016 « La Sainte famille »

Elle a écrit plusieurs scénarios de films avec Noémie Lvovsky dont « Camille redouble »

Rencontre animée par Guénaël Boutouillet, et vente-dédicaces à la suite de la rencontre.