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Monter, nourrir & léguer (un travail avec et pour la ligue de l’enseignement)

Avec & pour – pour & avec.

http://ecriturenumligue2013.wordpress.com/

c’est un blog, un wordpress de plus ajouté à la liste de ceux qui sont en liens en blogroll droite – que je signalerai sur ce blog d’ateliers et formations-ci parce que c’est aussi le témoin d’une semaine de formation et d’ateliers connectés, blog de plus mais aussi blog à part, car,

c’est aussi le premier que je parviens à monter, nourrir et léguer, objet éditorial modulable mais déjà assez défini pour exister, en si peu de temps : trois jours de boulot ensemble, avec les joyeux(es) et attentif(ve)s drilles de La Ligue de l’enseignement, réunis dans un lieu limite paradisiaque des environs d’Angers,

c’est avec La ligue de l’enseignement (merci encore à Marie Brillant de son invitation), donc des participants actifs, attentifs et en accord sur assez de points (militance pour l’éducation populaire et une forme d’horizontalisation effective de l’apprentissage ; intérêt fort pour le méta – métacognition et méta texte, réflexions actives sur nous lisant, nous écrivant) pour que ça bouge et avance à vive allure, ensemble et efficace, durant ces quelques jours de début avril,

c’est aussi avec Anne Savelli, Anne avec qui on se sera, en grande joie pour ma part, beaucoup croisés, cette année, croisement et affinités (avec Anne et sans concertation, nous nous serons chacun, successivement, présentés via pearltrees, support de narration et récit de soi sur le web si évident, si adapté aux constellations de soi (de soi en-soi et de soi avec les autres ; c’était stimulant de voir aussi depuis ce même support que les places, mouvantes, en mouvement, de chacun, étaient données à voir en leur spécificité),

c’est en grande partie racontée sur le dit blog, http://ecriturenumligue2013.wordpress.com/ ,

blog on l’a dit déjà lisible, entier, cohérent, et certainement prémisses de suites heureuses (gageons qu’on y verra ou entendra prochainement quelque captation de Sébastien Rongier), ça vivra sa vie, ça sait déjà le dire clairement sur la homepage :

« Ecritures numériques » est le fruit d’une expérience collective d’exploration des nouvelles formes littéraires en ligne et de production en atelier d’écriture. Il est un outil d’écriture, de création mais aussi de documentation.
Il est le résultat d’une action-formation, conçue et animée par Guénaël Boutouillet, qui a réuni durant trois jours les professionnels du réseau de la Ligue de l’enseignement. En effet, dans un contexte de mutations importantes liées au développement du numérique et du web social, la Ligue de l’enseignement a souhaité interroger ses propres pratiques d’animation d’ateliers d’écriture en s’essayant à de nouvelles pratiques en ligne. Une expérience à découvrir sur ce blog. »

Merci à elles & eux. À suivre.

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[lire+écrire]numérique (un cycle co-conçu avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de la Loire), 2013.

[Lire + écrire] numérique – Un cycle de rencontres et de formation à la culture numérique

pour les médiateurs et acteurs de la lecture publique.

Renseignements & inscriptions : programme 10 janvier 2013 ; bulletin inscription 10 janvier 2013 ; Inscriptions au plus tard le 7 janvier 2013 auprès de Virginie Guiraud : virginie.guiraud[@]paysdelaloire.fr ou crl[@]paysdelaloire.fr – 02 28 20 60 78 (ou 02 28 20 60 79)

Démarrage :  jeudi 10 janvier 2013 à La Roche-sur-Yon

Quelques mots généraux de ce projet qui me tient fort à cœur :

Date De janvier à octobre 2013.

Format Un cycle de 4  journées par an, réparties en 3 lieux, dont 2 fois La Roche-sur-Yon (Pôle Yonnais de l’Université de Nantes) ; à Saint-Herblain (Maison des Arts) ;  à Rezé (Médiathèque Diderot).

Format d’une journée

→ une conférence / intervention (demi-journée) ouverte au grand public

→ un atelier de pratique / de création (demi-journée) sur inscription, nombre de places limitées (10 à 12 participants suivant l’équipement informatique de la salle mise à disposition) animé par Guénaël Boutouillet et Catherine Lenoble, avec ou sans l’intervenant du matin, en « prolongement actif » des contenus abordés lors des interventions du matin – le blog [Lire + écrire] numérique accueillera les productions d’atelier, des contributions des intervenants et concepteurs, de la documentation ressource, des captations vidéo des interventions du matin…

Objectif(s)

Dans la continuité de ce qui fut inauguré lors de la journée professionnelledu 8 décembre 2011 à Angers  intitulée « Éditer un nouveau métier / mutations numériques » , nous souhaitons offrir à des médiateurs du livre, bibliothécaires, éditeurs, animateurs d’atelier d’écriture… une formation-action aux pratiques des outils de publication numérique et connectée. Il y a une nécessité (j’en ai parlé en détails ici) à travailler à une réduction de la fracture numérique existant dans les milieux de la médiation (littéraire en particulier), réduire les clivages symboliques et idéologiques à l’œuvre :

-informer des nouvelles pratiques, de leur histoire et de leurs perspectives.

-former à leurs usages et à leur opérabilité dans un processus de production de textes (et contenus multimédia); former à la publication en ligne et hors ligne, dans un contexte de mutation des objets et pratiques, où les médiateurs sont en premier lieu exposés à des demandes nouvelles et des risques de rupture croissants avec une partie des publics.

C’est une format non académique, déplacement (mutation) de la journée d’études et du workshop écriture connectée.

Il y a tout simplement, aussi, l’objectif de se former en formant, d’apprendre en faisant (voire d’apprendre à apprendre en faisant), de nous surprendre, apprenant des choses qu’on déplie sitôt en situation d’ateliers – nous avons choisi ces intervenants (Olivier Ertszcheid  | http://affordance.typepad.com/ ; Laurent Neyssensas | http://neyssensas.com/; Lionel Maurel  | http://scinfolex.wordpress.com/ ; An Mertens | http://www.adashboard.org/ ; Roxane Lecomte | http://ladameauchapal.com) et ces modes opératoires avec cette certitude-là : qu’on se ferait bouger dans nos propres pratiques. Il y aura de l’exploration : nous irons vers des processus éditoriaux, en conjuguerons plusieurs, mais ne pouvons à cette heure édicter leur format au millimètre. Puis qu’ils dépendront de ce qui sera produit durant les ateliers, de cette irrigation d’une énonciation individuelle par une parole certes experte dans chacun des domaines, mais une parole qui jamais ne ne posera comme doxa ou discours expert indiscutable.

Le on que j’emploie inclut Catherine Lenoble (http://litteraturing.wordpress.com), avec qui c’est une joie de mutualiser encore (outre ce qui secret et plusieurs expériences d’atelier ou d’intervention à quatre mains par le passé), en complémentarité vivifiante.

Le programme des réjouissances, c’est en dessous :

Pre-programme 2013

1)    Etat des lieux, histoire du web, de la bibliothèque. Web, 2.0, 3.0

Jeudi 10 Janvier 2013// IUT Info Comm La Roche-sur-Yon

→ Conférence : Olivier  Ertszcheid (Enseignant-chercheur (Maître de Conférences) en Sciences de l’information et de la communication, son blog affordance.info http://affordance.typepad.com/) et Laurent Neyssensas (Enseignant à l’école de design Nantes Atlantique) : Un état des lieux du web citoyen et marchand. perspectives sur ce qu’est le web 3.0, qu’on appelle aussi web sémantique ou web des objets, ses possibilités, ses problématiques et ses dangers.

→ Atelier d’écriture de recherche « mon histoire du web »

Après-midi

L’atelier en groupe restreint :

Inauguration du blog dédié au cycle de formation.

Quelques généralités sur l’écriture en ligne (insertions d’éléments multimédia, liens hypertextes).

Exercice d’écriture à propos de ses propres rapports et représentations du web.

Avec ce premier corpus de textes pour le blog, nous tracerons ainsi un ensemble de trajectoires, un récit collectif par l’agrégation de ces trajectoires.

1)    Copy party, circulation des données, données publiques…

Jeudi  14 Mars 2013// Médiathèque Diderot (Rezé)

→ Conférence : Lionel Maurel (il est à la fois conservateur des bibliothèques et spécialisé dans les questions juridiques liées à leurs activités, notamment sur tout ce qui touche aux droits d’auteur dans l’environnement numérique. Cette double compétence de juriste et de bibliothécaire lui confère une expertise rare dans ces domaines mouvants et problématiques. Il anime le site Calimaq S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information.)

→ Copy-party et atelier d’écriture à partir de remix données copiées-collectées.

Le matin, intervention conférence de Lionel Maurel quant au bien commun, notion juridique, partage des connaissances, qu’est-ce que le web & le numérique y apportent et bouleversent.

Explication du principe de Copy Party, en tant qu’application pratique, assimilable, vivante, de ces concepts fondamentaux et militants.

Copy party expérimentale dans la médiathèque de Rezé, en fin de matinée. (1h)

Après-midi.

Exercice d’écriture de la copie : écriture à propos d’un document de ma bibliothèque, réinterprétation, intertextualité.

1)    Littérature électronique  : écrire le code, distribuer le roman

Jeudi 30 Mai 2013  // à la Maison des Arts de Saint-Herblain

→ Conférence : An Mertens (Conteuse, écrivaine et membre noyau de Constant, Association pour l’art & les médias.)

→ Atelier d’écriture collaborative et création partagée

Le matin, intervention conférence de An Mertens sur « littérature électronique : de quoi parle-t-on ? ». Une histoire subjective des pratiques d’écriture de création digitales ; remonter dans le temps des premières créations littéraires et fictionnelles automatisées, génératives, hypertextes aux formes d’écriture collaborative, fictions en ligne recourant à des langages de programmation, multiplication et interaction des supports.

Après-midi.

Expérience d’une écriture fictionnelle collective à partir d’outils collaboratifs de type wiki.

1)    Edition multipliée : Le livre numérique, l’impression à la demande…

Jeudi 26 septembre 2013 // IUT Info Comm La Roche-sur-Yon

→ Conférence : Roxane Lecomte(Éditeur numérique chez publie.net)

→ Atelier de production d’une édition numérique


Ce qui permet est permis. (De l’atelier d’écriture numérique comme atelier de publication)

(Intervention écrite pour Festimalles, vendredi 5 octobre à Liré, débat “Tous lecteurs, et comment” ? avec M.Hervouet, Y.Chenouf, G.Le Rest, L.Mathieu – animé par Hervé Moelo)

Il ne s’agit pas d’un entretien, même si ça semble en avoir la forme. Hervé Moelo et Catherine Tuchais (que je remercie de cette invitation) nous ont posé quelques questions préparatoires, lesquelles, longuement observées, ont produit chez moi, en amorce de réponse, ce texte – lequel ne sera pas lu vendredi prochain (on sait comme ça peut plomber, de lire son intervention ; de plus nous serons en dispositif « table ronde' », donc, on parlera de ça, autrement, et on l’espère, point trop maladroitement).

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Quelle est votre activité ? En quoi favorise-t-elle le développement de la lecture ?

Mon activité est multiple : j’anime depuis des années des ateliers d’écriture, en format « traditionnel » si j’ose dire, avec table-papiers-crayons, et depuis une (courte, mais si dense) année, « en ligne », c’est à dire avec un ordinateur, connecté au web – où sont publiés avec l’accord de leurs auteurs, et, surtout, par leurs auteurs, les textes des participants. J’anime (et organise) des débats littéraires, avec des écrivains, lors de festivals ou en bibliothèque. Je mets en place et anime des formations destinées aux « médiateurs du livre » (médiateurs dont je considère faire partie), pour aider à bien, à mieux travailler et inventer : formations à l’atelier d’écriture, au travail avec les outils numériques, au travail avec des auteurs. Le point commun de ces activités qui m’occupent est, toujours, de lier lire et écrire, de les favoriser voire les provoquer, d’agir toujours l’une en faveur de l’autre. De les faire interagir.
De provoquer une spirale : écrire pour lire, lire pour écrire encore et lire à nouveau, autrement, enrichi : je ne saurais envisager un atelier d’écriture qui ne soit pas orienté vers la littérature contemporaine, qui ne s’affaire à la lire, à la faire lire, qui ne soit fondé par elle, qui en soit dissocié.
En ce sens, mes activités militent et agissent, par nature, pour la lecture (elles ne s’envisagent pas sans : comme marcher dépend de mon souffle et l’entretient). Elles favorisent donc, à leur modeste échelle, son développement – mais à une échelle aussi réduite que la surface de mon champ d’intervention : séance après séance, grupetto après grupetto, au sein desquels je toucherai (ou pas) individu par individu. C’est un par un qu’on conquiert :  c’est aussi ce un par un qu’on conquiert. C’est de la relation qu’on élabore patiemment. Il est aussi une remise à niveau salutaire, un à un, cette déprise de la foule et du mouvement ordinaire. La relation permet, en même temps que la relation se fait. Ce qui permet est permis.
Quelque chose est passé, peut-être, chez un ou une ou autre – une éventualité tenace, récurrente, et ce qui est passé change la lecture.

Toutes les lectures se valent elles vraiment ?

La question s’entend double :

1/ tout ce qu’on lit  a-t-il la même valeur ? (quelle valeur, cette valeur est-elle absolue, et quel est l’instrument de mesure?) ;

2/ toute façon de lire est-elle égale ?

Toujours, tout dépend d’où l’on se place (pour lire) et ce qu’on l’en (de cette lecture, du regard que l’on pose sur cette lecture):
1/ Partir de soi, un : (partir c’est à dire aussi s’éloigner, tenter de se voir en contre plongée) : un texte non littéraire, sans recherche formelle, sans travail d’érosion de ce « réel » transparent, simulacre de catalogue qu’on nous vend via une langue medium, une production absolument hors-littéraire peut m’intéresser d’un point de vue documentaire et littéraire, en tant que manifestation même de cet appauvrissement des possibilités de la langue – dès lors je le scrute comme pour le combattre. Littérature, même joyeuse, est inquiète : et l’inquiétude, même joyeuse, d’où je regarde ce texte, place ma lecture dans le champ du littéraire.
Une forme « appauvrie » nous dit quelque chose du monde (au-delà de ce qu’elle nous dit, encore une fois : selon d’où et comment on la regarde). M’intéressent particulièrement, en atelier, les formes les plus élaborées de la poésie contemporaine, qui usent et retournent les outils de cette (nov)langue dominante contre elle-même. D’user de Eric Hazan (et de son observation de la LQR) pour poser Jean-Charles Massera, et du dynamitage langagier de Massera pour faire vivre, pour allumer Hazan, il y a là un principe actif ; il y a là une action, qu’on dira poétique.
1/ Partir de soi, deux : C’est ma lecture qui se fait joueuse, se déplace, qui, considérablement enrichie en perspective par une pratique des ateliers d’écriture, de l’écriture solitaire, puis de la conception d’ateliers, sait qu’elle gagne au change, rusant ainsi avec elle-même.

Mais encore la question s’entend, au moins, double : Toutes les lectures valent-elles ma lecture, suis-je mieux préparé, mieux entraîné que certain(e)s pour cet enrichissement de perspective: assurément oui, mais aussi moins que d’autres ; et nous ne ferons pas croire, démagogiquement, à une égalité des chances autre que potentielle – une réalité des puissances potentielles, oui ; des chances telles que d’autres cartes socio-économiques sont distribuées, non.

D’abord il faudrait définir ce valoir, et  d’où lui-même s’énonce ? Aucune lecture ne se vaut, aucune n’équivaut à sa voisine, toutes sont indivisibles.

Dans les actions construites avec ou vers les publics dits « faibles lecteurs », sur quoi pensez vous agir ?   N’y -a-t’il pas parfois la tentation de les amener vers une image un peu trop idéale de lecteur ?
Tout d’abord confesser une expérience de terrain sinon erratique, du moins hétérogène, tant hétérogène (et je m’en réjouis) que je ne pourrais établir de généralités (ce dont aussi je me réjouis). Néanmoins, nous ne plaiderons pas l’inconscience au moment des faits, et donc, lorsqu’on me convie en certains endroits et circonstances (comme en maison d’arrêt, mettons, ce qui ne m’est arrivé qu’une fois), je me dois de considérer d’où je m’adresse (le trajet et les obstacles physiques, le nombre de portes et sas à franchir y aident, déjà, physiquement), et à qui.
Avec ces groupes d’individus dits « faibles lecteurs », on agit autrement – mais, pour ma part, en usant, je le précise, des mêmes outils, des mêmes textes, des mêmes corpus de littérature contemporaine, qui sont juste autrement maniés. Je bouge un curseur qui est celui de l’adresse, tentant de le faire aussi sincèrement et simplement que possible, comme en un rapport quotidien (je ne dis pas bonjour pareillement à la boulangère qu’à mes amis sur facebook, par exemple). Je présente les choses (un peu) autrement, j’adapte – puis, évidemment j’adapte en cours de route : l’exercice, le temps d’écriture, la nature du retour, l’organisation même – répartition du temps entre lecture et écriture, etc. Mais l’adaptation en cours de route, c’est toujours : c’est une condition de l’animation d’ateliers d’écriture, zone de paramètres innombrables et changeants (dont le premier, c’est chaque individu, immensité touffue, dedans).
Dès lors j’agis, dans une mesure peut-être infime, peut-être (potentiellement) immense – et difficilement mesurable – sur leur rapport au livre, à l’écrit, et sur l’énonciation d’elles-mêmes (les prisonnières auxquelles je me réfère). Ruse, malice, jeux, et puis : Lire, écrire, c’est possible, puisque c’est fait. Refaire est donc possible, puisqu’on a su. Et allez hop, on refait, tout pareil (mais en fait, autre). Ce qui semble impossible est énoncé, ce qui est énoncé se questionne, puisque peut s’écrire autrement.

Je m’efforce de ne pas bâtir d’images (fausses, forcément), intentionnellement du moins. Ni lecteur idéal, ni auteur idéal, ni texte idéal : tout en mouvement, toujours. Michaux est un maître agréable, disait un auteur de mes amis, je l’entends en ce sens  : trop revêche et trop spongieux, trop solide et trop parti. Toujours s’affairer à faire et aussitôt défaire, refaire autre, ailleurs. Je ne cache pas les difficultés du travail, ni la difficulté des textes, propose d’y aller quand même (à moi de trouver des ruses idoines). Non, ils elles ne sortent pas d’un atelier en étant « recrutés », ne sont pas sitôt « passés » de Marc Levy à Pierre Senges. Non, je ne les ferai pas aimer, d’un claquement de doigt, l’absolument autre, l’envers de ce qui pour partie les définissait jusqu’ici comme « lecteur » (ou comme « non-lecteur »). Mais ils ont rencontré quelque chose qu’ils ne connaissaient pas, l’ont percuté, l’ont fouillé, en ont perçu des logiques et motifs, sans tout comprendre, sans adhérer – c’est un coup d’épée dans l’eau, certes, mais une fois le coup donné l’eau bouge et dessine des formes nouvelles, inconnues.
Je pars de ce principe que ce que je ne connais pas me manque, qui que je sois (et qui que je sois de moi-même et de mes représentations : ne sommes-nous pas toujours plusieurs?)

Quelles sont vos stratégies pour développer les pratiques de lecture ?
Je n’en ai pas d’aussi élaborées. J’use de stratégies, ruses et jeux, pour faire entrer en écriture et lecture, mais de là à avoir des stratégies effectives pour développer « les pratiques de lecture »…

Je me tiens aux aguets, en mouvement, par stratégie oui, sans doute, laissant ouverte mes boîte à outils,  répertoire,  moteur de recherche internes, paré à saisir au vol, toute matière exploitable, mais aussi, et en premier lieu, par intérêt. Ainsi, un atelier d’écriture numérique basé sur un portrait google, comme je le ferai en début de semaine prochaine avec des étudiantes en métiers du livre, voilà dont le résultat toujours m’étonne, m’excite, me questionne autant que, je l’espère, les personnes à qui je vais le proposer.

Néanmoins, un point me semble crucial, et sur lequel j’aimerais (et aime) agir : la formation des médiateurs. Car j’y vois une fracture inquiétante : On sait les réticences, paradoxales et souvent factices, de la « chaîne du livre » à l’égard des dits objets numériques (tablettes, ordinateurs) ; on constate que ces réserves sont reproduites, parfois même accentuées, de façon plus ou moins consciente, chez ces acteurs sincères, passionnés, de l’échange de texte et de pratiques d’écriture que sont les animateurs(trices) d’ateliers d’écriture et médiateurs du livre. À titre d’exemple : observons les outils de communication des associations porteuses de ces ateliers : la plume, l’encrier, objets fétichisés, y sont majoritairement valorisés – non que je veuille fétichiser quelque autre objet en lieu et place, le smartphone ne mérite pas plus que la plume Mont Blanc qu’on lui voue un culte, non, je ne veux pas fétichiser les objets, je veux en user, je veux les utiliser : papier, crayon, tablette, smartphone, selon mes préférences et usages propres.
Mais du fait de cette réticence (doublée, souvent, d’une réelle difficulté d’accès collectif aux ressources du web, aux ordis, à la connection, à interroger également), on constate qu’une majorité absolue d’ateliers d’écriture se pratique, toujours, en table-papiers-crayons.
Sauf que que nos usages, à tous, au quotidien, ont muté : l’écriture manuscrite n’est plus majoritaire dans nos correspondances, dans nos « journaux intimes », dans nos textes de création ou journalistiques. L’écriture manuscrite y a sa part, mais elle n’est plus seule, elle n’est plus reine, sa domination n’est plus absolue. La pratique de ces ateliers d’écriture, qui me passionne, qui me passionne aussi en ce qu’elle sait se renouveler, me semble en voie de se couper des usages de l’écrit les plus ordinaires – et c’est un vrai danger pour son efficacité : car une part de cette efficacité est liée à cette facilitation, à cette démystification du geste, via revalorisation au sein d’un corpus littéraire des relations du quotidien (listes, journaux, etc). En omettant toute une part de nos manières d’écrire (via l’ordinateur, au clavier, en sms, connecté), l’atelier d’écriture se prive de jouer pleinement sur nos manières singulières au cœur des manières partagées. Et court lui-même le risque d’une fétichisation, d’un repli, de devenir une activité récréative et ornementale (ce qu’il est parfois ; ce qu’il est même toujours, pour partie, pour certains, et qui ne nous soucie pas), de ne devenir QUE cela : une activité sympa, créative, quelque chose de : joli.

Il y a un enjeu à s’emparer de la connection web pour l’atelier d’écriture, il y en a plusieurs :
De jouer avec la notion de publication, d’identité publique, et de leur part fictionnelle : d’en jouer, de les agir, de les conscientiser, ce faisant.

D’utiliser des techniques de lecture, d’écriture, de modes d’accès à l’information, à la fois neuves et massivement présentes autour de nous : de copier, coller, recouper, recoller, de lier, d’ouvrir, de relier donc des éléments disparates du monde dehors, pour tenter d’en faire un texte (et renouveler au passage les pratiques d’atelier).

D’être en responsabilité, puisque autorisé, puisque publiant.

L’atelier d’écriture numérique est un atelier de publication (et donc, puisque nous incitons à une méta cognition, au réflexif, à porter un regard sur ses façons de faire, que vite les participants souhaiteront, à juste titre, publier ce qui les représente le mieux, ce qui les valorise : c’est aussi un atelier d’édition).
Revenir à soi : ma manière d’atelier, quinze ans d’âge, je l’ai apprise en mutualisation, en échangeant, soumettant mes idées et expériences à des pair(e)s : progressant ensemble, nous nous sommes assez bientôt résolus à n’envisager l’atelier d’écriture que comme atelier de lecture ET écriture, en spirale, donc : écrire pour lire, lire pour écrire encore et lire à nouveau, autrement, enrichi. C’est un nouveau pas qui se fait, avec le numérique, ou du moins, le numérique insiste et accélère une bascule qui ne venait qu’au bout d’un temps, auparavant : le groupe, incarné, ensemble, s’ouvre à un autre inconnu, potentiel. Tout texte est écrit non dans l’espoir ou le vertige d’une publication (avec sa part de fantasmes), mais dans la perspective pragmatique de celle-ci, qui se fera dans l’heure. La lecture à voix haute était déjà une publication, mais enclose, dans l’entre soi de notre atelier. Ici c’est entre soi, mais aussi d’accès libre. Quelque chose d’essentiel change là, qui est à prendre en compte, qui renouvelle les enjeux de nos jeux d’écriture ensemble.

Citons Olivier Ertszcheid, qui dans cet article essentiel, paru ce printemps 2012, me le confirme, à sa façon, depuis un autre point d’observation :

« Enseigner l’activité de publication et en faire le pivot de l’apprentissage de l’ensemble des savoirs et des connaissances. Avec la même importance et le même soin que l’on prend, dès le cours préparatoire, à enseigner la lecture et l’écriture. Apprendre à renseigner et à documenter l’activité de publication dans son contexte, dans différents environnements. Comprendre enfin que l’impossibilité de maîtriser un « savoir publier », sera demain un obstacle et une inégalité aussi clivante que l’est aujourd’hui celle de la non-maîtrise de la lecture et de l’écriture, un nouvel analphabétisme numérique hélas déjà observable. Cet enjeu est essentiel pour que chaque individu puisse trouver sa place dans le monde mouvant du numérique, mais il concerne également notre devenir collectif, car comme le rappelait Bernard Stiegler : « la démocratie est toujours liée à un processus de publication – c’est à dire de rendu public – qui rend possible un espace public : alphabet, imprimerie, audiovisuel, numérique. »

Cet apport, que je souhaite, et appelle, est une mutation nécessaire de l’atelier d’écriture : il doit devenir, envisagé avec les outils du numérique, un atelier d’écriture ET d’édition : pour ne rien perdre ainsi de sa qualité de libération d’une parole, tout en garantissant les moyens de la tenir, de la porter, de la mettre en voix, page, scène, ligne : pour n’en pas rougir. Pour ne pas l’envisager comme une finalité mais une progression, en continuité, un processus d’émancipation renouvelé.

Accueillir un auteur – un cycle de formation avec Yann Dissez, les 17 et 18 décembre 2012 à Nantes

Comment accueillir un auteur ?

Une formation, conçue et animée par Guénaël Boutouillet et Yann Dissez,  pour les médiateurs du livre, bibliothécaires, enseignants, animateurs.
Prochaine session Lundi 17  et Mardi 18 décembre 2012
Hôtel de Région, 44000 Nantes.

Inscriptions crl[@]paysdelaloire.fr
Ce stage gratuit s’appuie sur une présentation détaillée du vademecum Comment accueillir un auteur ? (De la dédicace à la résidence) réalisé par Yann Dissez pour la FILL (Fédération Interrégionale du Livre et de la Lecture et 11 structures régionales pour le livre), qui sera remis aux participants.
La présence des auteurs dans les librairies, les médiathèques ou les lieux culturels, pour différents types d’interventions (lectures, rencontres publiques, projets de médiation autour de la littérature, ateliers d’écriture ou résidences), peut être riche et féconde pour les publics, les structures organisatrices et pour les auteurs eux-mêmes.

Toutefois, des questions demeurent :
Pourquoi accueillir un auteur ? Comment procéder au choix de l’auteur ? Comment mettre en place, préparer, animer la rencontre ? Comment recevoir, accompagner, rémunérer l’auteur ? Quel est le projet et dans quel contexte s’inscrit-il ?

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PROGRAMME
La préparation (seul et avec une équipe ainsi que différents partenaires) d’une rencontre littéraire dans une bibliothèque, une maison d’écrivain, une librairie, un établissement scolaire, une association…
Le suivi et la préparation de la venue de l’auteur
L’élaboration précise des conditions concrètes de l’accueil (voyage, hébergement, logistique)
La rémunération de l’auteur
La préparation de la rencontre publique
La définition du type de rencontre(s) envisagée(s), de la place de chacun dans leur déroulement
La préparation du public
La communication (globale et individualisée)
Le choix et relation aux partenaires : opérationnels et financiers / institutionnels
Les traces et la valorisation extérieures.

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INTERVENANTS
Guénaël Boutouillet

Yann Dissez :  chargé d’étude sur la présence des auteurs en Haute-Normandie au printemps 2012, Yann Dissez est l’auteur du vademecum Comment accueillir un auteur ?, édité par la FILL et 11 SRL, du guide Pourquoi et comment accueillir un auteur ?, réalisé pour Livre et Lecture en Bretagne et d’un mémoire de recherche sur les résidences d’écrivains, Habiter en poète. De 1999 à 2010, il était responsable de l’action culturelle et de la littérature au Triangle (Rennes).
Le Centre de ressources du livre, un outil d’information et de coordination
au service des acteurs du livre en Pays de la Loire

Centre de ressources du livre, Hôtel des Ursulines, 14, avenue François Mitterrand, 72 000 Le Mans | 02 28 20 60 79 |
Inscriptions crl[@]paysdelaloire.fr