Archives de Tag: Julien d’Abrigeon

À propos de Julien d’Abrigeon | de tapin et de Sombre aux abords (Quidam, 2016) (présentations au festival Midi-Minuit 2016)

dabrigeon-par-cm

(photo Christine Marzelière, Midi-Minuit)

Ces deux textes ont été lus durant l’édition 16 du festival Midi-Minuit poésie, Julien d’Abrigeon et Tapin au carré avant la présentation dudit site tapin2 par son auteur (samedi 10 décembre 2016, 14h, Lieu Unique), « Le Bronx dans le massif central, le bordel dans les creux, massif et décentré » avant la magnifique performance du même, dimanche 11 décembre 2016, 0h20, Lieu Unique.

« Le Bronx dans le massif central, le bordel dans les creux, massif et décentré »

Julien d’Abrigeon vous allez voir, vous allez plutôt entendre et voir, vous allez entendre ce que vous allez voir, ou vice-versa, en double même, car s’il a deux micros c’est pour la stéréo, stéréo oui mais bon pour ça on a les enceintes, pour la stéréo, on a un technicien, vous dites-vous, deux micros, c’est un peu à l’ancienne, sa stéréo, eh bien oui, à l’ancienne, ou du moins, tout comme la stéréo s’ouïe via deux enceintes, il la produit, via deux micros, car via deux bouches, via deux fois sa bouche,

parce que ça ne se contient pas cette énergie qui déferle, cette immanence toute de nerfs, cette parole qui crisse, hérisse, et forcément dévisse, déborde, au point qu’il faille parfois des élastiques, tendus comme tendeurs en travers de sa face, pour contenir–enfin–tenter–de, plutôt faire mine, car il s’agit de la dérouter la dite rage, pour qu’encore de nouvelles divergences arrivent pour que de nouveaux phénomènes entrent en action, et notamment, la poésie – cette poésie dite action.

Déjà auteur de plusieurs livres, d’un Pas Billy Le Kid mémorable chez Al Dante, d’un hommage effréné au comte Zaroff chez Laureli, d’absurdes et hilarants microfilms chez Laureli encore, Julien d’Abrigeon dans son grand dernier (Sombre aux abords, 2016), paru chez Quidam , sombre, sombre mais ne flanche pas, aux abords il se et nous décentre, aux abords de la ville, de la ville petit vé , sans majuscule, la ville, moyenne, limitée de partout, encerclée de rond-points, celle qui se meurt sans même permettre de démarrer de vivre, et c’est de cette rage-là, périphérique au plus bas point, de la rage que ça fait de ne pouvoir se mouvoir ailleurs, de ne pouvoir se mouvoir que de rond-point en rond-point, qu’il tire ce chant.

dabrigeon-sombre

Car voilà, il s’agit d’un chant, d’un ensemble de chants, songs en américain-dans-le-texte, il y en a dix, dix songs réparties sur deux faces (face à et beside, comme pour faire face mais toujours à côté, toujours périphérique) deux faces comme d’un trente-tours, car il y a un trente-trois tours à l’origine, d’un type mythique (d’Abrigeon ne dédaigne pas les mythiques, ne le branchez pas Godard ou Dylan, exemples en passant, il en connaît plus d’un rayon, limite possède le magasin, ne lui dites pas Godard, vraiment, vous rateriez vos prochains trains),

le disque donc d’un mythique de l’ordinaire, car c’est cela aussi Bruce Springsteen, et avant tout, un folk ou rock périphérique, un chanteur du récit ouvrier désœuvré, déclassé d’entrée sans même avoir jamais été classé – et ce livre, donc,

Sombre aux abords , rend très littéralement hommage au disque de Springsteen, Darkness on the edge of town , (traduction littérale, sauf que la ville y manque, la ville en ces contrées est comme un point aveugle, une absence névralgique), s’inscrit dans ce sillon-là,

sillon d’où il exsude, qu’il excède, le diamant vibre, tressaille, saute, revient – et comme tout hommage digne, ou utile, le livre dépasse, ou du moins déborde, ce qu’il projetait de citer.

Et c’est là une des merveilles de Sombre aux abords , qui contient dans sa matière une multitude, de formes comme il y a multitude d’appétits chez d’Abrigeon, cinéphile profond et-mais humoriste absurde (qu’on prétend même imitateur, mais je ne sais pas, je crois qu’il s’agit d’un autre, un de ses sosies collectionnés par Boxon), immense lecteur de la poésie contemporaine et des siècles passés mais-et hurleur d’intempestives rages ; il y a une multitude de formes disais-je, à l’œuvre dans ce livre, que certains ont perçu comme un roman, d’autres (ici, l’excellente Lou Darsan) comme un recueil de nouvelles (ce qui l’inscrit en continuité des grands albums de rock, suites de songs mais aussi œuvres en soi), mais on peut y voir aussi, une irruption de la poésie, hirsute et polyforme, dans l’enceinte de la page, qui peine à la contenir.

Le texte cavale d’une marge à l’autre, parfois en bloc ― comme dans un roman ―, parfois centré, troué, versifié, intenable ―comme un être, comme du vivant ―, la page se voit acculée dans ses limites, le roman dans ses contreforts, la ville dans ses bouts (tous ces rond-points qu’il faut franchir), on pense au slogan de tapin au carré , la revue web anthologique, dont il s’occupe, sous-titrée « la poésie hors du livre », c’est à dire partout, chair os image sons, rire larme, mots du système comme de l’anti-système, et dans ce livre il tient aussi ce pari-là : d’y mettre de sa virulence, de cette extraversion nécessaire de la poésie, d’y faire entrer, dans le livre, ce qui n’a de cesse d’en sortir, du livre (de la ville), sa voix circulant et massive, cette histoire de souffle que Claro à son sujet résume ainsi :

« Le souffle n’est pas la phrase, il n’est pas non plus son mouvement, il est plutôt comme un courant électrique qui permet, au prix de subtiles modulations, de faire vibrer la phrase dans la chambre aux échos du lecteur. C’est dire qu’il n’est pas du côté »

Le souffle est dans le livre, l’électricité dans ses variations crépitantes, lequel livre tient comme par alliance des contraires, un ensemble de tensions mises ensemble, tensions antagonistes qui se tiennent en joue, toutes prêtes à exploser, génial assemblage, d’où surgissent des phrases folles à chaque phrase, des mots qui claquent à chaque mot (pendant que les précédents résonnent encore à nos oreilles chauffées à blanc),

et c’est soudain-souvent tout cela,

et c’est soudain-souvent sublime, je cite :

« Je me meus dans le chaud de cette chose nuit et j’ai beau ne rien voir, on ne peut rien y voir, c’est opaque et compact, la lumière est bannie, j’ai beau ne rien pouvoir voir, je me meus lentement, en sécurité, je ne peux tomber, tout m’entoure et me tiens, debout, je peux peut-être même quitter le sol et prendre appui sur la nuit pour m’élever en elle. Je le peux. Je viens d’essayer, je le peux, je marche, si je soulève le genou et que je pose le pied en l’air, sur la nuit, je peux monter un peu, soutenu par la chose de la nuit, et grimper un peu, en l’air de quelques mètres, et glisser dans la nuit qui est dure, chaude, et brillante, oui, je sais, c’est étrange car il n’y a nulle lumière, mais elle brille, on ne le voit pas, mais on sent que c’est lisse à briller, ça ne peut être mat, ni rugueux, non, ça glisse et ça retient, ce truc de la nuit, c’est pas mal comme machin, cette nuit molle et mobile, j’évolue bien là-dedans, je me sens à l’aise, et rien ne presse, rien ne presse plus. On progresse calmement, on regarde à droite, à gauche, tout est tiède et lent, quelque chose nous porte, on se sent totalement approprié pour cette chose qui dans la nuit, fait que la nuit est nuit. »

Que cette électrocution vous soit douce.

–—————

dabrigeontapin

Julien d’Abrigeon et tapin au carré

Quand on ouvre la page tapin au carré sur Internet, car il s’agit d’un site Internet,

on y trouve peu d’explications, mais quelques entrées je les cite :

Totalement/totale Action/actuelle/a-poétique Poésie/poetry/poesia Internationale/inadmissible/inouïe/idiote Non-imprimée/not printed/nueva v.2.0

et les liens facebook et twitter pour y suivre les parutions tapineuses.

C’est donc un site de ressources, tapin au carré, tout à fait bien organisées, aux allures de bazar, pour un peu ainsi continuer l’idée de Boxon,

car BoXon c’est du papier, du papier plein de papiers pliés, déchirés, recollés, dazibaos stencils et polycopes, disons pour les citer, tels que présenté sur tapin.free.fr (l’ancêtre de tapin au carré) :

BoXoN est une revue poétique à périodicité aléatoire fondée en 1997 à Lyon par Gilles Cabut.

Très vite, et de façon informelle, un collectif de poètes s’est constitué à la fois pour réaliser la revue et pour agir lors de lectures publiques.

Alors je tente, étant sur scène ce jour un peu pour ça, présenter rapide et clair, de remettre en partie en ordre :

Il y a eu BoXon (il y a toujours, et ça fait bazar et boucan à l’occasion), ce collectif de poètes en action qu’on a déjà reçus par ici (en 2011) , dont Julien d’Abrigeon ci-présent est une partie et non des moindres, qui lui-même actionne glotte bras syntaxes et diverses mécaniques organiques, lors de lectures tonitruantes (la prochaine, ici même, à minuit),

Il y a eu BoXon , parutions anthologiques d’eux-mêmes et d’autres et de choses glanées et reconfigurées (ainsi une collection de photos de sosies approximatifs du sieur d’Abrigeon), partant du principe que la poésie est au monde, et qu’il suffit de bien la chercher de pour cela bien regarder, puis de mettre en ordre (ou désordre) certains principes, lettres, mots ou idées pour qu’apparaisse quelque chose (du poétique),

puis il y a eu Internet et tapin.free.fr , première anthologies de formes poétiques,

et maintenant tapin 2, nouvelle version, ouvroir à la façon d’un ubuweb d’ici et maintenant, l’ici ici incluant d’ailleurs beaucoup d’ailleurs (il est écrit poésie internationale, rappelons-le, en page de garde),

Tapin 2 ce serait alors mettre un tapin au carré pour que ce ne soit plus le boxon ? Non, il s’agit plutôt d’une reformulation-actualisation des choses, des forces, il est écrit sur la page de garde poésie hors du livre, et la poésie hors du livre est en live. C’est à dire, multiple : en images fixes, en images fixes témoignant d’actions continues, en images mouvementées, en images sonores, en sons tout aussi imagés, mais jamais imaginés, c’est à dire, live = a-live = en vie.

Un parcours aléatoire sera le plus adapté, pour commencer sans cesse.

Tapin au carré, c’est donc : un site internet de formes vives, c’est à dire, un espace comme un livre avec volumes, de dimensions multiples, pour que ça tienne, au-dedans, ce dont il s’agit, cette poésie hors du livre, poésie live qui pourtant ne manque pas d’air, comme ce Tarkos, Christophe, qui dès fois souffle, des fois articule, qui des fois même gonfle, comme cette Quintane qui avec Antonia va à la piscine et plonge, dit-elle, ce Blaine qui dévale l’escalier de la gare Saint-Charles, bref, du patrimoine des temps actuels,

poésie qui des fois s’écrit en grosses lettres, celles parmi les plus marquantes étant ce Syrie épelé rouge, lettres de sang, signé-daté Pierre Fraenkel 2012, qui résonne chaque jour plus abrasif, qui ne passe pas. Car la poésie de tapin, elle ne passe pas, enfin, pas une comme lettre à la poste, et puis elle ne passe pas, comme l’avant-garde, contrairement à ce d’aucuns aimeraient régulièrement faire recevoir, comme une idée, bien reçue, de l’avant-garde qui se mourrait et se mirerait seule dans son coin, l’avant-garde ne passe pas, pilule qui coince, active sans date de préemption. La poésie de tapin, la poésie que tapin nous offre à découvrir, toujours recommencée, toujours frappante, l’est absolument subjectivement – de sujets à sujets.

Tapin pour finir, c’est, si je cite d’Abrigeon lui-même sur son facebook il y a quelques jours,

« L’avantage de la subjectivité est alors flagrant. Vu que je n’y ai mis que des trucs que j’adore, il se trouve que j’adore tout ce que je vois et que, décidément, je trouve le site génial. Cela serait totalement arrogant si le contenu était le mien, mais non, ce sont des poètes islandais, irakiens, américains, français, chiliens, coréens, ukrainiens, anglais,…de tous âges, avec des pratiques différentes,…

Le prochain qui dit que la poésie est moribonde est un ignare, frappez-le, la poésie mondiale va très bien, elle est vivante et géniale. Il suffit de s’y intéresser pour le constater. »-

 ———

Le site tapin2

(Sombre aux abords, 2016), paru chez Quidam.

Du 3 au 5 octobre 2014 : Un week-end de rêve en littérature (festival Echos et vernissage Contre-murs, à Nantes, Journées Gracq, Cafés littéraires de Montélimar…)

De l’ubiquité impossible – et rêvée.

Le même week-end, celui d’avant Midi-Minuit (lequel est, ainsi qu’on dit en jargon Kulturel, fléché, priorisé, sanctuarisé, bref, : réservé : pour ma part, depuis, et pour, je l’espère, des années), je serai quelque part, en travail, et je ne serai pas ailleurs, où j’aimerais tant être aussi. Vue d’ensemble.
_____________________________________________________
programme-echos-2014
ECHOS,
C’est au château des ducs de Bretagne, et le programme d’ensemble est alléchant (le télécharger en pdf).
J’y animerai plusieurs temps d’échange, portés par  un tropisme japonais, en veillant à faire preuve de délicatesse – on sait à quel point, sur l’orientalisme comme sur la catastrophe, l’indécence est souvent de mise.
Rendez-vous perso :
L’écriture de la catastrophe. Le samedi 4 octobre à 14h30 dans le bâtiment du Harnachement, pour une lecture-rencontre de 80 minutes. Une lecture de 40 minutes de « Fukushima, récit d’un désastre » de Michaël Ferrier, lu par Sophie Merceron, animation d’une rencontre-débat avec Michaël Ferrier, Philippe Forest et Ryoko Sekiguchi
– Le samedi 4 octobre à 19h30 dans la Tour du Fer à Cheval, pour une lecture-dégustation de 60 minutes. Une lecture de textes recueillis par Ryoko Sekiguchi sera faite par Sophie Merceron ; en parallèle de cette lecture Ryoko proposera une dégustation, qui évoquera notamment la cuisine de l’époque Edo, et je la questionnerai sur les plats, sur les textes, sur ce rapport si fort et si rejoué sans cesse, si renouvelé, qu’elle entretient avec l’aliment et sa préparation, sa dégustation et son commentaire – comme une habitude qu’on aime à avoir, ces rendez-vous auxquels l’adjectif délicieux va si bien.
-Le samedi 4 octobre à 21h dans le bâtiment du Harnachement, pour la lecture-vidéo « Autour de Marie au Japon » de 90 minutes. La lecture-vidéo est précédée d’un entretien de 30 minutes avec Jean-Philippe Toussaint. Nous circulerons entre les titres du cycle de Marie, entre questions sur l’écriture, les écriture(s) (cinéma, livre, et croisements), avant la projection de ces films inédits.
-Le dimanche 5 octobre à 16h30 dans le bâtiment du Harnachement, pour une lecture-rencontre de 80 minutes. Une lecture de 40 minutes du livre de Dany Laferrière « Une autobiographie haïtienne », lu par Victor de Oliveira, suivie d’un entretien avec Dany Laferrière – où les thèmes à possiblement développer sont immenses, innombrables, incluant le déplacement, l’exil, la catastrophe, le retour au pays, l’écriture et la lecture, bien sûr…
Et comment ne pas vous convier à l’ensemble : Les lectures-déambulations d’Eric Pessan (intitulées Le Monde et l’immonde), vendredi et samedi 19h et 21h, une rencontre animée par Bernard Martin, avec Sarah chiche autour de Pessoa, une sélection de poésie du Japon effectuée par Alain Girard-Daudon pour Gilles Blaise…
C’est donc là que je m’affairerai et, nécessairement, me trouverai – pendant qu’ailleurs, où je ne me trouverai pas, se passeront de grands et fort beaux moments, qu’on ne passera pas sous silence – parce que les logiques de concurrence ne sont pas celles-là qui tous nous animent, et parce que peut-être, si l’écriture a des vertus performatives assez fortes pour devenir surnaturelles, de le déclarer me permettra d’y être, un peu, quand même.
_____________________________________________________
affiche-gracq-2014-500
c’est la continuité et l’affirmation de ce que Cathie Barreau œuvre à développer dans la maison de l’auteur (dont elle nous donna à lire les prémisses, d’une façon sensible, dans cette chronique sur remue.net), à Saint-Florent le Vieil, en bords de Loire : un mode de patrimonialisation ouvert, accueillant le plus aigu du contemporain (pensons au programme de résidence de cet automne : Marie de Quatrebarbes, Charles Robinson, Emmanuel Ruben, que du bon – et de l’extrêmement contemporain, hors chapelle, hors clocher, du hors-soi). C’est à Arno Bertina, qu’on ne présente plus par ici tant le bien qu’on en pense sincèrement (c’est dit , et , par exemple) pourrait faire ressembler cet éloge réitéré (et mérité) en flagornerie, qu’échoit l’heureuse tache de transformer une thématique (« la guerre et la paix » ) en rencontres et invitations. Le programme est fastueux (citons Oliver Rohe, Cloé Korman, Emmanuelle Pagano, Marie Cosnay, Vincent Message, Jérôme Ferrari, Dominique Meens…), il est  à découvrir ici : http://maisonjuliengracq.fr/spip.php?article116
_____________________________________________________
Prog-19-Cafes-Lit_2014-1
Et, bien loin de là, les géniaux cafés littéraires de Montelimar, déjà évoqués dans ce billet de 2012, où je n’aurai pas le privilège de me rendre cette année (du fait de l’impossible ubiquité sus-évoquée, hein), accueillent notamment Hélène Gaudy, Maylis de Kerangal ou Julia Kerninon, mais aussi le splendide et tonitruant performer et écrivain Antoine Boute : un des rares festivals aussi ouverts, capables de faire voisiner sans heurt l’absolument mainstream et le contemporain le plus pointu – et ces heureux échanges entre pôles distincts, voire opposés, liés à un travail en équipe chaleureux, c’est aussi à Julien d’Abrigeon, son hypra-compétence dans le domaine de la poésie-action (qu’il pratique lui-même, où il n’est pas manchot), associée à son regard sur ce qui se publie par ailleurs, ce qui bouge et invente dans le champ du roman. Si vous êtes dans le secteur, ne vous en privez pas, vous auriez tort. Le programme complet ici : http://www.lescafeslitteraires.fr/
_____________________________________________________
Contre-mur_Nantes-1
Et à Nantes, ce samedi 4 octobre à 18h, il y a aussi (juste avant la dégustation de saké avec ryoko au Château, si vous galopez bien, c’est jouable), le vernissage d’une exposition des géniaux contre-murs, affichistes écrivains marseillais dont on présentait le travail ici, qui ne faiblissent pas, et valent vraiment le coup d’œil (et d’oreille, car on sait  qu’il y aura de lecture, et que Nicolas Tardy au micro, ça dépote également… le programme : des posters de  :Rémi Froger ; Éric Giraud ; David Lespiau ; Dominique Meens ; Ian Monk ; Chantal Neveu ; Marie-Luce Ruffieux ; Éric Suchère ; Lucien Suel ; Dorothée Volut /et un DVD — qui sortira à cette date — de Frédérique Loutz & NicolasTardy /vernissage le samedi 4 octobre 2014 à partir de 18h /lecture-performance de Nicolas Tardy à 19h – programme en pdf : Contre-mur_Nantes)
Bref,
ce week-end, pour notre part on sait on l’on sera,
on sait aussi on l’on ne sera pas, à regrets,
PS –  comment, vous êtes bloqués à Paris ? Alors il va de soi que vous irez écouter  Sylvain Prudhomme et Yamina Benahmed Daho, pour une soirée L’arbalète à L’atelier. Plus d’infos ici : Soirée L’arbalète

On n’aurait pas imaginé

(photo : Non, il ne s’y  fait pas que du nougat;-)

Que ce serait bien, les cafés littéraires de Montélimar, un bon moment de travail et de retrouvailles (voir Benoît Vincent en ses terres, ça vaut large le déplacement), on s’en doutait et on l’attendait sereinement, on l’attendait sans y penser trop au-delà de ce qu’il y avait à faire (préparer) avant de faire ce qu’il y aurait à faire sur place (quatre débats publics avec des auteurs, ici également remerciés pour leur écoute et disponibilité : Oliver Rohe, Jean-Luc Seigle, Arthur Loustalot, John Burnside).

Mais que ce petit centre-ville, façades colorées vives (pour nous passer l’information que les aisselles humides n’auraient pas su, seules, certifier : on est au Sud, ici : méditerranéens le climat comme la chromie), que ces  quelques rues enchâssées circulaires soient aussi densément garnies de terrasses et restaurants accueillants ;

que les bistrots où l’on causerait avec les auteurs soient garnis à plein, voire bondés (cent personnes facile face à Maylis de Kerangal et Thierry Guichard ; pour le taiseux intarissable Jean-Luc Seigle même tarif, au même moment),

et que ce qui aurait pu être une gageure infaisable, en ces conditions-là, à savoir faire passer la parole, l’aider à se faire la plus audible, roule comme de soi, facilité par : une écoute (active, pas juste polie, cette affection palpable, empathique, face au jeune Arthur Loustalot) et un accueil (des cafetiers, hôtes joyeux, toniques, serviables).

On n’aurait pas imaginé, à ce point.

Christophe Manon devait croiser le vers avec Christian Prigent (malheureusement absent, et excusé), lequel fut remplacé par Jean-Pascal Dubost (et son livre de dettes au titre de plusieurs dizaines de mots, bel hommage à son panthéon personnel de fouilleurs, mâchonneurs, renverseurs de langue – de Tristan Corbière à Arno Schmidt), et Julien d’Abrigeon (pour un fulgurant travelling, manière de roman avec torrent d’images, le tout performé furieux, comme Le Zaroff seul sait scander : on ne gueule pas des histoires à voir, aurait-on cru, eh bien : si, sourit-on, estourbi et ravi). Christophe Manon, dont j’ai écrit ici un peu de l’estime que je porte à l’homme et à son art, lut son Testament (repris de Villon, drôle, gouailleur, et tellement mélodique), puis des futurs antérieurs, ses bribes lumineuses, fragmentaires et si denses, si noires et si lumineuses : et quelque chose est arrivé alors que je vis déjà un jour se produire (c’était à Paris, c’était pour remue.net, c’était ma première vraie rencontre avec les deux, Manon (son tremblement puis cette assise, cette netteté) et ses chants silencieux)) : ce qui vient alors c’est une certaine qualité de silence, un silence hors toute pompe, si surpris lui-même de cet alliage douceur & fracas, de ces images, en nombre, et si belles. De cette distance, de cette douceur, et de ce silence en nous tous, ce silence si ému.

Manon en point d’orgue de mes deux jours, et ce moment ou celle et celui qui ne connaissaient pas encore, se tournèrent vers moi comme ébahis, yeux réellement écarquillés : deux personnes, deux qui savent lire, qui prouvent encore s’il le fallait, que cet écrivain-là existe, oui, ô combien. (On parlait ci-dessus de passer, et de savoir et voir cette lumière-là passer, ça compte).

Ça compte, et ça porte, et ça aide, à questionner John Burnside, dont même l’infinie rondeur, l’extrême gentillesse, ne suffiraient à me mettre totalement à l’aise, tant son roman, ou long poème, Scintillation, m’a ébahi (j’en reparlerai sur ce site) , mais le truc tenace, force vive en dessous, porte, et tout va.

Et se souvenir alors que puisque tout avait commencé, vendredi soir, par cuisiner Oliver Rohe quant aux armes à feu (Ma dernière création est un piège à taupes, fiction biographique consacrée à Mikhail Kalachnikov, père du fusil éponyme dont je reparlerai, aussi, bientôt, sur ce site), devant la porte d’une pizzeria, on était, par ailleurs : bien armé.

Merci à toutes et tous, pour tout ça – et évidemment cette organisation impec’ (merci Odile, Guillemette, Armelle…)