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Comment c’est, commencer ?

Comment c’est, commencer ?

C’est une heureuse conjonction qui m’a mené à lancer cette proposition d’écriture et à publier les 20 textes produits depuis celle-ci. (La séance est décrite en détail ici).

La conjonction, c’est celle de ce cours d’ « écriture et numérique », à La Roche-sur-Yon, pour des étudiants en info comm options métiers du livre, où je suis déjà intervenu dans divers contextes, et de nos préoccupations dans l’élaboration de Mobilis, que nous commençons depuis quelques mois et continuons de commencer jusqu’à parution en mai d’un site collaboratif et d’une revue semestrielle imprimée.

Donner cours, pour moi qui suis plutôt un médiateur, un accompagnateur, donc, est toujours une gageure pour moi (en tout cas, la nuit précédant la première séance, bien pauvre en sommeil), et il me faut relancer, renouveler un dispositif qui ne soit pas de surplomb absolu (sans se dispenser de passer (ou tenter de) des idées, notions, considérations et re-considérations. Ce dispositif, même se donnant les moyens de l’atelier d’écriture numérique (de quoi projeter du web pour moi ; un poste connecté au web par étudiant), même envisagé comme un td, demeure un cours : il n’est pas un atelier d’écriture artistique. Je lance une proposition d’écriture de façon moins contrainte et moins littérairement élaborée que dans mes ateliers : l’idée est réellement, comme je le spécifie dans le titre de cette séance, de faire connaissance.

Faire connaissance est évidemment à entendre de plusieurs façons : aller, pour moi (enseignant) plus loin que le simple tour de table auquel je les soumets, qui énonce quelques réalités sociales et pré-professionnelles (je m’appelle, je veux devenir, je vais faire un stage chez) ; me renseigner plus avant sur leurs préoccupations essentielles et leur rapport intime au lire et à l’écrire (considérant que toute efficacité pro dans ces domaines qui sont les nôtres ne saura se forger que depuis une nécessité intime) ; mais aussi (mais surtout) les lancer dans une entreprise de méta-cognition qui les aide à considérer ces nécessités intimes, à les envisager autrement.

Mais commencer, reprenons : Je pose aux étudiants cette question que Mobilis s’est posée (et en particulier Jasmine Viguier, dans le cadre d’un dossier qu’elle prépare pour Mobilisons, revue liée), autour du mot « commencer ». Me disant que de parler de sa lecture, de son rapport à la lecture peut- être une bonne entrée en matière, d’écriture, d’énonciation, de publication, je soumets sa question, en version improvisée, changée puis redite autre, aux étudiants :

« – Quel état d’esprit vous habite alors que la première page n’est pas encore tournée, alors que vous prenez l’objet dans vos mains ? Qu’est-ce que vous en attendez ? – Qu’est-ce qui retient votre attention (poids, la taille, le nombre de page, le graphisme de couverture, rien de tout ça…) ? – Dans quelle situation/position aimez-vous commencer un livre : au calme chez vous, en transport, le soir, le matin etc… ?»

C’est donc l’exercice d’écriture, d’une écriture envisagée comme exploratoire et énonciative, pour poser des faits et des représentations d’où seront bâties les réflexions à venir. Les textes sont à lire ici .

Ce qui m’apparaît a posteriori, c’est qu’hors même de l’atelier d’écriture, usant du geste d’écriture comme d’un lanceur et d’un moyen de construction d’un échange, c’est l’infra-ordinaire de Perec qui me revient, qui ici sous-tend cette question du commencer – j’en ai parlé ici et , mais c’est frappant de constater dans mes propres pratiques à quel point l’infra-ordinaire (et ce qu’il permet, ses potentialités induites) m’ « infra-ordonne »

Et que nous disent-ils ces textes ? Que les livres tombent du ciel, sur un mode de compulsion heureuse ; qu’ils sont parfois commencés par la fin (et qu’il y a des raisons pour cela, et qu’elles varient selon les individus) ; que la couverture compte, qu’elle compte beaucoup, qu’elle compte parfois bien plus que l’auteur ;  que tout parfois commence avant de lire une ligne, dans le geste de transmission d’autrui qui vous offre un livre ; que tout cela change selon la prescription, les supports, et le contexte de la dite lecture

La lecture enchainée de ces textes m’est précieuse, en tant que ressource documentaire (car je ne saurais sinon que présumer, qu’imaginer qu’il y a beaucoup de cycles fantastiques ou de mangas dans leurs lectures, sans en imaginer ni la proportion ni, encore moins, l’effet), mais aussi comme premier décentrement (je parlais plus haut de l’intérêt de cette méta-cognition, consubstantielle au dispositif d’atelier) sur lequel me baser pour pousser plus avant les spéculations lors des deux cours suivants, et en tant que ressource constituée, agrégée en un corpus dont je sais aussi que la lecture d’ensemble produira autant que la production de chaque texte individuel, sur leurs auteurs…

Mais j’aurais pu parler ici de cet autre cours, plus littéralement lié à l’infra-ordinaire, que j’ai donné récemment au Limès de Poitioers à l’invitation de Martin Rass, où sont retracées des semaines de lecture, sans distinction de genre ni de classe – et que ce flot-là est tout à fait excitant à suivre… Ces textes-là, d’une semaine de lecture racontée par son lecteur, sont à lire ici.

A suivre, donc.

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« Edition multipliée : Le livre numérique », Roxane Lecomte et Jiminy Panoz (26/09/2013, La Roche-sur-Yon)

 « Edition multipliée : Le livre numérique », Roxane Lecomte et Jiminy Panoz (26/09/2013, La Roche-sur-Yon)

couvMagnin-publie.net -roxanelecomte

couvMagnin-publie.net -roxanelecomte

(Quelques images du livre Le jeu con­tinue après ta mort,  de Jean-Daniel Magnin (publie.net). On trouve le livre ici-même.)

A LIRE, cet outil d’apprentissage et de découverte extraordinaire, multiplement évoqué au cours de cette journée  Livre gratuit : le b.a.-ba. du livre numérique par Jiminy Panoz

EDITION MULTIPLIEE : LE LIVRE NUMERIQUE

Jeudi 26 septembre 2013, Pôle Yonnais de l’Université de Nantes à la Roche-sur-Yon.

 

« Si l’ebook designer est auteur, ce n’est que d’une réflexion. Quand je répondais à cette question lors de la soirée, est-ce que le créateur de livres numériques est également auteur, j’ai involontairement placé dans ma réponse « mes livres » : c’est un superbe lapsus révélateur, car oui, je les considère un peu comme mes livres, j’ai passé du temps dessus, je m’en sens proche, je suis pressée qu’ils soient publiés, et tout comme pour les auteurs, ce sont un peu mes bébés. Mais ce ne sont pas mes livres dans le sens de possession-copyright-droit d’auteur : j’y suis juste attachée car j’y ai participé, que bien souvent ce sont des aventures humaines avant même d’être des aventures littéraires. », explique-t-elle, dans cet article, à propos de son métier si mystérieux, si nouveau, si chic (vu de loin), si exigeant (vu de près, au cœur du texte, de l’écran) – elle, c’est Roxane Lecomte, moitié de ce binôme (dont l(autre part est Jiminy Panoz) que nous questionnerons ce jeudi 26 septembre, à La Roche-sur-Yon, pour la quatrième journée de ce cycle qui m’a (nous a) occupé, toute cette année 2013, dont le blog [lire+écrire]numérique, cycle conçu avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de la Loire témoigne en tant que trace, regroupement des ressources (captations vidéo, textes produits en atelier…)

Nous pourrons, ce jour-là, nous pencher sur le texte et ce qu’ils en font, eux deux ; avec quel soin ils s’efforcent de donner au texte considéré le meilleur espace d’inscription, de lui donner la meilleure place – celle qui aidera notre œil à s’en saisir. Parce que le livre, en tant qu’espace de réflexion prodigieux, à l’ergonomie extrêmement complexe (le livre est une technologie, affirme Hervé Le Crosnier), ne va pas disparaître dans le numérique – enfin, ce qui nous importe dans le livre (ce qu’il nous apporte) ne va disparaître, mais assurément va changer – comme aussi tout change, à chaque instant de nos vies.

Et pour nous aider à l’appréhender, ce changement, ces changements, il devrait être fortement aidant de les écouter, de les questionner à ce(s) sujet(s).

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Programme

9h – 17h. Entrée libre sur inscriptions.

9h30 : Accueil café

10h : Conférence en duo « Edition multipliée : Le livre numérique » avec Roxane Lecomte et Jiminy Panoz. Comment fabrique-t-on un livre numérique aujourd’hui ? Qui sont ces nouveaux artisans de l’édition qui façonnent un objet immatériel que l’on embarque sur de nouveaux supports, de nouveaux écrans ? Comment pense-t-on cet objet, en continuité ou en rupture avec la chaîne graphique et les circuits d’impression traditionnels de fabrication du livre ? À travers le parcours de nos invités – de leur formation (à l’IUT de la Roche sur Yon pour Roxane Lecomte) à la création de leur studio (Chapal&Panoz) en passant par l’expérience publie.net,  nous déplierons les étapes nécessaires à la fabrication d’un livre numérique et discuterons de ce que cela change du côté de l’éditeur, de l’auteur, du lecteur et plus largement des acteurs du livre et de la lecture.

12h30 : Pause déjeuner

14h : Atelier de conception et pré-production d’une édition numérique. Atelier de trois heures en groupe  restreint. Depuis le démarrage du cycle en janvier 2013, les productions des ateliers et la redocumentation des conférences (captations vidéo, ressources documentaires, glossaire) sont venues alimenter le blog [lire+écrire]. Dans la perspective de faire de ce blog un nouvel objet éditorial (livre numérique), nous en imaginerons ensemble la maquette ; l’occasion d’interroger ce qui diffère des objets éditoriaux tel qu’un « site » ou un « livre ». Et ce qui évolue.

 A propos des intervenants

Roxane Lecomte  et Jiminy Panoz ont fondé le Studio Ebook Chapal & Panoz, opérant à la croisée de l’édition numérique, du code et du design graphique.

Roxane Lecomte développe notamment le design éditorial de la coopérative publie.net. Son domaine de prédilection est le graphisme. Jiminy Panoz est un auteur publié par Walrus Books, un designer de livres numériques et un passionné de typographie.

Renseignements et inscriptions  auprès de Christine Marzelière : christine.marzeliere[@]paysdelaloire.frTéléphone  02.28.20.51.35

Inscriptions au stage de l’après-midi : auprès de Guénaël Boutouillet et/ou Catherine Lenoble

Ryoko Sekiguchi, 15 et 16 février Mangers multiples

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(Ryoko Sekiguchi-©HBamberger)

Pensée avec Eric Pessan (lequel a dû, depuis, se retirer de cette affaire-là, à regrets, parce que le temps lui manque pour écrire (ce dont par ailleurs, on ne se plaindra pas – qu’il écrive)), cette visite de Ryoko Sekiguchi en Vendée, visite que j’aurai le plaisir d’accompagner, et d’animer, ce week-end, sera l’occasion de découvrir les multiples talents de la dame, et les les multiples facettes de son œuvre. Ryoko est poète et traductrice. Depuis sa résidence à La Cocotte en 2011, est apparue au grand jour son intérêt pour la gastronomie. Appétence, compétence, et très belle mise en perspective de notre rapport aux aliments et à ce que nous en faisons, que la double parution de Manger fantôme et de L’Astringent, aux éditions Argol, n’a fait que confirmer depuis. Aspects symboliques, linguistiques, et gustatifs, de nos modes de nourriture (et donc: de vie) sont examinés dans ces deux livres, dans leur grande complexité – et tout nous paraît, sinon simple, du moins lumineux. C’est aussi un des traits de la poésie de Ryoko Sekiguchi, à la fois savante, bâtie selon des dispositifs formels complexes, et comme évidente. Offerte, en simplicité.

Programme

Vendredi 15 février, 19 hCafé littéraire (lecture, discussion), Médiathèque Benjamin Rabier – Esplanade Jeannie-Mazurelle à La Roche-sur-Yon
Samedi 16 février, 11hBrunch littéraire « Manger la fumée », avec des mets concoctés spécialement par Ryoko Sekiguchi, à la Médiathèque de Saint Jean de Monts.
Samedi 16 février, 15hCafé littéraire autour de l’oeuvre poétique de Ryoko Sekiguchi

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L’auteure

Ryoko Sekiguchi, née en 1970 à Tokyo, vivant à Paris depuis 1997, est poète et traductrice. Elle a obtenu le prix Cahiers de la poésie contemporaine, en 1988. Elle publie en japonais depuis 1988, est traduite en français depuis 1999, et écrit en français depuis 2003. Traduisant « dans les deux sens » (du français au japonais et vice-versa), elle considère son travail comme toujours « traversé par une certaine manière d’être à deux ». Elle a publié de nombreux livres aux éditions P.O.L

Bibliographie
Elle a écrit notamment Héliotropes, et Deux marchés, de nouveau, Calque, aux éditions P.O.L. ; Apparition, avec Rainier Lericolais (Les Cahiers de la Seine, 2005) ; Le monde est rond, avec Suzanne Doppelt et Marc Charpin (Créaphis, 2004) ; Cassiopée Péca (cipM, 2001). Elle a traduit, entre autres, Pierre Alferi, Atiq Rahimi, Yoko Tawada, Jean Echenoz et Gôzô Yoshimasu ainsi que de la poésie classique japonaise et de nombreux mangas d’auteurs.