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« On a vécu du temps » | De quelques ateliers d’écriture en 2016 avec la Maison de la poésie de Nantes & de leurs traces

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« On a vécu du temps » | De quelques ateliers d’écriture en 2016, de leurs traces

Parler ateliers d’écriture je l’ai souvent fait par ici, la maison de la poésie de Nantes est évoquée souvent par là, et je n’avais jamais jusqu’à cette année 2016 (celle qui vient de se terminer, pour laisser s’ouvrir sa suivante, 2017, que je vous souhaite tout-terrain, il faudra résister aux chocs) agi en ateliers d’écriture pour la maison de la poésie de Nantes. De cette expérience, j’ai envie de rendre compte, en biais.

La question de la publication en ateliers, c’est par le prisme de leur conversion numérique (dans ma pratique) que je l’ai  souvent abordée, laquelle, la résolvant nativement (en atelier connecté, le texte a vocation publique), la décentre en fait pour l’ouvrir autre, en faisant une composante du geste (déjà composite) d’écriture « solitaire-à plusieurs » telle que l’atelier l’induit.
Les deux ateliers de 2016 pour la MaisonPo, poésie fm (atelier de production, avec Julie Auzou, des textes (de collégiens) composant deux émissions de radio diffusées puis podcastées sur les ondes de Jet fm), puis celui de la gazette ci-dessous feuilletable, produite pour, vers & avec le festival midi-minuit poésie (16eme édition, décembre 2016, le lieu unique, Nantes) étaient d’une densité à la hauteur de leur enjeu multiple : mettre en main, en bouche, en dialogue, des ouvrages du plus contemporain de la poésie d’aujourd’hui, à des collégiens (pour poésie fm) et des lycéens (pour la gazette), impulser une écriture avec & depuis ces livres et auteurs, et tenir en parallèle l’impulsion, garder la main sur tous les sous-groupes (chacun produisant sa pastille, sa note de lecture, son texte « à la manière de »), prolonger par l’écriture l’étonnement premier, le plus fécond, de leur rencontre avec ces textes.

Poésie fm – à l’écoute.

Sophie G.Lucas, poète excellente, que j’ai remplacée au pied levé, et qui demeure l’animatrice principale de ces ateliers radio, est interviewée à ce sujet pour la revue mobiLISONS.

Pésie fm 1 – classe de 4ème D du collège Salvador Allende de Rezé. ECOUTEZ LE PODCAST : ICI

Poésie fm 2 – classe de 5ème J du collège Saint Blaise de Vertou ECOUTEZ CETTE EMISSION EN PODCAST : ICI

La gazette des lycéens.

La gazette est disponible dans sa belle maquette et son format 8 pages A4, à la maison de la poésie de Nantes – et Télécharger la gazette 2016 en pdf, ici

Version feuilletable

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Edito

On a dit c’est quoi ces textes, de la poésie ?

On a ouvert les livres, on les a parcourus, on a tourné les pages, on les a refermés, énervé, intrigué ou inquiet — on a été surpris, ému, choqué, interrogé.

On a écrit : à plusieurs mains, des mots en majuscules, des mots en colonnes, des copier-coller, ce qui avait chagriné ou déconcerté, on a dessiné.

On a vu : des visages s’éclairer, des élèves s’engager et lire en silence, des élèves en désaccord, chacun défendant son idée du texte.

On a entendu : étrange, bizarre ,  » trop ouf », trop bien, ça change.

On a vécu une rencontre, des rencontres, des échanges, on a vécu du temps : une appropriation progressive (du c’est quoi, de ces textes, de la poésie).

Delphine Bouteloup, Béatrice Clergeau (avec l’aide de Guénaël Boutouillet, on s’est servi d’un aspect du travail de Frank Smith).

L’AVANT APRES

Poésie, pas poésie  ?

Poétique, ça dépend des fois.

Une fois  : Il y a des vers, et parfois des syllabes, il y a des fautes de frappe, il y a des numéros des fois, et les mots employés, les insultes tout ça  , c’est pas commun, c’est pas de la poésie, c’est des mots, juste des mots, on dirait qu’il prend des bouts de phrase, qu’il met bout à bout, et ça n’a aucun sens, ça a un peu la forme d’un roman, c’est spécial, on a l’impression qu’il a écrit n’importe quoi, la présentation elle ressemble pas à de la poésie, là on voit pas trop de poésie, mais ici oui, ça existe la poésie en prose, mais là, j’arrive pas à piger la logique on a l’impression que rien ne s’enchaîne, en fait on comprend rien, y’a plein plein de mots, y’a pas de phrases, c’est très saccadé, on a l’impression qu’elle a mis les mots au hasard, on dirait que c’est pas organisé, mais là y’a de la poésie, ce qui est poétique, c’est l’ensemble des phrases, de la poésie y‘en a pas là-dedans ! c’est des jeux de mots, ça veut rien dire, les mots n’ont pas trop de sens, y’a pas de ponctuation, on dirait surtout une succession de pensée, c’est dans l’énumération, c’est étrange étrange, très très très étrange, la forme, je ne vois pas ce qu’il y a de poétique, c’est déroutant, vraiment bizarre, ça n’a aucun sens, la personne a aboli toutes les règles de l’écriture traditionnelle, de la syntaxe, 6 pages sans ponctuation, c’est vraiment bizarre, de la poésie oui et non, c’est plein d’allégories et d’anaphores, il y a de la musicalité, c’est comme des fourche-langues, c’est des trucs truqués, y’a écrit au début. C’est elle qui les a inventés, y’a de la moquerie à moitié, ça se voit que c’est de la poésie de maintenant, y’en a ils sont un peu hardcore.

Une autre fois  : Oui c’est de la poésie enfin ça dépend de la perception de la chose, oui, en tout cas ça reste de l’art puisque ça provoque des sentiments chez les gens et du moment où on reste pas insensible on peut considérer que c’est de l’art, avec la partie lyrisme, les chants du début, certains passages s’apparentent à de la poésie, d’autres moins, je pense que c’est un mélange, je trouve que c’est pas de la poésie, au sens où il n’y aucun des indices poétiques qu’on nous a enseignés, après c’est son style à lui, mais moi je trouve que c’est de la poésie, contemporaine, moderne, je ne sais pas, il y a des moments qui sont beaux, quand même, et moi je pense que ce n’est pas de la poésie mais il y a des moments très intéressants, pour moi y’a quand même de la beauté dans ce qu’il dit, et la beauté c’est quand même la base de la poésie, non  ? Moi j’ai trouvé que c’était à la croisée de la méditation et de la poésie, un peu comme de l’hypnothérapie, pour moi oui, c’est de la poésie puisque ça me détend, la poésie c’est pas obligé d’avoir une forme fixe, et quant à ce dont ça parle, pour moi la poésie c’est pas supposé parler d’un thème précis dont ça ne me gêne pas plus que ça,

On s’attend absolument pas à lire ça, au début on se dit que c’est pas de la poésie et après réflexion on se dit que si, c’est juste que c’est pas une poésie habituelle, en fait, mais oui, je pense que c’est de la poésie,

en tout cas si c’est pas de la poésie, ça y ressemble.

Et l’ours :

 MIDIMINUITPOÉSIE#16 – du 7 au 11 décembre 2016 / NOTES DE LECTURE, CRÉATIONS
Écrite par les élèves de 1ère L du Lycée Jules Verne – Nantes et les élèves de 2nde B du Lycée St Joseph du Loquidy — Nantes.
Les gazettiers : Coordination éditoriale : Guénaël Boutouillet / Enseignants : Delphine Bouteloup & Béatrice Clergeau / Enseignantes documentalistes : Isabelle Lanta, Béatrice Millecamps & Claire Daguenet / Maquette : Arthur Escabasse
Classe de 1ère L du lycée Jules Verne :
Clara Blouet, Solenn Gargadennec-Taupin, Joanna Potet, Romane Averty Latouche, Lucie Malevialle, Niels le Moine, Emma Ducroux, Maïa Millot, Lucille Charpin, Johanna Pham, Clémence Deborde, Marianne Bazin, Alix Saint-Gilles, Maëliss Gauthier, Justine Cognard, Matéo Frisano, Jade Allami, Maud Dussart, Emma Bazile, Juliette Fournier, Charlène Guillot, Sara Micalizzi, Samuel Ballu, Emilie Fraise, Adrien Granjon, Zéia Foulongani, Emma Cassildé, Ayoub Battoy, Aurore Contassot, Dieynaba ba, Fatima Seye.
Classe de 2ndeB du lycée St Joseph de Loquidy :
Flavie Minier, Cyprien Jarry, Léo Tomasso, Yvan Sansoucy, Alix Le Hiboux, Capucine Pignolet, Margaux Jouret, Marius Bouffant, Elise Jadaud, Lisa Queinnec, Domitile de Blignières, Mathieu Bodereau, Baptiste Chaillou, Manon Mahé, Clémence Thorel, Françoise Mescheriakoff, Lucas René, Alfred Loquillard, Marie Lefebvre, Willy Mercier, Marie-Bertille Depardieu, Lise Salvador, Camille Lebreton, Antoine Labeyrie, Adrien Daniel Thezard, Émilie Craneguy, Justine Artusse, Maxime Bocquier, Marie Alègre, Juliette Naux, Jules Demars, Gauthier Cornuaille, Hugo De la Chapelle, Flore du Teilleul, Maeliss Guibert.

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MIDIMINUITPOÉSIE#16 invitait :

Marie Cosnay, Frank Smith, Thomas Vinau, Clémentine Mélois, Amandine André & Hélène Breschand, Samantha Barendson & Samir Aouad, Luc Bénazet, Deborah Lennie & Patrice Grente, Tone Škrjanec, Tina Darragh, Marcella Durand, Tonya Foster, Pierre Escot, Julien d’Abrigeon, Vanille Fiaux & Jonathan Seilman, Tapin2, Les Divisions de la joie, La Moitié du Fourbi, Vacarme, la Folie Kilomètre, le Label des Cousins crétins.

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MidiMinuitPoésie #14

Santé !

(Note additive, post-scriptum, postface (lundi 13 octobre : après-coup)

J’y reviens par une note, c’est lundi estourbi et déjà pris par d’autres lectures et menues urgences, j’y reviens par une (courte, bien trop courte) note avant que le flux des choses reprenne la main, j’y reviens parce qu’il faut, quand même. Je parlais ci-dessous de fidélité, d’amitié, c’est essentiel et ça compte, on aime à y revenir et à fortifier ensemble cet Ouvert, il y a un pan de vie là-dedans (joie de revoir Jean-Pascal Dubost, qui me mena dans cette affaire de C.A, il y a huit ans, qu’il en soit ici, à nouveau, et inlassablement, remercié, tant cette commensalité-là m’a agrandi, formé, et continue de ; mais aussi d’apprécier les compétences d’Estelle, récente graphiste & et communicatrice de la Maison, en même temps que de partager l’agréable, solide, aidante compagnie de Richard, qui en fut aussi et y apporta beaucoup – et combien ailleurs, dans nos vies surchargées, reviennent aider bénévolement ce qu’ils ont quitté, ainsi ? Ces détails (qui n’en sont pas) de vie pro signifient aussi quelque chose).
C’est surtout, cet immense sourire qui nous prit quand, en pause après huit-dix heures d’écoute assidue (et de présentations enchaînées, pour ma part, les lire : François Matton, Charles Robinson), avec les chers ami(e)s de Ce qui Secret, vint le temps de boire à cette santé : de n’en toujours pas revenir, au bout d’une dizaine d’années pour ma part, de cette réinvention perpétuelle de ce festival, de constater qu’il fait toujours, intimement et collectivement, sens ; et qu’il le fait plus et mieux. Ne cédant à aucune sirène paresseuse et réductrice, ni à la dictature quantitative ni au tautologisme et prophéties auto-réalisatrices de l’événementiel majoritaire (je connais, j’ai donné, je pourrais détailler), Midi-Minuit existe et nous fait exister plus, et autres.
La force de l’habitude n’existe pas, l’habitude est un agent d’amoindrissement, si souvent, dans nos vies – ce que ce festival fait est exceptionnel (je pèse le mot, je n’exagère pas, je le souligne sciemment);  et cette amitié-socle, durant Midi-Minuit, est rejouée, relancée, solidifiée : car Midi-Minuit est unique, il ne ressemble à nul autre, par la diversité de ses propositions, leur cohérence de construction (voir la complicité tendrement vacharde de Claude Favre et de François Corneloup, qui ne se connaissaient pas avant de performer en duo ; participer à la rencontre de Robinson et Beurard-Valdoye, qui ne se connaissaient pas plus mais ont tant à se dire et le constataient ; ne sont pas qu’anecdote de vie festivalière, mais attestations de cette qualité de travail et d’invention-là, aussi, dont Magali Brazil sait faire preuve).
Alors, le redire, net, et bold : Bravo, merci – et à suivre.
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Midi-Minuit, c’est histoire de fidélité, personnelle (je, auteur de cet article, est dans la liste des noms ci-dessous, puisque dans ce festival nantais j’œuvre à mon échelle, interrogeant & ou présentant des auteurs, en voisinage et complicité, depuis des années). Ce travail de présentation qui nous demandé (proposé), aux bénévoles amis, a été essentiel dans mon chemin d’écriture (et pas seulement, puisqu’il s’agit de dire cette présentation debout sur une scène, l’écriture n’est donc pas seule en jeu, le corps y a sa part, puisqu’il faut écrire, puis dire, debout). À faire re-défiler ces présentation successives (et reprises sur le présent site, ainsi que dans l’anthologie Gare Maritime), de David Christoffel à Emmanuelle Pireyre, le partage entre ce que j’aurai proposé et ce qui m’aura été proposé est grosso modo équitable, en symbole de cet échange vital, force du travail en partage.
Midi-Minuit, c’est donc près de chez moi, c’est surtout de toujours plus haute tenue, fort inventif et généreux. Il n’est qu’à voir le programme (ci-dessous) et sa superbe affiche (ci-dessus) signée François Matton (dont on réécoutera l’ entretien avec Catherine Pomparat sur remue, ma foi, à cette occasion), où l’on lit les noms de Charles Robinson, Patrick Beurard-Valdoye ou Samuel Rochery. Programme éloquent, témoignant par son exigeante diversité  du renouvellement du champ de la poésie contemporaine, de son dialogue accru avec les autres arts, et ce loin de toute « chapelle » ou convention.
Et puis, d’ajouter, qu’en plein cœur d’une époque occupée (oui, littéralement occupée), par l’événementiel, n’est-il pas extrêmement important, émouvant, stimulant, de voir au fronton d’une affiche, un slogan tel que celui-ci (signé François Matton) :
Sieste à toute heure
Bon départ dans l’affection nouvelle
À jeudi, vendredi, samedi, à bientôt, vite et lent.

LE SITE : http://www.midiminuitpoesie.com/
LE PROGRAMME
Jeudi 9 octobre 15h30 | café-librairie les Bien-aimés. Lecture de Films en prose, de Jacques Sicard par Gilles Blaise, sur une création vidéo de Thomas Chatard. (Gratuit sur réservation, au 02 85 37 36 01 ou à la librairie Les Bien-aimés) De 16h30 à 19h30 | Cité des Voyageurs. Présence des éditions Héros-limite : livres et « Pavillon d’écoute », création sonore dans la cave voûtée. (gratuit) 19h30 | Cité des Voyageurs. Projection du film Berliner Trio pour stations et traversées d’Isabelle Vorle, sur une lecture performée en live dePatrick Beurard-Valdoyeet une musique de Jean-Jacques Benaily, suivie d’un entretien avec les invités, animé par Guénaël Boutouillet, et de la projection du film Tous se terrent, sur un texte de Patrick Dubost. (Entrée : 3€ / Abonnés, étudiants, demandeurs d’emploi : gratuit)
Vendredi 10 octobre De 11h30 à 14h30 | Cité des Voyageurs. Présence des éditions Héros-limite : livres et « Pavillon d’écoute », création sonore dans la cave voûtée. (gratuit) De 15h à 18h | Passage Sainte-Croix « Les cabines phoniques », installation-atelier pour les enfants. (Gratuit) 18h30 | café-librairie les Bien-aimés. Lecture de Films en prose, de Jacques Sicard par Gilles Blaise, sur une création vidéo de Thomas Chatard. (Gratuit sur réservation, au 02 85 37 36 01 ou à la librairie Les Bien-aimés) 21h00 | galerie de l’école des Beaux-Arts. Approches de la poésie actuelle : trois éditeurs présentent leurs travaux, et un auteur de leur catalogue pour une lecture. Avec les éditions Héros-Limite et Christophe Rey, leséditions La Barque et Ossip Mandelstam, les éditions Plaine Pageet Ritta Baddoura. Animé par Alain Girard-Daudon. (Entrée : 3€ / Abonnés, étudiants, demandeurs d’emploi : gratuit)
Dimanche 12 octobre 15h00 | au Cinématographe Projection du film Gare de Jade, de Yu Jian, et entretien avec l’auteur, Li Jinjia (traducteur) et Claude Mouchard, animé par Alain Nicolas. (Entrée : 5€ / Abonnés, étudiants, enfants, demandeurs d’emploi, Carts, Carte blanche : 3€)
Samedi 11 octobre | de midi à minuit | gratuit
11h00 | Les Bien-aimés. Lecture de Films en prose, de Jacques Sicard par Gilles Blaise, sur une création vidéo de Thomas Chatard. (Gratuit sur réservation, au 02 85 37 36 01 ou à la librairie Les Bien-aimés) 12h00 | Place Sainte-Croix. Inauguration. 12h30 | Place Sainte-Croix. Lecture-concert de Claude Favre et François Corneloup 14h00 | Le Cercle rouge. Performance d’Anne-Laure Pigache. 14h45 | Passage Sainte-Croix. Lecture de Marie Borel. 15h30 | Galerie de l’école des Beaux-Arts. Lecture-projection de François Matton. 16h15 | Place Sainte-Croix. Performance sonore de Charles Robinson. 17h00 | Le Cercle rouge. Performance de Mathias Richard. 17h45 | Galerie de l’école des Beaux-Arts. Projection commentée de Alphabet, de et avec Philippe Jaffeux. 18h30 | Passage Sainte-Croix. Performance poétique dePatrick Beurard Valdoye. 19h15 | Place Sainte-Croix. Performance musicale d’Anne Waldman et Will Guthrie. 20h00 | Les Bien-aimés. Entretien avec Jacques Sicard. 21h00 | Cité des Voyageurs. Lecture bilingue de Yu Jian (salle d’exposition). 21h45 | Place Sainte-Croix. Lecture-concert de Samuel Rochery et Cyril Secq. 22h30 | Passage Sainte-Croix. Lecture de Fabienne Raphoz. 23h15 | Galerie de l’école des Beaux-Arts.Stéphane Batsal : projection de vidéos et lecture par Fabienne Rocher et Véronique Rengeard (comédiennes). 00h00 | Galerie de l’école des Beaux-Arts. Bœuf poétique et musical, rencontres impromptues
Et aussi
De midi à minuit | Émission en direct sur Jet FM 91.2 De 11h à 22h | Les Bien-aimés. Présentation et vente de livres des éditions La Barque. De 12h à 22h | Cité des Voyageurs. Présence deséditions Héros-limite : livres et « Pavillon d’écoute », création sonore dans la cave voûtée. De 15h à 18h | Passage Sainte-Croix. Présence des éditions Plaine Page : livres et « Cabines phoniques », installation-atelier pour les enfants. De 14h à 18h | La Maison de la Poésie ouvre les portes de sa bibliothèque.
Du 3 au 12 octobre : Création textes et dessins de François Matton dans l’espace public et aux Galeries Lafayette.

un centre est toujours de trop (Virginie Poitrasson)

« Et c’est déjà disparu, apparu encore un peu plus loin, au loin, par les lointains que l’on génère si frénétiquement, fastes mélanges, lignes du désir au-delà de la raison et c’est un peu plus disparu, je m’éloigne de l’attraction, un centre est toujours de trop, comme une obsession du déploiement. J’aime cette déraison du signe, là à jamais disparu, ici pourtant déjà éloigné. Et je m’aligne, oui, sur les lignes de la main, un avenir vers les lointains, être dans la trame et pourtant à reculons. »

(Extrait de: « Tendre les liens. », de Virginie Poitrasson, publie.net, ISBN 978-2-8145-0207-9)

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(Cette collecte d’extraits de livres lus ou en-cours-de est personnelle, forme d’herbier sans valeur scientifique – rien ne vaut de découvrir les livres entier.)

Découvrir un auteur en accéléré, c’est toujours un peu ce que permet / contraint cette commande, faite par la Maison de la poésie de Nantes lors de l’annuelle édition de Midi-Minuit (déjà la XIIIème, ce week-end, du 10 au 12 octobre 2013 à Nantes), à quelques-unes et -uns, de présenter en quelques milliers de signes les poètes, plasticiens, performers, musiciens invités – j’y souscris depuis un petit paquet d’années maintenant, et ces présentations sont pour la plupart réunies sur ce site. Cette année c’est l’étonnante Virginie Poitrasson qui me retient, avec force fougue, en ses nasses, plis et déplis de textes et de tissus. (Les deux mots on le sait ont origine commune). Elle lira samedi soir et formera matières dérivées et tonnantes depuis son excellent et virevoltant Il faut toujours garder en tête une formule magique (éditions de l’Attente, 2012), mais c’est de Tendre les liens, paru chez publie.net, que sont issues les lignes, ci-dessus. Lesquelles font réponse, voire explication, au suscité livre paru à l’Attente ; qui dans le même temps, comme en retour, les documente, les expanse – et ce moment de la plongée dans l’auteur où tout semble se répondre, c’est aussi de mon désir en marche, de mon écriture en faction. Un curieux précipité.

Il étoile, ça brille – (Midi Minuit poésie 12, reportage)

Y revenir.

Difficile d’y revenir, quand on a aimé (midi-minuit), que ça compte qu’on ait aimé (midi-minuit) parce qu’il nous importe d’aimer (midi-minuit). Parce que, d’avoir fait partie quelques années durant du conseil artistique de la Maison de la Poésie de Nantes, lequel, parvenu à maturité, après des années de travail mutualisé, a su muer, sans briser ni perdre son atome (cet alliage amical et exigeant qui fait de la Maison, de sa programmation, de sa qualité d’accueil, un lieu d’exception pour la poésie (de fait, pour la littérature en son ensemble, dont la poésie est constitutive)) ; d’en avoir fait partie et d’en être demeuré proche est une joie, est une fierté, oui, les deux, une manière de joie fière d’être joie, irréductible joie.

Merci à toutes et tous, ceux qu’on cite mais aussi ceux qu’on ne citera pas, celles et ceux qu’on n’aura pas pu voir ou écouter, tant le programme fut dense.

Il y avait aussi pour ma part propre des obligations, de celles qui importent, à savoir : présenter par un texte produit pour l’occasion un ou plusieurs invités au festival – les textes sont ici : consacrés à Sebastian Dicenaire & Maja Jantar ; puis à Gilles Weinzaepflen et David Fenech. Textes centrés sur l’écrivain, c’est le propos c’est la commande c’est la destination (Gare maritime), c’est aussi mieux ma compétence. Mais, dans les deux cas, une large part de l’enchantement qui me saisit ensuite, une fois ma présentation accomplie, devenant auditeur, un auditeur tout de tension s’atténuant, doucement, d’avoir parlé dans le microphone, en concentration donc étrange, déplacée, comme revenu de ce travail d’écriture de l’écriture, me vient des musiciens : c’est doublement logique (dans cet état de descente, l’accident sonore perce aisément, physiquement ; prend comme à revers cette concentration au texte, élaboré puis lu, puis passé) ; c’est, en ces deux cas particuliers, à signaler.

J’y tiens aussi car mes deux présentations ne montrent que trop peu les musiciens :
Maja Jantar est une vocaliste improvisatrice étonnante, sylphide dotée de plug-ins inconnus, qui lui font produire du son littéralement inouï. Me reviennent un court passage de saturation, acier frotté sur pierre aurait-on dit, qui ferait peur aux plus méchantes machines, et ces kouloukoukou sussurés, quasi gazeux, mais surtout une extrême précision sonore et de montage, de sa part comme de la part de Sebastian Dicenaire. Et puis, accompagnant le désenchantement européen de Weinzaepflen, l’hallucinante virtuosité du mix de matières (disques, guitare, effets) de David Fenech, qui passa même en phase finale par des tremblements techno organiques (303, 101, comme quelque machine Roland, quoi), comme un écho non concerté à cette présentation que j’avais conclue par un éloge des Low Frequency Oscillators.

Durant un festival à la programmation si ventrue il y a à voir et entendre sans cesse, masse informative à quoi des petites pauses entre lectures, des discussions avec les amis, surgis du coin d’une des quelques rues du quartier Decré où tout ce débordement se propage durant un week-end s’ajoutent pour faire beaucoup et comme il y a beaucoup on rate, forcément, des choses – pensées ici à Sylvie Durbec et Thierry Rat dont je n’aurai pas vu les lectures, ainsi qu’au Camion orange de Frédéric Forte contemplé seulement quelques poignées de minutes (où l’on n’était pas seul, en dépit des gouttes). Une des autres raisons de réjouissance : il y a foule, du monde, partout, à chaque lecture, dans les bars, la petite école, la galerie de l’ERBAN, et qu’importe la pluie …

Se réjouir alors de ce qu’on n’aura pas raté, qui ne nous aura pas raté non plus, à dire vrai : l’explication de textes (au sens propre) en images et mots des incroyables conjugaisons de locutions ordinaires de David Poullard et Guillaume Rannou , permettant de prendre pleine mesure de la puissance imaginative de cette folle entreprise, de cet humour essentiel aussi, comme l’obsession est menée en logique à son terme et devient folle, alors, folle et belle et drôle. Cette tangence, territoire commun de ce qu’on nomme humour et de ce qu’on nomme poésie, embellie encore d’une potentialité politique (leur travail pour RESF, que je n’avais pas noté) qui ne gâche rien.

Puis Suzanne Doppelt lit La plus grande aberration, son livre d’images avec images (projetées, les photographies de formes de Suzanne), et ce qui se pose est de grand calme interogatif : elle nous raconte et spirale la figure, les figures du tableau de  Jacopo di Barbari appelé Luca Paccioli. Étrange sensation de ce mystère s’épaississant du tableau regardé, de ce qu’il montre et cache autant, impression d’illusions auditives, de clarté à double fond.

Puis, en fabuleux continuum, deux moments que j’attendais espérais fort, sans savoir encore. Savoir qu’on attend quelque chose, de l’ordre de l’événement intime, sans savoir ce que ce quelque chose sera.

Frédéric Werst est interrogé par Alain Nicolas à propos de Ward, son énorme livre paru chez Fictions et Cie, restitution par/depuis la langue d’un monde imaginaire, folle entreprise d’élaboration d’une culture (non pas d’une civilisation, précisera-t-il, j’évite ce mot, je voulais le fuir absolument), celle du wardwesân. C’est l’œuvre d’une vie, ce livre (qui n’est que le début d’un cycle), fabuleuse élaboration d’un univers énoncé depuis la langue, ses variantes, ses productions (Ward est présenté comme une anthologie des œuvres composées par ce peuple au premier et deuxième siècles après Zaragabal), ses périodes historiques. Le mouvement de Werst est singulier : quand les langues imaginaires dans les livres, notamment de fantasy, sont souvent un élément de décor, d’ambiance, ici c’est le socle d’où tout s’échafaude, la langue est l’origine du projet et l’accomplissement d’un livre. Et de l’entendre lire le wardwesân puis sa traduction nous projette de plain-pied dans ce monde, son mode, et nous submerge la beauté absolue de l’ensemble : l’idée (d’une langue), son élaboration (dans la langue). Il lit en wardwesân, puis en parle, et c’est formidablement émouvant d’être ainsi reçu dans un monde, c’est aussi (à l’inverse des clichés ordinaires quant au dedans et au dehors), étonnamment intime. En wardwesân le verbe être n’existe pas, nous dit-il, et c’est tout un rapport au monde, aussi, qui bascule.

Comme un continuum. La langue comme une question posée à l’être, une question fondamentale, une ouverture, un passage permanent. D’enchaîner, cavalant, ce moment de suspension-là avec la lecture par Camille de Toledo de son Inquiétude d’être au Monde (Verdier), ce chant provoqué par l’exécution massive de dizaines de personnes par le néo-nazi Breivik, sur l’île d’Utoya, à l’été 2011, est une évidence. L’Inquiétude d’être au Monde est un chant, qui, pose, aplanit la riche réflexion de Camille de Toledo. Du Flurkistan jusqu’aux Vies potentielles, De Toledo arpente les complexités conceptuelles du monde, sans jamais séparer arbitrairement analyses littéraire et sociale : la littérature est inquiète ; l’inquiétude est ce qui nous tient gorge nouée face aux abimes ; la littérature doit se tenir dans le monde, elle doit ‘s’y tenir d’elle-même, sans rien abdiquer de sa question : la langue). Sa parole, discrète et tenace, compte, et sa conversion dans le poème, ce chant de l’entre-les-langues, est bouleversante. Mot dont on use parfois trop légèrement, ce bouleversant, ici à sa belle place. Une émotion vive et tenue depuis les premières lignes (et la force de frappe des images, ce père, cette mère, attendant noués le retour de l’enfant), hors de toute sidération, hors de tout effet de sidération. Une belle manière aussi de n’en pas rajouter, belle confiance dans la force de son texte et passion des remises en perspective : De Toledo n’assène pas de thèse, n’a pas déniché son petit concept pré-emballé, répétons-le : De Toledo fluidifie les complexités, étoile les choses (du monde, de la langue), les nomme, nous les distinguons, et pendant que nous distinguons il propose de nouvelles associations, nombreuses, il étoile. Et ça brille.

Et ça brille (longtemps, encore).