Archives de Tag: prison

Vingt-sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dehors dedans

Séances 2–3 : Le dégel accompli, ce premier geste (non le moindre : écrire) opéré, nous continuons : rejouons : relançons. Nous entrons en littérature par la liste, par celles des Notes de chevet de Sei Shonagon, texte exemplaire de ce que la liste, en ses principes et modalités, peut détenir de & du littéraire, de vaste & sensible, de minuscule et signifiant. L’index final du livre, une fois que je le lis à haute voix, apparaît dans sa dimension méta, comme une sorte de liste des listes). Je leur propose d’en extraire deux, topées à la volée, au fil de ma lecture, puis d’écrire ces deux listes contrastées, en vis-à-vis : Choses magnifiques, choses dont on néglige souvent la fin, Fleurs des arbres, Sources chaudes… De liste à inventaire : vient Nathalie Quintane & sa « chaussure », manière de relevé tous azimuts, qu’on déplie de la façon précédemment expliquée – sans passer par la case DeLillo (ne pas nous alourdir, ici).

Le texte amorcé par « Quand je pense au mot chaussure » déclenche la machine à souvenirs, & le contrepoint descriptif (il est demandé de décrire la paire de chaussures portée en ce moment sans jeter l’œil sous la table), génèrent : quelque chose se fabrique, nous sommes dans un récit du monde – et que l’une en vienne à parler, sans métaphore intentionnelle, de technique de pose du pied, et de bien marcher qui s’apprend, pour moi : nous y sommes, quelque part où je voulais qu’on tente d’aller.

Qui rend possible l’exercice ardu à l’orée de la séance 3 – marche : inventorier ses déplacements, quotidiens, dans cet espace clos – lequel fait râler encore, qui ne s’en serait douté, mais constitue le pied d’appel de la marche idéalisée qui suit – laquelle se conclut par la tentation paysagère, via Michaël Batalla, ses poèmes-paysages & la question induite : comment rendre du paysage, comment le poser sur la page &, le posant, poser aussi du mouvement de l’œil et du flux de conscience avec ? Difficile, voire impossible, le passage à la fiction, je l’ai dit – mais ce détour, en ses batailles même, nous a mené dehors : ce qui s’écrit, avec peine, ce qui se refuse & contre mais, balbutiant, s’écrit, c’est un peu du monde rendu audible : ni nié, ni idéalisé – le clivage enkysté ô combien logiquement, entre dehors & dedans, sans être annihilé, ni même gommé (on n’est pas magicien, non plus qu’on n’est docteur) : juste contourné, relégué – instant suspendu en dessous du dedans, en dessous tumulte & rages.On n’est pas dehors, on n’en est pas plus près, juste : une infime parcelle de dehors est entrée. C’est minuscule & signifiant.

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Vingt-six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dedans (2)

Parler allez, se présenter (incapable de se souvenir de quoi de comment, ce passage-là de cette fois-là c’est : parole intelligible, a priori, sur le coup, mais rien que matérialisation en mots de force désirante : les mots filent et sitôt dit, c’est parti ailleurs).
Ceci dit fait sitôt proposer, engager, donner à faire : Séance 1 : – je propose des livres, un vrac étalé sur la table, le tout-venu de la bibliothèque de la maison d’arrêt, consigne : flâner, feuilleter, ouvrir, refermer, aller, venir, enfin en choisir un. & lire : à haute voix, une page, juste une page, de son choix. C’est quasi rien, c’est : y aller.
Le choix, leur choix, importe peu, c’est de procéder au choix qui compte (un peu comme les textes ci-produits : compte plus, pour moi, l’énergie motrice emballée, le principe de production, que le produit d’un atelier). Les choix, je leur dis & j’insiste, vous choisissez, c’est vous qui, le rien à faire qui sera fait c’est vous c’est à vous de, allez (travail dans l’ouvert, mon jeu n’est pas caché à la vue). Elles les enchaînent sur cette page de leur choix : choix d’une phrase, choix de mots, choix d’autres mots, encore, dans les textes lus par les autres. Ensuite : écrire une phrase comprenant plusieurs des mots relevés (choisir l’ordre et l’enchainement de ces mots, donc : composer); puis un texte dont cette phrase soit l’incipit et l’autre phrase relevée l’excipit. & puis finir (un choix). & puis, retournement : quand c’est fini, vous continuez, non, là, vous n’avez pas le choix, vous devez continuer.
Elles râlent alors & :
Y vont. Plus ou moins mais : y vont, de leur quelques mots ajoutés : commentaire, râlerie, rallonge – c’est histoire de. Histoire de continuer, de faire après avoir fini de faire, après avoir bouclé, bâclé même : les choses s’enchaînent, elles ont des conséquences, ces trois fois rien qu’on pose y vont, ils comptent.

Ving-cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Dedans (1)

Dedans donner du dehors, simple à dire pas à faire, d’autant qu’il y a des enjeux compliqués, qu’il faut délester d’autant d’a priori que possible – de mon côté, les a priori, du leur je ne sais pas, continuerai de ne pas savoir : ces entreprises-là, le redire, nous n’en mesurons pas l’efficace.

Dedans aller dedans rentrer pousser les portes enfin, non : attendre, un temps jamais déterminé, qu’on vous les ouvre qu’on daigne, on m’avait raconté l’attente, oui. Attendre et voir – comme c’est opaque.

Perdu. Dans cet espace infini, tout est au plus confiné, de ce fait, couloirs après couloirs, perpendiculaires et obliques successives, tout se confine à mesure, se resserre –

& ce resserrement de l’espace joue sur le temps, l’épreuve du temps s’étire – ce n’est pas le temps, c’est l’épreuve du temps qui s’étire, c’est l’expérience d’ensemble (temps, espace et mon corps là-dedans) qui vous rend malléable, désagréablement malléable & perméable aux agressions – celles d’au-dessus du dedans qui couve celle d’en dessous du dedans qui elle voudrait sortir, oui, qui du moins voudrait ne plus être dedans.

Dur, d’y porter du désir. Il s’effrite dans ces couloirs & attentes de couloir & d’alarmes & d’autorisations, dur de donner du dehors – le web déjà on ne le laisse pas entrer, alors c’est beaucoup moins du dehors qu’on peut imaginer y porter, dedans.

C’est long, ces quatre cinq portes couloirs allées courettes avant que – avant d’enfin entamer un discours (dont toute forme préparatoire a été absorbée par ma grande & malhabile crainte de tout cet environnement-là), dont on peine à dénicher les tenants, alors pour les aboutissants.

On donnerait bien du dehors, oui – mais une immense partie, l’indicible partie, l’évidente, ce souffle du dehors qu’on ne sait plus qu’à chaque instant (dehors) on porte, eh bien on ne l’a plus, dedans – on l’a perdue dans les couloirs, ou, secret espoir, laissée dans le casier avec téléphone & tablette.

& puis : dedans dehors – paroles.

Dix-neuf | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Fiction

En transit tram puis train vers Orléans où se déroule, au 108labomedia, le stage « Ce qu’Internet change au récit du monde », de François Bon, pour Livre au centre, & me raccrochant, via les flux, avec retard, aux réalités arpentées là-bas cette matinée, je me décroche de celles -qui me font chaque fois papier de verre, frottements récurrents, de ma séance d’atelier d’écriture en prison. Deux flux inverses qui communiquent, via cette contrainte géniale et simple proposée par François en atelier à Labomedia : faire fiction brève dans la case à propos de son blog (d’un blog monté spécialement pour l’occasion, d’un où transcrire l’expérience et les textes de ces deux jours de stage).

Je m’y colle sitôt mais sitôt forces de reflux, celles de la barrière fiction, ce matin en atelier – de la difficulté à produire récit en marche d’une marche rêvée, puis panorama, poème-paysage. De leur entrave, de leur rétivité, ancrée lourd, à l’imaginaire – leur redire alors que ça se produit, se fabrique, de l’imagination, c’est possible, que les mots nous servent tant à transcrire du réel qu’à le tordre, justement. S’échiner un peu, ce cap on sait on le sent, tangible, est important – & quelque chose passe, de l’énergie aussi qu’on y met, le quart d’heure de silence qui suit nous aide à le croire – car la séance avait été jusque là tendue [effet été en taule bruit de travaux dans la cour, etc].

Les textes lus ensuite, pour partie hors consigne (mais prolongeant, creusant, pour certains, la consigne précédente, si ça creuse c’est déjà largement ça), sont écoutés en grand calme : ils disent du paysage, grand et calme, non exempt de vernis carte postale, mais voient panoramique, au-delà de ce qu’elles supposaient possible. Les mots peuvent, leur répété-je, servez-vous en.