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Un chantier numérique à deux pas (de chez moi) (Anne Savelli, Roxane Lecomte)

Anne Savelli, Roxane Lecomte : lire, écrire dans/sur/avec/par/pour le numérique (mardi 19 novembre, 19h, médiathèque Diderot, Rezé)

(photo par Catherine Lenoble, [lire+ecrire numérique 4])

J’habite à côté depuis peu, j’irai donc en marchant, j’aime bien aller en marchant. Marcher en silence avant de parler et écouter. Macération tranquille d’un bouillon mental, du brouillon d’une conversation à venir. Car on règle le souffle (si du moins l’on n’est pas en retard, car alors à l’inverse, pressant le pas ahanant, on risque de dérègler tout) pour achever les préparatifs.

Quand on rencontre – en public –  une personne qu’on connaît, il y a une forme de reconfiguration du rapport. Mais quand on rencontre en public deux personnes qu’on a déjà rencontrées – en public -, il y a addition de ces reconfigurations : il faut inventer une forme, un chemin de dialogue, entre deux personnes, chemin qui ne soit aucun de ceux déjà empruntés, mais qui ne soit pas gêné de les croiser, qui rejoue nécessairement des moments déjà joués – car celles et ceux qui vous écoutent, en face, et à qui tout cela s’adresse, elles et ils n’étaient pas là les fois précédentes. Il y a une part d’artifice dans toute improvisation, il y a des gammes, des patterns, les musiciens vous le diront. Là, il y a des endroits par lesquels être déjà passés, où pourtant repasser, endroits d’où des questions se posent et agiront. S’inventeront. (L’invention c’est chaque jour, si l’on se bouscule un peu).

Anne Savelli est auteure (notamment de l’excellent Décor Lafayette cette année chez Inculte), elle écrit en blog depuis de nombreuses années. En 2013 on n’a cessé de se croiser,  de faire ensemble à des places variées, modulées : un débat au Lieu Unique en février, où je l’interrogeai avec Yves Pagès sur leur manière d’envisager leur blog et l’écriture en ligne ; ce stage partagé en avril, avec la Ligue de l’enseignement (raconté ici) ; la mise en ligne quotidienne des 13 épisodes de Dita Kepler, en juin, texte animé en feuilleton, imaginé par elle avec Joachim Séné l’indispensable ; et cette séance d‘atelier numérique que j’en ai tirée, début novembre, dans cette même médiathèque de Rezé.

Roxane Lecomte est webdesigneuse, un substantif bien barbare et fort laid ; disons alors qu’elle fait des livres, conçus avec (mais c’est le cas de tous les livres, qui sont initialement un fichier informatique) et vers un environnement numérique. Des fichiers epubs (pour publie.net, notamment). Mais pas un décalque d’un export in-design une adaptation linéaire,  non – elle conçoit quelque chose (un fichier) qui s’adapte au texte, aux usages, aux machines – elle fabrique des potentialités. Et elle en parle très bien, comme lors de cette journée où nous les avons invités et questionnés Catherine Lenoble et  avec son compère Jiminy Panoz pour la journée 4 de ce cyle conçu pour le CRL :

Et comment pense-t-on cet objet, en continuité ou en rupture avec la chaîne graphique et les circuits d’impression traditionnels de fabrication du livre ? Chapal&Panoz nous le disent clairement : il y a continuité ET rupture. Le livre numérique est un hybride entre un livre papier et site web. Au départ il y a toujours un texte, fabriqué selon les mêmes étapes que le livre, le texte est relu avec l’auteur, le travail d’accompagnement éditorial n’a pas disparu mais la page n’existe plus et le texte est devenu un flux.

Vidéos

Captation vidéo, épisode#1

Captation vidéo, épisode#2

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Mardi soir, donc, une discussion depuis leur propre pratique, espoirs, déceptions, expériences de chaque jour – car l’invention c’est chaque jour, même repassant par des chemins déjà parcourus. Relire c’est réinventer.

Et le reste de la semaine à l’avenant, avec notamment, en point d’orgue, samedi prochain, des perfs croisées (Anne Savelli avec Joachim Séné, Marcel Proust avec François Bon (feat. Charles Baudelaire et un IPAD).

Le programme est à lire en détail ici

mais en voici le programme  abrégé, ci-dessous (tout est à la médiathèque Diderot – entrée libre)

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Regards sur… le livre numérique

Anne Savelli, Roxane Lecomte – Rencontre croisée mardi 19 novembre à 19h

Les technologies numériques questionnent indéniablement notre rapport à la littérature. Au-delà du simple déplacement de support, elles appellent l’écrivain et l’éditeur à de nouvelles formes de création.
Anne Savelli s’est emparée depuis plusieurs années des outils numériques et construit une œuvre où le papier et le web se font écho.
Roxane Lecomte est ebook designer, elle met en forme des textes, génère des contenus et crée des solutions graphiques adaptées au livre numérique.

Jean-Pierre Suaudeau – Lecture-rencontre (vendredi 22 novembre à 18h)

Puisant son inspiration dans la vie quotidienne, Jean-Pierre Suaudeau construit une narration au plus proche du réel, à l’image de Photo de classe/s dans lequel il dépeint des portraits de parents d’élèves. L’auteur évoquera son travail d’écriture et donnera son point de vue sur l’édition numérique.
Anne Savelli, Joachim SénéDeux voix pour un texte samedi 23 novembre à 15h
Cette création spécialement composée pour l’occasion illustre la démarche de ces deux auteurs qui, à leur façon, jettent des ponts entre écriture et web. Jouant de la complémentarité des supports et des techniques, ils sont présents dans le catalogue de Publie.net et ont récemment réalisé une œuvre commune : Dita Kepler.

François BonProust est une fiction samedi 23 novembre à 17h

L’auteur fera une lecture de Proust est une fiction, un ensemble de cent brefs chapitres autour de À la Recherche du temps perdu. D’abord publié sur le site de François Bon (www.tierslivre.net), ce texte, entre hommage, essai et œuvre de fiction, est paru en septembre aux éditions du Seuil. (voir chronique sur ce site

médiathèque Diderot
entrée libre

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Autoportraits croisés (un atelier d’écriture numérique à Rezé)

Cet atelier est dit numérique, c’est-à-dire que : les participants écriront 1/sur ordinateur, et 2/publieront en ligne, sur le blog dédié : http://autoportraitscroises.wordpress.com/.

(Pour les inscriptions : c’est gratuit, au 02 40 04 05 37 ou  www.bibliotheque.reze.fr  / bibliotheque@mairie-reze.fr.)

Mais cette bascule d’usage, déjà essentielle, n’est pas la seule différenciation de l’atelier d’écriture tel que nous le pratiquons sans informatique ni connection : écrire dépendant de ses conditions d’expérience (écrivais-je dans cet article consacré à la question), nous questionnerons, écrivant, notre lecture à l’écran, notre lecture connectée, en rapport aussi aux littératures contemporaines qui s’écrivent avec et sur le web.

Ce cycle proposé par la Médiathèque Diderot de Rezé constitue le prémisse d’ une opération intitulée Regards sur… le livre numérique, fin novembre 2013, qui verra se succéder pour des interventions, discussions, performances, Roxane Lecomte, Anne Savelli, Jean-Pierre Suaudeau, Joachim Séné, François Bon.

Un des plans de pertinence de cette opération, c’est évidemment la liaison entre ces débats, lectures, et cet atelier préalable ; mais surtout avec l’opération 50epubs100bibs initiée par publie.net, à laquelle la Médiathèque Diderot participe. Le principe : proposer un pack de 50 textes tirés de son catalogue, au format epub, à une centaine de bibliothèques. Vous pouvez dès la mi-septembre emprunter une des liseuses et profiter des romans, nouvelles, poésie ou écrits atypiques sélectionnés pour vous.

Publie.net, maison d’édition collaborative fondée par François Bon, est une forme de laboratoire dont j’ai souvent chroniqué les titres ici-même : de Benoît Vincent à Christine Jeanney en passant par Daniel Bourrion, les auteurs publie.net constituent une part non négligeable (mais pas unique) de « mon » répertoire contemporain.

Mais l’atelier ne se fera pas depuis les livres numériques, pour une première raison évidente – car il s’agit d’écrire : et l’interface « liseuse » ne le permet pas réellement. Une seconde raison, moins évidente, et pourtant essentielle : une large part de la production publie.net est signée d’auteurs présents en ligne, publiant, éditant, en blogs, sites, voire sur réseaux sociaux. Prolonger cette question du numérique, de son apport à nos usages du lire et de l’écrire passe aussi par la lecture de ces territoires spécifiques du travail d’auteurs dont les lieux d’écriture et « devenir » symbolique ne se limitent pas au livre.

Nous questionnerons l’énonciation de soi sur le web, en nous attardant sur les sites de François Bon, Emmanuel Delabranche ou Joachim Séné. Nous observerons l’usage des images et leur rapport au texte chez le même Emmanuel Delabranche, ou chez Olivier Hosadava, par Mathilde Roux (pour les liens vers leurs travaux, ils sont tous référencés dans la colonne de gauche de Matériau composite). Le génial projet Dita Kepler, de Anne Savelli, co-conçu avec l’auteur et codeur Joachim Séné, constituera également une impulsion : voir comment je lis quand le texte bouge, et ce que j’écris depuis ce lire… Nous regarderons la ville, et quoi faire de nos déplacements en cet espace, avec les mêmes et d’autres (Nathanaël Gobenceaux…). Images, textes, liens hypertexte, réseaux… autant d’aspects spécifiques de l’écriture en ligne qui constitueront des objets d’observation et les déclencheurs de jeu (entendre le substantif en mouvement, comme le jeu entre deux pièces mécaniques).

Il n’est pas interdit de ne pas interdire (Copier n’est pas voler, avec Lionel Maurel).

2013-03-03-14.11.52Après notre journée Copy party – Communs, données publiques et culture libre (mars 2013, Bibliothèque de Rezé, avec Lionel Maurel)

J’avais annoncé cette journée , deuxième de ce cycle, conçu avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de La Loire, plus avant sur le site.

Y revenir, après qu’elle ait eu lieu, je l’ai déjà fait ici. Le bilan personnel que tire Lionel Maurel de l’ensemble de cette journée est à lire sur son site scinfolex. 

La captation est ici

Les slides de Lionel Maurel

Merci à lui, oui, pour son intervention de grande tenue, limpide et riche, mais aussi pour sa présence attentive, marque de son intérêt avéré pour le partage et l’échange de connaissances et de questions, dont témoigne cet article, et particulièrement cette phrase :

« L’enseignement que je tire de cet évènement, c’est qu’il paraît important d’inscrire la Copy Party dans une démarche plus vaste et d’en faire le support d’une action de médiation culturelle. »

…Où le modèle hybride (expérimental et ouvert) que représente ce cycle de formation porte ses fruits, quand l’intervenant vient y apprendre quelque chose en même temps que de délivrer son savoir (et quel savoir.)

…Où les mots co-apprentissage et mutualisation ne sont pas vains.

Déroulé de cette journée

I –Ce que copier veut dire par Lionel Maurel / (voir ici)

Copier n’est pas voler – De cette présentation d’une grande richesse, me reviens notamment ce moment (page 40/83 du powerpoint de Lionel), et la  remise en cause de cette égalité (Copier c’est voler), auto-instituée comme évidence ou vérité, tellement rabâchée comme un mantra, en bon slogan publicitaire, que littéralement devenue ce qu’elle visait à devenir : dans un grand nombre de nos esprits bien intentionnés, Copier est devenu voler, en très peu d’années d’un travail coercitif des ayant-droit et de l’industrie culturelle : Messi est un prodige, les Islamistes nous cernent, et copier c’est du vol, voilà quoi. Un lieu vite devenu commun, pendant que le bien  l’est de moins en moins (commun). Le passage par le Droit, l’explication par sa langue spécifique (voler, en Droit, c’est soustraire à autrui, or copier n’est pas soustraire à autrui : L’égalité ne vaut pas, elle est erronée) est une rectification stimulante. L’ensemble de l’intervention (filmée, et bientôt mise en ligne) est de cet acabit : une lecture, fort outillée, nous est donnée par Lionel Maurel d’un ensemble de réductions de NOS droits, éparses et déguisées en autres choses et en premier lieu la défense des gentils artistes, qu’on ne se gêne pas par ailleurs pour employer sous conditions de plus en plus précaires, de bien des façons – de cela, de la coercition liberticide à l’œuvre, d’autres parleront mieux que moi, notamment Philippe Aigrain sur son blog Débat public,ou Olivier Ertzscheid sur Affordance).

Ce qui me fut si vif, à cet endroit, fut ce retour de réel par le langage, un langage revitalisé. Langage utile, rendu  à nouveau utilisable, dès lors qu’une intelligence s’en saisit à un autre escient que l’omniprésente eau tiède de la comm. Ces rapports infimes, intimes, absolument subjectifs, qui se tissent, en nous, entre nos « disciplines », ou centres d’intérêt et d’action, sont éléments de construction & moteur : le rapport que j’y vois est, pour le dire vite, qu’en nous plaçant du côté du langage (ainsi qu’on le fait en littérature, et en atelier d’écriture), en le serrant, le questionnant, au plus près, quelque chose peut encore advenir : briser la mer gelée en nous, écrivait Kafka, phrase laissée longtemps en exergue, au fronton, de remue.net, énoncé performatif dont la vigueur est vigilance, dont l’actualité ne s’altère nullement ces temps-ci. Vigilante vigueur que la nôtre, lorsque, humblement, nous tentons, et tentons encore, de passer la littérature contemporaine par le biais de ces bricolages d’atelier, de l’éprouver, de mieux la lire.

Reprendre vie, vigueur, vigilance, par et avec la langue – et bientôt, regagner du terrain, contrer ces annexions multiples.

 II – Copy party (dans la Médiathèque Diderot) /

(Principes de la Copy Party (repris du blog de la première Copy Party, sur la campus de l’IUT de La Roche-sur-Yon, en 2012))

Notre proposition faite à Lionel Maurel était de nous aider à réfléchir ensemble, par le biais de ce mode de rassemblement, sur cette notion de « communs » qui nous concerne tous. Son propos introductif aura mis en perspective la notion de Copy Party, ses fondements. Party qui, mise en pratique ensemble, fut une promenade réflexive (et non pas un hold-up, ou braquage de ressources ou ce qu’on pourrait s’imaginer en lisant trop vite : l’évènement Copy Party a des règles, il respecte les lois en vigueur et les interroge) au cœur de ce beau bâtiment, qu’est la Médiathèque Diderot de Rezé, une flânerie orientée.

Au top départ, lorsque chacun part en quête de quelque chose à copier, ce qui s’entame  sous forme de jeu, est un moment de recherche, d’une recherche active. Que voudrais-je emporter avec moi, et garder, de ces milliers de documents, se dit-on, face à la masse documentaire. Et tout comme une contrainte formelle et temporelle précipite l’écriture, en contexte d’atelier, l’orientation vers la copie, la formulation de cet « objectif » ludique enrichit notre errance entre les rayonnages.

L’échange qui suit, et conclut ce deuxième moment de la journée est riche en nouvelles questions et problématisations, entre bibliothécaires et usagers, entre individus, entre lecteurs, auditeurs, regardeurs : un moment de partage que cet échange hors norme, hors jargons, en territoire, un échange en territoire partagé.

III – Atelier de pratique

Durant cet atelier de pratique en groupe restreint, nous avons ensuite revisité, avec Catherine Lenoble, certaines des questions posées le matin. Comme souvent en situation d’atelier, une interprétation littérale, au pied de la lattre, d’un fait de langue permet, lance, autorise. Nous nous astreignons strictement à : ne pas diffuser de copie de ce document destiné à usage privé, et de fait, nous en appelons à l’intertextualité, à la réécriture de ce que nous lisons. Ce que je copie je le lis, je me l’approprie, et sitôt lu, appréhendé, approprié, il en résulte autre chose. Ce que je lis, je le transforme, je l’augmente de ma lecture.  (Et le partage des connaissances est un élan, une porte ouverte vers de futures créations).

Exercice 1 Amplifier ou dégrader (Copie de copie de document)

Partant du document copié le matin même, gardé par devers soi, nous couplons cette appropriation à une réflexion sur sa nature même. Qu’advient-il de ce dont nous nous emparons, ce que nous lisons n’est-il pas sitôt réécrit en nous ? Après présentation de l’autobiographie des objets de François Bon (où chacun des objets du passé considéré ouvre, sinon un monde, du moins sur une perception et un trajet dans le monde : c’est comme si, chacun de ces objets, scruté, regardé de près puis de plus loin, envisagé dans ses rapports multiples avec son propriétaire, son intercesseur, son origine, sa destinée, pouvait permettre de déplier de façon heuristique une manière de voir et un parcours, à la fois intime et générique), nous allons scruter le document comme nous scruterions un objet étranger, et tenter d’en écrire tout ce qu’on peut en écrire jusqu’à épuisement.

La consigne,  donc :

Réécrire ce document – sans le paraphraser : c’est à dire : si c’est une image, l’écrire sans insert d’images ; si c’est du texte, l’écrire sans rien en citer ; l’écrire autre ; n’en révéler, dans le corps du texte, aucun élément contextuel trop éclairant (notice, auteur, date).

Les textes produits sont à lire ici.

Ce moment hybride – le répéter – à la fois journée de formation (très) professionnelle & (très) ouverte à tous ; dépliement en plusieurs temps d’une parole savante, éclairante, avisée ; relecture par l’écriture de l’acte de copie, lui-même actualisé par la parole de Lionel Maurel ; étoilement d’une assez grande subtilité, passé comme une lettre à la poste (ou comme un statut facebook), outre d’être joyeusement utile, nourrissant pour celles et ceux qui y auront participé, aura, très personnellement, constitué la confirmation d’une intuition (de plusieurs : la bibliothèque réenvisagée comme terrain de jeu, d’exploration, de quête ; l’efficacité d’un mode de formation actif, littéralement en mouvement), et l’endroit de germination d’autres intuitions, rapports : comme quoi ça ne s’arrête jamais cette machine-là, cette énergie du Vivant, que nous procurent, que revigorent, les œuvres et ce qu’elles nous disent. Et que transformer cette parole, ces mots, en matière neuve, en intrications inédites puisque spiralées intimement, ne cessera pas, quelles que soient la technicité et la robustesse des cadenas.

D’ici là se le garder en tête : tout comme l’acte de copier qui, non,  n’est pas l’égal de voler ; il n’est pas interdit de ne pas interdire.

Lionel Maurel, intelligent et collectif (jeudi 14 mars à Rezé, Copy party & +++)

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Dans le cadre de ce cycle [Lire+écrire] numérique, co-organisé avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de la Loire (voir le blog dédié, qui présente tout & plus encore), nous accueillerons Lionel Maurel (juriste et bibliothécaire (alias Calimaq, http://scinfolex.wordpress.com/) jeudi 14 mars à la Médiathèque Diderot de Rezé (merci de cet accueil), pour une journée (deuxième du cycle), intitulée :

Copy party – Communs, données publiques et culture libre,

journée durant laquelle. nous écouterons Lionel nous présenter le concept de copy party, en ferons une avec lui, et questionnerons & redocumenterons notre expérience collective, via un atelier d’écriture connectée, en direct sur le blog.

Tout est expliqué ici et repris en note plus bas.

Ce cycle est une belle expérimentation, expérience de formation, transmission et création. Les prises de parole (voir à ce sujet les captations des interventions de Olivier Ertzscheid et de Laurent Neyssensas lors de la première journée du cycle) savantes et synthétiques sont relues (par l’écriture en atelier) et réinterrogées sur le blog, façon d’amplifier leur assimilation en même temps que d’éduquer aux outils de publication en ligne. C’est un modèle hybride de journées de formation, qui à notre humble échelle, s’invente – et de cette logique, cette deuxième journée du cycle est exemplaire : découpée en 3 temps (1 – parole explicative et de mise en perspective, 2 – expérimentation de la copy party, 3 – interrogation par l’écriture de l’expérience partagée), redocumentée par la suite sur le blog dédié,  elle constituera, nécessairement, un moment communautaire et hors du commun.

« Il est temps selon moi d’instaurer une “pax numerica” en trouvant de nouveaux moyens de financer la création et les auteurs. Des solutions ont été proposées du côté de la licence globale ou de la contribution créative. Il est temps de les mettre en œuvre. Par ailleurs, il me semble essentiel de consacrer beaucoup plus fermement la notion de “biens communs” dans l’environnement numérique. Le savoir et la connaissance ne peuvent pas être soumis à un régime d’appropriation exclusive comme les biens matériels. Quand je partage un bien matériel, il se divise. Mais quand je partage une connaissance, elle se multiplie et se propage. Le droit doit prendre en compte les caractéristiques propres de l’environnement numérique. Ce serait le moyen à mon sens de tirer pleinement profit de l’intelligence collective qui est à l’œuvre sur Internet et qui constitue sans doute l’un des biens les plus précieux de l’humanité aujourd’hui. A titre personnel, je m’efforce de faire de mon mieux pour rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle me donne. » (Lionel Maurel, extrait de cet entretien pour livreaucentre.fr)

De Lionel Maurel, j’ai eu l’occasion de découvrir l’expertise lumineuse et l’amplitude de son champ d’intervention (capable d’analyser le succès du Gangnam Style sous l’angle de la relativisation du copyright, autant que de rédiger un projet de loi crédible pour le domaine public en France), lors de cette intervention en 2011  pour Livre au Centre (consulter le podcast disponible).

C’est une chance de pouvoir proposer cette parole en partage, et de s’en servir comme appui, comme clé, pour construire, ensemble, de l’intelligence collective.

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Programme et détails
Copy party – Communs, données publiques et culture libre
Jeudi 14 mars 2013
Bibliothèque de Rezé
Médiathèque Diderot, place Lucien-Le-Meut, 44400 Rezé
Renseignements & inscriptions
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Déroulement de la journée
9h30 : Accueil café
10h : Conférence de Lionel Maurel autour des notions des biens communs, de culture libre et de domaine public , puis temps d’échange à propos du principe de Copy Party, en tant qu’application pratique, assimilable, vivante, de ces concepts fondamentaux et militants.
Copy party expérimentale dans la médiathèque de Rezé, en fin de matinée.
12h30 : Pause déjeuner
14h : Atelier « copier/donner » : Exercice d’écriture de la copie : écriture à propos d’un document de ma bibliothèque, réinterprétation, intertextualité – écriture en ligne et en direct sur le blog dédié.
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Copy party ?
// Le 7 mars 2012, à La Roche-sur-Yon, Lionel Maurel, Silvère Mercier et Olivier Ertzscheid inaugurent le concept de Copy Party, par une première mondiale qui fait date. Le happening est à la fois militant et pédagogique : Lionel Maurel en explicite les fondements sur son blog (Silex) :
 » Depuis une réforme du régime de la copie privée intervenue le 20 décembre 2011, le législateur a explicitement indiqué que les copies privées, pour être légales, devaient être réalisées à partir d’une « source licite ». La loi n’indique cependant pas que ces sources licites sont limitées aux exemplaires dont le copiste serait propriétaire. A ce titre, il existe d’autres manières de se procurer de telles sources licites et les bibliothèques en sont une. En effet, consulter ou emprunter un document en bibliothèque constitue un moyen d’accéder légalement à une œuvre protégée. C’est la raison pour laquelle une Copy Party est désormais possible en bibliothèque. Avant la réforme de décembre 2011, des incertitudes existaient, à la fois dans la jurisprudence et dans la doctrine, au sujet de cette question de la source licite (dite aussi, « licéité de la source »).
Lors de la Copy Party, vous pouvez donc réaliser des reproductions à partir des documents et ressources qui font régulièrement partie des collections de la bibliothèque. Cela vaut par exemple pour les livres, les périodiques (revues et magazines), les CD ou les DVD. »
Nous avons proposé à Lionel Maurel, un des auteurs-initiateurs de cette journée et de ce concept, à la fois bibliothécaire et juriste, de nous aider à réfléchir ensemble, par le biais de ce mode de rassemblement, sur cette notion de « communs » qui nous concerne tous. Son propos introductif mettra en perspective la notion de Copy Party, laquelle, mise en pratique ensemble, nous permettra de prolonger ensemble et activement cette réflexion.
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Principes de la Copy Party (repris du blog de la première Copy Party, sur la campus de l’IUT de La Roche-sur-Yon, en 2012) :
QU’EST-CE QU’UNE COPY-PARTY ? Un évènement permettant aux usagers équipés de scanners, de téléphones ou d’ordinateurs portables de les amener et de copier des livres, cd, ou dvd en provenance des collections des bibliothèques !
A QUELLES CONDITIONS PEUT-ON PARTICIPER A UNE COPY-PARTY ?
● Ces copies doivent être réservées pour votre usage personnel
● Chaque personne doit faire ses propres copies avec son propre matériel de reproduction (appareil photo, téléphone portable, etc.)
● Elles doivent être réalisées à partir des documents originaux consultés dans une bibliothèque
● L’acte de copie ne doit pas briser une mesure de protection technique (DRM)
QUEL EST L’OBJECTIF D’UNE COPY-PARTY ? Au travers d’une action symbolique, militante et festive, il s’agit :
● de sensibiliser les usagers à la législation sur le droit d’auteur et la copie privée ainsi qu’aux problématiques du partage des oeuvres aujourd”hui
● d’attirer l’attention sur l’intérêt et le rôle des bibliothèques dans la diffusion, le partage et l’accès aux connaissances au XXI ème siècle.
● de questionner les acteurs politiques nationaux et locaux sur l’essor des politiques de criminalisation des pratiques numériques et sur l’urgence de maintenir une libre circulation des savoirs dans le cadre d’une offre légale.
DE QUOI A-T-ON BESOIN POUR PARTICIPER ?
D’un peu de matériel. Au choix, un smartphone équipé d’un appareil photo et ou d’une application permettant de scanner des documents, et/ou un ordinateur portable avec un scanner, et/ou un appareil photo numérique, de quelques DVD vierges si vous souhaitez copier des DVD.
Et d’un peu d’engagement : à votre arrivée, vous devrez signer un document par lequel vous vous engagez à ne réutiliser le produit de cette copy-party qu’en conformité avec le code de la propriété intellectuelle, dans le cadre d’un usage strictement personnel.
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L’intervenant : Lionel Maurel, juriste et bibliothécaire
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(Par thesupermath. CC-BY-SA. Source : Wikimedia Commons, remix by GB)
Lionel Maurel http://scinfolex.wordpress.com/
À la fois conservateur des bibliothèques et spécialisé dans les questions juridiques liées à leurs activités, notamment sur tout ce qui touche aux droits d’auteur dans l’environnement numérique, cette double compétence de juriste et de bibliothécaire lui confère une expertise rare dans ces domaines mouvants et problématiques. Il anime le site Calimaq S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information. Il est co-fondateur du collectif SavoirsCom1. Lionel Maurel a à cœur de « rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle lui donne » (voir aussi cet entretien avec lui).