Archives de Tag: Vents d’Ouest

Nos rencontres à Vents d’Ouest (automne 2016) | Eric Vuillard, Philippe Vasset, Bertrand Belin, Céline Minard, Laurent Mauvignier, Ivan Jablonka.


Depuis un an (et cette venue de Mika Biermann, réécoutable ici), j’organise avec, chez & pour l’excellente librairie Vents d’Ouest (Nantes), des venues d’auteur, assorties d’un entretien.
Derrière nous déjà, quelques moments fameux, avec des auteurs aimés de longue date (comme Olivier Cadiot ou Pierre Senges), ou récemment découverts (comme David Bosc) : tous réécoutables sur ma chaine de podcasts : https://www.mixcloud.com/gu%C3%A9na%C3%ABl-boutouillet/
Cet automne, fastueux programme, en accord avec cette belle rentrée littéraire 2016 : Eric Chauvier et les éditions Allia étaient là en septembre, suivis d’Alexandre Seurat pour ses deux romans au Rouergue.

A suivre, ci-dessous, quelques bons & beaux moments donc , dont vous voici informés
Rencontres Vents d’Ouest, à 19h30 / 5 place du Bon Pasteur / 44000 Nantes / 02 40 48 64 81

avec
Eric Vuillard ( Actes Sud) jeudi 20 octobre (podcast imminent)
Philippe Vasset (Fayard), vendredi 4 novembre
Bertrand Belin ( Editions POL), mardi 8 novembre
Céline Minard ( Éditions Rivages), jeudi 10 novembre
Laurent Mauvignier ( Les éditions de Minuit) jeudi 17 novembre
Ivan Jablonka (Editions du Seuil), mardi 22 novembre, au lieu unique, à 19h30

 

(copyrights : Vuillard-Eric_c_Melania-Avanzato, Vasset © Christine Tamalet, belin bertrand (c) Pierre-Jerome Adjedj, Minard1©ElizabethCarecchio, L MAUVIGNIER © Roland Allard, Jablonka © Hermance Triay 1

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Alexandre Seurat, L’administrateur provisoire, éditions du Rouergue, août 2016 | podcast

montage-seura2tUne rencontre à la librairie Vent d’Ouest, Nantes, vendredi 23 septembre 20156  | podcast

Rencontre à propos de L’administrateur provisoire  (ed.La Brune au Rouergue, août 2016).
Né en 1979, Alexandre Seurat est professeur de lettres à Angers. Il a publié deux livres aux éditions du Rouergue : La Maladroite (août 2015), premier roman très remarqué, inspiré par un fait divers récent (le meurtre par mauvais traitements d’une enfant de huit ans), tissait une forme de chorale de l’impuissance, reconstituant le trajet vers le pire de cette enfant, à travers les témoignages enchaînés des témoins impuissants. Aussi sobre que bouleversant.

Nous avions échangé à cette occasion, croisant ses propos avec ceux d’une autre remarquable primo-romancière, Marion Guillot (interrogée par Alain Girard-Daudon), pour Mobilis et ici même (en version exhaustive).

A cette rentrée paraît L’administrateur provisoire, qui interroge la littérature, la famille et l’Histoire nationale, d’un point de vue, une fois encore, documentaire. Autre méthode et autre contexte : Enquête et fiction familiale, ce roman ouvre le capot de la mémoire collective pour en inspecter quelques recoins méconnus : nous découvrons avec le narrateur ce qu’il en fut de la politique d’« aryanisation des biens juifs », cette confiscation méticuleusement organisée par les autorités de Vichy, et la puissance contradictoire du langage.

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https://www.mixcloud.com/gu%C3%A9na%C3%ABl-boutouillet/alexandre-seurat-%C3%A0-la-librairie-vent-douest-nantes-23-septembre-20156-entretien-gb/

Alexandre Seurat sur le site des éditions du Rouergue

Présentation sur le site de l’éditeur

Un extrait :

«

Installer la bobine lentement, glisser l’entrée de la bande sous la lamelle de verre, amorcer le mécanisme, bloquer l’entrée de la bande dans la bobine réceptrice et la laisser s’y enrouler – une image un peu sombre surgit, un peu jaune, puis défile. Des noms, des chiffres, des dates, des feuilles de comptes, je feuillette les dossiers des autres administrateurs, des listes d’entreprises juives, des listes d’immeubles juifs, je survole des rapports, des actes de vente, je m’approche de G., de H., je ralentis, les pages défilent lentement, dans un ronronnement. Puis il est là, Raoul H.

Déclaration souscrite / en exécution de la Loi du 3 octobre 1940 / sur le Statut des Juifs / M. Raoul H. (tamponné) / adresse (tamponnée) / Déclare ne se trouver dans aucun des cas suivants

1 – être issu de trois grands-parents ou plus de race juive ;

2 – être issu de deux grands-parents de race juive, mais être marié à un Juif ou à une Juive ;

3 – avoir un conjoint de race juive.

Fait à Paris, le 15 juin 1941

C’est ce grondement des autres machines, l’angoisse, le vrombissement dans mon oreille.

Qu’est-ce qu’un Juif ?

– Celui ou celle, appartenant ou non à une confession quelconque, qui est issu d’au moins trois grands-parents de race juive, ou de deux seulement si son conjoint est lui-même issu de deux grands-parents de race juive.

– Qu’est-ce que la race juive ?

– Est regardé comme étant de race juive le grand-parent ayant appartenu à la religion juive.

– Le critère de définition est-il la race ou la religion ?

– La loi française ne fait nullement reposer la définition juridique du Juif sur le critère religieux. Elle se contente de l’utiliser ainsi que le font les lois étrangères, comme élément de discrimination lorsque l’élément racial n’est pas déterminant.

– Qui d’autre ?

– Celui ou celle qui appartient à la religion juive, ou y appartenait le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grand-parents

de race juive.

– Deux de mes grands-parents sont juifs. Je pratique moi-même la religion juive. Je suis célibataire. Suis-je juif ?

– Oui.

– Deux de mes grands-parents sont juifs. Je me suis converti au christianisme. Je suis célibataire. Suis-je juif ?

– La non-appartenance à la religion juive est établie par la preuve de l’adhésion à l’une des autres confessions reconnues par l’État avant la loi du 9 décembre 1905.

Une liste suit : noms des administrés, quatorze en tout, d’entreprise, particuliers, artisans-commerçants.

Dates de nomination de Raoul H. comme administrateur provisoire, de juin 1941 à mars 1943. Il ne s’est donc pas arrêté, comme le pensait Jean, au retour de son fils d’oflag, en décembre 1941, il a continué bien au-delà – au-delà du retour Laval, au-delà des rafles de 1942. Comptes de résultat, de vente, émoluments perçus. Les lettres envoyées au Commissariat général aux questions juives par Raoul H. sont écrites dans un style parfaitement neutre, très méthodique, scrupuleux. En octobre 1941, Raoul H. devient administrateur d’une maison faisant commerce de tout ce qui concerne la et la voiture d’enfants : l’affaire ne contient, selon les mots Raoul H., plus aucun agent juif. (Pieuvre étendant ses tentacules, organisation souterraine dont les membres travaillent façon secrète, insidieuse, soif insatiable de pouvoir.)

Eric Chauvier, Les nouvelles métropoles du désir (Allia, septembre 2016) | podcast

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Rencontre à propos des « nouvelles métropoles du désir » (Allia, août 2016), et présentation de la rentrée des éditions Allia, et de son catalogue singulier, par Danielle Orhan.

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Eric Chauvier, né en 1971, est anthropologue et écrivain. Son parcours d’auteur se situe à la croisée de la littérature et des sciences humaines : au travers d’une démarche mixte il « cherche à donner voix à ceux qu’il observe tout en accordant une place importante aux relations qu’il entretient avec eux, à ses ressentis et émotions. » Lire sa bio-bibliographie très personnelle sur le site des éditions Allia.
Il a publié huit livres chez Allia : Les Mots sans les choses (2014) ; Somaland (2013) ; Contre Télérama (2011) ; La Crise commence où finit le langage (2009) ; Que du bonheur (2009) ; Si l’enfant ne réagit pas(2008) ; Anthropologie (2006) ; ainsi qu’un dense ouvrage d’explicitation de sa démarche, intitulé Anthropologie de l’ordinaire, aux éditions Anacharsis, en 2011.

A cette rentrée paraît « Les nouvelles métropoles du désir », récit et analyse ironique et perçant sur les usages actuels de la ville nouvelle. Ne parvenant pas à commander une bière dans un bar branché, Chauvier tente de décrypter tant son malaise de « déclassé » que les comportements et manières d’être du lieu. Investigation minuscule et immense, qui font un livre important.

Présentation sur le site de l’éditeur.

Un extrait :

« Je reconnais, remixé lui aussi, le morceau Single Lady de Beyoncé — une « vieille » aux yeux de ma fille. Avec elle, nous écoutons Beyoncé au premier degré. Le remix serait-il un signe distinctif de la ville-centre ?

Le volume musical n’est pas à proprement parler assourdissant, plutôt omniscient. Je voudrais attirer l’attention d’une serveuse et parvenir à lui passer ma commande, mais je ne sais pas comment m’y prendre. Comment font les autres clients du bar ? Visiblement, il n’y a pas de service au comptoir. Quant à essayer de faire réagir la serveuse au son de ma voix, c’est peine perdue. Alors j’agite les bras comme un contrôleur aérien, comme un automobiliste en panne. Mais elle ne me voit pas. Je renonce pour l’instant à toute boisson.

Dans la salle, les dispositifs technologiques visuels et sonores se surajoutent les uns aux autres, tels ces deux écrans design, géants et silencieux ; rien à vois évidemment avec ceux des PMU ou des bars sportifs. Ceux-ci sont à la fois immenses et discrets, comme incorporés dans le décor ; à ma gauche, à environ trois mètres, le premier écran diffuse le film Gladiator de Ridley Scott ; s’y ébroue Maximus, le général trahi. A ma droite, à environ 10 mètres, le second écran retransmet un match de tennis disputé par une jeune femme blonde et athlétique, Kristina Mladenovic, et une autre joueuse, inconnue de moi ; se détache tout particulièrement la peau blanche de Kristina. Curieusement, ces images ne semblent pas faites pour être vues ; elles apparaissent dans le champ de perception plutôt comme des points de connexion avec un monde extérieur que l’on suppose vaste et virtuel. Ces écrans sont des fenêtres vers un ailleurs, sans autre usage apparent que ce dépaysement — à moins que ce ne soit encore de l’ironie. Notez que celui a déjà vu le film Gladiator peut ici le suivre sans recourir aux dialogues. Il lui suffit d’observer que la quantité de morve coulant du nez de Maximus est proportionnelle à la douleur qu’il ressent en découvrant son épouse et son enfant assassinés par l’ennemi. Signifier visuellement la souffrance psychologique par un volume de morve constitue en soi une prouesse. En permettant au client de continuer à discuter avec son entourage immédiat tout en suivant le film, Ridley Scott a involontairement conçu un produit adapté aux lieux où le cinéma est moins une priorité que l’ambiance. En admettant la multitude de lieux diffusant ce film dans les métropoles occidentales, les retombées en termes de droits justifient à elles seules cette réaffectation du cinéma mainstream. Par exemple Scarface ou Reservoir dogs octroient à bon compte un gage de subversion dans n’importe quel club inoffensif. »

 

 

Fabrication de la guerre civile, Charles Robinson (Fictions et Cie, 2016) | rencontre à Vents d’Ouest, Nantes | podcast

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« Située dans une ville nouvelle, en région parisienne, la Cité des Pigeonniers abrite 322 appartements, 1.200 habitants. Habitée d’histoires de famille, d’amitiés et d’amours, de djobeurs exploités, de réussites qui font chaud au cœur, de colères ravageuses, de mômes qui dansent dans la lumière néon, de barbecues sur les toits des immeubles, la Cité des Pigeonniers, c’est la vie en très fort.  » (extrait de sa présentation sur le site de la Maison de la poésie de Paris).

Charles Robinson, je n’en reviens pas n’en avoir pas parlé encore plus ici – c’est, d’ailleurs, sur un autre mode, ce qui m’arrivé récemment avec Philippe Vasset, compilant trois podcasts d’entretiens avec lui (ici : https://www.mixcloud.com/discover/philippe-vasset/), m’apercevant qu’il n’en était question qu’en filigrane sur le blog, alors que je ne cesse depuis des années de le lire, relire, et interroger.

Pour Charles Robinson, c’est idem : certes, je l’ai déjà évoqué à l’occasion d’un Midi-Minuit, mais ce pourrait être tant et plus : en effet, depuis la parution de Dans les Cités (Seuil, Fictions et Cie, 2011), l’étonnement, le ravissement (au sens propre : je suis ravi par cette fougue, cette ampleur, cette précision) n’a cessé de grandir. Dans les cités fait partie des livres qui restent peu cloîtrés dans les étagères, toujours en balades dans l’appartement, ou en atelier, il m’est indispensable. La suite de cette fresque, annoncée d’emblée, bien entendu je l’attendais, fébrile, eh bien la voilà – et cette rencontre à Vents d’Ouest y est consacrée

Fabrication de la guerre civile, ce nouveau roman (dont lire un extrait ici), qui fait suite à Dans les Cités, est un grand choc, la promesse est hautement tenue. Régimes de langues variables et toujours au cordeau, polyphonie virtuose, focales multiples et toutes hyperréelles – jusqu’à l’hallucination, parfois (comme dans les monologues du gamer Bambi, par exemple).

On l’avait déjà entendu performer live à Nantes (au Lieu unique, ou lors de Midi-Minuit poésie), ce soir-là nous avons discuté, après lecture d’un extrait coupé au montage ensuite, de ce travail, où politique et poétique sont indissociables. De cette manière de traquer le réel invisible, les voix ordinairement muettes, pour en donner à entendre et voir les immenses unicités ; de faire société (s) même quand c’est barré de tous côtés.

Play it loud.

robinson podcast

Mourir et puis sauter sur son cheval (David Bosc, Verdier, janvier 2016) | rencontre à Vents d’Ouest, Nantes | podcast

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Mourir et puis sauter sur son cheval (Verdier, janvier 2016), est le quatrième livre de David Bosc, son deuxième chez Verdier (après A la claire fontaine en 2013, journal fictif des derniers jours de Gustave Courbet), après des débuts chez l’excellente maison Allia (deux romans, Sang lié et Milo), et ce livre, c’est peu de le dire, est doté d’un titre : Mourir et puis sauter sur son cheval, vers de Mandelstam, dont David Bosc nous explicite et détaille la provenance et la forme exacte dans l’entretien, ainsi posé au fronton, se détache et nous attache.

Il provoque de lui-même une forme de saisissement, un charme. C’est une promesse, aussi, de langue, d’épiphanies, de forces vives, promesse que le livre parvient à tenir : cette reconstitution fictive du journal intime d’une peintre qui s’est -réellement-suicidée en 1945, est fulgurante – extrait :

« Je n’étudie rien avec système. Je sais pourtant mille et mille choses pour peu que j’en aie eu un jour la curiosité. Ainsi des insectes et des oiseaux, qui ont le don de me couper la parole, l’élan : je m’arrête au milieu de ma phrase, au milieu du chemin, pour m’accroupir et observer le petit manège d’une chenille, la ligne de morse des fourmis dans la poussière, je me hausse sur la pointe des pieds, renverse la tête vers le ciel pour y suivre la dispersion des étourneaux. J’aime les divagations des hommes de science de l’antiquité, du Moyen Age, qui expliquent les phénomènes de la nature en parfaits chamans, inspirant un grand coup avant de céder à la fantaisie la plus pure, avec un a priori de merveilleux pour toute chose. Ceci, par exemple, dans les Voyages de Mandeville : que l’anatife, un crustacé de forme obscène, commence sa vie sous l’eau, arrimé en colonie aux rochers battus par les vagues, jusqu’au moment où il développe des ailes et se change en bernache, en canard sauvage (c’est encore anatra en italien).

*

Seul me porte vers les livres le désir d’y trouver ce que je ne soupçonnais pas, et c’est pourquoi je déteste les faiseurs de bouquins, les romances ficelées, cousues d’astuces, farcies de diables à ressorts, de pièges à souris. Je leur préfère le bruit du tram ou les écrits intimes, les chroniques fragmentaires, la philosophie, les recueils d’anecdotes. Ou le décompte que fit de ses chemises, dans la marge d’un sonnet, le pauvre Baudelaire. Il me semble qu’on doit écrire : dire, crier, murmurer, et mille fois s’il le faut. Dit-il, dit-elle, dit-il. Lorsque je lis « expliqua-t-elle », ou « se justifia-t-il », j’en ai le cœur qui se soulève. » (voir extrait plus ample à cette adresse )

Obscur et lumineux, de cette littérature qui n’épuise pas son mystère, sa force de secret, au fil de la lecture, sans pour autant être opaque, ce livre est un cadeau. D’écouter son auteur en parler tout autant.
Ce podcast de l’entretien avec David Bosc, vendredi 18 mars à Librairie Vent d’Ouest, pour trace d’un fort agréable moment – il manque une vingtaine de secondes, « mangées par la bande » entre 16.30 et 17.00, où David nous parlait de Woyzeck – mais l’heure en sa compagnie demeure audible et de belle tenue. Cliquez  sur l’image ci-dessous :

 

FireShot Screen Capture #235 - 'Guénaël Boutouillet I Mixcloud' - www_mixcloud_com_guénaël-boutouillet

Vincent Message, entretien | Vents d’Ouest, février 2016 | podcast

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Défaite des maîtres et des possesseurs, paru en janvier 2016 aux éditions du Seuil, est une fable philosophique.

(cliquez sur l’image ci-dessous pour lancer le podcast)

message podcast

Avec Vincent Message, ce soir-là chez Vents d’Ouest, nous en avons longuement parlé, de Défaite des maîtres et des possesseurs. Car ce livre réussit plusieurs paris risqués : de penser dans le roman sans être ni bavard ni abscons, de faire avancer idées et actions sans donner l’impression d’un patchwork ou d’un plaquage artificiel. C’est une forme de double estrangement qui le lui permet : de procéder par anticipation, racontant ainsi le futur au passé, temps propice au récit et à la pensée longue ; mais surtout de nous donner à voir l’humain depuis un point de vue à la fois fondamentalement autre (celui d’une espèce mystérieuse, nommée les Stellaires, qui a asservi l’homme et la planète) et même – car la focalisation nous semble d’abord nôtre, et peu à peu la distance se produit. A cet autre nous nous identifions, et de là pouvons avec une distance accrue observer nos faits et gestes, nos usages du monde. Les procédé existait déjà, d’anticipation comme d’estrangement ou d’anthropomorphisme), c’est leur alliance qui agit et permet – mais c’est surtout la subtilité avec laquelle Vincent Message dose ses effets et matières textuelles. Les indices et indications sont semés avec parcimonie, en même temps que certaines formules sont légèrement répétées (une fois seulement, mais qui produit un trouble ténu). De tout cela nous avons parlé – ainsi que de L’infinie Comédie de David Foster Wallace (éditions de l’olivier, septembre 2015), formidable somme, en cours de lecture, dont il nous vanté avec une belle conviction la luxuriance et la puissance de détail.
Je n’ai pas eu le temps de l’interroger sur sa singulière onomastique, ni sur le rapport aux symboles fort présent dans le lire… il en reste à creuser, et c’est très bien ainsi.

Un extrait du livre, à lire sur faire(800)signes.

(Vincent Message est né en 1983. Son roman Les Veilleurs (Points Seuil, 2010) revisite les codes du roman policier et prend pour thème la fascination que peuvent exercer les figures de meurtriers et de fous. Également auteur d’un essai de théorie du roman, Romanciers pluralistes (Seuil, 2013), il enseigne dans le master de création littéraire de l’université Paris 8 Saint-Denis.
Vincent Message sur remue.net)

 

Rencontre avec Pierre Senges ((Le 23 octobre 2015, 19h30, Librairie Vent d’Ouest (Nantes)) | podcast

Rencontre avec Pierre Senges

(cliquez sur l’image ci-dessous pour lancer le podcast)

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Pierre Senges, entretien avec GB, librairie Vents d’Ouest, Nantes, 23/10/2015 by Guénaël Boutouillet on Mixcloud

Pierre Senges, né en 1968, est auteur de nombreux ouvrages au statut ambigu, qui ont le point commun d’être tous savants et drôles. Un ample dossier lui est consacré sur remue.net. Il a écrit Veuves au maquillage, Ruines de Rome, Essais fragiles d’aplomb, Géométrie dans la poussière, La Réfutation majeure, Sort l’assassin, entre le spectre, Fragments de Lichtenberg et Études de silhouettes, tous parus chez Verticales.

Mais aussi : des livres en collaboration avec le dessinateur Nicolas de Crécy, Les Aventures de Percival et Les Carnets de Gordon McGuffin ; deux essais : L’Idiot et les Hommes de parole (Bayard, collection Archétypes, 2005), et Environs et mesures (Gallimard, collection Le Cabinet des lettrés, 2011), et de nombreuses fictions radiophoniques. (image Philippe Bretelle)

Il fait paraître Achab (Séquelles), chez Verticales, durant cette rentrée littéraire, fantaisie de l’après Moby dick, livre d’une fantaisie et d’une érudition immenses – où l’intertextualité n’empêche pas la fiction. Où lire et relire est la source d’aventures inépuisables. Nous en avons longuement éprouvé les délices, ce soir-là, entourés d’une assistance nombreuse et chaleureuse. Cet entretien décontracté n’en est pas moins une mine, Senges ne se départit jamais de sa finesse, de son esprit, de sa drôlerie. Et conclut par une triple proposition de lectures tout à fait étonnante, inattendue. (Graffitis de Charlotte Guichard, http://www.librairie-nantes.fr/listeliv.php?RECHERCHE=simple&LIVREANCIEN=2&MOTS=9782021172027&x=0&y=0 ; Le nez qui voque de Réjean Ducharme http://www.librairie-nantes.fr/listeliv.php?RECHERCHE=simple&LIVREANCIEN=2&MOTS=9782070385980&x=0&y=0 ; Hamlet & suite de Jules Laforgue et Carmelo Bene http://www.librairie-nantes.fr/listeliv.php?RECHERCHE=simple&LIVREANCIEN=2&MOTS=9782919067053&x=0&y=0).

Ce moment valait d’être vécu, il vaut d’être retenu, réécouté.

Sur Faire(800)signes : Lire un extrait de Achab (Séquelles)

Sur remue : une chronique incroyablement dense et précise du même Achab par Laurent Demanze ; et bien sûr, ce dossier Senges constitué de longue date par mes soins.

Tout autre chose (Rencontre avec Claro, vendredi 30 novembre, Vents d’Ouest – Nantes)

Claro à Vents d’ouest, vendredi 30 novembre.

 « C’est quelque chose, non ? Mais ne vous faites pas d’illusions, car c’est aussi, et vous vous en doutiez, tout autre chose. »

Le tout autre chose qui résonne en plusieurs points stratégiques du livre de Claro, livre lu et aimé, livre désiré avant-pendant-après, sans trouver depuis le temps d’ordonner le fatras désirant qu’il suscita en moi, avant-pendant-après, fatras aggravé encore par la bouche bée, puis bée bis et puis ter, bouche bée par les remarquables articles des amis François Bon, Benoît Vincent, Sébastien Rongier, le tout autre chose est le chemin et la voix du livre en question : d’y replonger relance ô combien, de le relire hic et nunc est une joie, grâce à cette proposition qui m’est faite,  en dernière minute, par la librairie Vents d’Ouest,  d‘interroger Claro ce vendredi soir. La deuxième traversée de ce livre est un tout autre voyage… Excusez-moi, j’y retourne,
et de mes mille notes je tirerai, promis, des questions, elles seront courtes ou du moins pas trop longues enfin, seront ce qu’elles seront – et même si elles sont tout autre chose, j’en savoure déjà les réponses.