La sérendipité c’est avoir la vie devant soi (texte de soutien à la librairie nantaise de Charlotte Desmousseaux)

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Charlotte c’est une amie, mon amie libraire, on a galéré ensemble (passer l’hiver 2013-2014 en se serrant les coudes, il fallait), on s’enthousiasme en on se chamaille comme frères et sœurs (alors qu’on se connaît depuis pas tout à fait 5 ans), on bosse en fraternité et intelligence (et complémentarité, je pense notamment au travail avec Vent d’Ouest, en grande concertation avec elle, pour ne pas inviter des concurrences imbéciles quand tout dehors devrait nous inciter à se tenir chaud…) Charlotte a longtemps attendu avant de pouvoir monter sa librairie, c’est fait — La vie devant soi a un peu plus d’un an d’âge, et rayonne dans son quartier, dans Nantes et loin au-delà.

Elle a fait un livre de soutien (via ulule, via Bernard Martin et Joca pour la réal impec), j’y suis – avec plein d’autres amis & ou admirés, je reprends ici le texte que j’ai produit pour contribution, qui est un hommage à Charlotte (mais aux libraires qui comptent & ou comptèrent, comme Jean-Yves Bochet ou Alain Girard), et au-delà, aux libraires, aux espaces qu’ils occupent (mentaux et de circulation), un texte qui me tenait depuis longtemps.

La librairie est là : http://www.librairie-laviedevantsoi.fr/ mais aussi sur facebook (où j’ai rencontré Charlotte, comme pour beaucoup d’entre nous ; la liste non exhaustive des contrbuteurs reprise de son fil, ci-dessous, renvoie d’ailleurs à leur profil facebook à chacun).

Je cite Charlotte (sur facebook, bien entendu) :

« 50 auteurs, dessinateurs, éditeurs, libraires. acteurs du livre ont offert leur travail à La vie devant soi!
Le Livre de soutien que nous attendons depuis un an vient d’arriver il est en vente au prix de 35 € et sera offert aux clients fidèles lors de leur 30e passage en caisse.
Ce livre a été réalisé par Bernard Martin et les éditions Joca Seria – merci pour ce travail minutieux, attentionné & collectif.

avec Claude Ponti, Charlotte Des Ligneris, Marie Desmeures, Stéphane Pajot, Valérie Millet, Catherine Blondeau, Aude Le Corff, Coline Pierré, Benoit Laureau, Lark Ascending, Alain Nicolas, Daniel Morvan, Julien Delorme, Martin Page, Sylvain Coher, Arno Bertina, Sylvain Renard, Lionel Besnier, Delphine Bretesché, Alain Girard-Daudon, Sylvain Pattieu, Emmanuelle Collas Galaade, Brigitte Bouchard, Christian Garcin, Mathieu Larnaudie, Guénaël Boutouillet, Aurélien Blanchard, Claire Duvivier, Baptiste Liger, Suzanne Côté-Martin, Julia Kerninon, Attila Virot, Christophe Davy, Hélène Gaudy, Carole Zalberg, Eric Plamondon, Anthony Poiraudeau, Eric Pessan et Brigitte Martin.

(Ma contribution au livre de soutien)

Comme une princesse de Sérendip

Connaissez-vous la sérendipité ?

C’est une idée popularisée par le web, qui lui était préexistante (cherchez-en donc l’origine sur le dit web, et découvrez la jolie légende des princes de Sérendip, qui vous dira quelque chose, puis vous mènera ailleurs). La sérendipité qualifie une recherche qui ferait profit des hasards, pour aboutir à une trouvaille, obtenue sans calcul et sans, surtout, l’avoir initialement prévu. Cette notion est importante, m’est importante, c’est une des grâces que je trouve à l’usage quotidien des outils dits de « nouvelles » technologies : elle constitue une échappée, une trouée dans le programme, une possibilité autre. Possibilité d’ailleurs chaque jour plus menacée par les géants du web, google amazon facebook & friends, dont le socle économique est de vous tenir captifs.

Mais pourquoi, vous dites-vous, si vous n’avez par chance pas encore tourné la page pour y trouver proposition plus adaptée à ce que vous pensez être venu chercher dans ce recueil, pourquoi vient-il ici nous chanter sa scie techno-militante ? On devait pas causer libraire, librairie indé? (Ok, ok, opiné-je, je vous perds (manière de joindre le geste à la parole, en fait, de faire ce que je fais, d’écrire ce à propos de quoi j’écris) mais promis j’y viendrai bientôt).

(J’y viens, donc).

A chaque fois ou presque que j’ai posé le pied dans une librairie où officiait Charlotte Desmousseaux, j’ai acheté un livre – non, deux – voire, plus. Et s’il y a certes, dans ce geste, me diront les retors, une manière de scrupule, de bien-pensance, une gentille posture de belle âme, à quoi s’ajoutent l’amitié, la sympathie éprouvée pour la tenancière, dont je ne nierai pas les pouvoirs ; s’il y a une part, effective, de volonté, bien consciente, dans le geste, il y a surtout le constat, qu’à chaque fois que j’y ai acheté un livre – non, deux – voire, plus, aucun des titres en question n’était imaginé, investi en amont.

(Quand c’est chez Charlotte), je sors de cette librairie avec autre chose que ce que j’y cherchais, que ce je pensais y chercher.

Le constat ne vaut d’ailleurs pas que pour Charlotte, je pourrais en citer d’autres, comme mon cher Jean-Yves, à l’Iris Noir (XIe arrondissement, métro Ledru-Rollin) ; où ces samedis matin où je passais voir Alain (Girard) chez Vents d’Ouest, avec Elias souriant dans la poussette – poussette dont les pochettes latérales se garnissaient de livres, au retour : plus de place (plus de temps) pour passer au marché, même – beau prétexte pour se taper une frite en ville, passant.

Chez ces libraires-là, ce qui se passe et préside à mon acte d’achat(s), c’est une opération complexe, mêlée de : discussions interrompues (car le libraire fait commerce, pendant ce temps, et en bon ami que vous êtes, vous ne prenez pas la place d’autres clients potentiels), durant lesquelles vous furetez en attendant de reprendre ; de coqs à l’âne et digressions ambulatoires : la parole se déplace avec nous au gré des rayons, quand d’autres fois elle nous y guide, au gré d’incessants et partagés « tu l’as lu ça ? », « tu l’as vu ça ? », « tu l’as reçu, ça » ?

Et comme on partage, avec Charlotte, une forme de compulsion, un appétit sans cesse relancé, le jeu débouche toujours sur autre chose : le livre que je finis par saisir puis acquérir n’est quasiment jamais celui que j’envisageais, ni même un de ceux dont on a précisément parlé, mais un autre encore, celui sur lequel un index (celui de la libraire ou celui de l’acheteur, prescripteur ou interrogatif) s’est, à un moment de l’errance rebondissante, de nos paroles et de nos pas, posé.

Cet index, doigt ne désignant jamais la lune mais nombre d’astres inconnus, organe partagé du libraire indépendant, de son client curieux, trace je crois, dans l’air, les lettres du mot : SERENDIPITE.

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