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MA TETE DANS LE JOURNAL (entretien avec Daniel Morvan, octobre 2016)

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MA TETE DANS LE JOURNAL.

Retour remerciement sur cet article de Daniel Morvan dans Ouest-France début octobre. D’abord parce que c’est dans Ouest-France, et qu’après en avoir souri comme on fait par « élégance », m’est revenu, mais après seulement, la cuisine de mes grand-parents à Locmiquélic, où j’ai toujours (et uniquement) connu Ouest-France comme LE journal. Et que je n’y retourne pas tous les jours, en pensée, dans cette cuisine, mais que ce n’est jamais anodin.

Ensuite parce que forcément, l’endroit où j’officie (et c’est la moindre des choses), n’est pas celui vers où l’on oriente les projecteurs, moi-même me revendiquant passeur, je suis là pour passer. Mais que c’est agréable, et fort utile, cette lumière-là, se faire connaître est nécessaire, et qu’un article tel dans la besace ne nuira pas à la dite besace. On le conserve ici, donc, pour mémoire. Utile et pratique également, pour moi qui met toujours trois ans et demi à expliquer clairement ce que je fais là-dedans. (Là dedans quoi ? Dans la vie, dans le livre).

Et puis que c’est Daniel, qu’il fait un sacré boulot, puisqu’il a démêlé fort habilement dans ma digressive parole l’essentiel, et qu’il a trouvé un formidable titre (sacré journaliste, et puis c’est un auteur Daniel, pas de hasard, en romans chez Zulma mais aussi en blog, voir son chien de lisard). Poseur de bonnes questions, ça résume tellement bien, ce que je m’efforce de boutiquer (et ça résonne même au-delà des entretiens auteur, tant j’ai l’impression que ça fonde mon action en ateliers, avec les étudiants), que ça m’a, et je m’en souviendrai, porté dans ma préparation du moment Vuillard du soir chez Vents d’Ouest – qui furent assez extra, assez exceptionnels, le moment comme le Vuillard, et où je crois oui, avoir POSE DE BONNES QUESTIONS.


Merci encore, Daniel.

L’entretien est à lire aussi en ligne sur le site de Ouest-France,

je le reprends ci-dessous.

Profession ? Poseur de bonnes questions

Recueilli par Daniel MORVAN.

Les auteurs se succèdent chez les libraires, dans les festivals. Devant 100 ou 10 spectateurs, pas de rencontre sans poseur de bonnes questions. Guénaël Boutouillet les anime à Vent d’Ouest.

Entretien

Guénaël Boutouillet, médiateur.

Animateur littéraire, c’est autre chose que de servir de passe-plat à Jean d’Ormesson ?

Travaillant avec Vent d’Ouest, à Nantes, j’y suis attaché (comme avec La vie devant soi), pour une question de sens. Le choix des auteurs invités se fait en coopération avec les libraires : je passe les voir, on décide ensemble des auteurs qui seront nos invités, en sortant justement des sentiers battus. Et je crois que je sais les faire parler, avec 150 rencontres et tables rondes au compteur…

Mais comment fait-on pour obtenir Jablonka, Mauvignier ou Cécile Minard ? Qui décide ? C’est une lutte au couteau entre libraires ?

Pas du tout ! Il y a de la place pour tout le monde, surtout dans une rentrée littéraire aussi riche que celle de 2016. Si j’invite Bertrand Belin à Vent d’Ouest, c’est parce que je suis depuis longtemps en relation avec son éditeur. Mais c’est un an et demi de travail pour l’avoir. Cécile Minard, c’est elle qui a choisi Vent d’Ouest. Ivan Jablonka (auteur de Laëtitia) a été invité par cette librairie avec le Lieu Unique. Laurent Mauvignier aussi nous a choisis parce que Vent d’Ouest est une « librairie Minuit », qui défend cet éditeur depuis toujours. Mais par ailleurs, Charlotte Desmousseaux a mis une OPA amicale sur Sylvain Prudhomme (Légende, l’Arbalète). Mathias Enard est allé une première fois chez Coiffard, puis après son prix Goncourt à la librairie La vie devant soi (76, rue Maréchal-Joffre à Nantes). Il n’a pas forcément dit les mêmes choses.

Autre aspect de votre travail, la défense de la bibliodiversité : la découverte des auteurs moins connus, jeunes ou « primoromanciers ».

Oui, c’est le cas d’Alexandre Seurat, d’Angers, pour son remarquable Administrateur provisoire (Le Rouergue) ou encore d’Éric Chauvier, qui travaille à l’école d’architecture de Nantes. Ce n’est pas une histoire de combat. Nous sommes ravis d’inviter des gros vendeurs, mais aussi des écrivains qui apparaissent.

Le public nantais est très chanceux. Mais les autres, « en campagne » ?

J’anime aussi des rencontres dans les médiathèques de campagne. Nous vivons dans un très haut régime d’information. Il est bon de revenir après coup, devant un public qui ne vit pas dans cette urgence. L’idée n’est pas d’en rajouter, mais de fabriquer une heure d’échange unique, qui ne se reproduira pas.

En 150 rencontres, quelle est votre plus belle question ?

À Maylis de Kerangal, dans une médiathèque, après un long préambule à propos du mouvement dans son oeuvre, finir par : « Avez-vous fait bon voyage ? » Réponse : 12 minutes, magnifiques !

LE PROGRAMME : (détaillé ici)

À Vent d’Ouest (5, place du Bon Pasteur, Nantes. Tél. 02 40 48 64 81), à 19 h 30, rencontres avec Éric Vuillard (Actes Sud) jeudi 20 octobre ; Philippe Vasset (Fayard), vendredi 4 novembre ; Bertrand Belin (Éditions POL), mardi 8 novembre ; Céline Minard (Éditions Rivages), jeudi 10 novembre ; Laurent Mauvignier (Les éditions de Minuit) jeudi 17 novembre ; Ivan Jablonka (Éditions du Seuil), mardi 22 novembre, au Lieu Unique, à 19 h  30

L’art, comme un autre nom de la vie, et réciproquement. | Marc Perrin, entretien

MP par John Seelekaers

Les contextes de cet entretien sont multiples : la parution en novembre de Spinoza in China, livre attendu de Marc Perrin et deuxième signé de lui aux éditions Dernier Télégramme ; et de l’avoir présenté puis reçu dans le cadre de mon cours de littérature contemporaine (et médiation), à l’IUT info comm de La Roche-sur-Yon (suite de moments relatés ici : à lire, notamment, les réactions de trente étudiants à cette forme d’art, après qu’ils aient assisté, au grand R, à une lecture performance en duo avec le contrebassiste Benoît Cancoin.

Il n’est pas toujours aisé de se tenir à la bonne distance de ce qui est d’abord une joie (voir arriver le livre enfin fabriqué, de ce qui a été le beau projet d’un ami durant plusieurs années) ; de le passer à d’autres lecteurs, et non des moindres, qui savent se l’approprier (merci François) ; l’entretien ainsi formalisé permet aussi de poser des questions dont la réponse me semble évidente (je fréquente assidûment Marc Perrin, et suis d’assez près l’évolution de son travail, écrit comme parlé), et qui ne le sont pas tant – et puis, ainsi que je lui demande, il y a une grande propension, chez lui, au parlé, à l’échange, comme nécessité et comme possible. Play.

 

  1. Marc Perrin, d’où venez-vous ? Quel itinéraire personnel et artistique vous a mené à l’écriture ?

Ces premières questions me font penser à trois autres questions qui m’ont longtemps accompagné : Comment es-tu arrivé,e ici ? Pourquoi y restes-tu ? Et maintenant, tu fais quoi ?

Par ailleurs. Je suis né le 21 juillet 1968, à 3 heures du matin, un dimanche, à la clinique des neuf soleils, à Clermont-Ferrand. C’est dans le département du Puy-de-Dôme, en France. Mon père était alors ouvrier chez Michelin. Il l’a été jusqu’à l’âge de la retraite. Ma mère était secrétaire dans un organisme qui s’occupait des retraites des artisans et des commerçants. Ce fut son métier tant qu’elle travailla. D’autres informations biographiques, en partie fidèles à la réalité, parsèment Spinoza in China. En particulier entre les pages 315 et 321.

Autrement dit. Résidences principales : à Clermont-Ferrand (pendant 18 ans) ; à Paris (pendant 15 ans) ; à Vallabrègues (pendant 2 ans) ; à Rennes (pendant 1 an) ; à Nantes (depuis 11 ans). Itinéraire non achevé.

Vers l’écriture. Deux souvenirs. D’abord, un mouvement de repli. Aux environs de 1995-1998. Je vivais à Paris. Je fréquentais l’Université Paris 8 – Vincennes à Saint-Denis, où j’étais inscrit en Histoire de l’art, option cinéma. Pour un film que je devais réaliser, il m’a fallu aller chercher de l’argent. Mais pas seulement de l’argent. Il m’a fallu trouver l’énergie, surtout, pour faire avec d’autres. C’était mon projet, ce film. Mais je n’ai alors ni pu ni su trouver cette énergie pour aller chercher, et faire avec d’autres. Repli. J’ai commencé à écrire dans ce mouvement de repli. Une partie du travail – sans cesse, toujours à l’œuvre – fut – reste – de défaire ce mouvement de repli, et de parvenir à déployer l’écriture vers l’extérieur, vers le dehors.

Par ailleurs. Pour partie. Ma culture d’origine est une culture RTL, par la chanson de variété. Pour partie. La chanson. Paroles, musiques, chants, rythmes, sens des mots. C’est par la chanson que je découvre Antonin Artaud. Pra exemple. Dans une chanson de Gainsbourg, Les affreux de la création, j’entends ceci : le génie ça démarre tôt, y a des fois ça rend marteau, j’veux parler d’Antonin Artaud. À la suite de quoi, je vais au cdi du lycée pour emprunter le seul livre d’Antonin Artaud alors en rayon, une édition de poche de la collection Poésie Gallimard. La première chose qui m’arrête dans ce que je lis – ce sont d’ailleurs je crois les premiers textes du livre – c’est la correspondance d’Antonin Artaud avec Jacques Rivière. Artaud y évoque sa difficulté – et la souffrance conséquente – à mettre en mot sa pensée, à trouver une forme fixe, et juste, pour une pensée qui ne l’est pas, fixe, qui fluctue, et vit. Plus tard, ce sera pour moi une question centrale : comment trouver une forme artistique qui ne fige pas le vivant d’où elle vient, le vivant où je souhaite que l’œuvre ne cesse pas d’être.

  1. Quels artistes furent déterminants dans votre parcours, à quel moment et en quoi le furent-ils ?

Les artistes (et j’inclus parmi les artistes les philosophes, tous les chercheurs, dans quelque domaine que ce soit, c’est-à-dire tous les êtres vivants qui cherchent et qui donnent une forme à ce qu’ils cherchent, ainsi j’inclus toute personne humaine car je crois que d’une certaine manière nous faisons tous cela, vivant… nous cherchons et donnons formes… nous fréquentons des formons, nous en produisons…) les artistes qui comptent pour moi sont les artistes qui cherchent à produire des formes en lien le plus intense possible, donc, avec la vie, le vivant.

L’art, comme un autre nom de la vie, et réciproquement.

Artistes, vivants, chercheurs, producteurs de formes avec lesquelles nous nous mettons en relation. Formes que nous participons, chacun, chacune, à faire vivre.

Selon les périodes de la vie de chacun ou chacune d’entre nous (et il en va de même avec les périodes de l’histoire), nous n’avons pas besoin de nous mettre en relation avec les mêmes personnes, artistes, œuvres, moments. Du fait, entre autres choses, que nous ne cessons pas de comprendre, et d’affiner, les relations qui nous conviennent, et qui conviennent à ce qui nous semble être bon : pour toute vie. Pour une [?] société, aussi. Par exemple.

Chaque artiste : comme un ami possible, une possible amie. La possibilité d’une rencontre, à chaque fois.

En ce qui me concerne, l’une des dernières rencontres a eu lieu avec Spinoza, avec un texte de lui, l’Éthique.

Aujourd’hui, quand je parle de Spinoza, quand j’évoque la manière dont je lis ces textes, ce que j’en comprends, comment – conséquemment – je vis avec, j’en parle comme d’un ami. On a fait ça ensemble, j’ai compris ça avec lui, etc. La pensée de Spinoza est une pensée qui m’accompagne, je sens que c’est une bonne rencontre. Les textes de Spinoza, je les comprends comme je les comprends, ils font maintenant partie de ma vie. Et quand j’en parle je sens qu’ils passent dans de la vie de celle ou celui à qui, avec qui, j’en parle.

Font également partie de ma vie : Chantal Akerman. Guy Alloucherie. Antonin Artaud. Pina Bausch. Samuel Beckett. Joseph Beuys. Oscarine Bosquet. Marie Bouts. Sandro Botticelli. Louise Bourgeois. Benoit Cancoin. Claudia Castelluci. Roméo Castelluci. Hélène Cixous. Bernard Cuau. Gilles Deleuze. Jacques Derrida. Vinciane Despret. Gislaine Drahy. Marcel Duchamp. Marguerite Duras. Jean Eustache. Liliane Giraudon. Jean-Luc Godard. Souleymane Cissé. Rainer-Werner Fassbinder. Didier-Georges Gabily. Nan Goldin. Félix Guattari. Chiara Guidi. Yannick Haenel. Thomas Hirschorn.  Rebecca Horn. Manuel Joseph. Tadeuz Kantor. Anne Kawala. Frédéric Laé. Soizic Lebrat. Maguy Marin. Annette Messager. Perrine Mornay. Pier Paolo Pasolini. Vanessa Place. Jody Pou. Matthieu Prual. Nathalie Quintane. Jacques Rancière. Denis Roche. Alix-Cléo Roubaud. Jacques Rivette. Charlotte Salomon. Goliarda Sapienza. Cindy Sherman. Gertrude Stein. Isabelle Stengers. Michel Surya. Christophe Tarkos. Vincent Tholomé. Bill Viola. Chris Ware. Apichatpong Weerasetakull. Francesca Woodman. Virginia Woolf. Lu Yang. Et la musique improvisée, et tout art de l’improvisation comme art de l’attention. Et quantité d’amies et d’amis et de parents et de parentes, qui n’écrivent pas, ne réalisent pas de films, ne se disent ni musiciennes ni musiciens ni artistes. Et qui le sont, tout autrement.

 

  1. Votre langue (notamment ce premier système-socle en phrases courtes qui se reprennent se déclinent se font écho), comment est-elle venue ? De la scène, d’un rapport au parlé, d’un désir de parlé ?

Ma langue. Ça me fait bizarre ces deux mots. Sans doute c’est le possessif qui me fait bizarre. Ma langue. Je ne pense pas ma langue. Peut-être par ce que je ne pense pas qu’elle soit à moi. Il faudrait peut-être renverser la donne. Et se demander ce que serait que d’être à la langue ?

Par ailleurs, ces jours-ci, j’écoute – je ré-éccoute –  les cours de Gilles Deleuze à  propos de Spinoza. http://www2.univ-paris8.fr/deleuze. Il est question des manières d’être. Il y est question de l’être. Et – donnons ici comme définition de l’être : l’être = « tout ce qui existe » – l est question de chacun, chacune d’entre nous, et de comment chacun et chacune, dans l’être, nous avons, ou nous sommes, une manière de l’être. Chacun, chacune, est une manière d’être. Chacun, chacune, a une manière d’être. Il y n’y a pas mon être, ton être, etc. Il y a l’être, avec tout ce qui est. Et. Là dedans. Il y a ta manière d’être, ma manière d’être, des manières d’être. Eh bien avec la langue, ce serait un peu la même chose. Il y aurait la langue, par exemple la langue française, une langue commune à celles et ceux qui la parlent. Et il y a, il y aurait, les manières que nous avons de parler, d’écrire, d’être, avec cette langue, dans cette langue. Ma manière d’être, ta manière d’être, des manières d’être. Avec, et dedans. Et dehors ?

Et, pour te répondre quant aux phrases courtes, cela ferait partie – disons – d’une manière de penser, à petits pas : avancer ceci, puis cela, faire bref, pour que moi-même je puisse écouter et comprendre le sens qui se produit, au fur et à mesure qu’il se cherche, par l’association de ceci avec cela, par cet effet de montage, comme au cinéma, quand on colle deux images, l’une à la suite de l’autre : quel sens cela produit-il ? Je cherche, écrivant. J’avance dans une pensée qui se cherche, et se produit, se cherchant. Par associations d’hypothèses, ou d’affirmations, ou de questions, ou de faits, ou d’énonciation de sensation.

L’un des aspects de mon travail serait de parvenir à  trouver une forme, des formes, qui garderai(en)t vivant, vibrant, quelque chose de l’ordre de la sensation de cette recherche, de cette avancée.

Par ailleurs, je travaille et retravaille les textes à voix haute. Avec la voix. Autant avec cette pensée qui se cherche et se fait un chemin, qu’avec la vibration de la voix, la pulsation du corps – du cœur? C’est musical et intuitif, aussi.

Avec ceci, aussi : intuition vérifiée par l’expérience même : pensées et sensations se produisent l’une l’autre, s’accompagnent. Sont indissociables. Vie et parole et écrit, pensée et parole et sensation, cheminent ensemble, à égalité d’existence.

La scène, la lecture publique, sont alors une continuation, une perpétuation – une persévérance ? – une reprise de l’écriture, à  la différence notable que sur scène, en lecture publique, je ne suis plus seul.

  1. Comment a-t-elle évolué ces dernières années, via le travail en collaboration notamment mais aussi l’écriture « en direct » sur les réseaux sociaux, ou par d’autres biais encore, vers ce mode spécifique de prise en charge du texte, aussi bien dans l’espace du livre (en flux continu, écrit jusqu’au dernier moment et envisagé comme à poursuivre, en une infinité de tomes) ?

Je réponds donc ici non pas sur ma langue, mais sur – disons – une manière d’écrire, ayant évolué avec et en même temps qu’une manière d’être, de vivre. Dans la compréhension non arrêtée de ces mouvements. Dans l’indissociable de ces mouvements.

Je pense à la première phrase de Cercle, de Yannick Haenel : C’est maintenant qu’il faut reprendre vie.

Je me souviens, au début de l’année 2012, je me suis dit que quelque chose de cette vie que je vivais était trop triste, vraiment. Un état de solitude – et de cette solitude de peur et non de celle vive, joyeuse, et nécessaire. Un état de peur, et de repli – encore – , et de tristesse conséquente. Il fallait, il était urgent : de reprendre vie. Et même, non pas re-prendre vie, mais bien, oui, prendre vie. Il y eut deux rencontres à ce moment-là. Il y en eut bien d’autres, auparavant, et depuis, que je n’évoquerai pas ici, et qui ne comptent pas moins pour autant, mais à ce moment là, il y eut deux rencontres. Une rencontre amicale et artistique. Et une rencontre amoureuse. La rencontre amicale et artistique eut lieu avec Vincent Tholomé. Elle prit la forme d’un duo d’écriture, et de performance. Là, pour la première fois, en performance : j’ai entendu des rires parmi les spectateurs. C’était très bon. Quelque chose s’ouvrait.

Quant à la rencontre amoureuse, elle eut lieu avec une femme, écrivain, avec qui je suis devenu et continue de devenir écrivain. Et avec qui je n’ai pas fui l’amour, quand l’amour exigea ce que j’avais jusque là fui de lui, à chaque fois que c’était l’amour qui exigeait, et non plus moi. Disons-le comme ça.

Il y a des pages magnifiques de Michel Surya, dans un livre qui a pour titre L’Éternel retour. Sur ce qu’exige de nous l’amour, ou : sur ce que nous exigeons de nous-mêmes, par cela que nous décidons de nommer, de continuer à nommer : amour. Et, également, par cela que nous décidons de continuer à nommer : pensée. Et en quoi nous décidons de continuer de croire. Que veulent ceux qui pensent ? Que penser les justifie. Que ne veulent-ils pas ? Se mettre à la merci de la pensée. C’est vrai pour la pensée. C’est vrai pour l’amour.

Aujourd’hui, pour moi, le travail d’écriture consisterait à ne pas dissocier ce que j’écris de ce que je vis, et, dans le même temps, que la forme donnée à l’écriture soit une forme distante de la vie-même. Une forme distante, une distance, dans laquelle la vie elle-même aurait toute sa place. Trouver une distance, la produire, et vivre : et avec, et dedans. Produire une distance pour mettre à distance le [?] drame que serait le [?] drame d’être. Et : réintégrer cette distance, et cette possibilité de légèreté qu’elle rend possible, dans l’être même, dans la vie même, dans le [?] drame, et rire, avec, et dedans. Ce serait un travail de va et vient permanent. Une attention à l’égard des passages. Ce serait créer des passages, et les créer vivants, et les créer, en vivant.

Sur les réseaux dits sociaux de l’Internet, ce serait quelque chose du même ordre qui serait mis en œuvre : un va et vient. Un va et vient entre deux espaces : le lieu de l’intime (écrire en solo) et le lieu d’une première publication, alors que le texte est en train de se former, de se chercher une forme. La page de mon profil, sur tel réseau dit social, j’en fait une espèce d’atelier ouvert au public. Dans ces conditions, je retravaille le texte avec cette conscience – il peut être est lu, il est désormais, en tout cas, à cet endroit-là, devenu public, je ne suis alors déjà plus seul avec lui. Le texte est alors déjà dans un rapport émission / réception, et travaillé avec cette conscience-là.

Pour le livre Spinoza in China, le texte a été retravaillé jusqu’aux derniers jours précédant le départ à l’impression. Amener le vivant du texte en train de trouver sa forme – autant que faire se peut – jusque dans le texte. Tenter d’amener ce vivant-là dans la forme même du texte tel qu’il finira par apparaître, sous la forme de ce livre-ci.

Le temps de l’impression du texte est pour moi un moment paradoxale. C’est un temps où le texte va cesser de vivre selon sa modalité d’écriture, et un temps où une autre vie – de lecture – va pouvoir commencer.

Quelle forme arrêtée (sous la forme d’un livre, donc) donner à lire, quand c’est quelque chose de l’ordre du vivant que je souhaite donner à lire ?

Au final, je comprends la chose suivante : cette forme arrêtée n’est elle-même qu’un passage. Elle est la forme à laquelle les lectures de chaque lecteur ou lectrice (dans l’intimité de la lecture du livre), et, ou, les lectures publiques que je proposerai, redonneront souffle et vie. Tout est ok. Travail d’éternité. Parfait. Éternité dans un sens très simple, que j’ai rencontré chez Spinoza – avec Deleuze. Travail d’éternité : c’est-à-dire : un travail d’intensité du présent. Comment trouver des formes qui donnent au présent sa plus grande chance d’être. Sa plus grande chance d’être aimé. Voilà.

Une infinité de tomes pour Spinoza in China ? Je prévois cinq tomes. J’en annonce cinq, du moins. Il faut entendre cela comme une grande blague, aussi. En clin d’œil amical aux cinq parties de l’Éthique. Et. Si la sensation d’infini (de non fini) est là : j’aime. Oui. Dans Spinoza in China : Ernesto dit : je crois à l’être non fini. J’y crois aussi.

  1. Il y a ce qui secret, monsieur M, d’autres projets encore. Au-delà de la collaboration artistique en duo (comme avec Benoit Cancoin), il y a dans votre travail la manifestation récurrente d’un désir de collectif. Il a une interprétation politique (et d’époque aussi, vous n’êtes pas le seul à ainsi multiplier les collaborations), mais ce me semble particulièrement important, aussi bien très symboliquement que très concrètement, dans votre rapport à la pratique artistique, ce truc avec le collectif ?

C’est la question même du désir. Le désir, entendu comme production de relations. De formes. Et d’attentions. C’est la question de la poésie. Du politique. Du désir. Quelles formes de relations et d’attentions produisons-nous. Dans lesquelles et avec lesquelles (formes, relations, attentions) nous vivons, désirons vivre.

[guénaël boutouillet marc perrin décembre 2015]

Rien n’est fini tout commence (Gérard Berreby, Raoul Vaneigem, éditions Allia, octobre 2014)

[A noter – LE MERCREDI 18 MARS A 19H – rencontre avec l’éditeur Gérard Berréby, fondateur et responsable des éditions ALLIA, à la librairie Les bien aimés, rue de la Paix, Nantes.]

On comprend que vous développiez l’idée d’un « homme supérieur », capable de surmonter son aliénation. Mais vous le faisiez en commettant, à mes yeux, une erreur. Car quelle que soit la radicalité d’un individu, membre du groupe ou pas, il n’en reste pas moins un être qui, à un degré ou à un autre, est intégré à la société dont il est issu ; en cela il est porteur d’une certaine dose d’aliénation et ce, à plusieurs niveaux.

La notion même d’émancipation s’est trouvée faussée. À l’origine, elle s’appréhendait socialement, elle était portée par le projet d’une société sans classes. Lorsque nous avons affirmé que l’individu était le fondement essentiel de la lutte des classes, il s’agissait de l’individu en quête de son émancipation. L’ambigüité a longtemps consisté à savoir si l’émancipation de l’individu passait par celle de la société ou, pour caricaturer, si une société sans classes donnait des individus libres, autonomes. C’était une première erreur. La deuxième a été de valoriser l’individu porteur d’un principe d’émancipation – l’autonomie – se traduisant socialement par l’autogestion. Cet individu-là, nous n’avons jamais fait l’effort de le replacer dans ses conditions de vie, qu’elles soient familiales, sociales… celles d’un individu déséquilibré par ces conditions et qui se sauve – presque au sens de « salut » ; salut commun ou salut religieux – grâce à la clarté de cette volonté d’émancipation générale qu’il porte sur ses épaules… des épaules chargées de contrainte que l’on n’examine pas… parce que le projet est en fait de l’ordre de la transcendance… hormis Viénet, nous avions l’impression de changer le monde, de changer les bases. Une telle conviction nous illuminait… car on ne peut parler que d’une illumination. Elle éclairait le monde entier et nous dispensait d’éclairer nos comportements passéistes ! (extrait)

J’ai laissé tel quel : rien que l’italique pour distinguer les questions (de Berréby) des réponses (de Vaneigem). Cette épure, manifeste, dans la retranscription de l’immense entretien courant sur les 400 pages de ce magnifique objet, est volontaire et signifiante. Elle est voulue par les deux co-auteurs – co-auteurs, oui, car Berréby, qui fait les questions et pose les rails de ce qui constitue le grand récit de l’aventure situationniste, est un alter ego revendiqué (et souhaité tel par l’interviewé), qui n’hésite pas à contredire le sage, le « vénérable » qui lui fait face, et ce sans que s’altère l’immense respect pour l’affaire qui lui, qui nous, est contée : une vie, celle de l’absolument radical Raoul Vaneigem, depuis l’enfance belge et ouvrière, jusqu’à la grandeur et à la chute (extrêmement précisément décortiquée par les deux hommes) de l’internationale situationniste dont il fut un des piliers majeurs (celui à qui Debord proposa de recommencer, à nouveau, autrement, à deux, ce mouvement fulgurant). Sans aucune amertume, sans sordide règlement de compte.

Le livre est à la fois richement (très richement) documenté, y compris de nombreuses correspondantes inédites avec des témoins et des proches de Vaneigem et Debord, et très libre dans son ton : l’extrait ci-dessus pourrait même donner l’impression d’une simple attaque ou déconstruction de ce qui fut un mouvement d’idées aussi nouveau que porteur de sens et de conséquences concrètes – mais il n’en est rien.

« La remise en question, l’interrogation, bref le questionnement inlassable non point pour le plaisir de prendre le contrepied mais plutôt dans une tentative de se débarrasser du superflu ont été nos credos pour tenter de nous approcher du réel. », affirme Gérérd Berréby en réponse à une des queqlues questions que je li ai posées pour nourrir cette note. En effet, ce livre, et ses auteurs, s’efforcent de rendre au plus juste le récit des faits, sans « refaire l’Histoire » (de toute façon, Vaneigem affirme clairement ne pas se pencher sur l’Histoire de ce dont il fut un des éléments moteurs : « Je reste attaché à la valeur théorique de la pensée, le reste… Les anecdotes et la correspondance dont partie des archives. Je n’y trouve aucun intérêt. »); de restituer et resituer l’époque, les actes et les ambiances (notamment la commensalité indispensable à la bonne tenue des longs échanges arrosés des situs) nécessaires à l’élaboration de ce programme émancipateur.

Et cette discussion à bâtons rompus, contradictoire et généreuse, s’avère faire socle mais aussi tremplin, être un bien bel objet de transmission.

(Quelques questions à Gérard Berreby, à propos de rien n’est fini tout commence, livre coécrit avec Raoul Vaneigem, éditions allia, 2015)

http://www.les-bien-aimes.fr/evenements/les-evenements-a-venir/

(G.Boutouillet) Ce qui frappe d’emblée dans ce livre, outre sa qualité documentaire, c’est l’entrée de but en blanc dans le propos, sans préface ni introduction d’aucune sorte : on entre dans la conversation, qui si elle respecte certaines « règles » (chronologiques), nous place face à ce parti-pris singulier : deux individus parlent, nous assistons à cette discussion (chaleureuse, libre, contradictoire : amicale) dans laquelle l’interviewer est un interlocuteur placé en position d’égalité (vous n’hésitez pas à poser de très longues questions, à développer de longues analyses). Que pouvez-vous me dire de ce parti pris, de ce qu’il signifie éditorialement, mais aussi dans votre rapport à Vaneigem (et son travail) dont il découle ?

(G.Berreby) J’ai tenté de proposer un roman d’époque dans lequel toutes les questions seraient abordées et grâce auquel on mesurerait la sincérité et l’authenticité de l’un ou l’autre des interlocuteurs à ce qu’il dit ou ne dit pas. Il n’y a donc pas de préface, de chronologie, de chapitres, autant de formes et d’éléments qui risquaient d’enfermer a posteriori notre discussion – et sa lecture – dans des carcans que nous cherchions précisément à éviter. L’entretien commence par une évocation des années de formation de Raoul Vaneigem et se termine après un voyage à travers quatre cents pages de propos de toutes sortes, de documents rares, voire inédits, et d’entretiens complémentaires, parfois contradictoires, avec d’autres protagonistes. Nous avons construit une galerie de portraits où figurent des membres clés de l’histoire de l’Internationale Situationniste mais aussi des personnages aux noms et aux rôles plus méconnus. En résulte un tableau d’époque avec des incursions régulières dans notre monde contemporain. En ce sens, j’ai voulu un ouvrage vivant, absolument pas muséifié, donc pas de tombeau, aussi glorieux fut-il. J’ai voulu éviter le livre pour spécialistes, happy few et lecteurs convaincus. J’ai voulu composer, au contraire, un livre ouvert que tout le monde puisse lire et surtout que chacun puisse s’approprier. Du roman, de l’essai, de la biographie, de la thèse et de l’ouvrage historique, j’ai mélangé tout cela et inventer une forme inédite pour parler de l’Internationale Situationniste, de sa place dans son époque et des conséquences de ce mouvement sur la nôtre, sans complexe ni directive universitaire. Cela m’a semblé convenir au projet plutôt que de se lancer dans un genre “ma vie mes œuvres”, un peu fade pour mon goût.
Un seul souci me préoccupait : ne pas ennuyer le lecteur et lui transmettre l’envie. Quand j’ai convaincu Raoul Vaneigem de s’aventurer dans ce projet un peu monstre, il a accepté à la condition que nous nous posions sur un pied d’égalité et que nous co-signons l’ouvrage. Nous sommes partis d’un ensemble homogène, à savoir le retour sur ses origines, comment devient-on Raoul Vaneigem ? et sur sa relation avec le mouvement situationniste jusqu’à sa dissolution. Pour ce faire, il nous a fallu revisiter notre passé non pas tel que nous aurions aimé qu’il fut mais au plus près de ce qu’il a été et de ce que nous y avions fait. Alors forcément, l’entretien est amical mais pour le moins vif et argumenté, sans aucune complaisance. Que ce soit pour décrypter la place et la personnalité de chacun des membres de l’Internationale Situationniste, pour évoquer l’émulation résultant de leur rencontre, pour revenir sur leurs coups d’éclat, pour souligner les conséquences néfastes de la récupération d’une avant-garde par la société elle-même, ou pour constater la décrépitude du mouvement au fil des années 1970, j’ai cherché à amener Raoul Vaneigem à une analyse sans concession. Dans la mesure où asséner des vérités n’a aucun sens, si ce n’est se condamner à rester dans un ghetto, j’ai toujours voulu ne pas épargner nos sens critiques. La remise en question, l’interrogation, bref le questionnement inlassable non point pour le plaisir de prendre le contrepied mais plutôt dans une tentative de se débarrasser du superflu ont été nos credos pour tenter de nous approcher du réel.

(G.Boutouillet) Très concrètement, cette longue histoire dialoguée semble le fruit aussi de deux cheminements singuliers : comment le livre s’est-il élaboré (par quel mode d’entretien : à distance, par écrit, en enregistrant) ?

(G.Berreby) Très simplement. Elle est le produit de vraies rencontres durant trois ans, en Belgique, à la campagne, en Bourgogne et au Pré-Saint-Gervais, dans la région parisienne. Tous nos entretiens ont été enregistrés puis transcrits, découpés et mis en forme. Intégrer les témoignages complémentaires, regrouper la documentation d’époque, les photos a été l’objet d’un travail ultérieur. Je n’aurai pas pu mener à bien ce projet sans le précieux concours de Sébastien Coffy et de Fabienne Lesage. L’accord passé avec Raoul Vaneigem était le suivant : je devais lui remettre un entretien définitif une fois nos conversations retranscrites. Il l’a accepté aussitôt après lecture. Dans la mesure où l’on a tâché de faire remonter l’essentiel de ce que recelait cette longue conversation, Raoul Vaneigem n’a eu aucun mal à valider l’ensemble des propos restitués. La fidélité à ce qui a été dit n’empêche cependant pas un regard critique sur le passé et sur nous-mêmes.

(G.Boutouillet) Qu’avez-vous appris, qu’est-ce qui vous a personnellement dérouté, surpris, relancé (vous qui êtes très fin connaisseur de cette question situ) ?
(G.Berreby) L’optimisme presque béat de Raoul Vaneigem m’a souvent dérouté. Il porte sur ses années passées au sein de l’I.S. un regard peut-être faussement détachée. Il est, oserais-je dire, sans pitié pour les erreurs du mouvement, ses dérives obsidoniales. Il projette dans les organisations autogérées qui émergent notamment en Grèce, une foi étonnante. J’ai appris qu’il faut bien se garder, en ce monde, de jugements définitifs sur les choses et les gens – la part cachée de chacun étant tout aussi importante que ce qui nous est montré immédiatement – et qu’enfin, on ne peut s’en sortir que par un regard franc sur ce que nous entreprenons avec les personnes qui nous entourent. Une telle posture est, je crois, un signe de vitalité et de bonne santé.

 rien n’est fini tout commence, Gérard Berreby & Raoul Vaneigem, éditions allia, 2015octobre 2014 – prix: 25,00 € , format : 160 x 240 mm, 400 pages, ISBN: 978-2-84485-926-6

Anthony Poiraudeau, « tous les morceaux du monde dont je pourrais disposer auprès de moi » (entretien, vidéo, septembre 2014)

photo Anthony Poiraudeau.

photo Anthony Poiraudeau.

Pour des voyages en improbable

Grâce à l’équipe de la Médiathèque de Saint-Jean-de-Monts, et la possibilité qui m’est   offerte, et réitérée, depuis 2011, d’y inviter des auteurs, pour une lecture-rencontre, en format café littéraire, le samedi après-midi, l’entretien entamé avec certains d’entre eux (et converti parfois, au passage, en amitié), peut ainsi se poursuivre, ailleurs, autrement, renouvelé. Merci encore de ce travail et des conditions remarquables dans lesquelles il se fait.

C’est le cas d’Anthony Poiraudeau, dont j’ai suivi de près le travail, de longue date, jusqu’à – et depuis- ce premier livre, Projet el Pocero, paru chez Inculte en 2013, chroniqué ici même, et dont j’eus également le plaisir de mettre en ligne le making-of en trois volets (lire le volet 1, le volet 2, le volet 3), sur remue.net.

Cet entretien, nous l’avons eu septembre 2014, moment où Anthony, de retour d’un voyage de quelques semaines à Churchill, Manitoba, commence sérieusement à organiser ses notes pour donner forme au texte qui découlera de ce voyage en improbable là.

La vidéo est une sorte de planche contact, elle n’est pas de format professionnel comme celle que nous réalisons pour remue.net, mais elle existe, témoigne – et poursuit, en somme, ce qui se fouille, se découvre parfois, en ces moments-là – y compris quand le questionneur (moi-même) est enrhumé, et, de fait, parfois, laborieux.

Elle est en deux parties, coupée par un court et excellent film (extrait d’un documentaire plus long) qui fut diffusé et dont le lien youtube est ci-dessous inséré.

Partie 1 (avec lecture d’extrait d’El Pocero).

Interlude : Séquence sur Ciudad Valdeluz, une ville fantôme, fruit de la bulle immobilière espagnole. Cette vidéo fait partie du web-documentaire NO ES UNA CRISIS, web-documentaire produit par La Société des Apaches en 2013.

Partie 2 (avec lecture d’un extrait inédit du travail en cours).

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Projet El Pocero (Dans une ville fantôme de la crise espagnole), de Anthony Poiraudeau, éditions Inculte / ISBN : 979-1-091887-06-9 / 13×18 | 128 p. | 13,90 €

Laurence Tardieu, L’écriture et la vie (entretien vidéo)

Rencontre avec Laurence Tardieu, à la Médiathèque de Saint-Jean-de-Monts, samedi 12 avril 2014 from Guenael Boutouillet on Vimeo.

J’ai rencontré Laurence Tardieu, puis les textes de Laurence Tardieu, en l’accueillant sur remue.net durant sa résidence à la FNAPSY, en 2012-2013.

La mise en ligne régulière de son immersion en ateliers, le récit de la prise de risque que ça constitue, sans omission du doute, toujours présent, m’ont été une piste pour entrer dans son oeuvre en cours. Ont aussi stimulé l’envie de la « proposer » comme auteure invitée aux bibliothécaires qui me font confiance.

Cette double invitation, à La Roche-sur-Yon puis Saint-Jean-de-Monts, m’est à chaque fois le prétexte et l’occasion de lire en profondeur un(e) auteur(e), pour non seulement inventer un dialogue qui soit à la fois « vrai » (une discussion qui en soit vraiment une, en n’omettant jamais sa part publique,  son destinataire multiple, une assemblée de lecteurs et lectrices attentifs) et qui se reconduise, différent mais tout aussi audible, le lendemain. De cet exercice il demeure toujours quelque chose, de spécial, dans le lien personnel à l’auteur, mais aussi, de par cette exigence spécifique qu’il requiert, très souvent : de (modestement) bons entretiens. Voici le deuxième de ce séjour, où nous traversons de nombreux aspects du parcours d’auteure de Laurence, ainsi que cette expérience d’ateliers, et son essai L’écriture et la vie (janvier 2014, éditions des Busclats).

Première trace qui en appellera d’autres, pour en redire de ce qui n’est pas dans cet entretien… A lire ensuite, L’incalculable apport, sur remue.net, article consacré au livre Une vie à soi (Flammarion, août 2014) dont Laurence nous fit ici cadeau d’une lecture en avant -première.

(Merci à l’équipe de la Médiathèque pour l’accueil, la fidélité, la captation vidéo, et les déjeuners en bord de mer ; merci à Laurence pour sa générosité et son attention).

Éléments bibliographiques :
Laurence Tardieu, romancière née en 1972 à Marseille, vit à Paris. Après des expériences de théâtre, elle se consacre exclusivement à l’écriture depuis la parution de son premier livre, en 2002.
Bibliographie
Elle a publié, depuis Comme un Père (éditions Arléa, 2002, rééditions Point Seuil), plusieurs romans aux éditions Stock, dont Puisque rien ne dure (2006), Un temps fou (2009), La Confusion des peines (2011) ; ainsi qu’une nouvelle, À l’abandon (Naïve, 2009).