Archives de Tag: Frédéric Forte

Treize | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Seul.

Seul en atelier. L’atelier d’écriture, de principe, c’est un groupe, plus soi-même, avec ; plus ou moins dedans le dit groupe. & le boulot qu’on a à y faire c’est : animer : faire passer, entretenir flammèche, manier l’allumette pas le combustible, le combustible ça pas touche, le combustible c’est dedans, dans chacun, par devers soi. Faire, avec un groupe. Faire faire. & distribuer, paroles écoutes et discret assentiment, soi majoritairement assis. Soi assis pour l’essentiel, debout constituant l’exception. Mais seul, en atelier, imagine : je suis assis, j’ai bouquins, papiers & autres choses plus ou moins utiles : j’attends. Ça m’est arrivé quelques fois, cette année, cette attente-là seul face aux livres, aux mots et aux questions que je vais tenter de poser, questions qui n’existeront pas sans que quelques y mettent la main – questions qui ne sont pas non plus les miennes posées à l’auteur, & qui ne valent rien sans ce contournement-là. Le démontage de la machine (machine-Pennequin, machine-Forte) & ce qu’il révèle des mystères (ne les nie pas : les éclaire), je ne ferais pas pareil seul, n’en tirerais pas la même pâte, pâte épaisse des questions advenues. Pas même moyen donc de m’y lancer, dans l’exercice inventé, de bricoler seul à la table, pas moyen de rien d’autre que : attendre. Attendre que rien, enfin, n’arrive. En venir à redouter qu’un autre vienne pour en faire deux, & qu’on fasse obligé la parlotte indécise, celle qui ne dit rien que : dommage.

Six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Jeux.

& constatant que la contrainte chiffrée vieille d’avant-hier et de cinq textes, tient & nous enserre en relative souplesse, que les textes s’écrivent, en multiples de 99 signes & constatant de plus qu’écrire entraîne écrire, que textes font textes en marabout-boule-de-neige & volumétrie croissante, se redemander si– non, même pas : se redire que – 99 eh bien, parce que c’est ainsi ça nous va, 99 voilà ça y va ça rentre, ça-le-fait, 99 voilà, textes : 99 de signes fois : 99 & c’est –PAS–tout : 99 parce que Frédéric Forte, usager récurrent de ce nombre, son fétiche, via ses variations en 99 notes préparatoires à. Frédéric Forte aura traversé cette période : deux entretiens successifs pour Livreaucentre ; des séances d’atelier de lecture tenues seul, sans public, seul face & avec petit tas des beaux livres de Forte au fond d’une grande salle glacée, drôles de moments passés avec les livres, moments où m’y noyer m’y émerveiller m’y orienter perplexe, tant ça joue ; une présentation pour la Maison, que j’aurai écrite mais pas pu prononcer (merci Alain pour le dépannage) : et ce blog que j’aurai souvent compulsé, poète-public, trace de résidence au Comptoir des mots, à propos duquel j’entamais sa présentation (à paraître in Gare Maritime 2011) :

« Lâchez un poète dans une librairie, et il se passe des choses, il se passe que bougent les choses et places assignées, lecteur, libraire, auteur : s’instaure un jeu, entendez-le à (au moins) deux sens du terme, un amusement et un espace libre entre des pièce d’un mécanisme. Les deux, ajoutés, sont créateur de situations, d’évènements. D’immenses et innombrables micro-évènements. De faits, littéralement, poétiques. »

Frédéric Forte

Texte lu (par Alain Girard-Daudon, merci encore à lui) lors d’une soirée “Poèmes en cavale”, en novembre 2010 ; publié dans Gare maritime 2011, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

Frédéric Forte, poète public — il l’a revendiquée, cette étonnante étiquette,
durant sa résidence au Comptoir des mots, librairie parisienne, en 2009 et
2010. Il l’a revendiquée et portée haut, ainsi qu’on peut le lire dans le blog
du même nom (poète–public) qu’il laissa pour trace de ce qu’il nomma une
« adoption », plutôt qu’une résidence, y organisant de simples discussions
de comptoir avec les lecteurs et passants, durant des temps définis moments d’informels échanges, de découvertes, de conseils. Lâchez un
poète dans une librairie, et il se passe des choses, il se passe que bougent
les choses et places assignées, lecteur, libraire, auteur : s’instaure un jeu,
entendez-le à (au moins) deux sens du terme, un amusement et un
espace libre entre des pièces d’un mécanisme. Les deux, ajoutés, sont
créateurs de situations, d’évènements. D’immenses et innombrables
micro-évènements. De faits, littéralement, poétiques.
Frédéric Forte, poète musical, voire musicien — il a longtemps joué (ce
mot, encore, jouer) de la basse dans des groupes rock, continue de collaborer
dès que possible avec des musiciens, et a composé plusieurs livres
tenus et tendus par la musique. La musique en tant qu’idée directrice, en
tant que source, en tant que décor, musique multiplement présente Opéra-
minutes et Discographie. Présence trompeuse, se jouant des apparences,
et par là joueuse : D’un côté, l’Opéra-Minute, plus qu’un opéra condensé
(idée qui nous traverse, évidemment, face à ces modules de grande compacité)
est surtout une invention de l’Oulipo, une forme fixe étrange, définie
par un trait vertical de 7,62 cm séparant la page et le poème en deux parties,
scène et coulisse. De l’autre, les discographies dont il est question
jouent pareillement avec les musiques, dans leur titre et composition —
entre Sept quatuors à corde inspirés de ceux de Bela Bartok et Who are
you, 90 folk songs, condensé en 360 mots de 90 chansons de Tom Waits, la
musique est le thème, le motif, le décor, le patron, la source d’inspiration ;
un peu de tout cela, sans exclusive, car Frédéric Forte nous précise en
notes que les dits quatuors « ne sont bien évidemment pas de la musique »
ou que les poèmes de son « Anthologie de la musique bulgare vol.2 » évoquent
onze pochettes d’album n’entretenant que de lointains rapports avec
la Bulgarie ». Malice là-dedans, malice joueuse.
Frédéric Forte, poète oulipien. Le jeu persiste, signe, le jeu fonde et
refonde, joue et rejoue, selon le principe qui régit l’Oulipo. Il est un oulipien
consciencieux, sérieux dans ses approches, prompt à se retrousser les
manches pour résoudre l’insoluble : ainsi Une collecte, livre magnifique,
est un recueil de poèmes anagrammatiques, c’est-à-dire de poèmes qui
tous sont de rigoureux anagrammes de phrases tirés du Manuel
d’Ethnographie de Marcel Mauss. Du vrai gros boulot formel — contrebalancé
sitôt par l’expérience inverse : ce recueil de petits poèmes en prose,
intitulé Comments dont il dit qu’ils sont des textes « informes », des « instantanés en quelque sorte, découpés ensuite en unités suffisantes », pour
se voir « attribuer un titre automatique ». Frédéric Forte, au sein de
l’Oulipo, continue de jouer, de jouer avec l’énonciation des règles du dit jeu.
De produire du jeu entre les pièces actionnant le mécanisme. Play it.

BIBLIOGRAPHIE

33 sonnets plats, Éd. de l’Attente, 2012.
Re-, NOUS,  2012.
Bristols, Éd. Hapax, 2010.
Toujours perdue la neuve entrée, contrat maint, 2009.
Une collecte, Théâtre Typographique, 2009.
Poèmes isolés, Du soir au matin, 2008.
Comment(s), Éd. de l’Attente, 2006.
Opéras-minute, Théâtre Typographique, 2005.
N/S (avec Ian Monk), Éd. de l’Attente, 2004.
Discographie, Éd. de l’Attente, 2002.
Banzuke, Éd. de l’Attente, 2002.