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« L’écriture, pour moi, naît d’un trouble du langage » (Agnès Desarthe, entretiens, audio et vidéo, février 2016)

« Même quand vous vous exprimez bien, la personne, en face, ne comprend rien. La parole, ça marche quand même très, très, mal – ça va à peu près, pour aller chez l’épicier, acheter des tomates, et encore, même là… – je me souviens très bien de ma déception, enfant, au moment de l’acquisition du langage, que je m‘imaginais rendre tout possible, que les mots pourraient se mettre à la place des choses, pour en dire l’ensemble. Cette déception, que tous les enfants traversent, ne m’a jamais vraiment quittée. »

Agnès Desarthe est romancière, est traductrice, et surtout, surtout, aime-t-elle à répéter, demeure lectrice avant toute chose — ainsi qu’en atteste son très bel essai « Comment j’ai appris à lire », paru chez stock en 2013, dont vous pouvez trouver un extrait ici. Lectrice, Agnès Desarthe l’est aussi, et talentueusement, à voix haute, de ses textes : deux extraits, à entendre, ci-dessous, de son récent « Un cœur changeant », roman d’apprentissage en spirale, paru chez L’Olivier en août 2015.

Le podcast de la première rencontre publique de cette « mini-tournée » en Vendée, à la médiathèque Benjamin-Rabier de La Roche sur Yon, vendredi 5 février 2016, débute par un passage, lu par elle, avec quel humour, avec quelle tenue, du mitan du roman (l’acquisition volontariste d’une automobile par deux femmes, suffragettes endiablées, vouées à la vitesse des temps modernes). Et la vidéo de la rencontre du lendemain, samedi 6 février, à Saint-Jean-de-Monts, débute par l’entame, grevée d’érotisme, de grotesque, de fantaisie, de ce même roman. En deux rencontres, nous avons parlé langue, langues, malentendus, vitesse, intertextualité, genèse du roman. Savoureux moments.

Podcast de la rencontre du vendredi soir à la Roche-sur-Yon

(cliquez sur l’image ci-dessous pour lancer le podcast)

message podcast

Vidéos de la rencontre du samedi à l’Espace culturel de Saint-Jean-de-Monts

 

Vidéo

Maylis de Kerangal (entretien filmé, Saint-Jean-de-Monts, mars 2015), « La documentation, plus elle est juste et précise, plus elle débride la fiction »

[Rencontre avec Maylis de Kerangal, café littéraire, Espace culturel de Saint-Jean-de-Monts, vendredi 13 mars 2015]

Ces captations vidéo sont un simple témoin (un peu basse def., on s’en excuse, mais au casque tout s’entend) de ces discussions que je m’efforce de faire aussi vives, douces et intenses que possible. Ici, Maylis s’exprime longuement sur sa fabrique de fiction, sur son rapport à la documentation, au travail et au repos, aux. personnages (« j’instaure des collectifs de personnages avec lesquels je dialogue »).

Une bien agréable manière d’attendre la parution de son tout prochain livre, A ce stade de la nuit, repris chez Verticales en octobre 2015 après une brève première existence, et dont un extrait vous était déjà donné à lire en amont de cette rencontre, ici : Je pense à ces noms inscrits dans les paysages et je pense aux paysages véhiculés dans les noms.

Maylis de Kerangal partie1~1 from Guenael Boutouillet on Vimeo

Maylis de Kerangal 2 from Guenael Boutouillet on Vimeo.

maylis-recadre

photo : Maylis de Kerangal, copyright Alain Girard-Daudon, mai 2014.

Apéro littéraire avec Maylis de Kerangal, rencontre animée par Guénaël Boutouillet // Le vendredi 13 mars 2015 de 19h00 à 20h30, Médiathèque – Espace culturel, Boulevard Leclerc, 85160 Saint-Jean-de-Monts

 

Rencontre avec Emmanuelle Pagano, Saint-Jean-de-Monts, samedi 28 février 2015 (vidéo)

[Rencontre avec Emmanuelle Pagano, café littéraire, Espace culturel de Saint-Jean-de-Monts, samedi 28 février 2015 – dans le cadre de sa résidence partagée en Vendée, avec le Grand R]

Lire la chronique de Lignes et fils (2015,P.O.L)

Partie 1. [vimeo 126042927 w=500 h=375]

Partie 2. [vimeo 126466151 w=500 h=375]

Emmanuelle Pagano était en « résidence partagée » en Vendée, en janvier et février 2015, où elle est revenue régulièrement durant ce printemps 2015. Au même moment (en février) a paru Lignes et Fils, splendide roman des rives et des eaux, chez P.O.L ; et le rapport entre ce livre et ce séjour dans les bocages et les marais dépasse de loin l’ordinaire promotion d’un ouvrage.
Pendant qu’elle présente, notamment, ce livre au public, elle se documente alentour sur d’autres aspects de la vie des hommes et des femmes avec et par l’eau : « La Trilogie des rives », ce sont trois fictions autour de la relation de l’eau et de l’homme à leur point de jonction (les rives). Le premier volume, Ligne et Fils, concerne les rivières et les moulinages, les deux autres volumes s’intéressent aux lacs de barrages et aux différentes retenues d’eau (vol. 2), aux fleuves, estuaires, mers, océans, marées et marais (vol. 3). (extrait d’un article à paraître dans Mobilisons !, revue web et imprimée de Mobilis (Pôle régional de coopération des acteurs du livre et de la lecture en Pays de la Loire).

Merci à l’équipe de la Médiathèque de Saint-Jean-de-Monts, pour la possibilité qui m’est  offerte, et réitérée, depuis 2011, d’y inviter des auteurs, pour une lecture-rencontre, en format café littéraire, le samedi après-midi, et pour cette captation, trace de ce moment.

Guillaume Long, L’enfance de l’art (éditions Ici même, 2014) | entretien en vidéo

calder-db Un livre – L’enfance de l’art Guillaume Long est un auteur (de bd) qui ne fait rien comme il faut, ou du moins, pas comme on l’attend, pas au moment où on l’imagine. Il porte sur lui des carnets de dessin essentiellement emplis de textes, textes qui se déploient sur la page d’heureuse et heuristique façon – et nous avons beaucoup parlé de Perec, lorsque je l’ai questionné (et les expositions d’objet et d’aliments qu’on trouve dans les planches de ses bd culinaires sont de très belles manifestations d’inventaire de l’ordinaire, tiens). Cet art du détour, du pas de côté, produit d’heureux résultats, comme cet album récemment paru chez un(e) jeune éditeur(trice) nantais, Ici même. « Ce livre », me disait Guillaume Long, dans ces entretiens, que nous avons eus à La Roche-sur-Yon puis Saint-Jean-de-Monts, cet automne, « s’inscrit dans une catégorie et une tradition peu répandue en France : celle du livre d’images pour adultes » – entendre ici « tous publics », et non pas « d’images licencieuses », bien sûr. Car l’enfance y est très présente, dès le titre, beau plus encore,  ainsi reconsidéré dans sa littéralité : l’enfance de l’art, où, comment et d’où cela vient-il, qu’un artiste plasticien (toutes époques confondues) puisse parvenir à une épure, ou une synthèse qui le résume, constituant un instantané qui aussitôt le dise, signe. Ainsi, Duchamp et ses ready-made, Giacometti et son/ses marcheurs, Munch et son cri. Sans en rien prétendre à un livre d’analyste, Long a sa théorie, qu’il dessine (et écrit) : que l’enfance (et ses longues stases propices à la rêverie, sa longue attente porteuse d’une mélancolie qui nous fera tous plus tard regretter ce temps béni de l’enfance) soit le terreau, qu’en l’enfance soit le germe. L’absurde n’est jamais loin, comme dans les bandes dessinées, qu’elles soient culinaires (sa série A boire et à manger, et le blog lié) ou auto-fictionnelles, de Guillaume Long, l’anachronisme, formulé par décalage entre la vision du dessin et le temps de la lecture des (même courtes) légendes,  est un ressort habile (comme dans l’exemple de Calder, bercé selon lui aux mobiles-de-Calder qu’on trouve à foison dans toutes les boutiques spécialisées, extraordinaire tautologie-boucle), et si l’on ne rit pas aux éclats, on rêve et sourit longuement – d’ailleurs, rit-on jamais aux éclats en lisant Goossens, Glen Baxter ou Bouzard ? le rire est-il autre chose qu’une suspension, un décrochement hors du continuum logique et rationnel, un bond hors de l’ordre des choses  ? Et les enfants, rient-ils aux éclats, lisant des livres ? Non, ils se concentrent, entrent en fiction, ouvrent des brèches en eux-même – et c’est fort mystérieux à voir, car d’éclats aucun ne verse hors de cet intérieur, qui est leur, et nous demeure si opaque. C’est ce doux mystère-là, que salue ce livre, loin de toute ode au Génie qui serait inné, ce double mystère, combinaison de deux questions : d’où cela vient-il, l’art ? et c’est quoi, l’enfance ? qui produit ce moment si doux, ce si discret décrochement. Un bel album. Le reste de l’œuvre de Long est à découvrir (entrez par le blog A boire et à manger, tous les renseignements s’y trouvent), en attendant, pourquoi pas, un jour, l’édition de ses carnets…

 L’ENFANCE DE L’ART / Dessin : GUILLAUME LONG / (Ici même éditions) 145 x 195 mm • Noir et blanc • 112 pages • 12,5 euros  / ISBN: 978-2-36912-006-3  / Paru en août 2014

 messager-db Un entretien en vidéo Grâce à l’équipe de la Médiathèque de Saint-Jean-de-Monts, et la possibilité qui m’est offerte, et réitérée, depuis 2011, d’y inviter des auteurs, pour une lecture-rencontre, en format café littéraire, le samedi après-midi, l’entretien entamé avec certains d’entre eux (et converti parfois, au passage, en amitié), peut ainsi se poursuivre, ailleurs, autrement, renouvelé. Merci encore de ce travail et des conditions remarquables dans lesquelles il se fait. Traces vidéo brutes, mais précieuses, de ce qui se dit dans ces moments, et souvent s’invite, dans un dialogue ouvert, travaillé, partagé. Ici, Guillaume Long  se livre à l’exercice d’ouvrir le/les capots, de parler de sa pratique, de son parcours, mais aussi d’ouvrir son ordi, son photoshop, et de dessiner, également, en direct. Précieux moment. Partie 1.

  Partie 2.

Anthony Poiraudeau, « tous les morceaux du monde dont je pourrais disposer auprès de moi » (entretien, vidéo, septembre 2014)

photo Anthony Poiraudeau.

photo Anthony Poiraudeau.

Pour des voyages en improbable

Grâce à l’équipe de la Médiathèque de Saint-Jean-de-Monts, et la possibilité qui m’est   offerte, et réitérée, depuis 2011, d’y inviter des auteurs, pour une lecture-rencontre, en format café littéraire, le samedi après-midi, l’entretien entamé avec certains d’entre eux (et converti parfois, au passage, en amitié), peut ainsi se poursuivre, ailleurs, autrement, renouvelé. Merci encore de ce travail et des conditions remarquables dans lesquelles il se fait.

C’est le cas d’Anthony Poiraudeau, dont j’ai suivi de près le travail, de longue date, jusqu’à – et depuis- ce premier livre, Projet el Pocero, paru chez Inculte en 2013, chroniqué ici même, et dont j’eus également le plaisir de mettre en ligne le making-of en trois volets (lire le volet 1, le volet 2, le volet 3), sur remue.net.

Cet entretien, nous l’avons eu septembre 2014, moment où Anthony, de retour d’un voyage de quelques semaines à Churchill, Manitoba, commence sérieusement à organiser ses notes pour donner forme au texte qui découlera de ce voyage en improbable là.

La vidéo est une sorte de planche contact, elle n’est pas de format professionnel comme celle que nous réalisons pour remue.net, mais elle existe, témoigne – et poursuit, en somme, ce qui se fouille, se découvre parfois, en ces moments-là – y compris quand le questionneur (moi-même) est enrhumé, et, de fait, parfois, laborieux.

Elle est en deux parties, coupée par un court et excellent film (extrait d’un documentaire plus long) qui fut diffusé et dont le lien youtube est ci-dessous inséré.

Partie 1 (avec lecture d’extrait d’El Pocero).

Interlude : Séquence sur Ciudad Valdeluz, une ville fantôme, fruit de la bulle immobilière espagnole. Cette vidéo fait partie du web-documentaire NO ES UNA CRISIS, web-documentaire produit par La Société des Apaches en 2013.

Partie 2 (avec lecture d’un extrait inédit du travail en cours).

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Projet El Pocero (Dans une ville fantôme de la crise espagnole), de Anthony Poiraudeau, éditions Inculte / ISBN : 979-1-091887-06-9 / 13×18 | 128 p. | 13,90 €

Re-devenirs (du roman) | débat à La Baule avec Emmanuel Adely, Hélène Gaudy et Joy Sorman (vidéo)

J’ai déjà parlé ici de cet essai collectif remarquable (Devenirs du roman, vol. 2,  , matériaux), ouvroir de possibilités conceptuelles, anthologie d’analyses de pratiques et recueil de faits littéraires. Une pépite.

En juillet de cette année (2014), Le festival Ecrivains en bord de mer (déjà présenté là) m’a permis de débattre avec trois des écrivains présents dans le recueil, belle occasion de plonger plus avant dans leur œuvre distincte : Emmanuel Adely, Hélène Gaudy et Joy Sorman.

Lectures, discussion, traversée des problématiques du livre, distinctions et convergences : comment envisager le réel, que faire en position de témoin, quelles questions de posture et de morale cela pose-t-il à l’écrivain, se demandent-ils, et  Joy Sorman (qui fait paraître en cette rentrée un très beau La peau de l’ours) pousse la question comme elle le fait dans le recueil, depuis les copeaux de matière non utilisés dans son Lit national (éditions Le Bec en l’air); et c’est une bascule de ce débat. En effet, il faut toujours quelques minutes avant qu’advienne réellement quelque chose de plus lors d’un débat collectif, que cette position étrange (que j’ai déjà évoquée dans cet article), de fabrication d’une parole, dans laquelle nous sommes mis, débouche quelque part ailleurs, au-delà du  territoire initialement assigné à ce débat. Ici, l’archive en tant que potentialité mélancolique, le trop-plein d’informations

C’est un copieux travail (comme nous le savons, avec Patrick Chatelier et Marjolaine Grandjean, pour remue.net) que de faire filmer, monter  puis donner ainsi à voir en ligne, après coup, des lectures, des débats (et cela, sans doute, la perspective de cette trace  à venir, constitue un discret agent mélioratif pendant le moment), ; c’est un travail utile — ainsi que le fait Bernard Martin sur le site du festival (entrepôt de ressources précieuses ainsi que je l’évoquais en reprenant cette vidéo de Stéphane Bouquet lors de l’édition 2013), mais d’ores et déjà sur sa page vimeo.

Et comme, on l’espère, la discussion débouche, ouvre, et lie, vous ne saurez vous empêcher d’écouter les entretiens personnalisés (Hélène Gaudy interrogée par Charlotte Desmousseaux ; Emmanuel Adely singulier et collectif tout ensemble, passé(s) au crible par Thierry Guichard ; mais aussi la lecture de La peau de l’ours par Joy Sorman et Olivier Rocheteau, un tissage intelligent et sensible, featuring Deleuze, Bartleby, ou Freaks).

Un travail utile, disais-je, que cette mise en ligne de captations, à au moins deux niveaux : en tant que matière sensée et sensible à partager (en tant que pierre posée à l’édification, permanente, de notre intelligence collective), ; mais également, plus symboliquement,  en tant que force de sédimentation au cœur des flux – ce à quoi nous sert aussi le web, puis le réseau social en tant qu’amplificateur), en tant que cut au milieu du régime du tout-évènementiel.

De beaux moments. Play it.

Thierry Beinstingel, de Central à Faux nègres (entretien en vidéo)

(une photo du livre Faux Nègres, par Thierry Beinstingel lui-même, sur son site).

Depuis quelques années nous travaillons ensemble, avec l’équipe de la Médiathèque de Saint-Jean-de-Monts, et une bonne douzaine d’auteurs y sont venus, déjeuner en bord de mer puis répondre à mes quelques questions. La rencontre, format café littéraire le samedi après-midi,  se double souvent, depuis 2013, d’un avant (apéro littéraire, le vendredi soir, à La Roche-sur-Yon). Comme dans beaucoup de cas (et c’est ce nous professons doctement avec l’ami Yann Dissez durant nos formations données en binôme), partant de bons principes on apprend en marchant, en faisant, en somme, construisant depuis ces bons usages (ici, d’emblée, place faite à un accueil souriant, organisé, souriant au millimètre, en quelque sorte : parfaite répartition des rôles entre nous, qui s’est apprise en cours de route).

Deuxième captation de ces rencontres, après l’entretien avec Laurence Tardieu – et passez outre la nébulosité légère qui nous ceint, Thierry et moi, d’un halo vaguement mystique, c’est un apport impromptu de grand soleil printanier – car le son est parfait, et comme souvent avec un entretien en vidéo, le spectateur que nous sommes devient vite auditeur, revenant se confirmer par l’image, de temps à autre une forme de réalité de l’affaire, du dialogue en cours. (Merci encore de cette captation, dis-je, c’est un immense plaisir que quelque chose puisse rester ailleurs que dans nos mémoires, et se déposer ainsi en ressources sur mon site).

Deux parties à cet entretien : où l’on chemine entre les livres, où Thierry nous lit des extraits, où l’on y parle d’un de ses livres, trop mal connu,  Bestiaire Domestique, de Rimbaud et de son importance en son travail, de la vie d’entreprise, bien sûr, dont on sait, de Central à Retour aux mots sauvages en passant par Ils désertent, à quel point elle compte. De course à pied et de ses études de lettres reprises, en chemin, elles aussi. De rythme de vie, d’écriture et de course. Du vocabulaire, et au-delà, de la langue, des langues (celles du travail, de l’outillage et leur poétique propre ; celle de la communication et des rapports sociaux et leur rapport de domination). On n’y parle pas de web, cette fois, parce qu’un large pan de la conversation la veille, à La Roche-sur-Yon, y fut consacré (à son site personnel, Feuilles de Route, de plus de dix ans d’âge, comme les meilleurs single malt) , et que dans cet art-là (modeste)  de la parole, la conversation se rejoue autant qu’elle se poursuit.

Mais aussi –  mais surtout, sans doute – dans la seconde partie, Thierry  dévoile en avant-première, par une lecture extrêmement douce et charnelle, l’entame de son impressionnant Faux Nègres, à paraître chez Fayard en août 2014). 412 pages, soit dix marathons. Une langue impeccable, modulée haut-de-gamme, à la hauteur, oui, de l’ampleur de ce qu’elle traite ; une lecture du paysage, urbain, politique, de ces régions abandonnées par le pouvoir et tellement promises à la rapacité d’une extrême droite ravalée en façade mais si stable depuis des lustres, en sa haineuse soif de pouvoir, une vue à hauteur d’homme (comme sur la belle photographie de Raymond Depardon qui en orne la couverture). Et, entre cette hauteur de langue, et Rimbaud toujours en faction à chaque phrase (Faux Nègres, c’est Rimbaud mis encore en exergue, même si c’est aussi deux initiales qu’on ne prononcera pas) et l’horizontalité volontaire de vue, un rapport humain, intimement politique, se fait. L’humilité grande de l’homme Beinstingel, extrêmement facile d’abord, ne se dépare pas de cette exigence-là : que l’écriture dise quelque chose qui sans elle, sans ce travail littéraire se dit si peu – et surtout si mal. Grand livre en perspective, on est dedans, on en reparlera bientôt.

Découvrez également ce livre en version commentée, sur son site. Faux Nègres, le roman du roman.

 Partie 1

[vimeo 99996042 w=500 h=375]

Partie 2 (et présentation de Faux Nègres, à paraître chez Fayard en août 2014)

[vimeo 100408632 w=500 h=375]

Faux Nègres, à paraître chez Fayard en août 2014, EAN : 9782213677460, présentation sur le site de Thierry Beinstingel, présentation sur le site de l’éditeur Fayard.

Le site de Thierry Beinstingel, Feuille de route.

Laurence Tardieu, L’écriture et la vie (entretien vidéo)

Rencontre avec Laurence Tardieu, à la Médiathèque de Saint-Jean-de-Monts, samedi 12 avril 2014 from Guenael Boutouillet on Vimeo.

J’ai rencontré Laurence Tardieu, puis les textes de Laurence Tardieu, en l’accueillant sur remue.net durant sa résidence à la FNAPSY, en 2012-2013.

La mise en ligne régulière de son immersion en ateliers, le récit de la prise de risque que ça constitue, sans omission du doute, toujours présent, m’ont été une piste pour entrer dans son oeuvre en cours. Ont aussi stimulé l’envie de la « proposer » comme auteure invitée aux bibliothécaires qui me font confiance.

Cette double invitation, à La Roche-sur-Yon puis Saint-Jean-de-Monts, m’est à chaque fois le prétexte et l’occasion de lire en profondeur un(e) auteur(e), pour non seulement inventer un dialogue qui soit à la fois « vrai » (une discussion qui en soit vraiment une, en n’omettant jamais sa part publique,  son destinataire multiple, une assemblée de lecteurs et lectrices attentifs) et qui se reconduise, différent mais tout aussi audible, le lendemain. De cet exercice il demeure toujours quelque chose, de spécial, dans le lien personnel à l’auteur, mais aussi, de par cette exigence spécifique qu’il requiert, très souvent : de (modestement) bons entretiens. Voici le deuxième de ce séjour, où nous traversons de nombreux aspects du parcours d’auteure de Laurence, ainsi que cette expérience d’ateliers, et son essai L’écriture et la vie (janvier 2014, éditions des Busclats).

Première trace qui en appellera d’autres, pour en redire de ce qui n’est pas dans cet entretien… A lire ensuite, L’incalculable apport, sur remue.net, article consacré au livre Une vie à soi (Flammarion, août 2014) dont Laurence nous fit ici cadeau d’une lecture en avant -première.

(Merci à l’équipe de la Médiathèque pour l’accueil, la fidélité, la captation vidéo, et les déjeuners en bord de mer ; merci à Laurence pour sa générosité et son attention).

Éléments bibliographiques :
Laurence Tardieu, romancière née en 1972 à Marseille, vit à Paris. Après des expériences de théâtre, elle se consacre exclusivement à l’écriture depuis la parution de son premier livre, en 2002.
Bibliographie
Elle a publié, depuis Comme un Père (éditions Arléa, 2002, rééditions Point Seuil), plusieurs romans aux éditions Stock, dont Puisque rien ne dure (2006), Un temps fou (2009), La Confusion des peines (2011) ; ainsi qu’une nouvelle, À l’abandon (Naïve, 2009).

 

Dix | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Par exemple.

Le Général Instin, phénomène Instin, phénomène général, enrôle à mort, Vincent Tholomé, par exemple. Ou peut-être est-ce, plutôt, que certains s’en emparent, s’y engouffrent & le marionnettent à leur guise : Vincent Tholomé, par exemple – qui est le conquérant, qui la conquête, en général ? Car la steppe de Vincent Tholomé, par exemple, existait déjà, avant Kouropatkine Instin. Elle existait autant que sa pologne, et la Pologne, dit-on, existait avant Vincent Tholomé – par exemple :

« La pologne existe. Enfin. Tant que quelqu’un y pense. Vous comprenez ? Non ? C’est pourtant simple. La pologne n’a d’existence que si elle vient dans l’esprit de quelqu’un. Je dis la pologne. Je pourrais dire dieu. »

Je pourrais aussi bien dire Kirkjubæjarklaustur, qui n’existait pour moi que par le livre Kirkjubæjarklaustur, éd. Le Clou dans le fer, jusqu’il y a deux semaines & l’éruption d’un volcan islandais qui la rendirent – momentanément, selon les règles en vigueur de l’information médiatisée – existante hors du dit livre de Vincent Tholomé – par exemple, dans la vidéo ci-dessous. Mais elle continuera d’exister, pas moins, dans le livre & mon souvenir de & ma fiction du d’un livre, de Vincent Tholomé – par exemple, dans La Pologne :

« Le type. Vincent tholomé. Oui. Mais tu peux l’appeler autrement si tu veux. Tu peux l’appeler raoul duquet. Ou olive dukajmo. Ou que sais-je encore. Moi je dis vincent tholomé. Je préfère l’appeler comme ça. Ça ne concerne personne comme ça. »