Archives de Tag: Florence Seyvos

Heures d’hiver

Quelques rendez-vous /

à Nantes (Vent d’Ouest, La vie devant soi, Maison de la poésie de Nantes-Lieu Unique), Paris, Saint-Jean-de-Monts… /

avec Dimitri Bortnikov, Alexandre Civico, Emmanuelle Pagano, Elitza Gueorguieva, Nina Yargekov, Camille de Toledo, Florence Seyvos

 

Ces quelques rendez-vous avec des auteurs cher-e-s, que j’aurai le plaisir d’animer ces prochaines semaines (et d’avoir fomentées, avec ces merveilleux lieux et organisateurs) – See you.

Rencontre avec Dimitri Bortnikov et Alexandre Civico / Jeudi 2 février, 19h15, Nantes
Bortnikov©FredericStucin-Civico 2 ©Léa Crespi

À La vie devant soi – Nantes

Rencontre à propos des romans « Face au Styx » (D.Bortnikov, Rivages, janvier 2017) et « La peau, l’écorce » (A.Civico, Rivages, 2017)
« Entrer dans le discours par une chatière qui est la narration et d’y sortir par une lucarne par laquelle Villon le voleur avait quitté la poésie ». Voici ce que me répond Dimitri Bortnikov, à une question assez anodine concernant son complice et interlocuteur de ce jeudi 2 février à La vie Devant soi, Alexandre Civico. Toute la furieuse poésie de Bortnikov est là, toute son astuce aussi, sa façon d’user du langage à la fois comme une forme (pliable,extensible, malléable) et d’un haut-parleur – tout parle dans la phrase de Bortnikov, même quand ça semble s’échapper, parfois, au premier abord. Après ses livres chez allia, il illumine en astre noir la rentrée littéraire de janvier. La presse lui réserve un accueil émerveillé, nous l’écouterons ensemble ce soir-là avec grand appétit.


Avec lui, son ami, Alexandre Civico, auteur d’un deuxième roman, « La peau, l’écorce » aux mêmes éditions Rivages, court récit de guerre et d’après, qui vient couronner cet effort, cette économie, ce régime de tension qu’on avait déjà apprécié dans son premier, « La peau sous les ongles », il y a deux ans. Ici une forme d’alliance des contraires se fait (le récit de combat, en alternance avec le récit patria-matriarcal, du lien de l’enfant au parent), dans une langue volontairement épurée.

Deux livres différents, une complicité qui n’est pas une gémellité. Deux sacrées individualités avec lesquelles dialoguer, deux univers neufs à découvrir. Complices et singuliers, oui. Car oui, au fait, Alexandre Civico, quand je lui demande, inopinément, quelques mots pour dire son Bortnikov, son partenaire d’un soir (et de longue date, on l’a dit), voici ce qu’il m’en répond : « Dimitri est l’un des plus grands auteurs français vivants ».

De quoi se nourrir, de quoi vivre une bien belle soirée.

Rencontre avec Emmanuelle Pagano (autour de « Saufs riverains », P.O.L, 2017) / Mardi 7 février, 19h30, librairie Vent d’Ouest, Nantes 

Emmanuelle Pagano par H/Bramberger

Début 2015, « Lignes et fils », d’Emmanuelle Pagano, avait somptueusement entamé cette « trilogie des rives », que vient continuer ce deuxième opus. Saufs riverains, qui paraît en cette rentrée de janvier, est un ambitieux roman, qui pousse plus loin encore le principe de ramifications à l’œuvre : ramifications entre lieux et personnes, entre époques et paysages, observés et questionnés, toujours, depuis les noms qu’on leur donne, aux choses, aux lieux, aux gens. L’Histoire familiale prendra ici une majuscule, tant elle irrigue au-delà de son simple cadre, rendant lisible la complexité, la multiplicité de rapports d’être au monde.
 
Nous profiterons d’un nouveau temps de sa résidence autour du lac de Grandlieu avec « L’Esprit du lieu », pour tirer ensemble quelques-uns des fils de ce très beau roman, et l’écouterons aussi nous raconter ses rives et marches au bord du lac.
 
Emmanuelle Pagano est écrivaine, auteure de huit romans chez P.O.L, et de livres en collaboration avec des artistes, plasticiens…

 Nina Yargekov & Elitza Gueorguieva / Jeudi 9 février 19h30, Maison de la poésie de Nantes Lieu Unique

 Nina Yargekov & Elitza Gueorguieva

Lectures et entretien animé par Guénaël Boutouillet.
Ce sont deux fictions différentes, pourtant liées par bien des points, notamment la « question identitaire », celle de l’accueil, celle de l’autre hors des sentiers battus et des tristes barrières habituelles, en envoyant tout valser, par la grâce de l’invention, de la langue – et de le faire avec esprit et malice. Cette fantaisie, cette légèreté, singulières et partagées, ce goût des formes hybrides, des proses joueuses, font de cette association d’un soir, un
truc spécial.

Rencontre remue.net : Et si on mélangeait nos mondes, rencontre avec Camille de Toledo / Une soirée Remue.net (en complicité avec Diacritik, en partenariat avec la Scène du Balcon).

Mercredi 22 février, 20 heures à la Maison de la Poésie de Paris
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portrait camille de toledo par Pierre-Jérôme Adjedj, 2015/ illustration : Alexander Pavlenko, Toledo Art Forms, 2015.

Pour les nantais : Partie 2 — Camille de Toledo à la librairie Vent d’Ouest, Nantes, jeudi 23 février, 19h30

— ne pas oublier de réserver, au (Tel) 01 44 54 53 00 du mardi au samedi de 15h à 18h ou bien, par mail : accueil@maisondelapoesieparis.com

Pour fêter la sortie du roman – Le Livre de de la Faim et de la Soif (Gallimard, 2017) – de Camille de Toledo, Remue.net, Diacritik et la Maison de la Poésievous invitent chaleureusement à croiser nos mondes, hybrider nos histoires, entremêler nos mythes, nos langues. Cette soirée aura lieu à la Maison de la Poésie, le 22 février 2016, entre 20h et 21h et sera suivi d’un verre et d’un léger banquet.

« J’ai rêvé, écrit l’auteur, à propos du « Livre de la Faim et de la Soif », d’une langue des mélanges, des débordements, une langue qui se rouvre à l’étrangeté, à l’irréel des mondes, à l’infirmité et à l’exil. J’ai rêvé d’un livre qui assume les hybridités, les transformations et la pluralité des mondes. »

Fidèle à ce rêve, cette soirée Remue.net conduite par Guénaël Boutouillet se fera sous le signe de « Tolède », ville des traductions, des sorcelleries et des mélanges.
Ouverture : lecture et percussion, avec Yi-Ping Yang.
Clôture : lecture et violoncelle, Valentin Mussou…

Café littéraire : Florence Seyvos / 25 février 2017 à 15h, Médiathèque – Saint Jean de Monts

 Café littéraire : Florence Seyvos

 Florence Seyvos remporte a 20 ans, le premier prix d’un concours de nouvelles, puis écrit son premier roman pour la jeunesse « comme au cinéma » paru dans la collection »page blanche » chez Gallimard.

Outre ses romans pour la jeunesse à « l’Ecole des Loisirs », elle a également publié pour les adultes aux éditions de l’Olivier, notamment « les apparitions » (prix Goncourt du premier roman et prix France Télévision), « le Garçon incassable » (prix renaudot Poche 2014) et le dernier en date, en août 2016 « La Sainte famille »

Elle a écrit plusieurs scénarios de films avec Noémie Lvovsky dont « Camille redouble »

Rencontre animée par Guénaël Boutouillet, et vente-dédicaces à la suite de la rencontre.

Il faut parfois tendre un peu l’oreille (Marie Chartres, Florence Seyvos et Martin Page à Chateaubriant / Octobre 2016, podcast)

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Marie Chartres DR / Florence Seyvos (c) Patrice Normand (2) / martin page crédit Zoe Victoria Fischer

Il faut parfois tendre un peu l’oreille

(Marie Chartres, Florence SeyvoS, Martin Page, médiathèque de Chateaubriant  / Octobre 2016, podcast)

(Entretien avec Guénaël Boutouillet)

Il faut parfois tendre un peu l’oreille, oui, car l’enregistrement laisse un peu à désirer – veuillez m’en excuser et monter un peu le volume ou écouter au casque, vous ne le regretterez pas.

Il faut parfois tendre un peu l’oreille, avec la discrète Florence Seyvos, dont l’humilité parfois affecte l’écho de son travail – mais cela va de pair, car le travail de Florence Seyvos est discret, agissant parfois comme à retardement. Prenons l’exemple de cette Sainte Famille, paru à la rentrée 2016, dont elle nous lit un extrait durant cette rencontre, et dont la première lecture, pour peu qu’elle soit distraite, ne révèle pas toutes les tessitures, les angles, les modulations et discrets (encore) changements de focale comme de points de vue. Il faut la relire, Seyvos, pour bien entendre ce qui pourtant est assurément là-et-précisément-là, qui se diffuse en vous et perce — à plus large échelle, c’est aussi à retardement qu’est devenu un succès, ainsi qu’une manière de classique contemporain, son précédent Le garçon incassable : ce trajet en parallèle d’un inadapté (un idiot littéral) et de Buster Keaton (une figure de l’idiot, avec toute l’intelligence dont elle est porteuse, à retardement), traçant deux vies dont une célèbre, est un modèle de composition comme de cadrage.

La Sainte Famille, qui détourne et détoure le principe du roman familial pour en exhausser le paradoxe comme les possibles, est une formidable réussite — qui vous revient, également, qui reste en vous, qui restera.

De cela nous parlons, avec elle durant cet entretien, mais aussi, avec ses acolytes, les joyeux et tendres Martin Page et Marie Chartres, d’enfance, au sens large du terme, d’état enfant, comme un état de conscience supérieur, sans mièvrerie. Chacun lit un peu de son plus récent livre (L’art de revenir à la vie, de Martin Page au Seuil, Les petits orages de Marie Chartres, à l’Ecole des Loisirs), mais aussi d’un autre livre qui le porte et qu’il (elle) nous porte.

Extraits des livres :

(Florence Seyvos, La Sainte famille, pages 59-60, éditions de l’Olivier, août 2016)

Martin Page, L’art de revenir à la vie, éditions du Seuil, avril 2016

Marie Chartres, Les petits orages, l’école des loisirs, avril 2016

Vie de ma voisine (Geneviève Brisac, Grasset, 2017), en avant-première

Et là revient Seyvos qui nous fait ce présent de nous lire un peu du roman à venir de Geneviève Brisac (à paraître en janvier 2017 chez Grasset) : Vie de ma voisine. Dont on ne dira rien de plus que ce qu’elle nous en lit (à ce moment-là de la bande, à 1h05minutes du début) et qui émut, à juste titre, toute la salle.

Ce fut un grand (et doux, et discret) moment, qui fit écho à tout ce qui se dit au long de cet entretien du travail et de l’influence immenses de Geneviève Brisac sur ces trois auteurs (et avec eux, sur tellement d’autres), qui nous fut une absente des plus présentes, ce samedi 1er octobre à Châteaubriant — et ce même s’il faut parfois tendre l’oreille…

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tandis que d’autres ne font que traverser la vie | Florence Seyvos, Le garçon incassable (éditions de l’Olivier, 2013)

Florence Seyvos, Le garçon incassable (éditions de l’Olivier, 2013)

Henri est donc un travailleur modèle. Il n’a pas besoin de réveil pour se lever. Son horloge intérieure lui commande d’ouvrir les yeux à 6h30. Il s’habille aussi vite qu’il peut, avec les vêtements que sa mère a préparés pour lui et qui l’attendent sur le dossier de sa chaise. Il mange ses tartines aussi vite qu’il peut – pain et confiture également préparés la veille et qui l’attendent sous une assiette à soupe retournée -, et comme les années précédentes, il tressaute chaque matin en entendant le moteur Diesel de la navette qui vient le chercher. Et ma mère recommence la guerre pour qu’il n’attende pas, emmitouflé, son écharpe autour du cou, la main sur la poignée de la porte, une heure avant son départ.
Un soir, en rentrant du travail, il nous annonce :
-Aujourd’hui, au CAT, Jean-Philippe a retiré sa chemise !
Nous ne connaissons pas Jean-Philippe. J’imagine une belle chemise rouge à carreaux rouges et blancs, dans un coton un peu épais, retroussée jusqu’aux coudes, des avant-bras minces et légèrement bronzés. Dans le silence perplexe et gêné qui suit la déclaration d’Henri, chacun cherche une explication. Jean-Philippe avait-il trop chaud ? A-t-il malencontreusement déchiré sa chemise en travaillant ? Voulait-il amuser ses collègues ? Jean-Philippe aurait-il voulu provoquer le contremaître ? Au bout de quelques minutes, l’un de nous se décide enfin à poser la question :
-Mais pourquoi il a enlevé sa chemise, Jean-Philippe ?
Henri nous toise un instant, il nous trouve bien bêtes de ne pas avoir deviné ce qui est pourtant une évidence.
-Eh bien, pour essuyer ses larmes !

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(Cette collecte d’extraits de livres lus ou en-cours-de est personnelle, forme d’herbier sans valeur scientifique – rien ne vaut de découvrir les livres en leur entier.)

Certains livres ne se laissent pas revendre à la découpe… Si ce court roman, parmi les rares de Florence Seyvos (dont on sait par ailleurs l’excellente production jeunesse à L’Ecole des Loisirs, ou scénaristique avec Noémie Lvovsky), paru au printemps 2013, ne permet pas le pitch, ni l’extraction aisée du moindre paragraphe, c’est question : d’organisation (une structure duale, récit alterné de deux Vies traitées indépendamment l’une de l’autre pour produire des rapports par leur seule mise en co-présence) ; mais aussi d’économie (celle du texte de Seyvos, grand producteur d’images, de scènes, aussitôt visualisées, ne permet pas d’en ôter grand-chose, tant le montage est subtil). Ici, Henri, figure de demi-frère « inadapté », récurrente dans les histoires de Seyvos, est donné à voir en son château : muraille d’habitudes, de précautions, d’usages et de rituels méticuleusement organisés pour que rien ne puisse (lui) arriver – que rien ne l’atteigne – et rien, jamais, ne semble l’atteindre. La suspension produite, chez l’autre, par ses réponses obliques, est évidemment émouvante, mais elle est une suspension, un sortilège d’immobilité : nous voici, lecteur, à l’arrêt, effroi rire et larmes à égale distance. Comme face à Buster Keaton, en somme, ici non cité (mais il fallait bien choisir, un extrait,  et c’était fort difficile, ainsi qu’on l’a dit plus haut), qui constitue l’autre pôle, le contrepoint d’Henri, son pôle, son Autre. La vie de Keaton, génie burlesque (c’est-à-dire : roi de la gamelle inattendue, des portes qui claquent dans la figure, des maisons effondrées sur le même), est tragiquement formatrice : c’est sa résistance aux chutes, aux coups, qui lui vaut d’apparaître sur scène très tôt, en tant qu’enfant-gag, que chérubin-projectile, dans les spectacles de music-hall familiaux. Le reste s’enchaîne, films et carrière, dont Seyvos nous donne un bel album d’images, terribles, tristes, enchaînées en fluidité – aucun effet pathétique là-dedans mais une formidable appréhension du mouvement et de l’arrêt, de cette suspension poignante en quoi nous plongent les deux garçons incassables et sous cloche que sont Keaton et Henri, de ce qu’ils éclairent, par leur éloignement splendide, par leur absolue singularité (une forme d’idiotie) : cet enfant seul et perdu qui en chacun de nous persiste. (« Il y a des gens qui traversent la vie en se faisant des amis partout… Tandis que d’autres ne font que traverser la vie. »)
C’est un livre magnifique, paru il y a plus d’un an, sans date de péremption aucune.

Florence Seyvos, Le garçon incassable (éditions de l’Olivier, 2013, 176 pages EAN : 9782879297859ISBN : 2879297850).