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Pourquoi et comment accueillir un auteur | un guide de Yann Dissez, pour Livre et lecture en Bretagne

Yann Dissez

J’ai parlé plusieurs fois de Yann Dissez sur ce site. Nous avons une relation amicale et de travail qui s’est renforcée ces dernières années,  notamment par la co-conception et co-animation de modules de formation destinés aux médiateurs : les sessions Accueillir un auteur, pour les CRL, que j’ai analysées et creusées de façon plus « personnelle » ici.

Ces aventures ne sont pas terminées, nous faisons de notre mieux pour travailler à de nouveaux modules, tant nos expériences croisées se répondent, et nos compétences et façons de prendre parole se complètent – bref, le désir d’imaginer encore, de fabriquer, et, certainement, aussi, cette sensation d’utilité,  qui nous poussent à examiner encore cette affaire (la médiation culturelle, et plus particulièrement littéraire). #tobecontinued

Et quand même pour rendre à l’auteur ce qui lui appartient, et pour redre disponible ce savoir si précieux, donner à lire l’extended version de son guide, sur lequel s’appuient, se sont en partie fondées, nos projets communs. Une ressource précieuse, enrichie de propos liminaires, recueillis par moi-même lors de sa parution.

Le guide

Pourquoi et comment accueillir un auteur – Yann Dissez

Comment accueillir un auteur, entretien avec Yann Dissez

(Reprise enrichie d’un article initialement paru sur le site Livre au Centre en avril 2012.)

« Comment accueillir un auteur ? » est un guide pratique destiné à clarifier, organiser et faciliter l’accueil d’un auteur, soit au sein des bibliothèques, associations, collectivités ou librairies.

Yann Dissez y redéfinit les notions d’auteur et d’écrivain, catégorise les différents types d’accueil d’un auteur, et surtout, explicite les démarches à suivre pour organiser l’accueil d’un auteur, à la fois dans leur contexte et dans leur mise en œuvre. Ce document, paru en 2012, est publié par la Fill, Écla Aquitaine, le CRL Bourgogne, Livre et Lecture en Bretagne, Ciclic, Le MOTif, le CRL en Limousin, le CRL Lorraine, le CRL Basse-Normandie, l’ARL Haute-Normandie, le CRL Pays de la Loire et l’Arald. Une version augmentée, plus exhaustive, est également disponible en version numérique sur le site de Livre et Lecture en Bretagne.

Pour mieux comprendre ce qui distingue ces deux documents, ainsi que leur contexte, leur intention, leur spécificité, nous sommes allés questionner leur auteur. Car ce guide,dans ces deux versions, n’est pas qu’un document technique et pratique (même s’il en remplit parfaitement les fonctions), il procède d’une expérience de terrain active, ancrée, doublée d’une solide assise théorique.

Téléchargez le guide mis à jour, version longue (256 pages)

– Consultez le guide « Pourquoi et comment accueillir un auteur ? », dans sa version enrichie en ligne : http://www.livrelecturebretagne.fr/…/

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“(…) Il est possible de s’adresser à chaque personne, sans a priori sur ce qu’elle est capable d’apprécier, avec des propositions artistiques exigeantes, à condition d’inventer les formes et les dispositifs adaptés, les outils de médiation adéquats.” – un entretien avec Yann Dissez.

Deux guides pour des usages distincts

Le vade mecum « Comment accueillir un auteur ? » est édité en version imprimée (46 pages) et pdf (téléchargeable ici). Cela correspondait mieux au mode d’utilisation prévu : il s’agissait de proposer un outil pratique, succinct et synthétique, aisément consultable. Il est également disponible en consultation ou en téléchargement sur les sites de la Fill et des 11 SRL coéditrices.

Le guide « Pourquoi et comment accueillir un auteur » est disponible sur le site de Livre et Lecture en Bretagne en consultation ou  en téléchargement au format PDF. L’édition numérique permet une navigation souple, peut se parcourir de manière ciblée (par chapitre, page ou titre) ou plus linéaire ( en téléchargeant ou imprimant le PDF). Comme l’objet est assez conséquent et qu’il n’en n’existe pas à ma connaissance d’équivalent, peut-être qu’une version imprimée s’avèrera pertinente. Il me semble important, avant de l’envisager, de laisser le temps aux personnes concernées de le consulter et de nous faire part de leurs impressions… afin que nous puissions, le cas échéant, y apporter les compléments et les modifications nécessaires.

Le fruit d’une expérience double

Après des études de philosophie et d’histoire de l’art, un heureux hasard m’a conduit au Triangle, à Rennes, à la fin des années 90, où je me suis tout d’abord occupé de l’action culturelle autour de la poésie contemporaine. Avec Jean-Jacques Le Roux, responsable de l’action culturelle, j’ai alors pris en charge le Café confort, une caravane aménagée en petite salle de spectacles et installée les samedis matins sur le marché du Blosne, pour proposer des lectures de poésie aux habitants du quartier. D’autres projets ont suivi : les Dîners et Apéros Poétiques, qui ont permis par le biais de soirées conviviales alliant le plaisir des oreilles à ceux du palais de convier au sein du lieu des personnes qui n’avaient jusque là osé en franchir les portes, les résidences d’auteurs, etc. L’instant T, revue de création à parution aléatoire et au format variable, distribuée gratuitement à plusieurs milliers d’exemplaires, permettait d’éditer et de diffuser les textes des auteurs accueillis.
Lorsque Jean-Jacques Le Roux a quitté le Triangle, j’ai fait évoluer le projet, dans la continuité de ce qui avait été engagé, en ouvrant sur les écritures narratives, en développant des projets pluridisciplinaires entre littérature et danse, littérature et musique, et en continuant d’œuvrer au rapprochement des artistes et des habitants.
Ces expériences ont été fondatrices pour mon parcours professionnel et je pense qu’elles en ont imprimé la direction. Les travaux que j’ai réalisés récemment, à savoir ces deux guides, portent l’empreinte de ces projets, de ces aventures artistiques et humaines.

J’ai en effet compris, sur ce marché du Blosne, qu’il était possible de s’adresser à chaque personne, sans a priori sur ce qu’elle est capable d’apprécier, avec des propositions artistiques exigeantes, à condition d’inventer les formes et les dispositifs adaptés, les outils de médiation adéquats. J’ai également saisi l’importance de la primauté du projet sur le dispositif. On a en effet trop souvent tendance, et les résidences en sont un exemple criant, à poser en premier lieu le dispositif (« Je vais faire une résidence »), avant de s’interroger la finalité de l’action, les raisons pour lesquelles ont la met en œuvre, à qui on souhaite s’adresser. Alors que commencer par ces questions, définir les objectifs et élaborer le projet, permet de choisir et d’inventer les dispositifs adaptés, et de gagner ainsi en cohérence, pertinence et efficacité.

La question de présence des auteurs « au monde », au cœur de la cité, via ces résidence ou ce compagnonnage artistique me semblait être un outil fabuleux, pour apporter un soutien à la création littéraire et développer des projets originaux de création et de médiation en direction des populations. Par ailleurs, j’ai également perçu l’importance de la lecture à haute voix comme vecteur de « médiation » du texte, sans qu’il soit besoin d’explications ou de commentaires : lu, interprété, performé par son auteur, le texte poétique, sans autre artifice, s’adresse à chacun, l’œuvre se livre peut-être plus directement, sans les barrières parfois inhérentes aux représentations de l’écrit.
Lorsque j’ai repris mes études, dans le cadre du Master 2 Direction de projets culturels, les résidences d’artistes étaient au cœur de mes questionnements professionnels et intellectuels. J’y ai donc consacré mon mémoire de recherche (à lire et télécharger en pdf : « Habiter en poète. La résidence d’écrivain, une présence de la littérature au monde »).

« (…)Alors que le terme de résidence est omniprésent dans le champ culturel depuis une vingtaine d’années et que les projets se développent un peu partout, il existe très peu de textes théoriques et aucun outil synthétique complet à destination des porteurs de projet, des personnes ressources ou des auteurs eux-mêmes. »

L’aventure du Triangle a pris fin en 2010 et très vite nous avons échangé avec Christian Ryo, directeur de Livre et Lecture en Bretagne, qui désirait porter la question de la présence des auteurs au cœur de son projet.
Partant de ma double expérience, théorique et pratique, il m’a proposé une mission sur la présence des auteurs articulée autour de trois objectifs : recenser les projets de résidences et les dispositifs d’accueil d’auteurs en Bretagne ; accompagner les porteurs de projets pour l’organisation de résidences et, et réaliser un guide sur l’accueil des auteurs. C’est ce troisième volet, qui constituait le cœur de cette mission, qui a demandé énormément de temps. Nous souhaitions réaliser un document, le plus complet possible, qui synthétise l’ensemble des questions à se poser, des points à aborder et qui propose des outils théoriques, méthodologiques et pratiques, pour accueillir un auteur.
En effet, nous nous trouvions face à une situation paradoxale, que j’avais déjà observée à l’occasion de mon mémoire de recherche : alors que le terme de résidence est omniprésent dans le champ culturel depuis une vingtaine d’années et que les projets se développent un peu partout, il existe très peu de textes théoriques et aucun outil synthétique complet à destination des porteurs de projet, des personnes ressources ou des auteurs eux-mêmes. Nous avons donc entrepris de construire cet outil, en essayant de tendre à l’exhaustivité, sachant que nous ne l’atteindrions pas mais qu’une base serait posée, qui pourrait ensuite être amendée, modifiée et complétée.

Par ailleurs, certaines SRL réfléchissaient depuis quelques années à la réalisation d’un petit guide pratique, un vade mecum à l’intention des collectivités, structures, associations ou manifestations littéraires qui invitent des auteurs… Livre au Centre en faisait partie et je me souviens d’une discussion sur ce sujet à Nohant à l’occasion d’une journée consacrée aux résidences d’auteurs en juin 2009, en compagnie de Cécile Caillou-Robert, Isabelle Maton, Claire Castan de l’ARL Paca et Dominique Panchèvre, actuel directeur de l’ARL de Haute-Normandie. La mise en œuvre du Guide par Livre et Lecture en Bretagne a joué le rôle de catalyseur et au final 11 SRL et la Fill se sont associées pour coéditer ce vade mecum, paru en mars 2012.

Un long travail d’enquête et d’analyse

Il a fallu dans un premier temps mener un gros travail de collecte et de lecture des nombreux documents (guides, fiches pratiques, articles, etc.) existant sur le sujet, pour certains très bien faits et assez complets, pour d’autres très succincts ou approximatifs, voire parfois inexacts. De même, il était nécessaire d’analyser les projets, dans leur diversité et réalité, afin d’être en mesure de proposer des outils qui correspondent aux besoins, une typologie qui soit en adéquation avec les usages  observables. J’avais déjà effectué ce travail pour mon mémoire de recherche, et j’ai eu l’occasion depuis d’étudier de nombreux cas lors de déplacements, de tables rondes ou de journées professionnelles, et d’échanger à ce sujet avec les chargés de mission des SRL, les conseillers livre et lecture de la Drac, le CNL… Il s’agissait donc de compléter ces informations, de les actualiser par l’analyse de projets, de dossiers d’appel à candidature, de conventions…

Par ailleurs, je me suis également penché sur les conditions socio-économiques des auteurs (à partir de l’étude de Bernard Lahire, La Condition littéraire : la double vie des écrivains (La Découverte, 2006), notamment), de la création littéraire et des conditions de sa réception. Il nous semblait en effet fondamental de les aborder dans une première partie, tant il est manifeste qu’elles sont inconnues pour de nombreux porteurs de projets, ce qui génère parfois des incompréhensions ou des représentations qui peuvent avoir une incidence importante. La question des modalités pratiques et organisationnelles en découlent assez logiquement. Une fois celle-ci posée et traitée, l’exposition des modalités pratiques et organisationnelles en découle assez logiquement.

S’est également posée d’emblée la question du format, de l’objet d’édition que serait ce guide, qui a également fait débat lors de la mise en œuvre du vade mecum : Fallait-il nous cantonner à un document sur les résidences ou proposer un guide qui traite de l’ensemble des dispositifs d’accueil d’auteurs ? Il nous a paru nécessaire de traiter de l’ensemble des dispositifs : de la dédicace, qui est la forme à la fois la plus répandue et la plus simple à mettre en œuvre, jusqu’aux résidences, qui sont les projets les plus complexes, les plus denses, mais aussi les plus coûteux et les plus chronophages. Il était indispensable de traiter de l’ensemble des actions afin de situer les résidences comme un dispositif parmi d’autres… le plus abouti, certes, mais pas l’unique, comme l’omniprésence du terme tend parfois à le laisser croire. Cela permet de nommer et de qualifier des projets plus légers ou répondant à d’autres objectifs, d’autres temporalités, d’autres budgets. Les structures désireuses d’accueillir des auteurs ont ainsi la possibilité, en fonction de leur projet, de choisir le dispositif adapté.

Aujourd’hui, demain

Je suis actuellement chargé d’une étude pour l’ARL de Haute-Normandie, sur les présences d’auteurs sur le territoire haut-normand. Il s’agit de recenser et d’analyser l’ensemble des projets articulés autour de la présence des auteurs sur le territoire, de répertorier leurs modalités d’interventions en fonction de la typologie proposée dans les guides, et d’évaluer les réussites comme les difficultés rencontrées, afin de remettre à l’ARL des propositions prospectives pour permettre un accompagnement auprès des porteurs de projets et des auteurs.

Cette étude et celle effectuée pour Livre et Lecture en Bretagne confortent mon impression que les régions ont une vision assez partielle des projets d’accueil d’auteurs sur leur territoire, ce qui se comprend aisément car ils sont complexes et longs à recenser. En effet, à côté des structures, très identifiées, qui organisent régulièrement des résidences ou des rencontres (lieux dédiés à la littérature, médiathèques, librairies…), qui sont en relation avec les institutions et communiquent sur ces projets, il existe une multitude de lieux (écoles, communes, associations) qui mènent des projets de façon ponctuelle, sans nécessairement communiquer auprès des institutions ou solliciter des aides financières ou organisationnelles (faute souvent d’une connaissance des dispositifs et des partenaires possibles). Ces projets sont plus difficiles à repérer, tâche pourtant indispensable si l’on veut se faire une idée précise des modes de présences des auteurs sur le territoire et connaître les besoins d’accompagnement.

Personnellement, j’envisage par la suite de revenir à la fabrication des projets, articulée avec de l’accompagnement et de la formation, tâches essentielle et passionnantes…

(photo : Sophie Fauché / ARL Haute-Normandie)

Trente-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Accueillir

blog-2012-12-15

Ces derniers mois & ceux à venir, récurrence d’interventions en binôme avec Yann Dissez, modules de formation (comme cette série avec le CRL Pays de La Loire) ou format conférence (improvisation sur un synopsis co-écrit, distribution ouverte des rôles) à destination des médiateurs ; laissant la main à Yann, bien plus expert en cette partie, sur la question cruciale (oui, il faut, oui oui, payer l’écrivain il le faut, répétons et répéterons-nous à l’envi) & complexe des principes & modes de rémunération des auteurs. Ces prises de parole et mises en situation nous sont essentielles (ce que nous nouons de confiance, ce qui se confirme des affinités pressenties des années avant, Yann alors au Triangle, moi à la Maison Gueffier, avec Cathie Barreau, ne fait qu’en amplifier la nécessité) : c’est une reprise de ce que nous avons chacun élaboré, au fil des ans, de façon non pas concertée mais participative, empirique ; reprise dotée d’une part d’élucidation, via ce retour sur expérience, mis en partage. Affirmation de l’Éducation populaire : notre posture (debout, assis, variable) n’est pas celle de l’expert pérorant d’un jargon lointain, elle n’est pas de surplomb, elle se veut horizontale, s’organisant pour tendre au mieux à cette horizontalité. Nous écoutons, aussi, beaucoup, ce qu’ont à nous dire ces gens venus nous écouter. Notre parole, nos récits, répondent (pour partie) aux leurs, se construisent en écho. Leurs représentations, plus ou moins justes ou erronées, de ce que c’est, ce travail, de l’auteur, et de ce que peut être ce travail de travailler avec l’auteur, nous les accueillons. Nous les accueillons comme j’accueille, en atelier d’écriture, les formes et manières et représentations les plus absolument opposées aux miennes, car de leur mise en dialogue dépend la possibilité que quelque chose advienne. Quelque chose comme un mouvement, réitéré, réinventé.

Accueillir, donc.
& partant, accueillir un auteur : accueil qui n’est rien d’exotique, rien d’adopter un orignal ni déclamer un hommage en klingon. Accueillir comme on accueille quelqu’un, homme femme, jeune vieux, riche pauvre, une personne rien que ça, n’importe qui en somme, mais – sans tapis rouge, sans mille courbettes, mais – poliment. Accueillir comme on accueillerait toute autre personne mais – une personne dont on sait, pour en avoir lus (oui, lus, en entier oui), qu’elle écrit, a écrit, écrira des textes, livres, formes mixtes.
& l’accueillir pour quelque chose (une rencontre, une lecture, un échange) dont on sera l’auteur (voire le co-auteur).

Dont on sera l’auteur(e) ? Oui. Ceci n’est pas une confusion, une fumerie démagogique. Vous serez auteur, affirmons-nous.
Auteur est transitif, quand écrivain ne l’est pas. Nous reprécisons bien, à ce moment : vous n’êtes pas l’écrivain. Vous êtes un lecteur des livres de l’auteur par vous invité, mais : vous serez, l’invitant, vous-même auteur(e) de quelque chose : auteur d’un moment (de parole, de lecture, de sens, d’échange, de vie) à inventer, moment auquel l’auteur invité sera convié, duquel il sera un point de convergence, une ou la source.
Répétons : Auteur, lui, est transitif, quand écrivain ne l’est pas : L’auteur est avant tout auteur de quelque chose (qu’il faudra, répétons-nous, avoir lu : que vaudrait sinon d’inviter cet auteur-là et pas mille autres, ainsi qu’ils font dans les festiveaux maximalistes : 300 auteurs, du vin, des attractions et dégustation de productions locales).

D’où l’importance, dans ces moments de formation coopérative, de l’écriture, du faire-écrire. Car sans elle, nulle énonciation de soi (dans un espace, un temps, un environnement) n’émerge vraiment. Or l’énonciation susdite est un socle : pour inviter, puis accueillir. (impliquant : reconnaître, saluer, présenter, accompagner, héberger, payer, remercier, toutes actions accompagnées de signes, dont nombre seront écrits).
Vous : écrirez : pour. Répétons-nous.
Vous serez l’auteur de ce moment-là, de cette rencontre souhaitée entre le texte & ses lecteurs, entre l’auteur du texte & ses lecteurs, voire, favorisant ce passage-là, entre l’auteur & des parts immergées de son travail. Il n’y a pas de confusion, il n’y a qu’une nécessaire énonciation (comment sinon, rester à sa « bonne place », si on ne l’a jaugée), il n’y a qu’à inventer.

Pour accueillir,

il y a à inventer.

Il y a à écrire.

cogitation #12 | jeudi 6 décembre 2012, Rouen, avec Yann Dissez

Cogitation #12 / Accueillir et rémunérer un auteur

Inscriptions et présentation du programme en pdf ici.

C’est encore avec Yann Dissez que nous prendrons parole jointe et distincte, cette matinée du 6 décembre en Haute-Normandie. Ce sera encore la question de l’accueil de l’auteur sur laquelle nous nous attarderons (comme durant ces cycles de formation pour le CRL Pays de la Loire), question sur laquelle Yann a fait plus que se pencher, par son travail de fond au Triangle (Rennes) pendant des années, qui fit plus que m’intéresser, mais qui prit pour nous (avec Cathie Barreau), dans ce qui était alors l’atelier d’écriture du Manège, une valeur d’exemple – et de confraternité. (Lire par exemple cette chronique d’une affiche, trace d’un travail qu’y effectua Jérôme Mauche).Yann a creusé la question des résidences, des points de vue conceptuel, organisationnel, technique, jusqu’à faire référence en la matière – voir cet entretien que nous en avons tiré sur livreaucentre.fr, où vous pourrez également vous procurer son vademecum (dont il sera amplement question lors de cette intervention).

Je n’ai cessé, de mon côté, d’accueillir et d’accompagner, pendant ma période travail à l’atelier d’écriture du Manège (devenu la Maison Gueffier, au Grand R), mais aussi depuis, de façons renouvelées : à la Maison de la poésie de Nantes, à la Médiathèque de Saint Jean de Monts, lors des soirées organisées avec remue.net ; mais aussi, et ça n’est pas le moindre de ces accompagnements, sur Internet : en accueillant et épaulant les résidents Ile-de-France sur remue.net (c’est un accueil, oui, un aménagement de territoire au sens non figuré, un accompagnement essentiel, une présence, c’est aussi une rencontre, un mode et un rythme d’intervention à adapter, voire inventer, à chaque fois). Ou en montant et supervisant ce blog pour Arno Bertina, en résidence à Chambord à l’été 2012 (Sebecoro Chambord, une mine de textes aussi engagés que dynamiques, une merveille de pensée à l’ouvrage). Dans tous les cas, si différents, est mise en œuvre quelque chose de l’ordre de l’expérience, rejouée ; quelque chose de l’ordre du désir, relancé ; quelque chose de l’ordre de l’écoute (la plus attentive possible). C’est inséparable dans le temps du travail, de l’action ; c’est à considérer attentivement en chacun de ses points, avant, et après. Nous parlerons de cela peut-être – sans doute – et aussi de l’élaboration du projet, de sa mise en place concrète, des traces (Ah, Internet, encore, répèterai-je alors, assurément).

Les contenus on les sait (on les porte, on les écrit sans cesse), mais on ne sait pas encore tout de l’organisation des contenus présentés, qui s’inventeront, aussi, dans les semaines à venir, mais on le fera avec autant de sérieux que de joie. On sera performants, promis. Et même performatifs, peut-être, qui sait. Play.

Ci-dessous, les présentation « officielles » de cette affaire (tout est par ailleurs disponible sur le site de l’ARL Haute-Normandie)

Les Cogitations sont des rencontres professionnelles, organisées par l’ARL, permettant d’approfondir un thème et d’ouvrir la réflexion à l’ensemble des acteurs de l’écosystème du livre.

Jeudi 6 décembre 2012 de 9h30 à 12h30 à la médiathèque départementale de Seine-Maritime (35, rue de la Fontaine à Notre-Dame-de-Bondeville). Présentation La présence d’auteurs dans les manifestations littéraires, les librairies, médiathèques ou lieux culturels, pour différents types d’interventions (lectures, rencontres publiques, ateliers d’écriture, résidences…), peut être riche et féconde pour les publics, les structures organisatrices et pour les auteurs eux-mêmes. L’étude menée par Yann Dissez pour l’ARL Haute-Normandie a révélé que les porteurs de projets ou de structures désireuses d’inviter des auteurs font face à de multiples questions méthodologiques, techniques ou pratiques, dont les réponses sont parfois complexes à trouver.

À partir de la brochure Comment accueillir un auteur ? récemment éditée par la Fill et 11 structures régionales pour le livre, seront abordées lors de cette matinée les principales questions concernant l’accueil d’un auteur : les différents dispositifs d’accueil possibles, l’élaboration du projet artistique et culturel, le choix, l’accompagnement et la rémunération, les traces et l’après-projet, etc.

Cette rencontre s’adresse aux auteurs, libraires, bibliothécaires, organisateurs de manifestations littéraires, enseignants, élus et responsables de services des collectivités territoriales.

Accueillir un auteur – un cycle de formation avec Yann Dissez, les 17 et 18 décembre 2012 à Nantes

Comment accueillir un auteur ?

Une formation, conçue et animée par Guénaël Boutouillet et Yann Dissez,  pour les médiateurs du livre, bibliothécaires, enseignants, animateurs.
Prochaine session Lundi 17  et Mardi 18 décembre 2012
Hôtel de Région, 44000 Nantes.

Inscriptions crl[@]paysdelaloire.fr
Ce stage gratuit s’appuie sur une présentation détaillée du vademecum Comment accueillir un auteur ? (De la dédicace à la résidence) réalisé par Yann Dissez pour la FILL (Fédération Interrégionale du Livre et de la Lecture et 11 structures régionales pour le livre), qui sera remis aux participants.
La présence des auteurs dans les librairies, les médiathèques ou les lieux culturels, pour différents types d’interventions (lectures, rencontres publiques, projets de médiation autour de la littérature, ateliers d’écriture ou résidences), peut être riche et féconde pour les publics, les structures organisatrices et pour les auteurs eux-mêmes.

Toutefois, des questions demeurent :
Pourquoi accueillir un auteur ? Comment procéder au choix de l’auteur ? Comment mettre en place, préparer, animer la rencontre ? Comment recevoir, accompagner, rémunérer l’auteur ? Quel est le projet et dans quel contexte s’inscrit-il ?

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PROGRAMME
La préparation (seul et avec une équipe ainsi que différents partenaires) d’une rencontre littéraire dans une bibliothèque, une maison d’écrivain, une librairie, un établissement scolaire, une association…
Le suivi et la préparation de la venue de l’auteur
L’élaboration précise des conditions concrètes de l’accueil (voyage, hébergement, logistique)
La rémunération de l’auteur
La préparation de la rencontre publique
La définition du type de rencontre(s) envisagée(s), de la place de chacun dans leur déroulement
La préparation du public
La communication (globale et individualisée)
Le choix et relation aux partenaires : opérationnels et financiers / institutionnels
Les traces et la valorisation extérieures.

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INTERVENANTS
Guénaël Boutouillet

Yann Dissez :  chargé d’étude sur la présence des auteurs en Haute-Normandie au printemps 2012, Yann Dissez est l’auteur du vademecum Comment accueillir un auteur ?, édité par la FILL et 11 SRL, du guide Pourquoi et comment accueillir un auteur ?, réalisé pour Livre et Lecture en Bretagne et d’un mémoire de recherche sur les résidences d’écrivains, Habiter en poète. De 1999 à 2010, il était responsable de l’action culturelle et de la littérature au Triangle (Rennes).
Le Centre de ressources du livre, un outil d’information et de coordination
au service des acteurs du livre en Pays de la Loire

Centre de ressources du livre, Hôtel des Ursulines, 14, avenue François Mitterrand, 72 000 Le Mans | 02 28 20 60 79 |
Inscriptions crl[@]paysdelaloire.fr

« Isotypie sur doxogravure » de Jérôme Mauche (éditions L’instant T, Le Triangle)

(reprise d’un texte paru sur remue.net le 3 janvier 2009)

Poser le regard un moment sur, ce qui n’est pas un livre, mais un objet de textes, récemment paru. Poser puis fixer le regard, car l’objet n’est pas anodin.

Le regard posé fixe, on a lu cet objet qui n’est pas un livre, cet objet qui n’est pas qu’un texte, qui est un texte avec image, un texte sur image, un texte hors image aussi.

Cet objet est trace d’une résidence de Jérôme Mauche, une des résidences d’écrivain qu’organise Le triangle, à Rennes, de longue date, avec tant de constance que de pertinence : parmi les auteurs déjà invités court ou longuement par là-bas, citons Albane Gellé (dont les traces du passage sont à lire ici, qui débouchèrent en un livre chez inventaire-invention), Charles Pennequin, Tanguy Viel (dont on reparle plus bas), François Bon, Olivier Mellano. Des années d’action résolue et ouverte, qui font de celui-ci le plus pointu des triangles, qui en font un lieu essentiel, tourné toujours vers la population de son quartier via la littérature contemporaine (plutôt qu’avec, plutôt que contre, plutôt qu’en dépit de , comme tant de nos décideurs l’imaginent : qu’aux pauvres il faudrait proposer du « populaire », ou supposé tel, et le préserver du difficile, ou supposé tel…)

Contemporaine, oui, est la littérature de Jérôme Mauche, inscrite en son temps, charriant avec goût, fantaisie, violence, subtilité, les vocabulaires techniques ou pauvres ou archi-spécialisés jusqu’au dérisoire, jusqu’à l’absurde, jusqu’à la poésie – creuser pour dénicher et construire la poésie, avec, dans le vulgaire, un enjeu important et le moyen d’une autorisation. Autorisation d’accès à chacun (non à tous, non aux gens, cette entité vague quand chaque existence est précise). Ici l’idée est simple, « toute simple » : chaque texte constitue un point de vue, un épuisement (perecquien) d’un lien, avec l’application plastique en plus : chacune des 12 pages, 12 textes ici présentés, épuise un lieu de haut en bas et de gauche à droite, en un relevé non restrictif (il y a les sons proférés mais aussi les idées accolées dans l’esprit de Mauche) qui joue l’exhaustif (et qui le jouant, le devient , puisque chacun des relevés constitue un point de vue sur le monde, à un instant T).

Félicitons Yann Dissez et le Triangle d’avoir posé les affiches en question sur les lieux considérés, manière de retourner la question, manière de poser tout simplement du poème en espace urbain, acte simple et important.

L’instant T était le rendez-vous irrégulomadaire du Triangle, gratuit et disponible sur place, témoignant en objets de ce qui s’est passé lors de la venue d’écrivains.