Rencontre avec Will Self | Mercredi 4 février, 18h30, Lieu Unique (Nantes)

Parapluie de Will Self, Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, éditions de L’Olivier, février 2015, Collection Littérature étrangère

Mercredi 4 février, 18h30, rencontre avec Will Self (Lieu Unique, Nantes)

Dialogue entre l’écrivain anglais et son traducteur Bernard Hoepffner à l’occasion de la publication en France de Parapluie, suivi d’un échange avec Guénaël Boutouillet.

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« Tandis que l’omnibus dépasse les jardins d’Eaton Square et que le directeur du Fulham Garage parle de machines, elle rêve de terribles chimères, d’hommes ayant des roues à la place des jambes, leur ventre un horrible appareillage de tringles, d’engrenages et de volants d’inertie, de la fumée s’échappant de leurs fesses de fer. Elle imagine des chevaux dont l’arrière-train est des pétards de Hoxton, tandis qu’une colonne de direction a été plantée entre leurs épaules afin que leurs cavaliers, assis à califourchon sur leurs garrots chauffés au rouge, puissent la tourner d’un côté et de l’autre, les faisant hennir, hurler… Un hurlement de cheval est une chose effrayante qu’Audrey ne se savait pas connaître, provenant en fin de compte d’une partie de son esprit qu’elle ne se savait pas posséder. Cela vient de sous le matelas où les choses couvent et où les boutons roue-dentée ont les dents de travers. Les histoires de Stan venaient de cet endroit – l’homme-léopard et l’homme-chien, leurs cris dans la nuit quand leur chair était tranchée et tendue. « 

Will Self déborde la représentation du réel depuis toujours – j’ai encore un souvenir stupéfait des visions lysergiques du narrateur éidétique de Ma vision du plaisir, qui constitua pour moi, parmi quelques livres lus à l’été 1998, une reprise, ou un retour à la littérature (et en somme à la « vie civile », après dix mois d’appelé parmi les tout derniers du contigent). Parcours personnel de lecteur de Self, dégagé peu à peu des images réductrices (« gonzo journaliste », c’est ce qu’en dit d’abord la presse rock à cette époque), qui me rend si agréable de pouvoir lui poser quelques questions lors de ce débat.

Et puis, il y a ce qui décolle dans ce nouveau livre, lequel décolle as usual le réel comme une tapisserie défraichie, questionne la norme de la société (anglaise, mais son défi à la norme va au-delà), il y a une langue neuve (et extraordinairement âgée, par instants, à l’instar de cette vieille folle d’Audrey Death dont la vie nous est ici « contée »), il y a un bain de langue(s), un flot qui charrie de l’argot – des argots, des accents de différentes strates et époques de la société anglaise, des paroles de chansons, des interjections intérieures et extérieures. L’italique, présent dès la première phrase, se voit assigné cette mission multiple, l’italique est la brèche par où tout s’engouffre, par où les statuts, focales, volumes sonores et grains visuels sont déréglés.

Grand dé-règleur de la représentation et des normes, Self a toujours (me semble-t-il, ne l’ayant lu qu’en traduction) eu un goût certain pour l’excentricité langagière (et notamment lexicale, truffant son texte de substantifs et adjectifs détournés, spécifiques, précieux) ; il semble dans Parapluie avoir hissé plus haut cette « manie », explosant la phrase, la page, le livre en son entier : le tapis de langue (comme on dirait tapis de bombes) lui permet d’offrir à l’étrangeté qui lui est propre, son expressivité.

Pour le permettre il fallait un grand traducteur – c’est Bernard Hoepffner, retraducteur de Twain, de Joyce ou récemment passeur de Josipovici, qui s’est attelé à cette fébrile fabrique-là. Il sera avec nous pour discuter ce mercredi au Lieu Unique, pour rendre ce moment plus joyeusement exceptionnel encore.

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« Un frère s’oublie aussi facilement qu’un parapluie. »
James Joyce

Présentation sur le site des éditions de L’Olivier :
En 1971, le psychiatre Zachary Busner se penche sur le cas d’Audrey Death, une femme âgée internée depuis cinquante ans. Tics, balbutiements, état comateux… son état l’intrigue. Pour éveiller sa patiente, Busner lui administre une drogue proche du LSD. Les effets sont fulgurants. La vieille dame se met à lui raconter sa vie, et emporte le lecteur dans un récit tourbillonnant. On traverse le Londres de 1915, des usines de parapluies, de munitions, des Suffragettes et du socialisme. Et de la Grande Guerre, dans laquelle se perdent les frères d’Audrey, Stanley et Albert. Fasciné par cette histoire qui se dévoile peu à peu, Busner ne reconstituera le puzzle Audrey Death que dans les années 2000. En une jubilatoire collision de récits et d’époquesParapluie (Ed. de l’Olivier, 2015) déploie un siècle d’histoire populaire et intime, électrisé par un style ébouriffant dont seul Will Self a le secret.

(Présentation des intervenants sur le site du Lieu Unique : )

Will Self est né en 1964 à Londres. Ce disciple de J.G. Ballard est considéré comme l’un des plus grands écrivains britanniques de notre époque. Il a notamment publié No Smoking (2009), Le Livre de Dave (2010) et Le Piéton de Hollywood (2012). Parapluie a été finaliste du prestigieux Man Booker Prize 2012.
Bernard Hoepffner, traducteur français de langue anglo-saxonne reconnu, se consacre à l’écriture depuis 1988. On lui doit des textes de Robert Burton, Thomas Browne, Robert Coover, Edmund White, les nouvelles traductions de Mark Twain (Tom Sawyer, Huckleberry Finn) et de Joyce (Ulysse).

Parapluie de Will Self, Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, éditions de L’Olivier, février 2015, Collection Littérature étrangère
Livre 145 × 220 mm 416 pages EAN : 9782823601909 24,00 €

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